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DE LA DEMOCRATIE A L’HEURE DU NUMERIQUE

wurtz-l-humanite-dimancheQuel avenir nous réserve la « révolution numérique » en cours ? Le Parti communiste français vient de prendre l’heureuse initiative d’organiser, deux jours durant, pas moins de seize ateliers de discussion autour des principaux enjeux de société que pose cette formidable mutation du monde contemporain (1). Des sociologues, des philosophes, des économistes, des ingénieurs, des enseignants, des chercheurs, des lanceurs d’alerte, des journalistes, des syndicalistes, des activistes de réseaux sociaux , des élus y ont croisé leurs expériences et leurs réflexions avec un public où les « geeks », accros à l’informatique, se mêlaient aux « gens normaux », simplement désireux d’en savoir plus sur un phénomène qui ne fait rien moins que de bouleverser notre vie et de nous interroger sur l’humanité de demain…

A ne voir que les pouvoirs tentaculaires qu’ont acquis dans ce contexte les grandes sociétés capitalistes capables de placer ces nouveaux outils au service de leur stratégie de conquête du monde, on est pris de vertige et tenté par le fatalisme. L’initiative du PCF -« des débats de fond comme on en voit peu, de nos jours, dans les partis », souligna l’un des invités- visait précisément à aider à surmonter ce blocage. Les risques d’aliénation liés à l’explosion du numérique ne doivent pas nous cacher les chances d’émancipation que peuvent, à l’inverse, offrir  ces outils d’informations désormais à la disposition des citoyens. « Chacun, là où il est, doit être en position d’initiative, d’exercice de ses responsabilités et pouvoir participer à la définition puis à la réalisation des projets communs et de son avenir » -expliqua Jean-Michel Treille, l’un des intervenants, ancien haut responsable au Commissariat général du Plan (2).

Créer les conditions de ce sursaut : voilà un grand défi démocratique de notre temps ! Pour le relever, des actions sont requises à tous les échelons du territoire : de celui de l’entreprise et de la commune jusqu’à celui de l’Etat et de l’Europe . A l’entreprise, la conquête de droits des salariés à l’information est essentiel pour stimuler la motivation et modifier les rapports de force. Dans la commune, l’objectif doit être d’obtenir « pour chaque foyer l’accès au très haut débit »; « pour chaque scolaire son ordinateur », « pour chaque patient sa clé USB contenant son dossier santé , avec un code d’accès pour la personne et un code pour le médecin afin de sécuriser les données » expliqua Isabelle Lorand, Maire-adjointe au numérique à Vitry-sur-Seine, en insistant sur l’exigence de « repenser les métiers pour y revaloriser la place de l’humain ». Au niveau national, il faut « un Etat-stratège -souligna encore JM Treille- capable d’introduire dans l’éducation ce que représentent les potentialités du numérique pour analyser un problème, réaliser une synthèse , simuler un choix…; capable aussi de promouvoir aux citoyens les informations leur permettant d’exprimer leurs capacités ». Sur le plan européen enfin, l’enjeu de civilisation que représente le développement exponentiel du numérique rend tout à la fois plus pertinent que jamais une construction commune à même de contrer l’hégémonie des géants du web, et la refondation du cadre existant, foncièrement dédié aux « marchés ». Sur ces nouveaux terrains, l’expérience récente montre d’ailleurs que des succès significatifs sont d’ores et déjà possibles suite à la prise de conscience citoyenne provoquée par les révélations de lanceurs d’alerte ( 3 ). Un chantier que nous serons amenés à explorer de plus en plus.

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(1) « Les Etats généraux de la révolution numérique : entre émancipation et aliénation » ( 18-19 mars 2016 )
(2) JM Treille, auteur de « La révolution numérique : réinventons l’avenir » ( Éditions Ovadia , 2015 )
(3) Voir notamment « Internet : l’Europe marque un point contre les Etats-Unis » ( Humanité-Dimanche ? 15-21/10/2015 )

26 mars 2016 at 10:05 Laisser un commentaire

PEUT-ON ÊTRE DE GAUCHE ET « PRO-EUROPÉEN » ?

wurtz-l-humanite-dimancheDix ans ! Depuis exactement dix ans , la direction de « l’Humanité-Dimanche » m’offre la chance de partager chaque semaine avec vous, amies lectrices et amis lecteurs, quelques informations et réflexions sur les enjeux de « l’Europe » et du monde . Avec un double objectif : décrypter les travers et les dangers de la construction actuelle , mais aussi donner à voir des pistes alternatives et les possibilités de convergences à saisir pour changer la donne de ce « grand combat de classe de notre temps ». (1)

Que d’eau -pas très limpide- a coulé sous les ponts de l’Europe depuis ce 8 mars 2006 où parut mon premier papier ! Nous avions alors, toutes et tous, encore à l’esprit l’ardent souvenir de cette expérience exemplaire de démocratie citoyenne que fut , quelques mois auparavant, la campagne en faveur du « non de gauche » au projet de traité constitutionnel. Y compris dans le camp de nos adversaires, des voix s’étaient élevées pour reconnaître l’originalité de ce « débat vertueux dont la qualité impressionne », et même pour y voir un « exemple à suivre » par lequel « le peuple français prouve sa maturité démocratique » ( Jean-Claude Juncker, alors Président en exercice du Conseil de l’UE ! ) (2). C’ est qu’il était alors difficile de nier l’évidence : jamais l’Union européenne n’ avait connu un tel engagement citoyen , non pas contre l’Europe, mais pour sa transformation profonde -« l’Europe sociale » contre « l’Europe libérale ». Ce fut la première expression d’envergure de la crise de légitimité de l’Union européenne telle qu’elle existait, mais au nom d’une vision alternative -solidaire et coopérative- de l’Europe. Les dirigeants tant français qu’européens ont décidé d’ ignorer superbement cette expression éclatante de la souveraineté populaire , pourtant « pro-européenne », parce qu’elle était… »alter-européenne ». Ils feront de même avec toutes celles qui suivront dans d’autres pays , jusqu’au cas paroxystique de la Grèce après la victoire de Syrisa. Ce cynisme irresponsable a ouvert la voie à la descente aux enfers à laquelle nous assistons aujourd’hui , avec la montée générale des populismes europhobes .

Faut-il conclure de l’expérience de l’extrême difficulté de ce combat pour changer l’Europe qu’il faut renoncer à ce projet ? Qu’il faut « sortir » de l’UE ? Voire qu’il faut souhaiter sa désintégration prochaine ? Ces questions ne sont désormais plus abstraites ! Le chantage de Cameron au « Brexit » risque d’alimenter ici ou là des courants sécessionnistes. Et surtout, avec le refus indigne de la plupart des pays d’accueillir les réfugiés arrivés sur le sol européen, avec la vague de fermetures des frontières nationales qui s’ensuit , avec la constitution de véritables coalitions d’Etats xénophobes au sein de l’UE , le risque est réel que nous nous dirigions vers un éclatement de l’ UE ! Soyons-en conscients : dans le contexte actuel, cela risquerait fort de se traduire par une flambée des nationalismes . Un cauchemar ! Aussi, ma conviction se résume-t-elle en deux phrases : espérer la désintégration de l’UE ou la provoquer en la quittant ? Moins que jamais ! