Posts filed under ‘Francis Wurtz’

QUAND LES EUROPÉENS SE METTENT À DOUTER DE L’OTAN…

wurtz-l-humanite-dimanche« Les Etats-Unis semblent s’acharner à affaiblir leurs alliés (…) Ce ne sont pas seulement leurs alliés kurdes qu’ils trahissent, c’est la notion même d’alliance. Après l’abandon spectaculaire des Kurdes, comment les Alliés de l’Amérique ne pourraient-ils se sentir déstabilisés jusqu’au plus profond d’eux-mêmes (…) La confiance se gagne lentement et se perd très vite, de manière brutale et parfois définitive. » (1) L’auteur de ces propos alarmistes n’a rien d’un contestataire invétéré de l’ordre euro-atlantique : ancien disciple de Raymond Aron, co-fondateur du très classique « Institut français des relations internationales » (IFRI) , européen convaincu, Dominique Moïsi exprime ici une forme de désarroi aujourd’hui très répandue dans l’UE, jusque dans ses milieux dirigeants.

Certes, les interrogations sur la fiabilité du « protecteur » américain de datent pas d’hier. Un malaise se manifestait déjà sous la présidence Obama. Mais il s’agissait alors de tout autre chose : des va-t-en guerre européens reprochaient à Washington de les stopper dans leur élan ! On se souvient de la tempête déclenchée dans les cercles atlantistes par ce qui fut qualifié, en 2013, de grave « reculade » de Barack Obama : la « faute stratégique » imputée au Président américain avait été -face à l’utilisation d’armes chimiques par Bachar al Assad- d’avoir opté, non pour une très dangereuse intervention militaire en Syrie, vivement souhaitée par Paris, mais pour un accord de dernière minute avec la Russie sur la destruction de l’arsenal chimique syrien. « Il nous a lâchés sur la Syrie » lança, amer, Laurent Fabius, qui vit dans cette décision rien moins qu’ « un tournant pour le monde ».

Mais avec le nouveau locataire de la Maison-Blanche, le problème a changé de nature. Il ne s’agit plus d’un cas de faiblesse supposée du « chef du monde libre », mais d’un bouleversement complet des relations entre « partenaires » dans le monde occidental, désormais dominé par un personnage totalement imprévisible, adoptant une posture sinon franchement hostile envers les « Alliés » du vieux continent (n’hésitant pas à qualifier l’UE d' »ennemie »), à tout le moins cyniquement unilatérale et étrangère à toute forme de solidarité. Une situation sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale…et la création de l’OTAN ! Il ne manquait, pour finir de déstabiliser les dirigeants européens vis-à-vis de Washington, qu’une expérience concrète de trahison caractérisée d’alliés dans la lutte contre Daech. C’est désormais chose faite avec l’irresponsable lâchage des combattantes et combattants kurdes de Syrie, par Trump.

Difficilement avouable, le doute stratégique s’installe dans les esprits d’un certain nombre de dirigeants européens sur la pertinence d’une OTAN dans ces conditions. Mais pour quelle alternative ?  C’est le moment ou jamais de relancer le débat sur les conditions d’une sécurité collective européenne et internationale, sans allégeance à une quelconque grande puissance et avant tout fondée sur la prévention des conflits, les mesures de confiance et les accords multilatéraux.

———
(1) « Les Échos » (14/10/2019)

25 octobre 2019 at 10:54 Laisser un commentaire

LES TROIS LEÇONS DE « L’AFFAIRE GOULARD »

wurtz-l-humanite-dimanche« Sylvie Goulard doit expliquer pourquoi une enquête qui l’a contrainte à démissionner de son poste de ministre en France ne l’empêcherait pas de devenir commissaire européenne »: comment Emmanuel Macron a-t-il pu supposer que cette question de bon sens ne serait pas posée à sa candidate au poste de Commissaire lors de ses auditions par les parlementaires européens ? D’autant qu’à ce qui avait été reproché à l’ex-Ministre de la Défense venait de s’ajouter désormais un autre grief -et de taille- : celui d’avoir touché 10 000 € par mois de la part d’un grand lobby américain durant son mandat de députée européenne.  La sous-estimation par l’Elysée du handicap que représenterait ce passif dans une période où la question du rapport entre éthique et politique est devenue particulièrement sensible constitue une première leçon à retenir de « l’affaire » Goulard. Il ne suffit pas de se gargariser de belles paroles sur le « nouveau monde » pour s’imposer. Comme le disait Engels, « la preuve du pudding, c’est qu’on le mange ». 
Mais il y a un deuxième enseignement à tirer de ce fiasco politique de la « Macronie »: l’arrogance des « élites » françaises suscite un véritable phénomène de rejet en Europe ! Celle du Président de la République est suffisamment connue pour qu’il ne soit pas nécessaire de s’y appesantir. On se souvient aussi de la finesse de la tête de liste LREM aux élections européennes, Nathalie Loiseau. Elle avait dû renoncer à son poste -pourtant virtuellement garanti- de Présidente du groupe libéral européen, suite aux propos immodestes et insultants dont elle avait usé à propos de ses propres collègues ! Quant à Sylvie Goulard elle-même, elle n’a pas trouvé mieux que de répondre à ceux qui l’interrogeaient sur la contradiction entre sa démission du gouvernement français et sa candidature à la Commission européenne alors que l’enquête en cause à l’époque était toujours en cours : « Les standards sont plus élevés en France qu’au niveau européen. Vous ne voudriez pas qu’on impose aux autres pays les standards français » ! Outre la grossièreté du propos, on relèvera l’énormité de la bourde, quand on sait, par exemple, que dans les pays nordiques, les ministres ne bénéficient ni d’une voiture ni d’un appartement de fonction et peuvent être poussés à la démission pour une peccadille…
L’ « affaire » révèle enfin à qui l’ignorait une troisième réalité -que « l’Européen » Macron n’aurait pas dû oublier- : le Parlement européen dispose de pouvoirs non négligeables , y compris en matière de contrôle de la Commission. Sans son aval, un ou une Commissaire ne peut entrer en fonction ni la Commission tout entière entamer son mandat. Si le Parlement le décide, toute la Commission peut même être renversée. Il est donc particulièrement déplacé -et très marqué « ancien monde »- de reprocher, comme l’a fait Emmanuel Macron à la Présidente de la Commission, de ne pas tenir ses troupes, sa concertation avec deux présidents de groupe (droite PPE et social-démocrate) n’ayant finalement pas permis de faire adouber, comme prévu, Madame Goulard ! Eh oui : les élus européens  ne sont pas soumis aux arrangements politiciens des « premiers de cordée ». 

