Posts filed under ‘Francis Wurtz’

IRAN : UNE ISSUE NÉGOCIÉE OU LE BOURBIER

Quand tous ces chefs de guerre qui se croient tout-puissants retiendront-ils la leçon des fiascos des guerres du Vietnam, d’Afghanistan, d’Irak, de Libye, d’Ukraine…? Une fois que sont lancées leurs aventures irresponsables , rien ne se passe jamais comme ils l’avaient envisagé. Lorsque apparaissent les difficultés imprévues, leur hubris commande, non de réfléchir, mais de surenchérir. Le piège de l’escalade fait le reste, jusqu’à rendre l’engrenage incontrôlable. A cet égard, nul besoin d’être fin stratège pour savoir que  le Moyen-Orient se prête particulièrement à ce type de déraillement. C’est pourquoi, même George W. Bush, qui ne brillait pourtant guère par son intelligence politique, s’était résolu à retenir le bras de son grand allié de l’Etat hébreu. 

Cette fois, hélas, il en alla tout autrement. Pourtant, jusqu’au 28 février, l’Iran acceptait de négocier avec Washington, le Hezbollah respectait la trêve avec Israël, le Golfe connaissait la stabilité et le détroit d’Ormuz était ouvert ! Lorsqu’il devint clair que, malgré cette situation, Donald Trump était sur le point de céder à l’obsession de son homologue israélien, le vieux dictateur de Téhéran annonça en toute clarté l’enjeu sans précédent du conflit annoncé : « Si les Américains nous attaquent, cette fois, la guerre sera régionale ! » lança l’ayatollah Khamenei. Pas de quoi impressionner ni le « maître du monde » à Washington, si fier de sa puissante armée, ni le criminel de guerre présumé de Tel-Aviv, dont l’œuvre accomplie à Gaza devait à elle seule suffire à dissuader tout adversaire dans la région. La suite est connue…

En Iran : les dizaines d’assassinats ciblés n’ont pas abattu le régime mais transféré le pouvoir aux plus radicaux, les « gardiens de la révolution islamique ». Les 1500 frappes n’ont pas touché que des cibles du pouvoir , mais nombre d’infrastructures civiles, dont une école de filles  (175 morts), des hôpitaux et deux universités . Elles ont conduit au déplacement forcé 3,2 millions de personnes . Leurs graves conséquences psychologiques, sanitaires et environnementales  ainsi que la destruction de trésors du patrimoine n’auront pas manqué de blesser le sentiment national d’une partie de la population qu’on prétendait « aider »…

Comme annoncé, la riposte iranienne a entrainé dans la guerre toute la région du Golfe, annulant l’accord historique conclu en 2023 entre l’Iran et l’Arabie saoudite sous l’égide de la Chine . Au Liban, l’armée israélienne -au nom de l’objectif inatteignable d’ « éradiquer » le Hezbollah- applique sa méthode barbare éprouvée à Gaza, détruisant tout le territoire libanais au sud du fleuve Litani, obligeant plus d’un million d’innocents à tout quitter, se filmant en train de vandaliser une maison, tuant plus de 1100 personnes parmi lesquelles des journalistes et des secouristes, tout en préparant la réinvasion et la réoccupation du sud du pays. Quant aux conséquences énergétiques et économiques mondiales de cette guerre , elles aussi étaient parfaitement prévisibles, chaque observateur sachant que la riposte de l’Iran passerait par la fermeture de l’axe de circulation maritime majeur qu’il est à même de contrôler.

Et maintenant ? Le choix est entre une nouvelle étape de cette fuite en avant cataclysmique et la recherche -de plus en plus difficile mais plus vitale que jamais- d’une issue négociée. En 2015, la diplomatie avait triomphé : le problème nucléaire iranien était réglé, jusqu’à ce que Trump, dès 2018, torpille l’accord. 11 ans après, y-a-t-il des adultes parmi les alliés des incendiaires ? Qu’attendent-ils pour tenter d’éviter le bourbier ?

