Posts filed under ‘l’Humanité’

L’ENJEU GREC, C’EST AUSSI LA DIGNITE ET LA SOUVERAINETÉ

wurtz-l-humanite-dimancheDans une belle édition spéciale de « L’Humanité », dédiée à la solidarité avec la Grèce, le réalisateur Costa-Gavras explique son soutien au nouveau gouvernement d’Athènes en insistant sur « la volonté de Tsipras de sortir le pays des griffes de la troïka ». Ce sont, dit-il, « des bureaucrates d’une rigidité extraordinaire, (dans leur petit monde), il y a pléthore de chiffres, jamais de peuple ». À l’opposé, le cinéaste évoque -citant Alexis Tsipras – la démocratie et la culture, ces « deux racines de la Grèce », et dit espérer des « changements éthiques » dans son pays. (1) Ce que nous rappelle Costa-Gavras, c’est qu’en même temps que le rejet de l’austérité, la mobilisation et le vote des Grecs expriment une exigence de dignité et de souveraineté. Et c’est sur l’ensemble de ces terrains que les dirigeants de la zone euro veulent éviter à tout prix que Syrisa puisse se prévaloir de succès susceptibles de donner des idées aux autres peuples autant excédés par d’interminables sacrifices que blessés par une forme d’encasernement , sinon d’humiliation, devenu insupportable.

Poussée jusqu’à l’extrême en Grèce par la « troïka », cette mise sous surveillance nous touche désormais tous, à un degré ou à un autre. Le pire, c’est de voir des responsables politiques ou d’autres personnages influents s’inscrire sans aucun recul dans cette logique de soumission : « Michel Sapin a pris par écrit l’engagement de tenir l’objectif » vient ainsi d’ assurer le Commissaire européen Moscovici à propos de l’injonction qu’il a lui-même adressée à son successeur de présenter à Bruxelles d’ici le mois d’avril un plan de « réformes ambitieux et plus détaillé » ! D’autres en viendraient presque à exprimer leur reconnaissance du fait que Bruxelles ait « accepté de donner un nouveau délai de deux ans à la France » (« Le Figaro ») « pour rentrer dans les clous » (« Libération »), ce qui fait tout naturellement que « Paris va devoir, comme tout mauvais élève, revoir sa copie (et) avancer d’autres preuves de sa volonté réformatrice. D’ici avril. » (« Le Monde »)

Cette espèce de mise sous tutelle « soft » a , on s’en souvient, débuté avec l’obligation pour chaque État de soumettre à la Commission européenne puis à ses pairs son projet de budget annuel avant de l’adresser à son propre parlement. Depuis quelques temps , cette pratique a été étendue à la surveillance des « grands équilibres macroéconomiques »de chaque État , autrement dit à la politique économique et sociale dans son ensemble , pour chaque gouvernement. Actuellement, pas moins de 16 pays de la zone euro (sur 19) sont ainsi sous surveillance économique car leur niveau de dette, ou leur « compétitivité » ou quelqu’autre indicateur pertinent « n’est pas en ligne avec les valeurs de référence » européennes. Et comme pour l’échelle de Richter concernant les tremblements de terre, il y a des degrés dans la gravité des « dérapages » constatés. Ils vont de 1 à 6, et aboutissent, le cas échéant, à la « procédure de déséquilibres excessifs ». En finir avec cette bureaucratie kafkaïenne et humiliante, voilà bien l’autre exigence irrépressible qui a conduit en Grèce à l’insurrection démocratique du 25 janvier et qui cherche sa voie dans nombre d’autres pays -dont le nôtre.

Réjouissons-nous que de plus en plus de voix s’élèvent avec dignité pour appeler un chat un chat et exprimer l’ exigence d’un sursaut : »Le monde de la finance porte un regard stéréotypé sur les sociétés et sur les États avec lesquels il a à traiter. Il en allait de même du colonisateur vis-à-vis des indigènes (…) Ne devenons pas nous-même de nouveaux colonisés ou autocolonisés puisque nos instances participent à ces mutations (…) Une fois de plus, c’est la Grèce qui a levé le drapeau ». (2) C’est pourquoi notre solidarité avec le peuple grec est un combat d’intérêt mutuel qu’ensemble nous devons gagner.

