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BANNIR LA GUERRE, CONSTRUIRE LA PAIX
Cet été n’aura connu aucune trêve dans le déchaînement de violences effroyables contre des populations civiles, que ce soit au Proche-Orient, en Ukraine, ou encore au Soudan. Heureusement, des initiatives diplomatiques ont tranché avec ce contexte mortifère : elles méritent qu’on s’y arrête, car elles montrent le bon chemin. C’est le cas des efforts conjoints de l’Union africaine, de l’Arabie saoudite, de l’Egypte, des Émirats arabes unis, des Etats-Unis et de l’ONU pour organiser des pourparlers entre les deux protagonistes de la guerre qui fait rage au Soudan, arrivé, selon l’ONU, à un « point de rupture cataclysmique ».
Une autre exemple à saluer est celui des efforts appuyés de la Chine pour servir de médiatrice entre la Russie, dont elle est proche, et l’Ukraine, dont elle défend le principe essentiel de la souveraineté territoriale. De fait, après la venue d’un envoyé spécial de Pékin à Kiev, où il déclara que des négociations de paix étaient, selon lui, « la seule voie praticable » pour mettre fin aux hostilités, ce fut au tour du ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, de se rendre, fin juillet, en Chine. Une « première »qui n’est pas sans indisposer Washington dans la mesure où Pékin prône, en même temps que le respect de la souveraineté territoriale -chère à Kiev-, des garanties de sécurité pour la Russie, dont l’OTAN ne veut pas entendre parler. À noter qu’après la Chine, l’autre géant du « Sud global », l’Inde, vient de faire, à son tour, le voyage de Kiev après celui de Moscou. Peu de temps auparavant, le président brésilien Lula avait réitéré sa position en faveur de « négociations de paix impliquant les deux côtés du conflit » et son homologue sud-africain, historiquement lié à Moscou, a accepté de recevoir le Président ukrainien à Pretoria.
Autant de gestes qui ont le mérite de laisser entrevoir une autre voie possible : celle d’un arrêt des combats en échange de la recherche multilatérale d’un règlement politique, associant, aux côtés des Etats occidentaux, les grands acteurs du Sud, tous opposés à la poursuite de la guerre. Placées sous l’égide de l’ONU, à partir des principes du droit international, ces discussions dureraient le temps nécessaire pour trouver des compromis mutuellement acceptables .
Concernant l’enfer de Gaza, on rétorquera que les Etats-Unis ont, eux aussi, le mérite de rechercher un cessez-le-feu durable. De fait, ils ont pris, le 10 juin dernier, l’initiative d’une excellente résolution du Conseil de sécurité de Nations unies, qui n’a été bloquée pas aucun pays membre de cette instance (1). Il s’agissait d’un plan en trois étapes, prévoyant progressivement « la cessation permanente des hostilités », la libération des otages, « le retrait total des forces israéliennes de Gaza » et la reconstruction de Gaza ! Problème: comme on pouvait s’y attendre, Netanyahu s’employa à torpiller ce projet quitte à prendre le risque d’un embrasement régional. Que fit Washington pour sauver son plan, lui qui dispose d’un moyen radical d’arrêter le bras du pouvoir criminel de l’équipe Netanyahu en stoppant les livraisons d’armes ? Il accepta d’accorder concession sur concession à son allié stratégique, au prix d’une dramatique impasse des interminables négociations de Doha, au Qatar, tandis que se multiplient les exactions les plus horribles de l’armée d’occupation, tant à Gaza qu’en Cisjordanie et au Liban ! Construire la paix nécessite cohérence et détermination : c’est un combat politique, mais c’est un combat.
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(1) Document S/2024/448 – « La situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne ».
QUAND LE RN FLATTE L’ « ESTABLISHMENT » OCCIDENTAL
Traditionnellement parents pauvres des émissions pré-électorales, les enjeux internationaux ont été, cette fois, totalement absents du principal débat télévisé d’avant 1er tour, sur TF1, « faute de temps » selon ses organisateurs. Deux jours plus tard, France 2 n’a guère fait mieux : seule la polémique sur l’aide à l’Ukraine tint lieu de « clarification » en matière de politique étrangère du RN. La réponse du candidat lepéniste à ce sujet mérite d’ailleurs qu’on s’y arrête : « Je ne laisserai pas l’impérialisme russe absorber un État allié comme l’Ukraine » assura sans sourciller le Président d’un parti dont la principale figure, non seulement fut reçue avec tous les honneurs (et beaucoup de caméras) au Kremlin en 2017, mais considérait encore en 2022, le jour-même du lancement de l’agression russe contre l’Ukraine (qu’elle a, certes, condamnée) que « tout le monde a une forme d’admiration pour Vladimir Poutine »… »Paris vaut bien une messe » reconnut Henri IV pour expliquer sa conversion au catholicisme afin de pouvoir devenir Roi de France. « Matignon vaut bien un ripolinage verbal »semble se dire le candidat d’extrême-droite, sans d’ailleurs que les fidèles de Poutine ne paraissent s’en émouvoir : « Partout nos amis montent » se réjouissait récemment l’un d’entre eux (Les Echos, 26/6/2024).
