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ISRAEL NE DOIT PAS PARVENIR À DETRUIRE L’UNRWA !
En adoptant, le 28 octobre dernier, à une écrasante majorité, deux lois prétendant interdir d’ici à trois mois les activités « en territoire souverain » israélien (!) de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), le parlement israélien a commis une infamie sans précédent qu’il faut, coûte que coûte, mettre en échec.
Tout d’abord, rappelons que l’UNRWA n’opère pas en Israël. Si la décision de la Knesset évoque les activités de l’UNRWA « en territoire souverain » israélien, c’est que ses auteurs considèrent que Gaza et la Cisjordanie (y compris Jérusalem-Est), font partie intégrante d’Israël ! Cette forme d’annexion implicite est en elle-même scandaleuse et inacceptable. L’obsession de longue date du pouvoir Israélien d’en finir avec l’UNRWA tient précisément au fait que cet organisme -crée au lendemain de la fondation de l’Etat d’Israël pour venir en aide aux Palestiniens chassés de leur terre, dans l’attente d’une « solution juste et durable » du conflit- rappelle en permanence, par son existence même, le « droit au retour » des réfugiés (résolution 194 de l’ONU) et le statut de puissance occupante de Tel-Aviv, ainsi que le fait que celle-ci se soustrait, en plus, à ses obligations de protection des populations soumises à cette occupation.
Si cette interdiction est mise en œuvre, elle aura des « conséquences dévastatrices », prévient le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Dr Ghebreyesus, car il s’agira ni plus ni moins que de la destruction d’une « bouée de sauvetage irremplaçable pour le peuple palestinien ». Selon le grand quotidien de Genève, « Le Temps », Israël envisagerait de substituer à l’agence onusienne des « convois d’aide encadrés par des mercenaires ». Le journal précise qu’un millionnaire israélo-américain partirait favori pour diriger ce « projet pilote » où « se mêlent organismes privés, anciens barbouzes et technologies de reconnaissance faciale a grande échelle » ! (1)
Pour une fois, la réprobation de la décision de la Knesset est quasi-générale, y compris de la part de gouvernements européens hier encore prompts à suspendre leurs financements à l’UNRWA parce que douze de ses employés -sur 30 000 dont 13 000 à Gaza- étaient accusés, sans preuves, par Netanyahu d’avoir pris part à l’attaque du Hamas, le 7 octobre 2023. Ainsi, les lois anti-UNRWA sont-elles vues comme un « un précédent désastreux »par la Belgique; comme « une décision profondément troublante » par le Danemark; comme « une catastrophe humaine » par la Suède; comme « un précédent très grave » par l’Irlande, la Norvège, la Slovénie et l’Espagne, tandis que la France, la Grande-Bretagne, le Luxembourg, le Portugal et l’Allemagne réaffirment leur soutien à l’agence de l’ONU, jugée indispensable. Mais la simple réprobation de la décision israélienne ne saurait suffire pour venir à bout du projet scélérat en cours, alors même que la situation à Gaza est apocalyptique, en particulier dans le nord où, alertent, dans un appel désespéré, 15 responsables des grandes agences humanitaires de l’ONU, « l’ensemble de la population est exposée à un risque imminent de mourir de maladie, de famine et de violence » ! Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a, pour sa part, fort pertinemment, évoqué la possibilité de porter l’affaire devant la Cour internationale de justice. Si ces circonstances extrêmes ne conduisent pas les alliés inconditionnels des autorités israéliennes à déroger à la règle de l’impunité, alors quoi et quand ?
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(1) Le Temps (30/10/2024)
L’IMPUNITÉ POUR NETANYAHU OU LA PAIX AU PROCHE-ORIENT : IL FAUT CHOISIR !
(Article paru dans l’Humanité du 4/10/2024)
Il faudrait avoir l’insensibilité de Netanyahu pour la population civile de Gaza, de Cisjordanie ou du Liban pour ne pas éprouver de la solidarité à l’égard de la société civile israélienne face au traumatisme provoqué par le massacre et la prise d’otages du Hamas, le 7 octobre dernier, qui, en plus de la cruauté de l’acte en lui-même, a ravivé le souvenir des pogromes.
Le pouvoir israélien, lui, a instrumentalisé ce crime et cette tragédie pour justifier plus de 40 000 morts -très majoritairement des civils- à Gaza et, plus généralement, l’apocalypse infligée par son armée à plus de 2 millions de personnes dont des centaines de milliers d’enfants, enfermés dans une prison à ciel ouvert, privés de l’essentiel -eau, nourriture, médicaments, logement- , terrorisés par les bombes et la dévastation de leur lieu de vie. Il a refusé d’appliquer la résolution de l’ONU du 10 juin dernier, pourtant portée par les Etats-Unis et adoptée -pour la première fois, sans aucune opposition- par le Conseil de sécurité, qui prévoyait le cessez-le-feu, la libération des otages et la reconstruction de Gaza.