2 avril 2026 at 10:56 Laisser un commentaire

IRAN : « L’IMPUISSANCE DE LA PUISSANCE »

L’aventure guerrière américano-israélienne contre l’Iran tourne au désastre. La responsabilité de ceux qui ont mis le feu aux poudres est écrasante. Oui, le caractère dictatorial, obscurantiste et criminel du régime de Téhéran est indiscutable. Oui, il faut saisir toute occasion permettant d’aider réellement son peuple martyr à ouvrir la voie vers sa libération. Mais -outre que celle-ci ne s’importe pas à coup de bombes-, la libération des Iraniens n’est pas et n’a jamais été le but de ceux qui ont déclenché cette guerre. Rien n’est plus étranger à Donald Trump que la promotion de la démocratie ; rien n’est plus éloigné des objectifs de Benjamin Netanyahu que la défense des droits humains ! Au mépris du droit international et de l’esprit de responsabilité le plus élémentaire, ils ont provoqué le fol engrenage qui génère jour après jour des développements de plus plus dramatiques, au point de devenir incontrôlables. Leur « stratégie » ? : le mensonge, un mélange d’arrogance et d’ignorance, une foi aveugle dans leur « puissance ».

Le mensonge tout d’abord. Le locataire de la Maison-Blanche a justifié l’attaque contre l’Iran par le fait que le régime était sur le point d’ avoir la bombe nucléaire : « faux ! » ont répondu tous les experts ! Robert Malley , ancien conseiller du Président Clinton pour le Moyen-Orient, ironisera même en rappelant que « cela fait 20 ans qu’on nous dit que la bombe atomique, on y est à une semaine près ! » Quant au Premier ministre israélien, il a présenté l’Iran comme « une menace existentielle » pour l’Etat hébreu. « Faux ! » a rétorqué Gérard Araud, ancien ambassadeur français à Tel-Aviv : Israël est aujourd’hui « la superpuissance militaire dans la région ». Le seul aspect existentiel, c’était l’arme nucléaire : « question qui avait été réglée par l’accord international de 2015 », appliqué sous le contrôle de l’AIEA (1)…jusqu’à ce que Trump le déchire en 2018 ! 

L’arrogance et l’ignorance, ensuite. « Nous avons une petite excursion en ce moment pour détruire le mal » fanfaronnait Trump, le 9 mars dernier, avant d’exiger de Téhéran une « capitulation sans condition », sans quoi « la mort, le feu et la fureur s’abattront sur eux, rendant pratiquement impossible la reconstruction de l’Iran comme nation » (!) Pas en reste sur son parrain, Netanyahu se félicitait peu après, sur le même mode, de ce que l’Iran était « en train d’être décimé »…De fait, de plus en plus d’infrastructures civiles -écoles, centres médicaux, immeubles résidentiels,  réserves de médicaments…- sont bombardées,  la population subissant en outre le nuage toxique produit par la destruction des installations d’ hydrocarbures. Aux morts et aux blessés par milliers s’ajoute la destruction de joyaux du patrimoine perse. Est-ce ainsi que le milliardaire inculte et grossier de Mar a Lago et son allié, criminel de guerre présumé, tant à Gaza qu’au Liban, pensent « libérer » les Iraniens ? Mesurent-ils qu’ils ont affaire à un pays à l’histoire deux fois millénaire, à un peuple cultivé, largement opposé au régime, mais profondément attaché à la nation, qui forme chaque année pratiquement autant d’ingénieurs que les Etats-Unis et plus que la France et l’Allemagne réunies ? 

Le culte débile de la « puissance », enfin. « La puissance détruit, terrorise, coûte, mais ne construit plus », c’est « l’impuissance de la puissance », avertit de longue date Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales. C’est cet aveuglement dévastateur qui a poussé Trump à quitter unilatéralement la table des négociations, le 28 février dernier, pour céder à l’obsession maléfique de son protégé israélien. La seule alternative au désastre est d’y revenir au plus vite.

