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TORPILLES CONTRE LE DROIT, LA DIPLOMATIE ET LA PAIX
« C’est une menace directe à la paix et à la sécurité du monde » : Antonio Guterres, Secrétaire général des Nations unies s’est exprimé clairement aussitôt après les raids scélérats de Trump -devenu l’obligé de Netanyahou- sur les principaux sites nucléaires iraniens. Pour la Présidente du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), la Suissesse Mirjana Spoljaric, l’escalade militaire au Moyen-Orient « risque de plonger la région -et le monde- dans une guerre aux conséquences irréversibles. (Or) Le monde ne peut pas absorber une guerre illimitée » ! Le cri d’alarme des organisations internationales fut d’emblée d’une clarté aveuglante.
A l’opposé , l’Histoire retiendra de ces journées noires, que les principales puissances occidentales ont, soit, comme les Etats-Unis, directement contribué à réaliser le rêve funeste du criminel de guerre israélien, soit, comme l’Europe, scandaleusement validé sa « guerre préventive » aux conséquences incalculables. On n’oubliera pas les propos honteux du Chancelier allemand remerciant Netanyahou d’avoir « fait le sale boulot à notre place », ou du Président français soulignant que les frappes israéliennes sur l’Iran (pourtant clairement reconnues par notre ancien ambassadeur à l’ONU, Gérard Araud, comme une « violation grossière du droit international » ) « ont des effets qui vont dans le sens recherché » (!), ou bien du Premier Ministre britannique reconnaissant aux Etats-Unis le mérite d’avoir « pris des mesures pour atténuer la menace » nucléaire Iranienne, ou encore de la Présidente de la Commission européenne répétant, à propos de l’attaque de Netanyahou contre l’Iran, l’antienne du « droit d’Israël à se défendre »…
Le fait que le régime iranien soit obscurantiste, théocratique et dictatorial ne légitime en rien l’ode netanyaho-trumpiste à la « paix par la force », au mépris du droit international et au prix du torpillage de négociations en cours . Pas plus à Téhéran qu’à Bagdad ou à Tripoli, on n’exporte la démocratie par la guerre ! Loin de libérer le peuple iranien de ses tyrans, la pluie de missiles israéliens avait tué des civils iraniens par centaines avant même l’entrée en guerre de Washington ! Désormais, l’angoisse du lendemain des habitants de Téhéran est à son comble. Il n’y a donc ni de « mais » ni de « si » : la guerre israélo-américaine est une faute impardonnable au regard du droit, de la diplomatie et de la paix.
L’Europe devrait être la première à défendre cette position, elle qui avait, en coopération avec le Président Obama, travaillé avec succès à « l’Accord de Vienne » en 2015, obtenant du même régime iranien l’engagement de respecter des normes d’enrichissement de l’uranium rendant impossible la fabrication d’une bombe atomique. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) était autorisée à effectuer les contrôles nécessaires et avait confirmé le plein respect de ces limites par les autorités du pays. En retour, les sanctions économiques frappant durement l’Iran devaient être levées. Trump, déjà lui, en décida autrement en 2018, en jetant unilatéralement l’accord aux orties. L’Europe s’est, dans les faits, résignée. Et voilà la guerre. Quelle terrible leçon !
IRRESPONSABILITÉ CRIMINELLE
« Toute négociation repose sur la volonté politique. Or, en l’occurrence, elle existe des deux côtés (…) L’Iran a vraiment besoin d’un accord et (…) le Président (Trump) comprend que l’absence d’accord risquerait d’entraîner les Etats-Unis dans un autre conflit au Moyen-Orient -ce qu’il veut absolument éviter. C’est pourquoi je pense qu’il y a de fortes chances pour qu’ une sorte d’accord-cadre soit conclu » (1) : telle fut, le 6 juin dernier, l’analyse de l’un des plus fins connaisseurs du dossier nucléaire iranien, soit une semaine avant l’attaque militaire massive d’une ampleur et d’une violence sans précédent lancée par l’armée israélienne contre l’Iran. Tout s’est passé comme si Netanyahu avait précipité « sa » guerre contre l’Iran, préparée de longue date, de peur d’être court-circuité par un règlement du dossier nucléaire iranien par la voie diplomatique, d’autant qu’un rendez-vous (américano-iranien) décisif était fixé deux jours plus tard à Oman !
Pourquoi, dès lors, Trump a-t-il finalement accepté que son proche allié israélien saborde les négociations en cours ? Sans doute qu’en adepte de « la paix par la force », n’a-t-il pas voulu être en reste face à l’ultra-belliciste Netanyahu, invoquant l’efficacité d’une « frappe préventive » pour écarter définitivement une « menace existentielle »…En tout état de cause, l’existence d’une chance sérieuse de solution politique à cette menace rend l’agression israélienne contre l’Iran foncièrement inacceptable. Banaliser dans ces conditions cette attaque unilatérale au nom du « droit d’Israël à se défendre », comme Emmanuel Macron s’est abaissé à le faire, est hallucinant.
