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2012 ET L’ALTERNATIVE EN EUROPE
Les résultats des récents scrutins chez nos voisins européens nous confortent en même temps qu’ils nous interpellent. D’un côté, ils confirment la force de rejet des politiques de régression sociale et d’amputation de la démocratie érigées partout en nouveau modèle européen. Mais, de l’autre, ils illustrent la profondeur du désarroi de millions de citoyens face à l’absence de toute perspective, jugée crédible, de changement. Certes, en Espagne a eu lieu le riche et prometteur mouvement des « Indignés ». Quant à la « Gauche Unie », elle y a amélioré son résultat, ce qui est encourageant. Mais au final, le grand vainqueur est l’une des droites les plus dures du continent! De même, au Portugal, si le Parti communiste a maintenu son influence (ce qui n’est pas le cas de l’autre parti progressiste, le Bloc de Gauche), il reste que, dans son ensemble, la gauche de transformation sociale est à un niveau qui n’empêche pas …le parti de M. Barroso, le Président de la Commission européenne, de triompher et d’annoncer une accentuation de la politique massivement contestée depuis des mois! Il en va de même en Allemagne, où la victoire des verts (et le léger recul de la Linke) dans d’importantes élections locales ne laissent en rien présager des ruptures avec le fond de la politique de Madame Merkel (sauf sur…le nucléaire). Dans tous les cas, des attentes seront déçues et l’idée terriblement pernicieuse qui risque de s’ancrer toujours plus dans les consciences sera que, décidément, quoiqu’on fasse dans chaque pays, la même politique, concoctée sur le plan européen, se poursuit inéluctablement.
C’est cette idée qu’il nous faut vaincre, à tout prix, à l’occasion des échéances de 2012. Et c’est possible. Pour avoir une chance d’y parvenir, une bataille d’idées vivante, rigoureuse et mobilisatrice est naturellement nécessaire. L’acquis de la campagne contre le traité constitutionnel de 2005 et nombre d’enrichissements qui y ont été apportés depuis constituent un argumentaire solide, à condition d’éviter la manie du slogan et tout glissement pseudo-radical vers le « y a qu’à », qui rendent tout projet inaudible. Nous aurons l’occasion d’y revenir.
Mais pour être crédible, un projet de réorientation de l’Europe, doit, en outre, être susceptible d’être fortement soutenu, au delà de la France, dans un certain nombre de pays européens. Non par leur gouvernement, mais par ces mouvements sociaux divers et puissants qui se mobilisent pour un vrai changement sans entrevoir le moyen de le réaliser dans un seul pays. Voilà le « secret » permettant de bousculer les rapports de force et d’ouvrir une crise salutaire dans les structures obsolètes du pouvoir européen. Dans cet esprit, je me réjouis, pour ma part, de retrouver dans le projet de « programme partagé » du Front de Gauche, les grandes lignes d’une proposition développée ici-même dans une précédente chronique: en cas de victoire de la gauche, portée par un mouvement populaire large et conscient, « la France prendra l’initiative d’ Etats généraux de la refondation européenne, en faisant appel à toutes les forces politiques et sociales disponibles en Europe… » Cette démarche d’ouverture – venant d’un pays vers lequel seront tournés tous les regards et beaucoup d’espoirs – vers les syndicats européens dans leur diversité, les mouvements associatifs, tous les mouvements sociaux, les initiatives citoyennes du type des « indignés », les élus progressistes, etc. pour dire ensemble ce qui ne peut plus durer ainsi que les deux ou trois changements majeurs qui nous rassemblent me parait capitale pour espérer casser le fatalisme et ouvrir les chantiers de l’avenir.
« L’EUROPE »!, C’EST DU CONCRET!
La Conférence nationale du PCF, qui vient de se réunir le week-end dernier, n’a pas discuté que du candidat à l’élection présidentielle. Le projet de programme élaboré en commun par les partenaires du Front de gauche, et qui va être, à présent, soumis à la discussion de nos concitoyens et enrichi par leurs observations, a également occupé une partie des débats. C’est cet engagement très concret qui sera la colonne vertébrale de la campagne en vue de la double échéance de 2012: législative (élection des députés appelés à voter les futures lois) et présidentielle.
Pour approfondir les échanges à ce propos, une séance de travail a été organisée sous forme de « ruches »: entre 60 et 70 tables rondes regroupant chacune une dizaine de participants ont ainsi discuté de l’un ou de l’autre des thèmes centraux du projet de programme, pour en souligner tant les points forts que les lacunes. J’ai moi-même pris part à l’une de ces « ruches », dont le sujet était « l’Europe », mais pas en général et dans l’abstrait! Chacune et chacun de nous devait s’efforcer d’illustrer, à partir de son expérience et de sa réflexion personnelles, le type de questions que le programme du Front de gauche devait aborder pour avoir une chance de devenir « populaire », c’est à dire, « être partagé » non seulement par les trois partis du Front de gauche mais par de larges secteurs du « peuple de gauche » dans sa diversité.