(1) Agence internationale de l’énergie atomique

29 mars 2026 at 6:11 Laisser un commentaire

CESSEZ-LE-FEU ! EUROPE, RÉVEILLE-TOI !

Comme on pouvait le craindre, l’engrenage de la guerre américano-israélienne contre l’Iran franchit, jour après jour, de nouvelles « lignes rouges ». Le cycle infernal des agressions et des représailles, de l’humiliation et de la vengeance, est engagé. L’embrasement régional tant redouté est désormais une réalité. Le risque est à présent celui de l’enlisement, avec la tragédie qui s’ en suivrait immanquablement pour les populations. Comme hier en Irak, en Lybie ou en Afghanistan,  cette guerre n’apportera pas la démocratie mais le chaos. Seule une action résolue et responsable des principaux dirigeants de la planète, dans le cadre des Nations unies, en faveur d’un cessez-le-feu, rendrait envisageable le retour à la diplomatie, seule à même d’enrayer la course à l’abîme. Mais l’esprit de responsabilité et le courage politique s’effacent, dans les chancelleries européennes, devant le suivisme à l’égard d’un Président des Etats-Unis sans foi ni loi, grisé par les « succès » illusoires de sa « belle armada » et l’inertie, sinon la complaisance, envers un chef de gouvernement israélien d’extrême-droite, criminel de guerre présumé, prêt au pire.  

Il est consternant de devoir constater que le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, fut le seul dirigeant de l’Union européenne à réagir d’emblée, en toute clarté, à cette nouvelle et hyper-dangereuse aventure militaire « préventive »  -donc d’autant plus illégale- contre l’Iran, dont tout le monde savait pourtant qu’elle déclencherait une réaction en chaîne aux conséquences potentiellement dévastatrices. 

À l’inverse de celle du dirigeant espagnol, l’attitude plus qu’ambiguë d’Emmanuel Macron face à ce conflit ternira aussi sûrement son bilan international que le NON de Jacques Chirac à la guerre d’Irak en 2003 avait rehaussé le sien. En ordonnant un déploiement militaire spectaculaire dans la région et la participation, fût-elle proclamée « défensive », de la France aux opérations aériennes contre l’Iran nous implique de fait dans une guerre qui n’est pas la nôtre ! Beaucoup d’entre nous ont sans doute découvert à cette occasion que la France avait conclu des accords de défense avec les Émirats arabes unis  -« l’un des pays les plus répressifs et les plus prêts à s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays du Moyen-Orient »(1)-   et qu’elle y possède 3 bases militaires ! 

 Et que dire du pitoyable Chancelier allemand ! «  Il a offert un spectacle attristant dans le bureau du Président Trump : c’était un petit garçon qui écoutait des rodomontades en tous sens, sans aucune capacité de réaction », selon un de ses propres amis politiques (2). Il expliquera refuser de donner des « leçons » à Trump sur le droit international, sa seule préoccupation étant d’ « éviter de nouveaux flux de réfugiés » ! Pas étonnant, dans ce contexte, que Trump se soit accordé, dans la conduite de sa guerre, la « note de 15 sur 10 » …

Encouragé par le soutien sans limite de la Maison Blanche et l’impunité garantie des Européens,  Netanyahou sème, en outre, la mort et la désolation au Liban. Là encore, on est stupéfait de la mollesse des réactions européennes à cette nouvelle offensive israélienne, malgré son bilan civil insoutenable.

Mesurent-ils seulement quel monde nous prépare ce renoncement de fait au droit international et aux principes si  essentiels de la Charte des Nations unies ! Résolument Non à la soumission aux tenants de la loi du plus fort, dominateurs sans scrupules et fiers de l’être ! Cessez-le-feu ! Europe : réveille-toi !

——–

(1) Daraj – Courrier international (10/2/2025)

(2) Jean-Louis Bourlanges , ancien président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

12 mars 2026 at 10:16 1 commentaire

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