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« DU DESPOTISME EN AMÉRIQUE »

On connaît le livre de référence d’Alexis de Tocqueville sur le système politique américain dans la première moitié du 19ème siècle : « De la démocratie en Amérique ». Dans une claire allusion à ce fameux essai, un éminent universitaire new yorkais, Mark Kesselman, qui avait alerté dès 2021 sur « le risque d’un coup d’Etat légal aux Etats-Unis » en cas de réélection de Donald Trump, vient de publier, sous le titre évocateur :  « Du despotisme en Amérique », une analyse éclairante de la première année de pouvoir de celui-ci (1). 

Cette année, rappelle l’universitaire, est celle du 250ème anniversaire de la Déclaration d’indépendance. Et c’est également celle de « la plus grave crise politique depuis la guerre de Sécession ». Ce qui a rendu possible cette crise est le déplacement progressif du pouvoir du Congrès vers la présidence. Certes, précise-t-il, « la dérive présidentielle n’a pas commencé avec Trump », même si ce dernier l’a poussée beaucoup plus loin que ses prédécesseurs, « en remplaçant la séparation et la division du pouvoir prévues par la Constitution par l’intégration des pouvoirs sous son contrôle ». Il y est parvenu en nommant « des flagorneurs » obéissants aux postes exécutifs de haut niveau, en prenant le contrôle des deux chambres (fût-ce avec une faible majorité), en devenant « le leader incontesté d’un puissant parti politique » contrôlant la majorité des gouvernements des Etats et en fixant comme seules limites à son pouvoir -selon ses propres dires- « Ma propre moralité, mon propre esprit : c’est la seule chose qui peut m’arrêter ». Il bénéficie en outre d’une « super-majorité de juges ultra-réactionnaires nommés par lui-même et d’autres présidents républicains » à la Cour suprême.

Profitant d’une « résistance timide et inefficace » des dirigeants du Parti démocrate, « à quelques exceptions près », Trump a « exploité les ambiguïtés, les contradictions et les silences de cette Constitution ».  C’est ainsi qu’il a « fabriqué des crises imaginaires » ( les Etats-Unis « envahis » par les migrants ) pour organiser les raids de l’ICE,  invoqué une « guerre contre les cartels de la drogue » pour s’attribuer des pouvoirs d’urgence, déterré une « loi sur l’insurrection » de 1807 pour justifier l’éventuel déploiement de troupes fédérales afin de réprimer les manifestations populaires ou encore prétexté de pseudo-« urgences économiques internationales » pour retirer au Congrès à son profit le pouvoir de réglementer les droits de douane…

Fort heureusement, conclut Kesselman, « l’opposition s’est récemment amplifiée à mesure que les Américains constatent et subissent les dommages catastrophiques causés par ses actions ». Il invite cependant ses compatriotes à ne pas sous-estimer la détermination de Trump à violer les procédures légales qui menacent son maintien au pouvoir. 

« Invasion » du pays par les migrants, « dérive présidentielle », « flagorneurs obéissants », « leader incontesté d’un puissant parti politique », « ambiguïtés, contradictions et silences de la Constitution », « résistance timide et inefficace »…: Puissent les Françaises et les Français attachés à la démocratie réfléchir à temps  -dans les conditions propres à notre pays et à l’Europe-  à cette terrible expérience pour prévenir toute variante du « despotisme américain » sous nos cieux ! 

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(1) Mark Kesselman, professeur émérite de science politique à l’Université Columbia de New York ( Telos, 28/1/2026)

6 février 2026 at 12:36 Laisser un commentaire

AUX CÔTÉS DU PEUPLE KURDE !

Sous ce même titre, j’écrivais dans « l’Humanité-Dimanche » du 5 octobre 2014: « Kobané », un nom à graver dans notre mémoire ! Jour après jour, des nouvelles de plus en plus alarmantes nous arrivent de cette ville kurde de Syrie, assiégée depuis deux semaines par les djihadistes surarmés de « l’Etat islamique » (E.I.) À l’heure où ces lignes sont écrites, le pire est possible à tout moment (…) Le pouvoir d’Ankara porte une lourde responsabilité dans le basculement du rapport de force en faveur des djihadistes syriens (…) Bravant cette flagrante disproportion des moyens militaires, les combattantes et les combattants du Parti de l’Union démocratique de Syrie et de ses  Unités de protection du peuple de Rojava  mènent une résistance qui force l’admiration ».

 On s’en souvient : le peuple en armes de Kobané infligera, quelques mois plus tard, à  Daesh sa première défaite. 12 ans plus tard, cette ville héroïque est à nouveau assiégée. Et, parmi les agresseurs, nombreux sont encore des islamistes, qu’ils aient été intégrés dans la nouvelle armée syrienne par le président intérimaire du pays, Ahmed Al Charaa -ex.fondateur du Front al-Nosra, de sinistre mémoire- ou qu’ils relèvent des milices extrémistes parrainées par la Turquie d’Erdogan.

