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CES VOIX QUI SAUVENT L’HONNEUR DE L’EUROPE SUR GAZA
Figure intellectuelle respectée très au-delà de nos frontières, Edgar Morin dénonçait récemment « le silence du monde, le silence des Etats-Unis, protecteurs d’Israël, le silence des Etats arabes, le silence des Etats européens qui se prétendent défenseurs de la culture, de l’humanité, des droits de l’homme » face à la « tragédie horrible », au « véritable carnage massif sur les populations de Gaza », dont se rendent coupables « les décideurs de l’Etat d’Israël ».
Comment ne pas partager l’indignation de l’emblématique sociologue devant le silence assourdissant de nombre de représentants de la « communauté internationale » ! Le cas des Chefs d’Etat ou de gouvernement occidentaux est d’autant plus révoltant qu’il illustre l’étendue de leur partialité dans le traitement des crimes de guerre contre des populations civiles , selon que les criminels sévissent en Ukraine ou en Palestine.
Quelques voix se distinguent dans ce mutisme honteux. C’est le cas de la vice-présidente du gouvernement espagnol et cheffe de file du mouvement de gauche Sumar, la communiste Yolanda Diaz. Elle dénonçait encore, il y a peu, « l’hypocrisie internationale » sur le Proche-Orient , révélant que le gouvernement espagnol « dialoguait » depuis quelques temps avec les États membres de l’Union européenne pour « aller de l’avant » sur l’enjeu-clé de « l’Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale », et que, faute de consensus, « l’Espagne prendrait ses propres décisions ». Est-ce cette initiative qui décida enfin Emmanuel Macron à déclarer, fût-ce, comme à son habitude, de façon alambiquée, que « la reconnaissance d’un État palestinien n’est pas un tabou pour la France » ?
D’autres voix qui tranchent avec l’inertie ambiante face à la sauvagerie quotidiennement à l’œuvre à Gaza émanent de nos amis du Sinn Fein d’Irlande. Il s’agit de celle de la nouvelle Première Ministre d’Irlande du Nord, Michelle O’Neill, exigeant, en plus du cessez-le-feu et de la libération des otages, le lancement d’un authentique processus de constitution d’un État palestinien. Et également de celle de la Présidente du Sinn Fein, Mary Lou Mc Donald -qui fut, naguère, membre de notre groupe de la gauche au Parlement européen- exhortant le gouvernement de la République d’Irlande à saisir la Cour pénale internationale du cas des responsables de la guerre que mène Israël à Gaza.
On peut éventuellement encore citer le cas de la Ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib, exprimant au moins sa « ferme condamnation » de la destruction -« absolument inacceptable »- par l’armée israélienne des bureaux d’une agence belge de développement installée de longue date à Gaza, contrairement à d’autres pays, qui se taisent même quand l’armée de l’occupant détruit des infrastructures qu’ils ont financées…
Merci à ces responsables politiques, dignes de leur fonction. Ils sauvent l’honneur de l’Europe. L’Histoire retiendra qu’après près de cinq mois de cette « tragédie horrible », elles faisaient partie de la poignée de dirigeants refusant l’inacceptable.
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JE VEUX RENDRE HOMMAGE À MICHEL MULLER, À SON TALENT DE JOURNALISTE, SA RECTITUDE ET SON HUMANITÉ .
ISRAEL DEVANT LA CIJ : L’AVIS D’UN AVOCAT ISRAÉLIEN
Dans un entretien accordé au site de la Revue « La Brèche », Michael Sfard, éminent avocat israélien, connu pour son engagement dans la défense des droits humains, en particulier en ce qui concerne les territoires occupés, éclaire les enjeux de l’action en justice de l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour Internationale de justice (CIJ).
Cette Cour, rappelle-t-il, a deux pouvoirs : celui d’émettre des avis consultatifs et celui de statuer sur des litiges entre deux Etats. Nous sommes dans ce second cas, où les verdicts de la Cour sont contraignants et sont, le cas échéant, appliqués par le Conseil de sécurité des Nations unies. Chacun et chacune de ses 15 juges, choisis par l’Assemblée générale de l’ONU, auxquels s’ajoutent un juge de chacun des deux pays concernés, « est censé n’être loyal qu’au droit international et à sa propre conscience ».
Sur le fond de l’accusation portée contre Israël de violer la « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide », la réponse de l’avocat est particulièrement émouvante : « Je viens d’une famille de survivants de l’Holocauste, et le fait même (…) que l’accusation ne soit pas sans fondement, me brise le cœur », affirme-t-il, en évoquant les travaux de son grand-père, le sociologue Zygmunt Bauman, qui « a écrit sur le syndrome des victimes qui aspirent à devenir des bourreaux, et sur les raisons pour lesquelles des efforts doivent être faits pour empêcher cela. Je crains -conclut Michael Sfard- que nous n’ayons échoué ».
