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VICTOIRE HISTORIQUE DU SINN FEIN ! (IRLANDE DU NORD

                Historique, la victoire du Sinn Fein, ce 5 mai 2022, l’est à plusieurs titres ! Depuis un siècle que cette province irlandaise dite « Irlande du Nord » a été rattachée à la Grande Bretagne, c’est la première fois que ce parti républicain et progressiste  -dont la raison d’être est de réaliser la réunification du pays-  supplante le DUP, leader de la droite ultra appelée « unioniste » car elle refuse toute perspective de séparation d’avec le « Royaume uni » !

 Cette victoire éclatante offre au Sinn Fein (Michelle O’Neill) le poste de Premier Ministre de la province, et celui de Vice-Premier Ministre au parti unioniste. En effet, l’ Accord du « Vendredi saint »  -ce compromis qui permit, en 1998, de mettre un terme à 30 ans de « troubles » sanglants entre les deux communautés-   prévoit que le parti arrivé en tête dans chacun des deux « camps » s’allie à son adversaire pour administrer ensemble, et dans une quasi-égalité de responsabilité, l’Irlande du Nord. 

Cette bascule de la droite vers la gauche en Irlande du Nord est d’autant plus prometteuse qu’au Sud de l’île, dans la République d’Irlande, le Sinn Fein  -seul parti présent dans les deux entités-  est également en position favorable pour gagner les prochaines élections. Plébiscité par les jeunes, il est à la pointe du combat pour les grands enjeux de société (moyens de vivre, logement, santé, droits des femmes…) et a acquis une crédibilité de parti de gouvernement. Mary-Lou Mc Donald, la brillante et très populaire présidente du Sinn Fein, partisane d’un référendum sur la réunification de l’île, parle de « la probabilité d’une Irlande unie dans les prochaines années ». On imagine l’émoi dans l’entourage de Boris Johnson, allié indéfectible des fanatiques du DUP et empêtré dans le blocage du « Protocole Nord-irlandais » , seul moyen d’éviter le rétablissement d’une frontière douanière dure sur l’île, après le Brexit…

On permettra à l’ex-président du groupe de la « Gauche unitaire » au Parlement européen d’évoquer les liens particuliers qui lient ce groupe à nos amis du Sinn Fein (Nord et Sud mêlés) : en mars 2004, nous nous sommes rendus à Belfast pour apprendre à mieux connaître cette force progressiste atypique, susceptible d’envoyer, la même année, ses premiers élus à Strasbourg et Bruxelles. Le courant passa immédiatement entre nous. Le Sinn Fein choisit de rejoindre notre groupe, sa première députée européenne n’étant autre que la jeune et dynamique Mary-Lou , aujourd’hui à la tête de son parti. L’année suivante, le leader historique du Sinn Fein, Gerry Adams, se rendit, pour la première fois, au Parlement européen, ce qui contribua à faire connaître le vrai programme actuel de son organisation, résolument orientée vers la démocratie, le progrès social et sociétal et la paix. En 2007, le Sinn Fein me fit l’honneur de m’inviter  à prendre la parole à son Congrès, puis à assister à l’investiture solennelle du premier Vice-Premier Ministre d’Irlande du Nord issu du Sinn Fein : Martin Mc Guinness, prêt à travailler avec son pire adversaire, le  très réactionnaire révérend unioniste, Ian Paisley, dans l’espoir de contribuer au dépassement définitif du climat de guerre civile dans la province. 15 ans plus tard, l’objectif reste le même. Car, souligne avec sagesse Mary-Lou Mc Donald : « Il y a besoin de réconciliation avant la réunification ». Bon vent à nos amis du Sinn Fein ! Ár ndlúthpháirtíocht go léir ! (x)

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(x) Toute notre solidarité ! (en gaélique irlandais) 

12 Mai 2022 at 11:52 Laisser un commentaire

UKRAINE : GARE AU PAS DE TROP VERS LA GUERRE TOTALE ! 

« Nous n’avons pas l’intention de nous engager dans des actions qui pourraient être mal comprises ou déformées. Nous reconnaissons, en ce moment de tension, combien il est essentiel que les Etats-Unis et la Russie gardent à l’esprit le risque d’erreur de calcul et prennent des mesures pour éviter ces risques ». Ainsi parlait John Kirby, le porte-parole du Pentagone, début mars. « Il faut stopper cette guerre sans devenir nous-mêmes des belligérants », précisait, de son côté, Emmanuel Macron, décidé, pour cette raison, à limiter son aide militaire à Kiev à des armes « défensives ». 

Aujourd’hui, ces précautions semblent tenues pour obsolètes par Washington, comme par ses alliés. Le 28 avril dernier, Joe Biden annonçait une énième rallonge de 20 milliards de dollars d’aide militaire supplémentaire à l’Ukraine, aussitôt suivie d’une avalanche d’annonces de nouvelles fournitures d’armes par les dirigeants de pays européens. A présent, les livraisons d’armements lourds ne sont plus « taboues » : artillerie, blindés et munitions de gros calibre s’ajoutent officiellement aux équipements plus sophistiqués tenus secrets . Significativement, c’est sur leur base militaire de Ramstein, en Allemagne, que les Etats-Unis ont choisi de présider une réunion de 40 alliés, destinée à peaufiner l’organisation de cette nouvelle phase de l’implication des Etats occidentaux dans cette guerre porteuse de lourds périls pour la sécurité européenne, voire mondiale.