20 octobre 2019 at 6:07 Laisser un commentaire

« ALLIÉ » AMÉRICAIN ET « RIVAL SYSTÉMIQUE » CHINOIS

wurtz-l-humanite-dimancheLes Etats-Unis, qui sont, comme chacun sait, les « Alliés indéfectibles de l’Europe », viennent de lancer un nouveau missile commercial contre l’économie de l’UE, et particulièrement celle de la France. Après la surtaxation de l’acier et l’aluminium en juin dernier, l’administration Trump vient de décider de majorer d’un montant total de 7,5 milliards de dollars (!) les droits de douanes sur une série de produits d’exportation français, allemands, espagnols et britanniques. Cette mesure punitive -la plus forte jamais autorisée par l’Organisation mondiale du commerce- vise, selon Washington, à compenser les subventions indues versées par les quatre partenaires du consortium Airbus à leur industrie aéronautique (en réalité, des aides comparables à celles versées par les Etats-Unis à Boeing). Ces taxes supplémentaires seront, en principe, appliquées dès le 18 octobre prochain, non seulement aux exportations d’avions européens, mais, en prime, à des produits ciblés pour faire mal, tels que les vins et les fromages français (+ 25% !), les vêtements anglais, les outils allemands…Sur les quelque 9,7 milliards de dollars de pertes annuelles que s’attendent à subir les pays touchés, le quart concernerait la France. Trump ne s’arrête d’ailleurs pas en si bon chemin : il réfléchit à un autre volet de sanctions contre l’Europe, cette fois pour renchérir le prix des voitures exportées outre-Atlantique. Le suspense fait trembler les constructeurs , notamment allemands. On saura d’ici le 13 novembre quel sera le bon plaisir du locataire de la Maison-Blanche à ce propos. L’UE agite la menace de mesures de rétorsion mais se dit prête à négocier. « Nous tendons la main » a souligné notre ministre de l’économie, Bruno Le Maire, en invitant les Etats-Unis à écouter « la voix de la sagesse » !

Les termes utilisés par les responsables européens sont moins galants, s’agissant de la Chine, qualifiée, quant à elle, pour la première fois, de « rivale systémique » dans un document officiel de la Commission européenne, le 12 mars dernier. Le mot est fort et n’est appliqué qu’à la Chine. Pourtant, Pékin, contrairement à Washington, respecte les Accords multilatéraux que l’Union européenne juge essentiels, tels celui de Paris sur le climat ou celui de Vienne sur le nucléaire iranien. Le président chinois dit vouloir conclure avec les Européens des partenariats « gagnant-gagnant », quand celui des Etats-Unis arbore fièrement sa devise « America first ». Et sur les droits de l’homme, Donald Trump n’a guère de leçons à donner à Xi Jinping…Alors, pourquoi cette tolérance dans un cas et cette crispation « systémique » dans l’autre ? S’il s’agit d’empêcher l’acquisition incontrôlée de biens publics, de secteurs stratégiques ou d’éléments du patrimoine , on ne peut qu’acquiescer, mais cela vaut pour tout prédateur , d’où qu’il vienne ! Il n’en va pas de même, en revanche, quand le grief avancé est le refus de la Chine d’ouvrir à tous vents ses marchés publics : à nos yeux, c’est l’UE qui a le grand tort de se priver d’un levier d’influence publique sur l’économie en livrant aux plus offrants ces marchés gigantesques représentant près de 2000 milliards d’euros par an. Plutôt que de céder à l’angoisse « systémique » de voir un jour les Etats-Unis perdre leur « leadership », l’UE  gagnerait à construire avec la Chine, comme avec tout autre partenaire qui y est prêt, des relations exigeantes mais constructives.

10 octobre 2019 at 8:01 Laisser un commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

avril 2026
L M M J V S D
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  

Archives

Catégories

Pages

Pages