Posts filed under ‘Humanité Dimanche’

BONNES NOUVELLES AU SUD DE LA MEDITERRANEE

Le témoignage d’un communiste brillamment élu, avec d’autres authentiques progressistes, à … Tel Aviv; un récit enthousiasmant sur une expérience citoyenne sans précédent en Tunisie où la société, en dehors de toute structure étatique, s’organise pour préparer le scrutin du 23 octobre d’où sortira une Assemblée constituante; le tout en présence du Président, communiste, de l’Assemblée territoriale de Corse (encore une « première »), Dominique Bucchini: il y avait de quoi se pincer pour s’assurer de ne pas rêver, la semaine dernière, près d’Ajaccio, où se déroulait – heureuse initiative – une journée d’échanges et de formation d’ « élus des deux rives de la Méditerranée », sous l’égide du CIDEFE et du réseau REALPE [1].  Il ne s’agit évidemment pas ici de résumer les travaux en question, mais d’en livrer quelques éléments d’information qui méritent de circuler plus largement.  Puissent-ils inspirer nos réflexions sur la force et la diversité des exigences de changements qui, un peu partout, cherchent à se frayer un chemin en bousculant un ordre établi qui a fait son temps mais refuse avec acharnement de laisser la place.

Tel Aviv, tout d’abord, fait de plus en plus la « contre-actualité » en Israël.  On se souvient qu’en 2008, un jeune député communiste, Dov Khenin, réputé pour son opposition farouche à l’occupation des territoires palestiniens, s’était présenté contre le maire travailliste, ancien pilote de chasse réputé pour son conservatisme, et avait créé la surprise en réunissant 33% des suffrages!  « Une hirondelle ne fait pas le printemps » avaient minimisé certains observateurs.  Or l’année suivante, c’est toute une liste progressiste (rouge-verte) qui a fait bondir la participation électorale et conquis la première place parmi les groupes politiques du Conseil municipal!  L’un de ces élus, lui aussi communiste, Yoav Goldring, compte à présent parmi les animateurs des « indignés » de Tel Aviv, d’où est parti le gigantesque mouvement social qui a déjà bousculé Nétanyahou.  Prochaine étape: une « grève générale de la population », avec la participation des syndicats mais aussi des étudiants et des parents, le 1er novembre prochain…

Quant à la société tunisienne, Mohieddine Cherbib, du comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme nous en a révélé les ressorts civiques malgré la longue absence d’expérience démocratique.  Une refondation totale des institutions est en cours dans le pays.  L’Union générale des travailleurs tunisiens, d’innombrables associations, des intellectuels, des magistrats, tous les « partis de la Résistance » coopèrent à créer les conditions d’un choix libre et souverain des citoyens tunisiens: refonte des listes électorales, organisation des inscriptions, préparation de 10 000 bureaux de vote…  Une haute instance composée de personnalités indépendantes et respectées est chargée de veiller au respect des règles, parmi lesquelles la parité hommes-femmes.  Des dizaines de milliers de personnes ont pu se former à l’accomplissement de leur responsabilité dans ce processus inédit.  Naturellement, rien de tout cela ne préjuge des résultats du vote – qui risquent d’être en partie la rançon de la dictature passée.  Mais des jalons de la démocratie sont posés: « Dans toute la société, on discute politique » note avec émotion Mohiéddine.  C’est sur ce terreau fertile que les forces de progrès pourront semer.  Dominique Bucchini s’est aussitôt dit disponible pour partager son expérience avec nos futurs partenaires.  Il y avait plein de soleil, la semaine dernière, à Ajaccio.  Dans le ciel et dans nos cœurs…


[1] CIDEFE: Centre d’Information, de Documentation, d’Etudes et de Formation des Elus.

REALPE: Réseau d’élus et d’autorités locales progressistes européens.

20 octobre 2011 at 5:50 Laisser un commentaire

La face cachée 
des « eurobonds »

L’Euro et l’Europe actuels sont « au bord du gouffre » (Jacques Delors), mais leurs dirigeants et leurs idéologues ne peuvent se résoudre à envisager une refondation de cette construction. Alors, ils échafaudent une cascade de « solutions » qui ont toutes pour points communs d’abord de chercher à « rassurer les marchés financiers », ensuite de considérer comme la priorité absolue la lutte acharnée contre les déficits au détriment du développement social, enfin de préconiser une concentration de pouvoirs coercitifs au plus haut niveau (européen), court-circuitant de fait les organes démocratiques nationaux et 
la souveraineté populaire.

Dans ce contexte, la panacée en cette rentrée semble être la création d’« eurobonds » (obligations européennes). Il s’agirait de mettre en commun une partie de la dette de tous les 
pays de la zone euro et d’émettre dès lors des titres de dettes non plus au nom d’un État mais de toute la zone. On mélangerait ainsi des dettes très recherchées par les « investisseurs », car sans risque, et des dettes de pays aux finances fragiles mais désormais garanties par les autres États. Dès lors, le taux d’intérêt – uniforme – exigé par les créanciers serait moins élevé que celui imposé aujourd’hui à la Grèce ou à l’Espagne, mais certainement plus haut que celui concédé jusqu’ici à l’Allemagne (et à la France). 

