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Les révélations involontaires d’Alain Juppé

Alain Juppé aime soigner son image de ministre atypique,au dessus du lot. Le moins que l’on puisse dire après sa récente visite au Parlement européen (où il a tenu un discours à la commission des affaires étrangères),c’est qu’il s’est montré comme un très fidèle porte parole de Nicolas Sarkozy.Passons sur la langue de bois élyséenne dont il a largement usé (« L’Europe que nous voulons(…)se conjugue avec une proximité toujours plus grande avec les citoyens »; « L’Europe aura à jouer un rôle majeur dans le monde de demain comme pôle de démocratie,de prospérité,de stabilité »…) pour nous arrêter sur l’essentiel: « les trois directions » dans lesquelles,selon son gouvernement, « l’Europe doit aujourd’hui avancer ».

Première direction:il faut « aller vers toujours plus d’intégration ». Suit un sacré aveu: »Pour la première fois dans l’histoire de la construction européenne (…),nous avons compris que le processus européen pouvait ne pas être irréversible.Cette dynamique de l’irréversible,nous devons la retrouver. C’est tout le sens des deux traités(…): le traité sur le Mécanisme européen de stabilité (MES)(…) et le traité à 25″ (sur la discipline budgétaire, souvent appelé traité Merkozy). Merci M. Juppé de confirmer ainsi à votre manière quelques vérités que nous n’avons cessé d’affirmer: ces deux traités sont intimement liés; ils visent à pérenniser ,en le verrouillant comme jamais, un type d’ « intégration » européenne aujourd’hui confronté à une crise existentielle sans précédent; le moment est donc approprié pour faire émerger une vision alternative de la construction européenne, au travers de propositions dans lesquelles nombre d’Européennes et d’Européens,aujourd’hui désemparés,puissent à nouveau se reconnaitre et s’investir. Voilà pourquoi notre NON à ces deux traités ne vise pas à « sortir de l’Europe »,mais à permettre sa relance sur de toutes nouvelles bases.

La deuxième direction à imprimer à la politique européenne selon Alain Juppé est ni plus ni moins que « la stabilisation de (notre) grand voisinage méridional et continental » (notamment le Moyen Orient et les Balkans). Et notre inébranlable ministre d’Etat de proclamer sans sourciller sa détermination à ne « jamais transiger sur nos valeurs démocratiques » et même à « encourager la contagion des valeurs démocratiques ». Après d’aussi martiales paroles sur l’éthique de la France actuelle,on s’attendait ,sinon à un constat d’échec,du moins à une mise au point sévère au sujet des sombres témoignages nous parvenant jour après jour de Libye sur les exactions, et notamment la torture,commises par les protégés de Nicolas Sarkozy et de David Camerone.  N’avaient-ils pas mené cette guerre au nom de la « protection des civils »? On ne pouvait donc qu’être attentif à la réponse de M. Juppé aux cris d’indignation d’Amnesty International,de Médecins sans Frontières,de Human Rights Watch ou du Comité International de la Croix Rouge. Las: dans cette partie de son exposé, il ne fut tout simplement pas question de la Libye.

Il en alla différemment,en revanche, lorsque le chef de la diplomatie française traita de la « troisième direction » dans laquelle il souhaite voir avancer l’Europe,à savoir son « affirmation dans la mondialisation ». En effet, « l’intervention en Libye a mis en lumière un réel leadership des Européens dans l’OTAN »! Voilà qui complète utilement les justifications humanitaires des bombardements de Tripoli que nous entendions jusqu’ici… En conclusion à sa prestation, Alain Juppé s’est affirmé partisan de la « défense décomplexée de nos valeurs démocratiques et humanitaires ». Décomplexée, la politique sarkozyste l’est assurément. Pour le reste…

1 mars 2012 at 9:41 Laisser un commentaire

RETRAITES: UNE ILLUSTRATION DE LA LOGIQUE DU TRAITÉ MERKOZY

La Commission européenne vient de publier,le 16 février dernier,un « Livre blanc » sur les retraites. Un « Livre blanc » est un document qui énonce des idées et formule des propositions susceptibles de donner lieu ,par la suite,à des directives,autrement dit à des lois européennes.Cela vaut donc la peine d’y regarder de près… Certes,le choix des systèmes de retraites relève de la responsabilité de chaque Etat, et non de l’Europe. Mais,rappelle la Commission,le Traité de Lisbonne « exige de l’Union européenne qu’elle soutienne et complète l’action des Etats membres dans le domaine de la protection sociale ».Ce « Livre blanc » vise donc à préciser dans quel sens la Commission Barroso entend « soutenir et compléter » les « réformes » déjà entreprises sur le plan national, comme ce fut le cas en France en 2010. Car,à la Commission,on en est convaincu: »Il est nécessaire que des mesures supplémentaires soient prises,sans attendre. »(!)

L’on peut résumer l’approche de l’exécutif bruxellois,en matière de « modernisation des régimes de retraite », en trois axes essentiels.Le premier (Qui en doutait ?) vise une fois de plus à « relever l’âge de la retraite ».Cet objectif lui semble valable partout,mais,magnanime,la Commission laisse à chaque pays le choix des moyens.Soit,comme en France, »en augmentant le nombre d’annuités requis pour obtenir une pension complète »; soit,comme au Portugal,en établissant « un lien entre le niveau des prestations de retraite et les augmentations de l’espérance de vie »; soit,comme en Allemagne,en faisant « dépendre le niveau des prestations de l’équilibre financier du régime de retraite. »La préférence de Bruxelles va à un mix de ces différentes recettes,ce qui compte avant tout à ses yeux étant que les pensions de retraite soient payées de plus en plus tard.