Sur quels éléments la patrie de Nelson Mandela fonde-t-elle son accusation ? D’abord, sur le comportement d’Israël dans cette guerre : les attaques aveugles et disproportionnées contre les infrastructures civiles; la famine liée au blocus et aux déplacements forcés; le nombre considérable de victimes et la catastrophe humanitaire -« des statistiques terribles, souligne l’avocat, dont le public israélien est à peine informé, parce que les grands médias ne nous les montrent pas » ! L’autre base de l’accusation est celle de l’intention des autorités israéliennes . A cette fin, les représentants sud-africains ont produit quelque 60 citations de hauts responsables Israéliens -Président, Premier ministre, ministres, députés, généraux…- assimilables à des déclarations génocidaires ou à des incitations à commettre des actes génocidaires, parmi lesquelles l’incroyable sortie du ministre de la Défense, Yoav Gallant : « Nous nous battons contre des animaux humains », déshumanisant les Palestiniens en toute impunité !
Par-delà la qualification éventuelle du comportement d’Israël dans cette guerre à Gaza de « génocidaire » -question de fond sur laquelle la CIJ ne statuera pas avant plusieurs années-, le plus urgent réside dans la demande, par l’Afrique du Sud, de « mesures conservatoires » immédiates, sans lesquelles il existe, selon Pretoria, un risque réel de génocide. Au premier rang de ces mesures demandées à la Cour figure celle qu’elle rende « une ordonnance pour mettre fin aux activités militaires d’Israël ». Si cela se produisait -ce qui n’est naturellement pas assuré !- se poserait une nouvelle question : Israël obéirait-il ? Biden userait-il de son veto au Conseil de sécurité ? Les autres pays, dont la France et l’Union européenne, respecteraient-elles les injonctions du droit international ? À coup sûr, ce serait une bataille politique mondiale de haute intensité. À suivre !
« LE RISQUE FASCISTE AUX ETATS-UNIS »
« Le risque fasciste aux Etats-Unis », titrait au début de l’année le grand quotidien suisse, « Le Temps », peu connu pour manier à la légère les formules-choc. C’est que, plus on approche des élections présidentielles américaines ( le 5 novembre prochain ), plus une seconde victoire de Donald Trump devient plausible : dans la première puissance du monde, la maison brûle, et ce n’est pas le moment de détourner le regard ! Pour mesurer ce que signifierait, pour les Etats-Unis et, partant, pour le monde, une telle éventualité, écoutons ce que nous en disent d’éminentes personnalités progressistes des Etats-Unis, que nous avons croisées dans tous les combats pour la dignité humaine, et qui sont, à nos yeux, l’honneur de l’Amérique. L’une d’entre elles est le très respecté professeur émérite à l’Université de Columbia, à New-York, Mark Kesselman.
Dans un long article qui vient de paraître (1) , il cite des extraits édifiants d’un discours de Trump de novembre dernier. À eux seuls, ils justifient le titre du « Temps » cité plus haut. S’il est élu, souligne Kesselman, Trump s’est engagé à « extirper les communistes, les marxistes, les fascistes et les voyous de la gauche radicale qui vivent comme de la vermine dans les limites de notre pays, qui mentent, volent et trichent aux élections… »Dans la même veine, le candidat républicain affirme que les immigrés « empoisonnent notre sang américain » et « inondent vos villes de drogues mortelles, vendent vos emplois à la Chine, mutilent vos enfants ». Malgré ces abominations, qui, note Kesselman, ne sont pas loin de rappeler « Mein Kampf », il se trouve, sur nos plateaux de télévision, des hommes politiques ou des journalistes de droite pour demander qu’ « on n’oublie pas les bonnes décisions que Trump a prises » durant son premier mandat !
L’exemple récemment cité à ce propos par le directeur de la rédaction du « Figaro Magazine » est la réalisation des « Accords d’Abraham », ces traités signés sous l’égide conjointe de Trump et de Netanyahou pour normaliser les rapports entre Israël et plusieurs pays arabes, en passant par pertes et profits la cause palestinienne. C’est une rupture avec un engagement historique de la Ligue des États arabes de 1967, qui modifie sérieusement l’équilibre diplomatique au Proche-Orient ! Cette lâcheté suprême est souvent citée comme une source majeure de l’exacerbation de la désespérance de nombreux Palestiniens…
Ne vous méprenez pas, met en garde notre ami universitaire américain : « Les immenses dégâts que Trump a déjà causés sembleraient probablement bénins s’il était réélu en 2024, surtout si les Républicains remportent les deux chambres du Congrès, ce qui semble tout à fait possible ». Mais, se consoleront certains, comment un candidat inculpé pour 91 crimes, parmi lesquels la « tentative de subversion de l’élection présidentielle » en 2020; « l’obstruction à la justice »; « la rétention de documents classifiés »; « la corruption de témoin »…pourrait-il être élu ? Hélas si ! À moins d’une improbable condamnation de la Cour suprême (qui penche résolument à droite), « Il pourrait même gouverner depuis une cellule de prison », rectifie Kesselman !
Face à ce danger mortel, Joe Biden, faute d’avoir eu la sagesse de préparer sa succession, risque de se révéler un piètre bouclier pour la démocratie américaine. Que le cœur du « monde libre » en soit arrivé là appelle une révision déchirante de bien des idées reçues en Occident ! « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux », écrivit Tocqueville.
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(1) Dans la revue Telos (2/1/2024)




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