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Le cactus de l’Europe libérale
Coup sur coup, plusieurs faits politiques récents ont permis aux dirigeants européens de mesurer l’impopularité de leurs obsessions libérales. Et pas qu’en France…
Le 22 mai dernier, Jean-Claude Trichet, le Président de la Banque centrale européenne a tenté un plaidoyer en faveur de la « modération salariale », au 11ème congrès de la Confédération européenne des syndicats, à Séville (Espagne). « Il faut prendre en compte la compétitivité des prix », a-t-il martelé, et « éviter des évolutions salariales pouvant entraîner des pressions inflationnistes ».
Les réactions ne se sont pas faites attendre! En Allemagne, a souligné le Président d’IG Metall, Jürgen Peters, « la demande intérieure est à la traine!(…). Et les bas salaires ne créent pas d’emploi! ». Le secrétaire général de la principale organisation syndicale italienne, Guglielmo Epifani, de la CGIL, lui a entamé le pas: « Nous avons besoin de demande interne »! Un autre responsable confédéral de la CES, Walter Cefeda, a apporté cette précision: « Sur les 3% de gains de productivité constatés en trois ans en Europe, (seuls) 0,2% sont allés aux salaires. »! Le banquier central européen s’en est allé, en se disant, sans doute que les gens sont décidément incapables de comprendre le sens des enjeux de notre époque. C’est d’ailleurs pourquoi il tient tant à l' »indépendance » de son institution…
Au même moment, les salariés de « Deutsche Telekom », en Allemagne, votaient à 95% un grève générale: leur patron, ayant, lui, sans doute compris le message de M. Trichet, a exigé de ses agents de travailler plus… pour gagner moins, avec en prime la suppression de 50 000 emplois! A noter que c’est la première grève de ce type depuis la privatisation de cette entreprise…
Le 23 mai, c’est à propos de l' »itinérance », c’est à dire les communications que l’on donne ou reçoit sur son portable à l’étranger, qu’a eu lieu l’épilogue d’une longue bataille. La commission de l’industrie du Parlement européen – où les députés de notre groupe de la gauche unitaire européenne (GUE-NGL) ont joué un rôle d’aiguillon depuis un an -, la Commission européenne et le Conseil (les représentants des 27 gouvernements) sont finalement parvenu à un compromis doublement significatif. D’une part, les tarifs de ces appels à l’étranger, vont baisser en moyenne de 50% dès la fin juin. D’autre part, et surtout: pour la première fois peut-être la Commission reconnait de fait que la « liberté du marché » est problématique, qu’il faut, en l’occurrence, réglementer des tarifs! Des représentants d’industriels français à Bruxelles ont fustigé, à ce propos, « une planification tarifaire de type communiste »… Les profits des grands groupes de télécom restent scandaleusement élevés malgré cette diminution spectaculaire des prix. Il n’empêche: c’est un beau succès!
Le même jour, deux affaires emblématiques que j’ai eu l’occasion d’évoquer à plusieurs reprises dans cette chronique connaissaient, elles aussi, un tournant prometteur. La première, Vaxholm, concerne cette entreprise lettone qui prétendait construire une école en Suède sans respecter les conventions collectives de ce pays. La seconde, Viking Line, a trait à un armateur finlandais qui avait décidé de faire enregistrer son navire sous pavillon estonien dans le but avoué d’échapper aux conditions du droit du travail finlandais qu’il appliquait jusqu’alors. Les deux affaires avaient provoqué de très fortes mobilisations et connu un rayonnement international. Eh bien, dans les deux cas, les « avocats généraux » européens conseillent à la Cour de Justice d’aller dans le sens voulu par les syndicats!
Le spectre du NON produit manifestement toujours ses effets.
La gauche européenne et les élections françaises
« Parce que nous ne voulons pas voir entrer au Conseil européen – déjà si libéral et si conservateur – un homme comme Nicolas Sarkozy, qui n’hésite pas à emprunter ses thèmes à l’extrême droite, nous apportons notre soutien à la candidature de Ségolène Royal au second tour de l’élection présidentielle française ». A notre initiative, cet appel a circulé ces derniers jours au Parlement européen, recueillant des signatures de député-e-s, tant de notre groupe de la gauche unitaire européenne (GUE-NGL) que du groupe socialiste européen.
Ici, personne n’est indifférent à l’issue du scrutin ni à l’avenir de la gauche. La première préoccupation est naturellement de conjurer le danger Sarkozy. Mais beaucoup de discussions portent ensuite sur le piège du « centre ». Ce n’est pas par hasard que, à 48 heures d’intervalle, ait été, créé en Italie et annoncé la création en France d’un « parti démocrate » dont le but avoué est d’en finir avec l’opposition gauche-droite! Dans les deux cas, on retrouve à la manœuvre d’anciens députés européens du groupe libéral: Rutelli en Italie, Bayrou en France. A Rome, le premier a réussi à entrainer à droite l’ex-principal parti de gauche. A Paris, le second rêve à haute voix…
Heureusement, cette redoutable manœuvre rencontre de sérieux obstacles, jusque dans les rangs des parlementaires européens socialistes, tant italiens que français. Le fait que Ségolène Royal ait publiquement envisagé, en cas de victoire, de constituer un gouvernement avec des ministres UDF a suscité de la stupeur chez un certain nombre de collègues. « Beaucoup vont s’apercevoir qu’on aura encore besoin du parti communiste s’ils veulent qu’il reste un gauche en France » m’a lancé l’un deux en se disant « sûr » que les élections législatives « rééquilibreront » la situation par rapport aux présidentielles…
Dans le même temps, l’actualité européenne et mondiale appelle des initiatives politiques immédiates. J’évoquais, la semaine dernière, la rencontre avec la délégation du comité de groupe européen d’Alcatel-Lucent. Des élus européens d’une dizaine de pays y ont participé. Le résultat a été la décision de nous efforcer d’obtenir un débat en séance plénière sur les responsabilités de l’Union européenne dans la défense de l’emploi industriel et du savoir-faire qui subissent une véritable hémorragie.