———–
(1) L’Humanité (25/2/2015)
(2) Marc Ferro, historien (Le Monde 26/2/2015)

5 mars 2015 at 10:57 Laisser un commentaire

BCE-GRÈCE : COUP DE FORCE, MAIS AVEU DE FAIBLESSE

wurtz-l-humanite-dimancheChacun savait -et notre ami Alexis Tsipras, le nouveau Premier Ministre grec, tout particulièrement !- que la victoire de Syriza donnerait lieu à un bras de fer implacable avec les principaux dirigeants européens. Pour une raison simple : voilà un gouvernement, authentiquement de gauche , qui prône une vraie réorientation politique, et qui revendique sur cette base son appartenance à l’Union européenne comme à la zone euro ! S’il réussit, il s’agira d’une rupture sans précédent avec le consensus implicite sur lequel s’appuie jusqu’ici la classe dirigeante de cette construction pour la faire fonctionner : « L’Europe, c’est nous ! Notre politique est la seule possible. Elle est à prendre ou à laisser. » Tout changement significatif que réalisera ce gouvernement dans la vie du peuple grec sera un puissant encouragement à la recherche d’alternatives progressistes, coopératives et solidaires dans toute l’Union européenne. De quoi semer l’inquiétude en haut lieu, en effet…

Pour autant, la plupart des observateurs, y compris parmi ceux que nul ne peut suspecter de complaisance pour la gauche grecque, ont dit leur surprise devant la brutalité de la mesure décidée la semaine dernière par la Banque Centrale Européenne (BCE) à l’encontre d’Athènes. En coupant l’accès à la principale source de financement des banques grecques -et, par là même, de l’Etat grec, condamné qu’il est à emprunter auprès d’elles l’argent dont il a un besoin aussi vital qu’urgent !- les « faucons » européens ont fait le choix de la politique du pire : aussi ignoble et irresponsable que celle de refuser l’insuline à un diabétique dans l’espoir d’obtenir sa reddition.

Ce coup de force est, paradoxalement, un aveu de faiblesse. La précipitation avec laquelle les ultra de la BCE ont « bétonné » toute discussion avec Athènes, tout comme l’arrogante fin de non-recevoir opposée au même moment par le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, aux propositions de son homologue grec, visaient à l’évidence à mettre le holà à un impressionnant flot de prises de positions favorables aux demandes des nouvelles autorités grecques. « Dépêchez-vous de remettre de l’ordre dans nos affaires, sinon nous ne maîtriserons bientôt plus rien ! » -tel est, en substance, le message stratégique lancé par la BCE aux ministres des finances de « l’Eurogroupe » qui doivent se réunir le 17 février prochain et aux Chefs d’Etat et de gouvernement qui se retrouvent le lendemain.

De fait, l’ « effet Syriza » dépasse largement le cadre de la gauche européenne. En France, l’Institut Montaigne, haut lieu de la propagande ultra-libérale, a fait faire un sondage qu’il comptait utiliser pour prouver que les Français étaient pour « maintenir la dette (grecque) et les échéances en l’état ». Patatras: l’enquête révèle que seuls 15% des personnes interrogées épousent cette position , tandis que 52% d’entre elles sont pour un allongement de la durée des remboursements (donc un allègement du service de la dette) et…30% favorables à une annulation totale ou partielle de cette dette ! Même un Matthieu Pigasse, le directeur-Europe de la Banque Lazard (et actionnaire du « Monde ») a jugé « indispensable » une annulation de 100 milliards d’euros de dette grecque en précisant que cela n’aurait aucune incidence budgétaire en France, les sommes prêtées étant déjà comptabilisées dans les dépenses et dans la dette de l’Etat ! « Répudier la dette publique d’au moins un tiers est peut-être la promesse la plus crédible d’Alexis Tsipras » a estimé de son côté un chroniqueur réaliste (ou résigné) des milieux d’affaires ! (1) . En Europe, en plus du rassemblement monstre de Podemos en Espagne et de la puissante manifestation en Irlande, retenons le soutien explicite à la Grèce de la Confédération des syndicats allemands DGB. Sans parler des messages cinglants venus d’outre-Atlantique et destinés à Bruxelles et à Berlin : tel celui du Nobel d’économie Stiglitz appelant l’Europe à « reprendre ses esprits » ou -cerise sur le gâteau- celui du Président Obama invitant ses partenaires européens à comprendre « qu’on ne peut pas continuer à pressurer des pays qui sont en pleine dépression ». Tsipras a raison de repousser le chantage : le combat ne fait que commencer. Il doit et il peut réussir.

—————
(1) Jean-Marc Vittori – Les Échos (20/1/2015) .