Voilà donc une mesure qui a l’apparence de la « solidarité européenne », sinon la marque de la gauche… D’ailleurs, le PS, toutes tendances confondues, en est partisan. Daniel Cohn-Bendit tout comme Eva Joly s’en réclament. Les socialistes allemands et grecs sont unis pour l’exiger. Il faut pourtant y voir de plus près. D’abord, les « marchés », eux aussi, trépignent d’impatience d’en disposer, et les premiers à avoir lancé l’idée sont M. Juncker, le président du groupe des ministres des Finances de la zone euro, et M. Trémonti, le grand argentier du gouvernement Berlusconi.

Ce ne sont pas des références indiscutables…

Mais surtout, si l’Allemagne était finalement poussée à accepter d’affaiblir sa propre position sur les marchés en intégrant à sa dette AAA des dettes de pays financièrement menacés, on a froid dans le dos en imaginant la contrepartie imposée à ces derniers ! Leur politique économique et budgétaire, leur législation sociale et un solide programme de privatisations seraient immanquablement pilotés d’en haut au nom d’une « gouvernance européenne » capable d’inspirer confiance aux « investisseurs »… Un tel saut dans le renoncement à la démocratie et à la souveraineté serait à la « règle d’or » ce que le plat de résistance est au hors-d’œuvre. À gauche, les thuriféraires des « eurobonds » seraient donc bien inspirés de dévoiler les deux faces de la médaille et de passer de l’illusion d’un aménagement de l’« Europe » actuelle à sa profonde transformation.

Cet été, trois personnages hors du commun nous ont quittés : Léo Figuères, maire honoraire de Malakoff (Hauts-de-Seine), figure de la Résistance et du combat anticolonial, s’est éteint à 93 ans ; Serge Tarassioux, jeune et brillant maire de Pierre-Bénite (Rhône) « incarnant une nouvelle génération d’élus et de responsables », 
a été foudroyé par un infarctus à 41 ans ; Allain Leprest, poète et chanteur révolté, écorché et généreux, ami de Jean Ferrat et cher à notre cœur à tous, s’est donné la mort à 57 ans. Trois communistes, différents par leur âge, leur sensibilité, leur parcours, mais dont l’engagement force dans chaque cas le respect 
et la sympathie. Comme tous leurs innombrables amis, je voulais leur rendre hommage.

4 septembre 2011 at 9:24 Laisser un commentaire

LA POLOGNE LIBERALE A LA TETE DE L’UE

Depuis le 1er juillet et jusqu’à la fin de cette année,c’est donc – et pour la première fois – la Pologne qui assure la présidence du Conseil européen.Certes,le traité de Lisbonne a créé une « présidence permanente » actuellement assurée par le Belge Van Rompuy,mais…sans supprimer le principe des présidences tournantes. Celles-ci ont, de fait, un poids variable selon leur titulaire. La Hongrie vient d’achever un mandat de six mois sans avoir compté pour grand chose dans les orientations adoptées. Il n’en ira pas tout à fait de même pour son successeur polonais. Non seulement parce qu’il s’agit du plus important des nouveaux pays membres de l’Union européenne ( près de 40 millions d’habitants; position stratégique entre l’Ouest et l’Est du continent; poids de l’Histoire de cette nation,etc), mais en raison du statut privilégié qu’il a acquis aux yeux des forces politiques qui dominent aujourd’hui les institutions européennes, depuis que la droite libérale de Donald Tusk a supplanté la droite nationaliste des frères Kaczynski .

Varsovie n’est pas loin de passer pour l’élève-modèle de la classe européenne, avec sa croissance économique de 4% et le zèle libéral de ses nouveaux dirigeants. Nous verrons dans une prochaine chronique quelques uns des « secrets » de ce développement  ainsi que certaines de ses limites.Contentons-nous à présent de mettre l’accent sur les « priorités » affichées de la présidence polonaise de l’UE. Elles sont d’autant mieux accueuillies par nombre de ses partenaires qu’elles s’inscrivent de façon volontariste dans la vision qui prévaut tant à Berlin qu’à Paris ou à Londres.

Ainsi la Pologne réclame -t-elle « plus de concurrence » et veut-elle « casser les entraves » au commerce transfrontalier là où il en demeurerait encore, notamment dans le domaine des transactions en ligne.Elle entend , dans le même esprit,agir pour davantage de « libéralisation du commerce international », la finalisation du « cycle de Doha » (OMC), toujours bloqué, l’accession de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce, la négociation de plus d’accords de libre-échange avec l’Asie et même d’un accord de libre-échange « approfondi » avec le voisin ukrainien,etc…Les étudiants et les enseignants-chercheurs du supérieur apprécieront ,en outre, qu’elle demande plus de « coopération des universités avec les milieux économiques » et, plus généralement,une « modernisation des universités » compatible avec la « priorité stratégique » du « renforcement du marché unique » européen…

Soyons justes: telle n’est pas la seule « priorité » avancée par les dirigeants polonais pour l’Europe, en 2011.Il s’y ajoute notamment…un renforcement de la « défense européenne », en particulier un accroissement des « groupements tactiques » (forces de projection de 1500 soldats chacun) et un « renforcement des relations Union européenne-OTAN ».

Pour Henri IV , labourage et paturage étaient « les deux mamelles de la France ». Pour Donald Tusk, libéralisme et militarisme sont manifestement les deux pis de l’Europe.

7 juillet 2011 at 5:28 Laisser un commentaire

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