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Le « V » de la victoire et le rameau d’olivier : le mythe Arafat est immortel

Le Président palestinien nous a quittés, mais le mythe Arafat est immortel. Non seulement parce que « Abou Amar » était le fondateur de l’Organisation de libération de la Palestine et qu’il a consacré quarante années de sa vie à ce combat, mais parce qu’il a payé de sa personne, au-delà du concevable, cet engagement entièrement voué aux droits et à la dignité de son peuple. J’ai eu la chance de rencontrer à de multiples reprises ce personnage hors du commun, depuis son installation à Gaza, puis à Ramallah. Ce sont des moments inoubliables.

La première entrevue fut particulièrement émouvante. Elle eut lieu dans le modeste « palais » présidentiel à Gaza, peu de temps après son installation dans cette ville symbole, alors libérée des troupes d’occupation. On lisait la fierté dans les regards des Palestiniens qui allaient et venaient dans et devant le siège : ils avaient enfin face à eux l’homme qui symbolisait leur État en devenir. À l’intérieur, tout était impeccable et l’atmosphère hospitalière. Le président nous reçut avec chaleur et simplicité. Il glissa dans ses propos quelques mots en français – « Merci ! », « c’est juste ! »… – ponctués d’un grand sourire. Il savourait manifestement ce bonheur indicible de se sentir parmi les siens, sur sa terre, après tant de cruelles épreuves : l’exil, Beyrouth, la traque des Israéliens, les trahisons de dirigeants arabes, les attentats manqués, la perte de tant de proches, et même un grave accident d’avion… Le climat, ce jour-là, était à l’espoir.

Les pires souvenirs, à l’inverse, se situent à la Mouqata en ruines, après l’assaut barbare des chars, des bulldozers et des hélicoptères israéliens contre les bâtiments de la présidence, à Ramallah. En escaladant les gravats, en me retrouvant dans la pièce minuscule et encombrée où Yasser Arafat nous reçut, en l’écoutant relater le cauchemar qu’il venait de vivre avec celles et ceux qui l’avaient courageusement assisté durant ces heures sombres et interminables où le pire pouvait arriver à tout moment – y compris l’explosion d’un dépôt de carburant tout proche -, j’éprouvais un sentiment de honte pour tant de dirigeants européens, débordant de bonne conscience et toujours prompts à faire la leçon au monde entier, mais qui, lorsqu’il s’agit de la Palestine et d’Israël, sont assez lâches pour laisser, sans coup férir, une armée d’occupation traiter de la sorte un président élu !

L’Europe, pourtant, le président Arafat l’a honorée. Il n’a jamais manqué une occasion de saluer tel passage d’une déclaration du Conseil européen, de dire sa reconnaissance pour tel vote de membres européens du Conseil de sécurité, de remercier l’Union européenne pour son aide économique. Souvent, il a exprimé le souhait de voir ceux qu’il considérait comme des partenaires naturels équilibrer quelque peu la désastreuse alliance Bush-Sharon.

Yasser Arafat voulait la paix avec Israël, naturellement sans renier les droits fondamentaux de son peuple. À plusieurs moments clés, il a fait des choix stratégiques qui étaient loin d’être simples à assumer vis-à-vis d’une partie de son peuple, voire de ses propres partisans. Par exemple, en 1988, lorsqu’il déclara « caducs » les articles de la Charte de l’OLP niant le droit à l’existence d’Israël ; ou bien en 1993, en s’engageant dans le « processus d’Oslo », autrement dit la reconnaissance mutuelle Israël-OLP, alors même que la création d’un État palestinien était remise à plus tard ; ou encore en 2003, en apportant son soutien à l’ « Initiative de Genève » de Yasser Abed Rabbo et Yossip Beilin, destinée à relancer le dialogue pour la paix et qui abordait les enjeux ultra sensibles, comme celui de Jérusalem ou des réfugiés. Lorsqu’il évoquait Yitzhak Rabin et la « paix des braves » conclue entre les deux leaders, ses yeux s’embuaient. Il avait un profond respect pour les forces de paix israéliennes. Il était conscient du tort immense que causaient à son combat les attentats palestiniens en Israël, et sa condamnation de tels actes n’en était que plus sincère. « Vous voyez – m’a-t-il dit un jour, hors de lui, après l’assassinat d’un important dirigeant du Hamas par l’armée israélienne -, nous venons d’entamer des discussions avec cette organisation pour obtenir un cessez-le-feu ; ils ont ciblé l’un des plus modérés, avec qui nous dialoguions ! »

Yasser Arafat restera l’homme de la résistance palestinienne à l’occupation et de l’espoir de tout un peuple de pouvoir enfin construire son État. Souhaitons que ses compagnons de combat puissent trouver ensemble les réponses justes aux nouvelles questions qui leur sont aujourd’hui posées, en alliant le double symbole auquel tenait tant celui qui vient de s’éteindre mort : le « V » de la victoire et le rameau d’olivier.

11 novembre 2004 at 12:43 Laisser un commentaire

Situation en Tchétchénie et au Moyen-Orient, y compris en Irak

  

PE : SÉANCE DU MERCREDI 6 NOVEMBRE 2002

Monsieur le Président, Monsieur le Haut Représentant, Monsieur le Commissaire, j’ai bien entendu les propos de M. Solana sur l’Irak. Comment cependant ne pas être surpris, alors que le président Bush n’a pas écarté jusqu’à ce jour la menace d’une nouvelle guerre contre l’Irak, avec ou sans résolution de l’ONU, que le Conseil européen de Bruxelles n’ait rien à trouvé à dire à ce propos. D’ailleurs, l’Union comme telle n’existe guère sur ce dossier brûlant. Seuls agissent quelques États, membres du Conseil de sécurité, et aussi des forces de paix qui se mobilisent. À ce propos, M. Kucinich, membre du Congrès des États-Unis et président du Progressive Caucus, nous adresse ce message: « Nous pouvons encore éviter cette guerre. Travaillons ensemble pour la paix, pour la coopération, pour une nouvelle ère dans les relations humaines où la guerre n’a pas sa place. Je salue toutes les opportunités pour travailler avec vous, pour créer ce monde nouveau ». 