En fait, ce que vise le leader israélien est de faire tomber le régime de Téhéran. Or, aussi exécrable et hideux que soit ce pouvoir, tenter de l’abattre par la guerre est non seulement un projet inacceptable, mais d’une irresponsabilité criminelle. Les assaillants exposent -en plus du peuple iranien, toutes opinions confondues- les peuples de tout le Moyen-Orient (israélien compris) aux effets en cascade de l’incendie qu’ils sont en train d’allumer : que le régime islamiste, acculé, pilonne les bases militaires américaines du Golfe ou bloque le détroit d’Ormuz -où transite un quart des hydrocarbures du monde-, voire renoue avec la pratique des attentats, et les inévitables représailles qui s’ensuivraient risqueraient d’embraser la région et au-delà ! Aux yeux de Netanyahu, c’est peut-être le prix à payer pour que le monde oublie la destruction et la « reconquête » de Gaza, le blocus total des villes palestiniennes de Cisjordanie -qu’il vient d’annoncer-, la colonisation de Jérusalem-Est et le dynamitage des projets de reconnaissance de l’Etat de Palestine ! Et en prime, il pourrait échapper à la défaite électorale et à la prison…Valider, sans le dire, ce calcul cynique et cruel déshonore ceux qui font hypocritement ce choix. Nous n’en serons pas.
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(1) Voir, dans « Grand Continent » du 6/6/2025, l’interview d’ Ali Vaez, directeur du projet IRAN de Crisis Group. Ali Vaez avait contribué au succès des négociations de l’accord historique sur le nucléaire iranien de 2015 (que Donald Trump torpillera en 2018).
CE QUI DOIT SUIVRE LA « RECONNAISSANCE DE L’ÉTAT DE PALESTINE »
Le jour de l’ouverture de la Conférence des Nations unies sur l’Etat de Palestine approche. Le fait que le Président français co-préside l’événement nous réjouit en même temps qu’il nous inquiète. Cela pourrait amorcer le retour tant espéré d’une politique digne et courageuse de la France au Proche-Orient. À l’inverse, rien ne serait pire qu’un « coup » diplomatique sans lendemain. N’insultons pas l’avenir, mais restons lucides et vigilants !
Rappelons que ce projet de rencontre est le fruit d’une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU, adoptée en décembre dernier, visant à réinscrire à l’agenda international « la mise en œuvre de la solution à deux Etats » ! C’est à l’aune de cette ambition que sera jugée la contribution française à la Conférence. Revenir sur l’engagement de la reconnaissance de l’Etat de Palestine ferait perdre au Chef de l’Etat toute crédibilité internationale : on peut donc espérer ne pas en arriver là. Mais la seule reconnaissance de l’Etat de Palestine ne fera pas le compte ! 149 Etats l’ont fait avant Paris…Comme l’a fort justement rappelé Avraham Burg, ancien Président de la Knesset, courageusement engagé en faveur du plein respect des droits fondamentaux du peuple palestinien : « Reconnaître la Palestine n’est pas l’aboutissement mais le début d’un processus » ! (1)
Comment envisager, dès lors, les lendemains de cette (éventuelle) reconnaissance de la part de la France ? C’est d’un changement radical de logiciel concernant la cause palestinienne qu’il s’agit. Jusqu’ici, la plupart des dirigeants européens estimaient leur devoir accompli en publiant, après chaque crime de masse du pouvoir israélien, un communiqué appelant « chaque partie à la modération » (occupants et occupés) et rappelant « la constance de l’Europe en faveur de la solution à deux Etats » (sur le papier). Et puis, « business as usual », c’est à dire rien, si ce n’est la poursuite de l’impunité garantie à Israël, « seul État non européen à participer à tous les programmes de l’UE » (Javier Solana, ex-Chef de la diplomatie européenne). Ce que doit signifier la reconnaissance de l’Etat de Palestine, c’est une claire rupture avec cette stratégie hypocrite qui a contribué au fiasco que l’on sait.
Le pouvoir israélien met en œuvre de longue date, au vu et au su des dirigeants européens, une stratégie visant à empêcher coûte que coûte la création d’un État palestinien viable. Annexion de Jérusalem-Est, colonisation à marche forcée de la Cisjordanie, et maintenant destruction et tentative de « reconquête » de Gaza : Netanyahou ne cache pas que son objectif est de créer les conditions d’une seconde « Nakba » et d’une extension du contrôle par Israël à toute la Palestine ! Mettre définitivement en échec chaque élément de cette stratégie est une condition sine qua none de la crédibilité du projet de « solution à deux États » ! Tel est le défi à relever. Il est aux antipodes de l’insupportable pratique européenne du « deux poids-deux mesures » qui, au nom d’une « solidarité occidentale » non dite, exonère Israël des règles applicables à d’autres États agresseurs, jusqu’à conduire certains pays à livrer des armes à un chef de guerre prêt à pratiquer un génocide pour arriver à ses fins !
Il s’agit donc pour la France, sans attendre une impossible unanimité des « 27 » sur ces objectifs, de forger un partenariat fort et déterminé avec le plus grand nombre possible de pays pour susciter une puissante mobilisation internationale et offrir enfin une chance à une paix juste et durable au Proche-Orient.
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(1) Voir l’Humanité-Magazine (28/5/2025-5/6/2025)




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