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« DERNIERE CHANCE » POUR LE PROJET EUROPEEN ?
« Cette Commission sera celle de la dernière chance » a lancé Jean-Claude Juncker, le successeur (depuis le 1er novembre dernier) de l’ultra-libéral et médiocre Barroso à la tête de l’exécutif européen. Jamais encore un dirigeant européen n’avait reconnu aussi crûment la profondeur de la crise dans laquelle s’enfonce la construction européenne. C’est dire si la maison brûle ! Pour tenter de conjurer cette menace existentielle, M. Juncker pointe trois exigences à satisfaire coûte que coûte durant les cinq années de son mandat: viser un « triple A social » afin de « rapprocher les citoyens de l’Europe »; « réduire spectaculairement le chômage »; redonner une perspective aux jeunes » (1). Banco!
Le problème est que cette feuille de route suppose de rompre avec des règles de fond du traité de Lisbonne et M. Juncker s’est jusqu’ici mis en travers de la route de celles et de ceux qui, au nom d’une « autre Europe », se sont engagés dans cette voie. Il lui arrive de faire des diagnostics avisés, mais c’est pour s’aligner aussitôt, sans état d’âme, sur le modèle dominant. « Il n’y a pas de plan B »…
Nous sommes quelques uns à nous rappeler, à cet égard, les propos décoiffants de l’ex-Premier Ministre luxembourgeois (alors Président en exercice du Conseil européen) en 2005, deux jours avant le référendum français sur le projet de traité constitutionnel européen. C’est un morceau d’anthologie qui mérite d’être rappelé alors que son auteur est appelé à gérer la « dernière chance » de l’Union européenne.
« La perspective du référendum a déclenché en France un débat vertueux dont la qualité impressionne »-écrivit alors M. Juncker, avant de poursuivre: « L’Europe a cessé d’être l’affaire des seules « élites ». Le peuple français investit les lieux du débat, fait savoir que c’est de lui qu’émane tout pouvoir, que c’est lui qui décide et qu’il n’est pas près -au-delà du 29 mai- de se dessaisir du sujet qui désormais le passionne (…) Une fois de plus, le peuple français donne un exemple à suivre; une fois de plus, il prouve sa maturité démocratique. Il ne faut pas s’en plaindre. » (2) Vous avez bien lu: « débat vertueux dont la qualité impressionne »; « c’est le peuple qui décide »; « un exemple à suivre »; « maturité démocratique » !
Or, que décida ce peuple démocratiquement mûr à l’issue de ce débat vertueux et exemplaire ? Qu’il ne voulait pas de l’Europe libérale, autoritaire et bureaucratique institutionnalisée par le traité soumis à son vote. Exprimant tout haut ce à quoi la plupart des Européennes et des Européens aspiraient en silence, il se prononçait pour une « Europe sociale » et démocratique dans laquelle il puisse se reconnaitre et s’investir. Moyennant quoi, on lui imposa la copie conforme de ce qu’il venait de rejeter, rebaptisée Traité de Lisbonne. Avec la bénédiction publique de Monsieur Juncker. Cet incroyable mépris pour l’expression démocratique et l’arrogance avec laquelle des aspirations largement partagées en Europe furent tout simplement ignorées sans autre forme de procès : voilà le genre de pratiques qui a conduit l’ Union européenne à l’heure de la « dernière chance ».
Les responsables de cet immense gâchis et de l’inexorable montée de toutes les formes de désillusion, de ressentiment, voire de désespoir qu’ils ont nourries, particulièrement durant ces dernières années, sont à présent au pied du mur: au point où en est la construction européenne, l’homéopathie ne sauvera plus le malade; seule une chirurgie lourde peut espérer faire renaitre l’espoir. Pour cela, mieux vaut ne pas compter sur ces « élites » naguère montrées du doigt par M. Juncker. Rouvrons plutôt un « débat vertueux » parmi les citoyens.
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(1) JC Juncker: Discours d’investiture de la nouvelle Commission devant le Parlement européen (22/10/2014)
(2) JC Juncker ( Le Figaro- 27/5/2005)
L’EUROPE ET LE CLIMAT : AU ROYAUME DES AVEUGLES…
Le compromis auquel viennent de parvenir les 28 Chefs d’Etat et de gouvernement européens en matière d’engagements communs dans la lutte contre le réchauffement climatique a été salué comme étant la « politique énergétique de climat la plus ambitieuse du monde » par le Président du Conseil européen, M. Van Rompuy. Au pied de la lettre, c’est vrai. L’Union européenne est la première à présenter les objectifs qu’elle se propose d’atteindre en la matière d’ici 2030. On en retiendra notamment cette triple annonce: les émissions de CO2 devront diminuer de 40% au moins (par rapport à 1990); la part des énergies renouvelables dans la consommation énergétique devra être portée à 27% en moyenne; enfin, l’efficacité énergétique devrait être améliorée d’environ 27% -ce qui veut dire que, pour une production ou un service rendu identique, la consommation d’énergie nécessaire devrait pouvoir être réduite de 27%. Tout cela sonne plutôt bien, et certains observateurs se disent soulagés de ce résultat. De fait, il n’est pas faux de dire qu’il n’était pas évident que les laborieuses négociations menées entre les Etats membres depuis de longs mois aboutissent à un quelconque accord, tant les positions des différents pays divergeaient sur la plupart des points en discussion.
