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EUROPE: LE CRUEL REVELATEUR GREC!
La cruelle épreuve imposée au peuple grec, et, dans une moindre mesure, à de plus en plus d’autres peuples de l’Union européenne, révèle au grand jour tris vérités essentielles qui sont en contradiction totale avec des « certitudes » affichées jusqu’ici, avec leur suffisance habituelle, par les principaux dirigeants européens.
D’abord, l’appartenance à la zone euro ne préserve nullement un Etat de la rapacité impitoyable des marchés financiers.
Il a suffit que l’une des trois « agences de notations » – privées –qui sont chargées par les plus gros « investisseurs » de les mettre en garde contre les risques de défauts de paiements « dégrade la note » de la Grèce pour que ce pays soit littéralement cloué au pilori par les porte paroles monétaires de l’ « Union ». Tour à tour, MM. Trichet, président de la Banque centrale européenne; Junker, président de l’Eurogroupe – qui réunit les ministres des finances de la zone -; Almunia, commissaire européen aux affaires économique et financières, ont exercé des pressions inouïes sur le gouvernement socialiste tout juste élu pour lui arracher un plan d’austérité sans précédent.
![photo_1268290010630-3-0_w350[1]](https://franciswurtz.net/wp-content/uploads/2010/03/photo_1268290010630-3-0_w3501.jpg?w=350&h=233)
Et sans attendre, l’euro ne protège en rien la Grèce contre une mesure de représaille immédiate des « marchés »: elle va devoir payer, pour ses emprunts à 10 ans, un taux d’intérêt…de 70% supérieur au taux de référence – celui dont bénéficie l’Allemagne! Une mesure qui ne peut qu’enfoncer un peu plus un Etat pris à la gorge. Certes, le gouvernement (conservateur) « sortant » grec a bien des choses à se reprocher, mais quel « excès », l’Agence de notation, pointe-t-elle en particulier: un système de retraite « extrêmement généreux et non réformé »… Et d’ailleurs la Grèce n’est pas le seul pays de la zone euro à être dans le collimateur des « marchés ». Les traders anglo-saxons appellent élégamment « PIGS » (les cochons en anglais!) le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne (Spain) qu’ils entendent surveiller de près… L’Italie est également citée. Sans parler des pays baltes ou de la Hongrie – hors zone euro.
On voit combien il est décisif qu’une Europe transformée se donne les moyens d’être beaucoup moins dépendante des « marchés » pour financer son développement! Ce qui repose en particulier la question si décisive d’une réorientation profonde du rôle de la Banque centrale européenne comme celle de l’utilisation de l’arme du crédit bancaire pour influer sur les critères de gestion de entreprises.
Le deuxième scandale que révèle le drame imposé au peuple grec – et à tous ceux qui sont confrontés à des problèmes de finances publiques et d’endettement « excessifs », c’est la place de la solidarité que leur réservent les traités européens, de celui de Maastricht à celui de Lisbonne. Ces textes – comme nous l’avons souvent rappelé -, non seulement ne prévoient pas de mécanisme de secours, mais « INTERDISENT » formellement à l’Union ou à un Etat membre de voler au secours d’un autre Etat de la zone Euro! (Article 125 du Traité). Cette disposition encourage aujourd’hui les « investisseurs » – ceux-là même qui, avec leurs « agences de notation » ont poussé l’économie mondiale au bord de l’abîme il y a un an – à se défier si brutalement de la Grèce. Au point que, la zone euro risque d’éclater. C’est la crainte d’un tel clash – qui éclabousserait toute l’ « Union » monétaire – qui conduit ses dirigeants à laisser entendre qu’ils violeraient, le cas échéant, leur propre traité, pour éviter le pire. Ils accepteraient de repêcher un Etat défaillant: mais alors, gare à la facture pour le peuple concerné! Vive le – si chèrement acquis – traité de Lisbonne.
La troisième évidence que rappelle cette affaire gravissime – qui ne fait que commencer -, c’est qu’à l’opposé de toutes les annonces officielles de la dernière période, la crise du système n’est pas « derrière nous »! Le pire, en la matière, est l’auto-intoxication de nos dirigeants: le 10 décembre dernier, les chefs d’Etat et de gouvernements étaient réunis à Bruxelles pour décider des modalités de « sortie de crise ». Les « marchés » leur ont fait promptement changer d’ordre du jour…
Chronique pour l’H.D.
13/12/2009
VIVE LE 8 MARS!