Qu’en est-il, à présent du positionnement du RN sur les autres enjeux diplomatico-militaires majeurs de la période ? Arrêtons-nous sur le cas de la défense par exemple. Il s’agit, selon Bardella, de « l’un des sujets les moins conflictuels avec Emmanuel Macron » (sic) . Pour autant, l’augmentation de 46% du budget des armées depuis l’élection de celui-ci n’est manifestement pas encore à la hauteur des ambitions militaristes du candidat de l’extrême-droite, qui estime que « l’économie de guerre » mise en œuvre jusqu’ici fut « bien légère ». Malheureusement, aucun journaliste ne lui a jamais demandé de décrire sa conception d’une « économie de guerre » lourde ? Quant à la place de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, que Marine Le Pen fustigeait naguère, elle est jugée désormais par son protégé comme un facteur de « responsabilité » et de « crédibilité » de notre pays « à l’égard de ses alliés ». C’est que le RN version 2024 entend être pleinement occidentalo-compatible. Le cas échéant, avec zèle : « Reconnaître aujourd’hui un État palestinien reviendrait à légitimer l’action terroriste du Hamas » ose ainsi Bardella, aussitôt félicité par un ministre de Netanyahu, Amichaï Chikli, « très heureux à la perspective d’établir un dialogue positif » avec le RN…
La stratégie de la Présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, a manifestement fait école. Pour arriver à ses fins, celle qui, naguère, reconnaissait sans vergogne son admiration pour Mussolini, a mis son héritage « post-fasciste » sous le boisseau au profit d’une connivence avec la droite européenne la plus atlantiste. Cette « normalisation » ne l’a nullement empêchée de faire siéger ses députés européens aux côtés des extrémistes de droite polonais, néerlandais, espagnols, belges, suédois et…français du parti de Zémour, « Reconquête ». Comme la cheffe des « Frères d’Italie », ses homologues français flattent l’« establishment » occidental tout en promouvant l’identité immuable de l’extrême-droite faite de nationalisme exacerbé, de hiérarchisation des citoyens en fonction de leur nationalité, de xénophobie et de racisme -toutes choses qu’un certain nombre de gardiens habituels des « valeurs » européennes et occidentales ne semblent pas considérer comme rédhibitoires. Honte à eux : le respect de la dignité fixe les limites de la tolérance.
EUROPE : CE QUI PEUT CHANGER AVEC LE « FRONT POPULAIRE »
Comme pour les autres chapitres du « Contrat de législature » du nouveau « Front populaire », les passages concernant la politique européenne de celui-ci sont le fruit de compromis collectivement assumés par les différentes composantes de la gauche. Le fait qu’un tel résultat a pu être atteint dans un domaine aussi sensible en dit long sur la conscience -unanime- de l’enjeu politique sans précédent de ces élections de la part de toutes les formations politiques concernées. Ce texte les engage toutes. Les seules questions qui vaillent sont finalement de savoir si les mesures préconisées répondent à trois « R »: sont-elles en rupture avec les politique suivies jusqu’ici ou envisagées par les autres partis ? Sont-elles réalistes dans le contexte des rapports de force en Europe ? Sont-elles rassembleuses en France ?
Elles sont à l’évidence des actes de rupture. Un seul exemple : le refus de l’austérité. Rappelons que les règles budgétaires très strictes du « Pacte de stabilité » avaient été suspendues du fait de la pandémie en mars 2020 pour une durée indéterminée. L’an dernier, les 27 gouvernements ont mené d’âpres négociations entre les partisans d’un retour à la « discipline » budgétaire et à l’austérité -au premier rang desquels la coalition au pouvoir en Allemagne- et les défenseurs, au Sud de l’Europe, d’une orientation plus favorable à la croissance et aux investissements publics, notamment ceux qu’exige l’urgence climatique. Face au forcing de Berlin, beaucoup comptaient sur la détermination de Paris. Bruno Le Maire n’avait-il pas qualifié le Pacte de stabilité d’ « obsolète »? Fin décembre dernier, ce bras de fer -qui aurait pu déboucher sur un début de changement prometteur- se conclut en définitive par le ralliement de la France à l’essentiel des thèses austéritaires allemandes. La messe fut dite : par delà quelques fioritures, le vieux Pacte « obsolète » était de retour. On connaît la suite…Récuser les « contraintes austéritaires » du pacte budgétaire, tout en recherchant l’équilibre entre les dépenses et les recettes grâce, notamment, à une profonde réforme fiscale visant le capital et les grandes fortunes : telle est la rupture que propose la gauche unie. Cet objectif est réaliste sur le plan européen, précisément parce que nombreux sont les pays de l’UE où la même aspiration populaire s’exprime : rappelons que plus d’une personne sur cinq, dans l’UE, est menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale (Eurostat 2023). Il est, enfin, rassembleur en France car il répond à une double urgence : l’amélioration du pouvoir d’achat et le retour de services publics correctement financés. C’est une belle bataille, constructive et emblématique, en perspective.
Autre acte de rupture avec la droite et l’extrême-droite, tant en France qu’en Europe : la relance du « Pacte vert » européen pour la défense de l’environnement et du climat, que nos adversaires ont entrepris de déconstruire. Elle est réaliste, car elle répond à une urgence perçue par le plus grand nombre. Elle est rassembleuse, car elle s’accompagne des financements nécessaires pour ne pas pénaliser les classes populaires. Il en va de même pour notre choix de la défense d’une agriculture paysanne et d’un prix rémunérateur pour les productions (plutôt que des aides aléatoires et notoirement insuffisantes) ; ou encore de notre opposition aux traités de libre-échanges comme de notre engagement en faveur d’une ré-industrialisation de l’Europe, notamment dans les domaines stratégiques : ces changements sont au cœur des attentes de notre peuple et « parlent » à des millions d’Européennes et d’Européens. Sur les enjeux européens aussi, un succès du nouveau « Front populaire » permettrait d’amorcer une « bifurcation » salutaire !




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