Ce « succès » est pourtant largement trompeur. D’abord parce que l’apparent consensus cache nombre de concessions , comme le fait que l’amélioration de l’efficacité énergétique est un objectif non contraignant. Mais surtout, si la comparaison de « l’effort » programmé par les « 28 » avec celui des autres grands pollueurs -USA, Canada, Australie, Japon , Chine…- est ,à ce jour, flatteuse pour l’Europe, il en va tout autrement quand on l’évalue à partir des exigences impératives régulièrement rappelées par la communauté des climatologues du monde entier ! Ceux-ci (le GIEC) estiment que, pour maintenir la hausse moyenne des températures en dessous d’un seuil au-delà duquel les dérèglements climatiques risqueraient de devenir incontrôlables, les pays industrialisés doivent avoir diminué leurs émissions de CO2 de 80% en 2050, ce qui suppose un rythme de réduction sensiblement plus rapide que ce que préconise « l’ambitieuse » politique européenne! Et encore, l’économie stagne aujourd’hui. Si elle sort de sa léthargie dans l’avenir, les énergies sans CO2 devront être d’autant plus sollicitées. C’est dire s’il faut , plus que jamais, prendre cette affaire très au sérieux!
Dans moins d’un an, les 195 pays membres de la Convention des Nations Unies sur le climat se réuniront à Paris pour tenter de prendre les décisions universelles qui s’imposent. Les mois qui viennent doivent donc être mis à profit pour aiguiser le débat .Parmi les questions sensibles en discussion, il y a d’abord celle de l’aide financière à accorder aux pays en développement pour leur permettre ,à la fois de parer aux effets déjà irréversibles du changement climatique et de prendre toute leur place dans la nécessaire mobilisation planétaire pour réduire les émissions de CO2. Il y a également celle de l’énergie nucléaire. Il faut dépasser le stade de la polémique à son sujet. Quoiqu’on en pense, elle s’avère incontournable, au côté de toutes les autres énergies sans carbone, si l’on veut avoir une chance de relever l’immense défi climatique qui est devant nous -à plus forte raison si on se place à l’échelle du monde. L’urgence est , par voie de conséquence, d’agir ensemble pour que la sureté nucléaire internationale franchisse un pallier comparable à ce qui existe pour le transport aérien : une agence indépendante doit obtenir des pouvoirs contraignants lui permettant d’imposer le respect strict de normes très exigeantes depuis la conception des réacteurs jusqu’à la gestion des déchets.
Ne laissons pas les dirigeants européens se complaire dans l’autosatisfaction et monopoliser un débat qui nous concerne tous.
AU FAIT, DE QUEL « OBJECTIF DE 3% » PARLE-T-ON ?
« 3% » : ce chiffre mythique est en passe de remplacer la devise de la République dans les discours officiels ! Ces jours-ci, la seule question qui vaille serait de savoir si « Bruxelles » accepte -et à quelles conditions- de reporter jusqu’à 2017 le délai permettant de ramener à cette part des richesses nationales les déficits publics du pays. Tour à tour, le ministre des finances, le Premier ministre et le Président lui-même plaident l’indulgence auprès des principaux responsables européens, tout en approuvant le principe de ce « tabou » au nom de la préservation des intérêts des « générations futures ».
En revanche, il y a, dans les textes européens, une autre référence aux « 3% » des richesses nationales (PIB) dont la France , pas plus que la majorité des autres États membres de l’Union européenne (UE), ne semblent guère se soucier. Et pourtant, il s’agit vraiment, là, pour le coup, d’un enjeu essentiel pour les « générations futures »! C’est le montant des dépenses à consacrer chaque année à la recherche -une dépense d’avenir s’il en est !
Les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE s’étaient pourtant solennellement engagés à faire en sorte qu’en l’espace de dix ans (!) les dépenses annuelles de recherche et développement passent d’un peu moins de 2% en moyenne à 3% des richesses de chaque pays -un tiers de ces dépenses devant provenir des finances publiques et deux tiers des entreprises. C’était en 2000, dans le cadre de la « Stratégie de Lisbonne » censée permettre « que l’Europe devienne en 2010 l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable, accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». Dix ans plus tard, les « 27 » stagnaient toujours à un peu plus de 2% en moyenne. L’objectif des 3% fut donc fermement confirmé ,mais avec un délai rallongé …de 10 ans : 2020. Comme quoi, la « discipline » est plus « cool » pour la recherche que pour les déficits !
Où en sommes-nous depuis ce report ? Pas loin, à l’exception des pays scandinaves (Finlande, Danemark, Suède) qui, eux, ont déjà dépassé le seuil des 3% du PIB consacrés à la recherche ! L’Allemagne n’en est pas loin, à 2,9%. L’Autriche suit de peu. La France , pour une fois,… n’imite pas l’exemple allemand et stagne à 2,25% . Les autres pays membres, c’est pire. C’est ainsi que l’Union européenne accentue son retard et compromet son avenir, tandis que la Chine, l’Inde, le Japon , la Corée et les États-Unis investissent massivement dans ce secteur. La France , qui « pointait » à la troisième place dans le monde à cet égard en 1970, puis à la cinquième en 1985 et encore à la septième au milieu des années 90, est aujourd’hui au quinzième rang. Et le fait qu’elle distance encore la majorité de ses voisins européens ne doit nullement la consoler, mais plutôt la faire réfléchir au mal qui ronge cette « Europe »…
C’est dire si la lettre ouverte que plus de 700 directeurs de laboratoires de recherche (CNRS, INSERM, INRA, IRD…) viennent d’adresser au Président de la République pour tirer le signal d’alarme et demander un plan d’urgence de recrutement est légitime! Comme l’est également leur exigence d’une réforme du « Crédit d’Impôt Recherche » -scandaleux cadeau de 6 milliards d’euros par an aux entreprises, dont les dirigeants sont, pour beaucoup d’entre eux, grands co-responsables de ce déclin. Avec ces chercheurs en lutte, nous sommes convaincus que « notre système de recherche et d’enseignement supérieur est un bien commun qu’il convient de développer pour contribuer au développement économique, social et culturel de notre pays ».




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