A la veille du 8 mars, je souhaite consacrer ma 200ème chronique au combat pour l’égalité hommes-femmes en Europe. Cela me donne l’occasion de revenir sur une belle initiative à laquelle j’ai eu la chance de pouvoir prendre part, le mois dernier, au cœur de l’Europe centrale à Sisak, en Croatie. Il s’agissait d’un séminaire consacré aux droits des femmes en Europe, co-organisé par le « Réseau d’élus et d’autorités locales progressistes d’Europe » (REALPE) – dont font notamment partie les élus locaux et régionaux du PCF et de partis progressistes d’une quinzaine de pays du continent, membres ou proches du groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) au Parlement européen -; par l' »Initiative féministe européenne » (IFE), un réseau de femmes progressistes qui rayonne sur toute l’Europe et réalise un travail remarquable que j’ai eu l’occasion d’évoquer; et enfin par une ONG croate de démocratie locale (ADL).
Se sont ainsi retrouvées, deux jours durant, pour confronter leurs expériences et joindre leurs efforts, des femmes de Croatie, de Macédoine, de Chypre, du @Portugal, d’Autriche, d’Allemagne, de Belgique et de France. Ont également tenu à participer à ces échanges passionnants deus représentantes du pays hôte: la responsable aux questions féminines auprès du gouvernement croate ainsi que la médiatrice nationale spécialement chargée du suivi de l’application des droits des femmes. Les débats ont essentiellement tourné autour de trois thèmes: les femmes sur le marché du travail; la santé génésique – contraception, IVG, éducation sexuelle… -; la participation des femmes à la vie politique, du niveau local à l’échelon national.
Informées de l’imminence d’un vote au Parlement européen sur un rapport préparé par la « Commission des Droits de la femme et de l’Egalité des genres » – que préside depuis les dernières élections une membre de longue date de notre groupe GUE-NGL, notre amie suédoise Eva-Britt Svensson – les participantes à la rencontre de Sisak ont lancé un appel aux groupes parlementaires européens pour les inviter à soutenir les idées essentielles du texte, excellent, préparé par la Commission des Droits de la femme (Rapport Tarabella).
Un premier axe de ce rapport consistait à analyser l’impact de la crise actuelle sur les femmes. Rappelons à ce propos que le temps partiel touche, en proportion, quatre fois plus les femmes que les hommes. Les femmes sont également souvent majoritaires dans les services publics qui risquent de pâtir lourdement des politiques d’austérité à l’œuvre ou annoncées. Sans oublier le cas des femmes les plus exposées: femmes handicapées, mères isolées; retraitées touchant des pensions de misère du fait de l’interruption de leur activité professionnelle; conjoints aidants dans l’artisanat, le commerce, l’agriculture, la pêche et les petites entreprises familiales; migrantes; femmes appartenant à des minorités…
Un deuxième intérêt du rapport en question était une série de critiques pertinentes envers les politiques menées, tant pas les institutions européennes que par certains Etats membres vis à vis des femmes. Ainsi montrait-la face cachée du taux d’emploi (près de 60%) des femmes dans l’Union européenne. Cela « n’a pas entrainé une amélioration des conditions d’emploi des femmes » y était-il noté. « Celles-ci sont toujours victimes d’une ségrégation professionnelle et sectorielle ». Autre exemple: la Commission européenne n’a toujours pas répondu à la demande du Parlement d’une proposition législative révisée sur l’application du principe d’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes. Le rapport rappelait aussi que ces questions étaient « quasiment absentes de la stratégie de Lisbonne. ».
Troisième richesse du rapport de la « Commission pour l’Egalité des genres »: l’établissement d’une sorte de feuille de route du Parlement européen en matière de lutte pour les droits des femmes. Il mettait un accent particulier sur les objectifs de la « promotion de la conciliation entre vie professionnelle, familiale et privée »; du « partage égal des responsabilités professionnelles et familiales »; du besoin de mesures concrètes contre les discriminations de genre. Il insistait également sur les « actions visant à améliorer l’accès des femmes aux services de santé sexuelle et reproductive. » Il appelait enfin à des objectifs contraignants « favorisant une présence équilibrée des femmes et des hommes aux postes de responsabilité dans les entreprises, l’administration et les organes politiques. ».
