Posts filed under ‘Francis Wurtz’

POUR LE CONGO AUSSI : AGIR POUR LA PAIX !

« Quelque 11 000 spectateurs sur les gradins et dans la fosse de l’Accor Arena et une trentaine d’artistes sur scène pour lever des fonds pour les enfants de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) » relatait RFI le 23 avril dernier ! Par-delà son objectif direct, cette belle initiative de solidarité a eu le mérite d’attirer l’attention sur l’incommensurable tragédie dans laquelle est plongée la population de la région congolaise du Kivu depuis plusieurs décennies, et ce, jusqu’il y a peu, dans l’indifférence quasi-générale.  

A la base, il y a le terrifiant génocide des populations tutsies au Rwanda voisin en 1994 et la fuite massive vers le Zaïre (future RDC) aussi bien de Tutsis voulant échapper aux massacres que de Hutus par peur des représailles. C’est dans ce contexte incandescent, auquel s’ajoutent l’héritage colonial et l’extrême faiblesse de l’Etat de la RDC, que la région du Kivu -par ailleurs riche de ressources minières très convoitées- est devenue, depuis plusieurs décennies, le théâtre de conflits  effroyables impliquant des groupes armés, avec le soutien actif du Rwanda de Paul Kagamé. Le bilan humain de ces guerres sans fin est insoutenable : des millions (!) de morts et des millions de personnes déplacées. 

La dernière phase de ce drame a commencé il y a plus de trois ans quand le groupe armé M23 , qui avait déjà sévi en 2012-2013 avant d’être défait par l’armée congolaise et la force de maintien de la paix des Nations unies (MONUSCO), a recommencé à semer la terreur et le chaos dans cette région. En janvier dernier, la grande ville de Goma, au Nord du lac Kivu, puis, en février, celle de Bukavu, au Sud -deux villes stratégiques- sont tombées aux mains du groupe rebelle M23, puissamment appuyé par l’armée rwandaise : ce désastre a fait franchir au conflit congolais un nouveau et dangereux palier. 

« Derrière ces conflits complexes où s’entremêlent de nombreux acteurs et intérêts, une victime reste constante : la population congolaise », notent très justement deux chercheurs belges présents sur le terrain (1). Ils décrivent un « quotidien pavé d’humiliations  constantes et d’un traitement dégradant » et rappellent : « Après l’entrée des rebelles, la ville de Goma était jonchée de cadavres. Peur et souffrance se mêlaient au chaos ambiant et à une dégradation économique fulgurante (…) La population, déjà fragilisée, a sombré dans une panique totale ».

Il aura fallu ce nouveau drame, qui risque de conduire à un nouvel embrasement régional, pour que réagissent -mollement- les fervents alliés du régime rwandais. Cela vaut notamment pour l’Europe. Le 19 février 2024, avait même été signé un protocole d’accord entre l’Union européenne et le Rwanda visant à « favoriser le développement de chaînes de valeur durables et résilientes pour les matières premières critiques »…des territoires congolais occupés ! Dans un communiqué publié le même jour, il était clairement mentionné que l’objectif de cet accord était « de renforcer le rôle du Rwanda dans la promotion du développement durable et des chaînes de valeur résilientes en Afrique »! 

Habituellement prompte à décider des sanctions contre des pays violant le droit international, l’UE a attendu…le mois dernier pour prendre les premières mesures concernant le Rwanda. Faut-il le rappeler : Agir pour la paix, cela vaut aussi pour le Congo !

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(1) Héritier Mesa (Université libre de Bruxelles) et Ramazani K. Lucien (Université catholique de Louvain). 

2 Mai 2025 at 10:15 Laisser un commentaire

NUCLÉAIRE IRANIEN : LA DIPLOMATIE OU LA GUERRE ?

Samedi prochain, 26 avril, auront lieu des pourparlers cruciaux entre les Etats-Unis et l’Iran, sous la médiation du Sultanat d’Oman, pour tenter de trouver un accord mutuellement acceptable sur le programme nucléaire de Téhéran. Il s’agira, en l’espace de trois semaines, de la troisième rencontre entre les deux pays, qui n’ont plus de relations diplomatiques depuis 46 ans. En ce sens, ces négociations méritent attention. En outre, le fait que Washington ait évoqué jusqu’ici des discussions « très positives » et Téhéran une « atmosphère constructive et de respect mutuel » nourrit l’espoir que l’on puisse enfin revenir à la seule voie responsable susceptible de parvenir à éviter que l’Iran n’acquière des armes nucléaires.

Rappelons, en effet, qu’il y a dix ans, un accord historique avait pu être conclu avec Téhéran après des années d’efforts d’une large coalition d’Etats comprenant -excusez du peu- les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne et France), auxquels s’étaient joints l’Allemagne ainsi que l’Union européenne comme telle ! Cet emblématique « Accord de Vienne » de 2015 permettait le contrôle du programme nucléaire iranien par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et prévoyait, en retour, la levée progressive des sanctions économiques internationales qui frappaient durement l’Iran. Le monde entier salua cette performance diplomatique… jusqu’à l’élection d’un certain Donald Trump, en 2016. Celui-ci torpilla cet accord en en retirant la signature de son pays et rétablit unilatéralement de très lourdes sanctions contre Téhéran. Le résultat de cette violation imbécile du droit international fut, comme attendu, la reprise par l’Iran de l’enrichissement d’uranium au-delà des limites autorisées. Au point que, selon le directeur général de l’AIEA, le pays n’est, aujourd’hui, « pas loin » de disposer de la bombe atomique. 