L’acceptation de ce plan aurait non seulement permis de mettre un terme à la guerre de Gaza mais, par là même, de stopper les tirs de roquettes du Hezbollah . Le problème est que Netanyahu a besoin de la guerre pour conserver le pouvoir, empêcher toute perspective d’une « solution à deux États » et assouvir sa véritable ambition à moyen terme : réoccuper Gaza, annexer la Cisjordanie et dominer toute la région. La même raison l’a conduit à refuser, fin septembre, la trêve de 21 jours avec le Hezbollah proposée par Washington et Paris, appelant a contrario son armée à « poursuivre les combats avec toute la force nécessaire », non sans taxer au passage l’ONU -où il est isolé- d’antisémitisme !
Ce qui n’empêche pas la Maison Blanche de saluer l’assassinat du chef du Hezbollah ni de poursuivre les livraisons d’armes nécessaires aux aventures meurtrières du régime d’extrême-droite ni d’exercer des pressions sur la Cour pénale internationale pour qu’elle renonce à délivrer des mandats d’arrêt contre les deux principaux dirigeants de son allié stratégique. On connaît la suite, mais pas la fin…La violence inouïe de son « règlement de comptes » avec Hassan Nasrallah et des bombardements sans fin sur le Liban -au mépris de la population de ce pays théoriquement souverain- alimentera inévitablement la radicalisation des victimes et la soif de vengeance. Jusqu’où cette escalade irresponsable mènera-t-elle la région ?
Une conclusion s’impose : entre la poursuite de l’impunité garantie au régime le plus hors-la-loi de l’histoire d’Israël et la recherche d’une paix durable au Proche-Orient, il va falloir choisir.
LES MIGRANTS, OTAGES DES AMBITIONS POLITIQUES EN EUROPE
Depuis quelques années se multiplient en Europe les cas de politiciens prêts à promouvoir leurs ambitions politiques en flattant les penchants anti-migrants dans les opinions publiques, quitte à chasser sur les terres de l’extrême-droite.
A cet égard, on attend avec appréhension les mesures « concrètes » annoncées par le nouveau Premier ministre français en matière de « maitrise des flux migratoires ». On se souvient, en effet, des positions affligeantes, clairement empruntées à l’extrême-droite, développées par Michel Barnier lorsqu’il participa, en 2021, aux primaires de LR, dans l’espoir d’être choisi par une base militante ultra-droitière comme candidat aux élections présidentielles ! Quiconque avait connu l’ex-Commissaire européen, affable et plutôt modéré, n’en revenait pas de cette inattendue et nauséabonde surenchère contre les personnes en grande difficulté et à la recherche d’un refuge en France. À présent que son sort à Matignon dépend du bon vouloir des députés lepénistes, l’intéressé risque d’être d’autant plus tenté de faire des migrants les otages de sa survie politique.
Mais il n’y a pas qu’en France -ni hélas qu’au sein de la seule droite- que l’on déplore le recours à cette pratique déshonorante, avec des variantes selon le contexte politique national. Le cas le plus récent est celui de l’ex-dirigeante du parti de la gauche allemande ( « Die Linke »), Sahra Wagenknecht, dont la nouvelle formation (qui porte son nom…) vient de remporter un double succès électoral. Sa stratégie, dite de « gauche conservatrice » (!), mise sur la portée d’un discours à la fois calqué sur celui de la gauche concernant le social et sur celui de l’extrême-droite en matière d’immigration -jusqu’à préconiser, à l’instar des Conservateurs britanniques, l’examen des demandes d’asile hors de l’Union européenne. « Sahra Wagenknecht joue avec le feu », écrivais-je dans ces colonnes dès les débuts de sa dérive, en 2018, lorsqu’elle critiquait l’aide apportée aux réfugiés de la guerre civile syrienne au prétexte que l’Allemagne -qui accumulait alors quelque 250 milliards d’euros d’excédents commerciaux par an- ne disposait pas « de suffisamment de moyens pour ses citoyens les plus démunis » ! Aujourd’hui, on constate que sa campagne a coûté beaucoup de voix à la gauche, sans affaiblir en rien l’extrême-droite…
Ces calculs sont-ils durablement payants pour celles et ceux qui s’y livrent ? Rien n’est moins sûr. En témoigne la sévère déconvenue électorale subie par une « jusqu’au boutiste »en la matière : la Première ministre sociale-démocrate du Danemark, Mette Frederiksen. Ne déclarait-elle pas devant son parlement en janvier 2021 que son objectif était que son pays ne reçoive plus aucun demandeur d’asile ? Comment ? En refoulant systématiquement tout demandeur « vers un pays extérieur à l’Europe »…Las, les dernières élections européennes ont été marquées au Danemark par une lourde défaite du parti social-démocrate et un succès sans précédent du parti du peuple socialiste, authentiquement de gauche. À méditer par les politiciens tentés par le « modèle danois » en matière d’immigration. Il est grand temps de penser le monde à venir avec pour repères non la forteresse mais les communs, non le refoulement mais la solidarité, non les rapports de force mais les coopérations dans l’égalité.




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