Pour qui se souvient de la part décisive prise dans la défaite de Daesh par les forces kurdes, le lâchage qu’elles subissent à présent est non seulement indigne mais irresponsable. Il est indigne, notamment de la part des Etats-Unis, prêts à sacrifier leurs alliés incontournables d’hier sur l’autel de deux objectifs tactiques de Trump : d’abord, consolider son ferme soutien au nouveau maître de la Syrie, quelles que soient son lourd passé et ses dérives répétées; ensuite, poursuivre l’opération séduction envers Erdogan. L’isolement des Kurdes syriens est, en outre, irresponsable du point de vue de la sécurité internationale. N’oublions pas que de nombreux criminels liés à l’ « État islamique » sont détenus sous la surveillance des forces kurdes. Or, dans plusieurs villes de Syrie dont les Kurdes, pourchassés, ont dû se retirer, des prisons ont été ouvertes…

En tout état de cause, chacune et chacun doit se rendre compte de l’objectif du pouvoir de Damas et de ceux qui le soutiennent dans ces basses œuvres. Après s’être attaqué avec une violence inouïe aux minorités alaouite et druze, puis aux Kurdes dans les villes où ils sont minoritaires,  il s’en prend à présent à la région majoritairement kurde. Il veut y mettre fin par la force à une expérience politique unique mise en œuvre depuis plus de dix ans dans le contexte effroyable que l’on sait : l’administration autonome du Rojava, à l’opposé de l’hyper-centralisation autoritaire voulue par l’actuel régime syrien, comme naguère par Assad. Sans équivalent dans tout le Moyen-Orient , le « contrat social » en vigueur dans le Rojava est notamment fondé sur la stricte égalité entre les hommes et les femmes, tout comme sur le respect et l’égalité des droits de toutes les communautés. Des chercheurs français notaient à ce propos : « À la faveur de l’affaiblissement du régime de Bachar Al Assad, face aux assauts des forces armées turques, des hommes et des femmes de différentes ethnies, cultures, religions, portent haut ce projet égalitaire, démocratique et écologique » »(1). 

Pour toutes ces raisons, la place des forces de progrès est aujourd’hui aux côtés du peuple kurde. 

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(1) « Le Rojava démocratique et le droit » (ctad – CNRS, 2024)

29 janvier 2026 at 10:42 Laisser un commentaire

 IMPÉRIALISME 

Lorsque la Maison Blanche publia, le 5 décembre dernier, sa « stratégie de sécurité nationale », les dirigeants européens n’en ont retenu que le passage -effectivement grave et menaçant-  sur « l’effacement civilisationnel » de notre continent, véhiculant une vision clairement raciste et annonçant un soutien explicite aux « partis patriotes » de l’extrême-droite européenne. Cela n’avait pas empêché la médiocre et très réactionnaire cheffe de la diplomatie européenne -l’ancienne Première ministre d’Estonie, Kaja Kallas- de souligner que les Etats-Unis restaient « le plus grand allié » de l’Union européenne, ajoutant même que « certaines (de ses) critiques (étaient) fondées » !

Une lecture élargie de ce texte de 33 pages aurait fait apparaître un autre volet des priorités de Trump : « restaurer la suprématie américaine » en Amérique latine, conformément à la « doctrine Monroe » -du nom d’un Président des Etats-Unis…du début du 19ème siècle- autrement dit considérer cette région comme la chasse gardée de Washington ! Le coup de force ahurissant contre le Venezuela en est une (première ?)  illustration. Après « la paix par la force » qui justifia notamment le soutien de Trump aux crimes de Netanyahu à Gaza, voilà « le changement de régime par la force » au Vénézuela, quitte à prendre le risque d’un bain de sang. Dans les deux cas, les Etats-Unis prétendent même « diriger » le pays à la place de son peuple, en attendant « quelqu’un qui pense comme nous » ! Cela porte un nom : l’impérialisme. 

Le président américain couvre (à peine) ses objectifs économiques -l’exploitation des immenses réserves pétrolières du Venezuela-  de prétextes plus présentables (en l’occurrence, celui du pseudo-combat contre le trafic de drogue). À ces cibles directement lucratives s’ajoute une visée stratégique majeure : affirmer son hégémonie en tentant de briser quiconque y résiste. À commencer par Cuba, dont est originaire la famille du Secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères) Marco Rubio, ultra parmi les ultras, mais aussi la Colombie, le Mexique, voire le Brésil dont la résistance à l’arrogance trumpiste est jugée intolérable à Washington.

Que, face à une telle prétention à faire plier tous les récalcitrants à l’ordre états-unien, l’Union européenne se contente d’appeler « à la retenue » et Macron justifie de facto  le putsch de Trump est non seulement ignoble mais irresponsable. Après les menaces directes sur le Groenland (lié au Danemark, donc à l’Europe), après les tentatives d’intimidation des magistrats français ayant condamné en première instance Marine Le Pen, après l’interdiction de séjour aux Etats-Unis faite à l’ex Commissaire européen Thierry Breton, coupable d’avoir fait adopter des lois régulant la tech, jugées gênantes pour les géants américains du numérique, que faut-il de plus aux flagorneurs de Trump de ce côté-ci de l’Atlantique pour comprendre qu’à se coucher devant le suzerain américain, l’Europe risque fort d’être la prochaine victime de l’hubris du locataire de la Maison Blanche ! Rappelons leur que leur nouvelle égérie vénézuélienne, Machado, a dédié son prix Nobel à Trump et encense les champions de la démocratie comme le Brésilien Bolsonaro, l’Argentin Milei, le Hongrois Orban et le parti d’extrême-droite espagnol Vox…

On sait où commence le choix d’un droit international à géométrie variable. On ne sait pas toujours où il peut finir.

8 janvier 2026 at 1:10 Laisser un commentaire

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