Le deuxième axe des « propositions » de l’Union européenne est « l’égalisation des âges ouvrant droit aux prestations pour les femmes et les hommes. »Voilà une « disparité » insupportable à la sensibilité de la Commission Barroso! Cette égalisation « devrait être réalisée dans les plus brefs délais »,rappelle-t-elle aux rares pays ne l’ayant pas encore accomplie ni programmée.(La Pologne,modèle en la matière,vient de décider de faire passer ,d’ici les années 2020,la retraite des femmes de 60 à…67 ans,rejoignant ainsi l’Allemagne,pionnière sur ce terrain!) L’âge de départ à la retraite est ainsi l’un des rares domaines -à la différence de celui des salaires- où l’UE agit résolument pour une harmonisation par le haut entre les genres comme entre les pays!

Troisième axe du « Livre blanc »: la généralisation des systèmes privés d’assurance,l’ « épargne-retraite privée » visant à « s’assurer un revenu de retraite adéquat ».La Commission préconise carrément des « incitations fiscales visant à favoriser  les régimes de retraites par capitalisation »(Demandez donc aux Britanniques ce qu’ils en pensent…).On le voit:la logique libérale est implacable.Vous y mettez le doigt,et tout le bras y passe.Plus vous cédez à ses pressions,plus elle accentue son emprise.Certes,à ce jour,il ne s’agit que de « recommandations ».Mais la Commission prévient:dans le contexte (apparemment providentiel) de la « crise de la dette »,de la nécessité de réaliser « des économies budgétaires » ,et de la décision du Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement de « renforcer la coordination des politiques économiques »,les réformes des retraites « doivent faire l’objet d’une étroite surveillance » (de sa part).

Un citoyen prévenu en vaut deux! Voilà une illustration concrète de ce que nous réserverait le nouveau traité européen imaginé par le couple infernal Merkel-Sarkozy.Le NON du Front de Gauche à ce projet mortifère signifie : rompre cet engrenage et construire du neuf en Europe sur la base de « l’humain d’abord ».

23 février 2012 at 7:42 Laisser un commentaire

Droite, PSE et Verts unis pour le traité Merkozy !

L’Europe est décidément un élixir de vérité sur les grands choix stratégiques des différentes familles politiques.La dernière illustration spectaculaire de cette évidence date du 2 février dernier. Ce jour-là,le Parlement européen était appelé à se prononcer (informellement car il s’agit d’un traité intergouvernemental) sur le projet de traité cher à Angela Merckel et à Nicolas Sarkozy et visant à instituer une « règle d’or » contraignant durablement les gouvernements à respecter une sévère « discipline budgétaire » sous peine de se voir infliger des « sanctions automatiques ».

Dans ce cas,chaque groupe politique prépare en principe son propre projet de résolution exprimant sa position sur le sujet,avant de négocier,le cas échéant, un texte de compromis avec certains autres groupes ( aux positions compatibles avec les siennes) pour tenter d’obtenir une majorité des votes.Rien de tel ne s’est produit cette-fois-ci.

Incroyable mais vrai: le Parti Populaire Européen (PPE où siège l’UMP);les Libéraux (où siège le MODEM); le groupe des  » Socialistes et des Démocrates »; et le groupe des Verts ont fait cause commune en présentant d’emblée une résolution unique! Elle l’emporta évidemment,par 443 voix contre 124 et 75 abstentions. On y cherchera vainement,et pour cause, la moindre critique de fond de ce traité,qu’il s’agisse de son essence-même (l’abandon de toute ambition sociale et la pérénisation d’une politique d’austérité) ou des moyens prévus pour remplir ses « missions »(en particulier la violation d’un principe démocratique fondamental,en retirant aux parlements nationaux leur droit souverain de maîtriser le budget ).

Les quatre groupes en question tiennent même à mettre en exergue des « améliorations par rapport au texte initial » tel que « l’ajoût d’une référence aux objectifs (du traité) que représentent la croissance durable,l’emploi,la compétitivité et la cohésion sociale »(!) Ils n’hésitent pas non plus à rendre hommage au Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement pour avoir reconnu qu’il fallait « renforcer la solidarité ». Le seul « regret » explicitement exprimé est qu’il ne soit pas tenu compte…de la demande du Parlement européen que son président participe pleinement aux réunions informelles des sommets de la zone euro. On croit rêver.

Oui,vous avez bien lu:telle est la substance de la position commune du PPE,des Libéraux,des Socialistes et des Verts au Parlement européen sur le traité Merkozy! Courageux mais pas téméraires, la plupart des députés socialistes et verts français (campagne électorale oblige) se sont abstenus sur le texte co-signé par leur groupe.

Le seul texte alternatif fut celui de notre groupe de la « Gauche unitaire européenne » (GUE-NGL): celui-ci a rappelé les causes profondes de la crise; fustigé les gouvernements qui « ont accepté les diktats des marchés financiers »;souligné la « crise de légitimité » de l’Union européenne actuelle; »rejetté le traité » après en avoir décrypté les ressorts;réclamé une série de mesures fortes et notamment une refonte des missions de la Banque centrale européenne et le « contrôle public des banques »; et exigé des consultations populaires par voie de référendum sur le traité en question. Une fois encore,le groupe GUE a sauvé l’honneur de la gauche au Parlement européen.Sa composante française s’appelle le « Front de Gauche. »

16 février 2012 at 12:34 3 commentaires

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