EUROPE: DE NOUVEAUX POSTES, MAIS POUR QUEL PROJET?

12 novembre 2009 at 5:04 Laisser un commentaire

J’ai évoqué, la semaine dernière,  la portée potentielle des nouveaux postes européens institués par le traité de Lisbonne: le « Président du Conseil européen » et « Haut Représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité ».  Ces deux « innovations » sont naturellement saluées par les avocats impénitents de l’actuelle construction européenne comme les solutions-miracles à la crise que celle-ci traverse.  Grâce à elles, l’Union européenne cessera d’être un « nain politique » et pourra se mesurer aux grands acteurs du système international: les Etats-Unis ou les puissances émergentes!  Enfin, il deviendra possible de vaincre les « égoïsmes nationaux » pour affirmer une grande ambition authentiquement européenne!  A présent « dotée d’un visage et d’une voix », l’Union sera à même de « raviver la flamme européenne » parmi ses citoyens aujourd’hui désabusés…  N’en jetez plus, la cour est pleine! 

Revenons sur Terre.  Si désenchantement il y a, c’est du fait de la fuite en avant des politiques européennes dans une optique de plus en plus éloignée des aspirations des gens, en matière d’emploi, de service public, d’activité productive, de maitrise des circuits financiers…  C’est aussi parce que des centres de décision essentiels sont de plus en plus inaccessibles aux citoyens, aux élus, voire aux gouvernements – hormis celui des « grands pays ».  La désaffection vis à vis de l’Union est enfin due à l’absence d’une volonté politique conséquente face à des enjeux primordiaux du monde, à notre époque: Durant les huit longues années du règne du Président Bush, qu’a fait l’Europe pour contrer la folie guerrière des Etats-Unis en Irak ou en Afghanistan?  Quel rôle joue l’Union en faveur  d’une paix juste au Proche Orient?  Ou au service du désarmement?  Ou pour résoudre le scandale du sous-développement et s’attaquer aux causes et non aux victimes des migrations de survie?  Quant à l’image flatteuse qu’elle a tenté de se forger sur les enjeux climatiques, elle se lézarde au fur et à mesure qu’approche l’échéance des décisions concrètes, à la Conférence de Copenhague.  C’est là un problème de projet politique avant d’être une question institutionnelle.  Or, sur le projet, les dirigeants européens ne sont guère loquaces. 

Il n’y a finalement, en matière de « politique étrangère et de sécurité », qu’un domaine pour lequel les traités successifs affichent une ambition claire en même temps qu’ils créent les instruments qui y correspondent.  C’est celui de l’ « Europe de la défense ».  Et quelle ambition! 

          Les « innovations » du traité de Lisbonne à cet égard sont significatives.  Ainsi, les « missions » de la « politique de sécurité et de défense commune » y sont sensiblement élargies par rapport à ce qu’elles étaient jusqu’ici.  Elles comportent désormais de bien suspectes « missions de conseil et d’assistance militaire »; « missions de forces de combat »; « missions de sanction militaire à des Etats tiers pour combattre le terrorisme sure leur propre territoire » (Voyez l’Afghanistan…).  Dans cet esprit, les Etats même « s’engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires »; une « Agence européenne de défense » prévue dans Lisbonne, a d’ailleurs d’ores et déjà, été instituée.  « pour préserver les valeurs de l’Union et servir ses intérêts » (sic), le Conseil peut désormais confier « à un groupe d’Etats » remplissant des « critères plus élevés de capacités militaires » les « missions les plus exigeantes ».  Ces Etats « établissent une coopération structurée permanente dans le cadre de l’Union ».  Etant naturellement entendu que « la politique de l’Union (…) est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans (le) cadre de l’OTAN ».  Fermez le ban! 

C’est cette politique-là que les titulaires des « nouveaux postes européens » sont appelés à promouvoir, en coopération étroite avec les principaux Etats.  Il me semble qu’au lendemain de la chute du Mur de Berlin, on nous avait annoncé un monde pacifié et le triomphe de la coopération multilatérale.  Ce monde nouveau reste à construire mais le chemin pour s’en approcher ne passe décidément pas par Lisbonne…

Chronique pour l’H.D.

(publication 12/11/2009)

Advertisements

Entry filed under: Francis Wurtz, Franciswurtz.net, GUE-NGL, Humanité Dimanche. Tags: .

Conférence de presse de retour de Gaza VIVE LE 8 MARS!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Trackback this post  |  Subscribe to the comments via RSS Feed


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 5 176 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

novembre 2009
L M M J V S D
« Fév   Mar »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  

Commentaires récents

Sylvie sur D’ISRAEL À LA TURQUIE :…
de ANDRADE sur LES TROIS PREMIÈRES LEÇONS DU…
Gabriel Legros-Colla… sur FACE À L’ EFFET TRUMP,…
Gabriel Legros-Colla… sur WOLFGANG SCHÄUBLE, «…
de ANDRADE sur PALESTINE : L’EUROPE AU…

Catégories

Pages

Pages


%d blogueurs aiment cette page :