Eh bien, quelle ne fut pas, quelques jours après ce passionnant débat de Sisak et l’interpellation des parlementaires européens pour qu’ils soutiennent le rapport de la Commission des Droits de la femme, la joie d’apprendre que ce rapport, a été, pour l’essentiel, adopté en séance plénière du Parlement européen – le 9 février dernier -, offrant de solides points d’appui au combat pour cette grande cause démocratique. Vive le 8 mars!
Chronique pour l’H.D
28/02/2010
EUROPE: DE NOUVEAUX POSTES, MAIS POUR QUEL PROJET?
J’ai évoqué, la semaine dernière, la portée potentielle des nouveaux postes européens institués par le traité de Lisbonne: le « Président du Conseil européen » et « Haut Représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité ». Ces deux « innovations » sont naturellement saluées par les avocats impénitents de l’actuelle construction européenne comme les solutions-miracles à la crise que celle-ci traverse. Grâce à elles, l’Union européenne cessera d’être un « nain politique » et pourra se mesurer aux grands acteurs du système international: les Etats-Unis ou les puissances émergentes! Enfin, il deviendra possible de vaincre les « égoïsmes nationaux » pour affirmer une grande ambition authentiquement européenne! A présent « dotée d’un visage et d’une voix », l’Union sera à même de « raviver la flamme européenne » parmi ses citoyens aujourd’hui désabusés… N’en jetez plus, la cour est pleine!
Revenons sur Terre. Si désenchantement il y a, c’est du fait de la fuite en avant des politiques européennes dans une optique de plus en plus éloignée des aspirations des gens, en matière d’emploi, de service public, d’activité productive, de maitrise des circuits financiers… C’est aussi parce que des centres de décision essentiels sont de plus en plus inaccessibles aux citoyens, aux élus, voire aux gouvernements – hormis celui des « grands pays ». La désaffection vis à vis de l’Union est enfin due à l’absence d’une volonté politique conséquente face à des enjeux primordiaux du monde, à notre époque: Durant les huit longues années du règne du Président Bush, qu’a fait l’Europe pour contrer la folie guerrière des Etats-Unis en Irak ou en Afghanistan? Quel rôle joue l’Union en faveur d’une paix juste au Proche Orient? Ou au service du désarmement? Ou pour résoudre le scandale du sous-développement et s’attaquer aux causes et non aux victimes des migrations de survie? Quant à l’image flatteuse qu’elle a tenté de se forger sur les enjeux climatiques, elle se lézarde au fur et à mesure qu’approche l’échéance des décisions concrètes, à la Conférence de Copenhague. C’est là un problème de projet politique avant d’être une question institutionnelle. Or, sur le projet, les dirigeants européens ne sont guère loquaces.
Il n’y a finalement, en matière de « politique étrangère et de sécurité », qu’un domaine pour lequel les traités successifs affichent une ambition claire en même temps qu’ils créent les instruments qui y correspondent. C’est celui de l’ « Europe de la défense ». Et quelle ambition!
Les « innovations » du traité de Lisbonne à cet égard sont significatives. Ainsi, les « missions » de la « politique de sécurité et de défense commune » y sont sensiblement élargies par rapport à ce qu’elles étaient jusqu’ici. Elles comportent désormais de bien suspectes « missions de conseil et d’assistance militaire »; « missions de forces de combat »; « missions de sanction militaire à des Etats tiers pour combattre le terrorisme sure leur propre territoire » (Voyez l’Afghanistan…). Dans cet esprit, les Etats même « s’engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires »; une « Agence européenne de défense » prévue dans Lisbonne, a d’ailleurs d’ores et déjà, été instituée. « pour préserver les valeurs de l’Union et servir ses intérêts » (sic), le Conseil peut désormais confier « à un groupe d’Etats » remplissant des « critères plus élevés de capacités militaires » les « missions les plus exigeantes ». Ces Etats « établissent une coopération structurée permanente dans le cadre de l’Union ». Etant naturellement entendu que « la politique de l’Union (…) est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans (le) cadre de l’OTAN ». Fermez le ban!
C’est cette politique-là que les titulaires des « nouveaux postes européens » sont appelés à promouvoir, en coopération étroite avec les principaux Etats. Il me semble qu’au lendemain de la chute du Mur de Berlin, on nous avait annoncé un monde pacifié et le triomphe de la coopération multilatérale. Ce monde nouveau reste à construire mais le chemin pour s’en approcher ne passe décidément pas par Lisbonne…
Chronique pour l’H.D.
(publication 12/11/2009)




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