Pourtant, l’agression russe contre l’Ukraine était, dès son lancement, totalement injustifiable et son bilan humain et matériel est, depuis longtemps, atterrant ! La volonté de sanctionner durement le Kremlin et d’en isoler le chef fut, d’emblée, largement partagée . Et l’objectif premier de la communauté internationale fut de contribuer , autant que faire se peut, à tenter d’ouvrir de vraies négociations, les Ukrainiens devant décider eux-mêmes des compromis acceptables . La question se pose donc : qu’y-a-il de changé, en l’espace de quelques semaines, en Ukraine, pour justifier, du point de vue des dirigeants occidentaux, que la prudence d’hier laisse place à l’escalade aujourd’hui ? 

« Il y a une possibilité pour la Russie de perdre la guerre », a répondu le secrétaire américain à la défense, Lloyd Austin. De fait, l’armée russe rencontre de sérieuses difficultés sur le terrain, face à la résistance des Ukrainiens et à l’afflux d’armes occidentales de plus en plus modernes. Il n’y aurait donc qu’à accentuer la contre-offensive occidentale pour obtenir la capitulation de Poutine ? Qu’on souhaite ou non ce type d’ issue, pareille hypothèse est, pour le moins, hasardeuse ! Le risque n’est-il pas plutôt que, face à une éventuelle impasse de la guerre actuelle, son initiateur -considérant les fournisseurs d’armes comme « co-belligérants »- finisse par mettre à exécution sa terrible menace de leur faire subir « des conséquences que vous n’avez jamais connues ». On peut, bien sûr,  répondre à l’irresponsabilité par l’irresponsabilité, tel Jean-Yves Le Drian déclarant à la télévision française : « L’OTAN est aussi une puissance nucléaire  » ! Il semble plus sage d’analyser avec sang-froid ce qui est sans doute la situation la plus dangereuse que l’Europe, voire le monde, ait connue depuis la crise de Cuba.
Gare au pas de trop vers la guerre totale !

5 Mai 2022 at 7:00 1 commentaire

LE  DÉSASTREUX « EFFET-POUTINE » SUR L’EUROPE

On mesure chaque jour un peu mieux l’ampleur des dommages causés par la guerre insensée lancée par Poutine contre l’Ukraine ! En plus de faire des Ukrainiens un peuple martyr , de détruire une partie de leur pays et de l’amputer d’une autre  -un crime impardonnable qui pèsera lourd sur l’image, l’autorité et le rayonnement de la Russie et coûtera malheureusement très cher au peuple russe dans son ensemble- , cette invasion entraîne d’incommensurables « dégâts collatéraux ». En Europe, l’OTAN en sort renforcée et -pire !- indûment relégitimée. Quant à l’Union  européenne, elle est en train de donner un contenu plus que préoccupant à son ambition « géopolitique », sous l’effet  du retour de la guerre à nos portes. 

L’OTAN, tout d’abord. Certes, la grande majorité des dirigeants de l’UE ont, de tout temps, considéré que  l’organisation du traité de l’Atlantique Nord était au cœur de la défense du territoire européen. Y compris les partisans d’une « défense européenne » ont toujours pris soin de souligner la « complémentarité » de celle-ci avec l’organisation militaire transatlantique. Cependant, un timide débat s’était ouvert sur la pertinence d’une alliance tellement éloignée de sa mission initiale qu’elle apparaissait, aux yeux de certains, « en état de mort cérébrale »…Désormais, l’auteur de cette formule audacieuse est totalement rentré dans le rang, estimant que la guerre russe contre l’Ukraine « redonne une clarification stratégique en la ramenant aux conflictualités de ses origines »(1). C’est une première régression dans la foulée de l’aventure criminelle de Vladimir Poutine.

S’y ajoute la mue stratégique de l’Union européenne depuis « l’électrochoc » du 24 février dernier.  Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer les positions défendues par le chef de la diplomatie européenne , Josep Borrell, avant et après ce traumatisme totalement inattendu. Le 5 février 2021, le « Haut-Représentant pour les Affaires étrangères et la sécurité commune », alors connu pour sa volonté de dialogue, s’était rendu à Moscou -en plein contexte de « l’Affaire Navalny » -contre l’avis des « durs » du Conseil européen. Aucun de ses prédécesseurs n’avait fait ce geste depuis 2017. Or, le même homme développe aujourd’hui , par conviction personnelle ou parce que telle est devenue l’orientation quasi-unanime du Conseil européen qu’il représente, une vision de la stratégie européenne diamétralement opposée à celle qui lui avait valu l’ire des ultras, un an auparavant. 

« L’Union européenne a brisé plusieurs tabous » se félicitait-il ainsi récemment : « elle a décidé des sanctions sans précédent et, pour la première fois, elle a livré des équipements militaires à un pays attaqué » , ajoutant qu’elle avait « besoin de hard power » (capacité d’imposer sa volonté par des moyens militaires ou économiques, par opposition au soft power, capacité de convaincre par la manière douce). Prônant « un changement radical en matière de sécurité et de défense », consistant pour tous à « dépenser plus », à veiller à une « plus grande coordination au sein de l’UE et de l’OTAN », il a appelé à « penser et à agir en termes de puissance » dans cette « nouvelle phase de l’histoire européenne »…(2) Quel gâchis !

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(1) Emmanuel Macron, lors de la présentation de son programme pour l’élection présidentielle (17/3/2022)

(2) Josep Borrell, « Le grand continent » (24/3/2022)

28 avril 2022 at 11:15 2 commentaires

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