12 février 2015 at 12:02 1 commentaire

« LA FRANCE DOIT CHANGER DE POLITIQUE INTERNATIONALE »

wurtz-l-humanite-dimanche« La mondialisation, on peut en faire une bonne ou une mauvaise (…) La réponse de la gauche à la mondialisation libérale, ce n’est pas de prêcher la démondialisation, c’est de changer de politique internationale ». Les arguments de Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales, sont percutants et convaincants. Il l’a prouvé une fois encore samedi dernier en clôturant une passionnante journée de débats qu’il avait co-organisée -une « première »- avec une structure d’échanges créée par le Parti communiste français et dirigée par Michel Laurent, le LEM (1).

La thèse avancée a la force de l’évidence: le monde a changé. D’abord, il n’est plus limité géographiquement comme du temps des colonies ou divisé comme durant la guerre froide. Il faut donc se situer par rapport à l’humanité et à la planète toutes entières. Ensuite, malgré les rapports de force impitoyables qui s’y exercent, il existe un niveau d’interdépendance sans précédent : aucun État, même le plus puissant, ne peut plus ignorer totalement les autres ni leur imposer toutes ses volontés. Au point que le Président Obama se demande si le leadership américain à encore un sens. Cette interdépendance offre une chance : ce que l’un gagne n’est plus nécessairement le résultat d’une perte pour l’autre. Par exemple, la Chine n’a rien à gagner à l’effondrement des États-Unis ou de l’Europe, et vice-versa !

Dans ce monde, les enjeux de sécurité ont changé. « Les États-Unis n’ont pas gagné une seule guerre depuis 1945…à l’exception de celle menée contre Grenade et sa poignée de soldats ! » souligne l’universitaire progressiste. Plus généralement, pas une intervention politico-militaire n’a réussi -y compris « en Libye, en République Centrafricaine ou même au Mali », précise Badie à propos des initiatives françaises. L’instrument militaire n’est plus adapté. « Ce n’est pas l’OTAN qui résoudra les frustrations des sunnites provoquées par la guerre civile en Irak et qui sont à l’origine du soutien populaire à Daech ! » Et si aucun des conflits existants au moment de la chute du Mur n’a été réglé depuis lors -Palestine, RDC, Somalie, Yémen,Érythrée, Soudan, Afghanistan…- c’est « parce qu’on n’a pas progressé en matière de gestion des biens communs de l’humanité. » Les violences qui « préparent les volcans de demain », ce sont avant tout les terribles inégalités qui sévissent dans le monde. Y compris entre les États . Il faut affronter ces problèmes et, pour y parvenir, dépasser « la diplomatie de la tasse de thé », c’est à dire les discussions entre amis et entre semblables. Refuser de négocier avec tous ceux que nous n’aimons pas nous conduit dans l’impasse.

Il est donc temps que les citoyens se mêlent de ces enjeux et deviennent des acteurs de la mondialisation . Et il est crucial de définir les axes d’une nouvelle politique internationale de la France. Bertrand Badie en verse quatre principaux au débat de la gauche. La solidarité : elle n’est pas caritative; elle est utile à celui qui l’exerce car elle consolide sa propre sécurité. Le multilatéralisme : il faut s’ouvrir à tous , aux Chinois, aux Russes, aux pays arabes, et y compris aux acteurs non étatiques. L’ « intersocialité »: c’est à dire les échanges entre les sociétés et pas seulement entre les États. L’ « altérité »: autrement dit la reconnaissance de l’autre dans sa différence. « La négation de l’altérité est à la base de la violence internationale de demain. À l’inverse, le respect, c’est la la plus belle des libertés, celle qu’on offre à l’autre ». Merci, Bertrand Badie !

——–
(1) Rencontre publique sur le thème : »Une réponse de gauche à la mondialisation », avec la participation (outre Bertrand Badie et Michel Laurent) de Leila Shahid, ambassadrice de Palestine auprès de l’Union européenne; Natassa Théodoradopoulou, représentante de Syrisa au Parti de la Gauche Européenne; Liêm Hoang-Ngoc, économiste, ancien parlementaire européen et animateur du collectif des « socialistes affligés »; Jean-Pierre Dubois, Président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme; Dominique Vidal, journaliste; Noël Mamère, député; Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International-France; Adem Uzum, dirigeant politique kurde; Francis Wurtz, député honoraire du Parlement Européen. Six heures de débats animées par Anne Sabourin, représentante du PCF au PGE et Dominique Bari, journaliste. (Sénat, 31/1/2015)

5 février 2015 at 10:17 Laisser un commentaire

Older Posts Newer Posts


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez les 5 297 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

mars 2026
L M M J V S D
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Archives

Catégories

Pages

Pages