Dés lors, que faire ? Pour Netanyahu , enhardi par le sérieux affaiblissement de l’Iran, privé de ses principaux alliés -notamment le Hezbollah, très diminué- , l’heure est plus que jamais au bombardement des sites iraniens concernés, fussent-ils profondément enterrés et protégés, et donc atteignables que par des bombes très lourdes, quitte à provoquer l’embrasement général du Moyen-Orient. Devant la difficulté de l’aventure et les risques de représailles, le criminel de guerre en chef israélien fit, au début du mois d’avril, le voyage de Washington pour s’assurer du concours de la Maison Blanche. En vain, à ce stade, les conseillers de Trump étant conscients du prix à payer en cas d’implication directe de l’armée américaine dans ce bourbier. En outre, l’Arabie saoudite -dont Trump entend se faire le second grand allié de la région (à côté d’Israël)- , a renoué avec l’Iran (sous l’égide de la Chine) en 2023 et voit d’un très mauvais œil pour son propre développement le spectre d’une nouvelle guerre dévastatrice. D’où, jusqu’ici, le choix d’une nouvelle tentative de solution diplomatique du problème du nucléaire iranien.

Aussi assiste-t-on, ces derniers jours, à un « ballet diplomatique tous azimuts » (« L’Orient-Le-Jour »), impliquant -séparément- les Etats-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite, la France, l’Italie et, naturellement, l’Iran, au plus haut niveau. Du côté de l’Iran, un accord est visiblement souhaité, à la condition que l’enrichissement d’uranium dans les limites correspondant à une industrie nucléaire civile ne  soit pas prohibé – ce que l’émissaire de Trump avait accepté…avant de se raviser ! Manifestement, les pressions de Netanyahu sur la Maison Blanche ne sont pas sans effet.  Espérons que la sagesse prévaudra ! L’alternative est dramatiquement simple : la diplomatie ou la guerre ! 

24 avril 2025 at 6:27 Laisser un commentaire

LES ENJEUX DE LA RECONNAISSANCE DE L’ÉTAT DE PALESTINE 

Ainsi donc, la France s’apprête-t-elle à reconnaître l’Etat de Palestine. La « patrie des droits de l’homme » sera le 149 ème État du monde (sur 193) à prendre cette décision, 37 ans après la proclamation de la « Déclaration d’indépendance de l’Etat de Palestine » par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), alors présidée par Yasser Arafat, à Alger (15 novembre 1988). On ne peut que regretter l’attentisme et le perpétuel renvoi à un hypothétique « bon moment » manifesté à cet égard par nos dirigeants successifs. Pour autant, plutôt que de s’appesantir sur les regrets, il est plus productif d’examiner les dynamiques positives pouvant découler de cette initiative diplomatique, « a priori » bienvenue. 

Le premier enjeu à prendre en considération me semble être l’appropriation de la signification politique de cet acte solennel par les citoyennes et les citoyens français comme par l’opinion publique internationale. En faisant ce choix, la France réaffirme officiellement qu’il existe, en droit international, une autorité politique palestinienne -« l’Autorité palestinienne »-; un territoire palestinien -la Cisjordanie, Jérusalem Est et la bande de Gaza-; enfin, une population sur ce territoire : le peuple palestinien. Cela paraît banal, sauf qu’il s’agit précisément de réalités essentielles battues en brèche par l’occupant israélien, qui prétend depuis des lustres qu’il « n’a pas d’interlocuteur avec qui négocier », qui a annexé Jérusalem, colonise la Cisjordanie et prétend expulser les Gazaouis de leur territoire anéanti et les déporter hors de Palestine ! Décider, pour la France, d’entrer officiellement en relation avec l’État de Palestine doit donc  comporter l’engagement d’expliciter en toute clarté, nationalement et internationalement, la portée politique de sa prise de position. Et, à plus forte raison, faut-il cesser de traiter en quasi-délinquants celles et ceux qui se mobilisent pacifiquement pour le respect des droits fondamentaux des Palestiniens. 

Un autre enjeu, qui découle de ce qui précède, est l’action que va entreprendre la France pour contribuer à passer  du slogan de « la solution à deux États » à sa concrétisation. Cela passe par le refus de l’insoutenable impunité dont bénéficie sans discontinuité le pouvoir israélien, fût-il dirigé par un criminel de guerre frappé d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale . À cet égard, on est en droit d’attendre de Paris, dans ce nouveau contexte, qu’il use de son influence au sein de l’Union européenne, pour que celle-ci opère un véritable tournant dans ses relations avec Tel-Aviv, en suspendant jusqu’à nouvel ordre l’  « accord d’association » ultra-privilégié dont Israël est le seul pays au monde à bénéficier. 

Enfin, si le but à atteindre est bien d’arriver à une situation où les deux États, souverains, vivant côte à côte et en sécurité, soient mutuellement reconnus par tous les États de la région, la condition de cette normalisation diplomatique est la conclusion d’un accord de paix entre Israël et l’Etat palestinien. Nous en sommes loin ! Que signifient, dès lors, ces propos sibyllins d’Emmanuel Macron, accolant à son initiative de juin prochain avec l’Arabie saoudite le projet de « finaliser le mouvement de reconnaissance réciproque par plusieurs pays » ? Cela ressemble furieusement aux « Accords d’Abraham » lancés par Donald Trump 1…pour priver les Palestiniens de leur dernier atout : sans État palestinien, pas de porte ouverte pour Israël sur toute la région ! Troquer la reconnaissance de l’Etat de Palestine contre la relance du plan Trump auprès des dirigeants arabes constituerait un sommet d’hypocrisie ! Espérons qu’il n’en sera rien.

17 avril 2025 at 10:02 Laisser un commentaire

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