Expérience concluante! Jean-François, du Nord, évoqua d’emblée le « pacte pour l’euro+ », ce projet global lancé par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy en cours de finalisation dans les institutions européennes, et qui vise à installer durablement un régime de régression sociale au nom de la lutte contre les « déficits publics ». Il montra pourquoi ce pacte a besoin d’être révélé, décrypté, combattu et mis en échec. Avec raison a été souligné l’atout que représente pour cette contre-offensive la levée de bouclier contre cette lourde menace de tout le mouvement syndical européen. Un postier de Haute Savoie a, quant à lui, attiré l’attention sur l’enjeu des services publics, qui se pose, lui aussi, à l’échelle européenne. Il cita l’exemple d’une conquête des postiers allemands – un salaire minimum pour ce secteur, en l’absence de tout SMIC national – menacé d' »illégalité » par la Cour européenne de Justice, car considéré comme un obstacle déguisé à la libre concurrence au détriment d’un groupe privé néerlandais qui envisageait de ravir une partie du marché postal allemand, mais en payant des salaires plus bas! Hervé, de Seine-Saint-Denis, mit l’accent, à partir de son expérience d’élu territorial, sur la nécessité de « réhabiliter les dépenses publiques utiles » face à la diabolisation de celles-ci au nom de la chasse indistincte aux « déficits »; Jean-Noël, des Bouches du Rhône et Claire de l’Aude, insistèrent sur l’exigence de substituer à la mise en concurrence des universités « un processus solidaire d’échange des savoirs ». Liliane, de l’Allier, aborda le sujet de la politique agricole commune et expliqua l’importance de « prix rémunérateurs » pour perpétuer l’agriculture paysanne. Une nouvelle élue du Conseil régional des Pays de la Loire et Bernard, de l’Aisne illustrèrent le poids que prend l’enjeu d’une « autre utilisation de l’argent » et, en conséquence, la bataille pour « changer l’euro », sans tomber dans le piège de sortir de la monnaie européenne.etc… Une leçon de choses à méditer!
« SORTIR DE L’EURO? » POUSSONS LE DEBAT!
Dans une récente chronique, j’ai amorcé le dialogue sur une interrogation compréhensible mais, à mes yeux, piègeante : faut-il « sortir de l’euro » pour nous libérer des politiques dévastatrices menées en son nom? Poussons le débat, sans prétendre faire le tour de la question en quelques lignes.
Tout d’abord, une donnée doit être claire: le statu quo est incompatible avec une ambition sociale. La conception actuelle de la monnaie européenne a ses fondements dans le traité de Maastricht. La logique de ce traité est, en particulier, traduite par une Banque centrale européenne (BCE) conçue pour ignorer l’emploi et le social. Elle ne doit s’intéresser qu’à la « stabilité » des coûts, c’est à dire à la pression sur les salaires et les dépenses sociales afin de séduire les « investisseurs » à la recherche de rendements élevés. Cette logique a produit le pacte de …stabilité, véritable machine de guerre contre les dépenses publiques, et favorisé la politique de « l’euro fort », mortelle pour l’emploi. Depuis la crise financière de 2008, elle a conduit les principaux dirigeants européens à sophistiquer encore substantiellement leur arsenal antisocial – et antidémocratique – avec la « pacte pour l’euro ». Celui-ci vise à instaurer un régime d’hyperaustérité durable et à imposer d’en haut des « réformes structurelles » visant à doper la « flexicurité », l’allongement de l’âge de départ à la retraite, les privatisations… La rupture avec cette logique est donc, plus que jamais, une exigence pour qui veut ouvrir la voie à un projet de gauche digne de ce nom.
Dès lors se pose la question: la meilleure rupture avec cette politique ne serait-elle pas la sortie pure et simple de l’euro? Une fausse évidence, dramatiquement trompeuse! Même un économiste comme Jacques Sapir, qui penche pourtant plus ou moins en faveur d’une telle issue, ne cache pas qu’ « il est évident qu’une sortie de l’euro est un basculement dans l’incertain », que le risque est que « la souveraineté monétaire soit captée par les marchés » et que la « nouvelle monnaie (soit menacée d’être) prise dans le tourbillon des spéculations financières ». Les économistes communistes – non suspects de complaisance pour Maastricht ou la BCE! – estiment même pareille aventure bien plus dangereuse encore, avec, en particulier, les effets désastreux d’une forte dévaluation sur le niveau de vie des travailleurs et le poids de la dette, ainsi que l’explosion d’une mise en concurrence sans limite entre Européens. Et surtout, ils mettent l’accent sur le besoin vital d’une construction monétaire européenne – mais profondément transformée – pour agir contre la domination du dollar et en faveur d’une monnaie commune de coopération à l’échelle du monde, au côté de pays du Sud et de grandes économies dites « émergentes ».
Naturellement, pour créer les conditions de tels changements, il ne faut pas se situer exclusivement au niveau des institutions européennes actuelles ou des négociations entre Etats, tels qu’ils sont sous nos yeux. C’est précisément la responsabilité d’une gauche visant la transformation sociale d’offrir aux citoyens une grille de lecture plus dialectique des réalités et des potentialités. Ainsi, la crise sans précédent des structures européennes et la montée partout d’aspirations au changement, elles aussi d’une ampleur sans équivalent depuis qu’existe l’UE, ouvrent-elles une « fenêtre d’opportunité » historique. C’est le moment de faire valoir une vision alternative et d’avancer des propositions saisissables, crédibles et rassembleuses. C’est dans cet esprit qu’on attend la gauche française en 2012.




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