Je rêve d’une Europe, Monsieur le Président, d’une Europe unie capable de saisir ces mains qui lui sont tendues. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. C’est là un défi existentiel que nous devons relever. 

Et au Proche-Orient, il y a plus de vingt ans, il y a eu la déclaration du Conseil européen de Venise, qui demanda la fin de l’occupation israélienne, qui souligna l’illégalité des colonies de peuplement, qui reconnut le droit à l’autodétermination des Palestiniens, qui insista sur la nécessaire implication de l’OLP dans les négociations. Il y a plus de vingt ans! Beaucoup plus récemment, en mars 1999, la déclaration du Sommet de Berlin reconnaissait explicitement le droit des Palestiniens à un État. Mais aujourd’hui, alors que la situation empire de jour en jour dramatiquement, que les accords d’Oslo sont enterrés, piétinés, qu’à la radicalisation des occupants répond la radicalisation d’une partie des occupés, comment comprendre le silence des Quinze à Bruxelles? Mon groupe estime que cela ne peut plus durer, que ni le silence, ni l’eau tiède ne peuvent durer. Il faut des initiatives fortes à même d’illustrer aux yeux du monde, et d’abord à ceux des peuples de la région, une volonté politique offensive et claire, favorisant la mobilisation des partisans de la paix. Il faut un sursaut. 

Dans l’immédiat, j’avance une proposition concrète. Le jeudi de notre prochaine session, nous serons à la veille du 35ème anniversaire de la fameuse résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies qui constitue, dans ce conflit, l’une des références majeures de la communauté internationale. Eh bien, organisons à cette occasion à Strasbourg un acte solennel associant le Parlement, le Conseil et la Commission. Associons-y également des jeunes partisans de la paix, des jeunes Européens, des jeunes Palestiniens, des jeunes Israéliens, de ceux qui viennent de se rassembler en masse samedi dernier à Tel Aviv pour la commémoration de l’assassinat d’Itzhak Rabin. Chacune de nos institutions pourra affirmer ainsi en toute clarté ce qui, pour elle, en vertu du droit international et de nos valeurs communes, n’est pas acceptable, et, à l’inverse, quel projet de paix juste et durable nous souhaitons élaborer.  

6 novembre 2002 at 12:14 Laisser un commentaire

« L’EUROPE NE PEUT RESTER « ASSOCIEE » A UN GOUVERNEMENT HORS-LA-LOI »

« L’Europe ne peut rester « associée » à un gouvernement hors-la-loi » a déclaré ce samedi, à Strasbourg, Francis WURTZ, Président du groupe de la Gauche Unitaire Européenne au Parlement européen. Participant à une manifestation de solidarité avec le peuple palestinien, une heure à peine après son retour d’un bref séjour à Jérusalem et à Ramallah, le parlementaire européen du PCF a précisé le sens de son voyage au Proche Orient avec un petit groupe de députés européens dont Alain Krivine (LCR) et Alima Boumediene (Verts). 

              « Après le terrible week-end pascal, qui nous a livré les images insoutenables de la réoccupation des  villes palestiniennes par les chars israéliens, et celle du siège du Président Arafat, j’ai décidé, avec l’accord unanime de mon groupe parlementaire, de me rendre sur les lieux de la tragédie, à la fois pour exprimer notre solidarité au peuple palestinien et témoigner à mon retour des réalités vécues sur le terrain » a souligné Francis WURTZ, insistant sur le fait que  « chacun peut faire quelque chose pour isoler le gouvernement Sharon et contribuer à rendre sa situation politiquement intenable ». 

              Ayant réussi, avec l’aide d’amis palestiniens, à pénétrer par des chemins détournés dans la ville de Ramallah – déclarée  « zone militaire fermée » par les  autorités israéliennes, qui y retiennent dans des conditions « scandaleuses » le Chef de l’Autorité palestinienne, – le groupe de députés a découvert une ville où les traces  de l’offensive militaire des derniers jours sont partout présentes : chars aux carrefours, voitures écrasées, canalisations éclatées, rues jonchées de débris et d’immondices. Profitant de la levée, l’espace de quelques heures, du couvre-feu, les habitants sont sortis en grand nombre. « J’ai été très ému par les innombrables témoignages d’amitié et de reconnaissance que nous a manifestés la  population, très digne, nullement abattue et heureuse de sentir le mouvement de soutien à leur cause grandir de jour en jour » a ajouté le député européen.  

              Puis évoquant la session du Parlement européen qui doit se tenir à Strasbourg à partir de ce lundi, il a conclu : « L’Union européenne est à présent au pied du mur. Le gouvernement Sharon  ignore ses demandes,  nargue ses dirigeants, refuse à ses  représentants de rencontrer le Président Arafat. Il bafoue toutes les règles du droit international dont « l’Europe se veut, par ailleurs, le garant. Comment maintenir, dans ces conditions, un « accord d’association » tel que celui qui existe, entre l’Europe et Israël ? L’Europe ne peut rester « associée » à un gouvernement hors-la-loi. Nous allons demander avec force la suspension de cet accord ainsi que l’application sans délai des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies exigeant le retrait des troupes des territoires palestiniens ».

 

 

6 avril 2002 at 12:04 Laisser un commentaire

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