Je veux dire un mot aujourd’hui sur une tout autre initiative de notre groupe GUE-NGL, elle aussi nécessaire: le 25 avril, nous recevions l’épouse de Marwan Barghouti, le plus emblématique des quelque … 11 000 prisonniers politiques palestiniens en Israël! Elle nous a exhorté à agir pour la libération de ces héros du peuple palestinien et des … 400 enfants eux aussi en prison!
Je reviendrai sur cette audition impressionnante qui a réuni, dans notre salle, des députés communistes, socialistes, verts, libéraux et chrétiens-démocrates, ainsi que de très nombreuses ONG engagées dans la solidarité avec la Palestine. Hommage à toi, Marwan!
2007: Le grand bras de fer
L’année 2007 – en particulier son premier semestre – pèsera lourd dans la bataille pour déterminer les orientations du futur traité européen. Je rappelle que le Conseil européen des Chefs d’Etats et de gouvernement a confié à la présidence allemande de l’Union – premier semestre 2007 – le soin d’ouvrir un processus de pourparlers sur ce sujet hautement sensible, et à la future présidence française de l’Europe – second semestre 2008 – la responsabilité de conduire les négociations finales à ce propos. Eh, bien, les grandes manœuvres ont commencé…
J’ai eu l’occasion, avant Noël, de rencontrer – avec les autres présidents des groupes politiques du Parlement européen – la Chancelière fédérale Angela Merkel, entourée de son gouvernement au grand complet, moitié chrétien-démocrate, moitié social-démocrate. Leur son de cloche est unanime: la « priorité numéro un » d’ici juin prochain, c’est la relance du projet de constitution! Il faut « convaincre les citoyens » que ce « traité est bon »… Ils sont prêts à quelques aménagements, mais pas sur la « substance ». Dans ce contexte est prévue, le 25 mars prochain, la célébration du cinquantenaire de la création du « Marché commun » (Traité de Rome), qui sera l’occasion d’une Déclaration solennelle vantant les « valeurs », les « principes » et le bilan de l’actuelle construction.
Sur le même sujet, le Premier ministre, socialiste, d’Espagne, Zapatero et le Chef du gouvernement, chrétien-démocrate, luxembourgeois Junker, ont pris une initiative conjointe: ils invitent le 26 janvier à Madrid les seuls dirigeants des pays qui ont ratifié le projet constitutionnel (!) puis, un mois plus tard à Luxembourg, l’ensemble des « 27 » Etats membres, comme pour montrer du doigt les mauvais élèves de la classe européenne. Faut-il rappeler au Premier Ministre luxembourgeois ce qu’il écrivait deux jours avant que le NON ne triomphe? « La perspective du référendum a déclenché en France un débat vertueux dont la qualité impressionne – soulignait alors celui qui assurait la fonction de Président du Conseil européen – (…) Une fois de plus, le peuple français donne un exemple à suivre; une fois de plus, il prouve sa maturité démocratique. » Dommage qu’il ait fait mauvais usage de cette « maturité », le jour du vote, en donnant un « exemple » à ne pas suivre …
De son côté, la Commission Barroso, ne voulant être en reste, vient de publier un « document de travail » sur « le coût de l’absence de Constitution ». On y apprend tout ce que nous perdons à ne pas avoir ratifié ce texte « refondateur ». Tout y passe: les droits fondamentaux; la politique sociale et de la santé; la démocratie participative; une politique extérieure globale; jusqu’à la capacité de l’Union de « répondre aux attentes des citoyens » en matière de « lutte contre le terrorisme ou le crime organisé » ou de « faire face de façon appropriée » aux « fortes pressions migratoires »! Si après cela, vous ne votez toujours pas OUI, c’est à désespérer de ce « peuple français » et de son « débat vertueux ».
Toute cette agitation a un objectif central: jouer sur tous les tableaux – la peur de l’isolement, la lassitude, voire l’illusion de changements – pour aider les futurs dirigeants français issus des élections du printemps prochain à « faire passer la pilule » d’un traité européen qui ne s’appellerait peut-être plus « constitution » mais conserverait la « substance » du projet repoussé en 2005. La Chancelière allemande est claire: ce n’est qu' »après les élections en France » qu’on entrera dans le vif du sujet. Son ministre des affaires étrangères (SPD) ne l’est pas moins: « nous tenterons de présenter en fin de présidence (c’est à dire en juin – F.W.) une esquisse de texte (…) dont nous serons surs qu’il pourra s’appliquer »
D’ici là, aucun de ces dirigeants européens ne semble s’émouvoir du subit émoi de Nicolas Sarkozy s’écriant « l’Europe était un projet, c’est devenu une machine! » pas plus des admonestations verbales de Ségolène Royal à l’égard du Président de la Banque centrale européenne… Il est temps que s’ouvre le débat de fond sur l’Europe que nous voulons et sur les responsabilités que les futurs dirigeants français s’engagent à assumer dans le grand bras de fer engagé. Le programme élaboré par le rassemblement de la gauche antilibérale reste, à cet égard, d’une pleine actualité. Je fais confiance à Marie-George Buffet pour le porter avec nous toutes et nous tous.




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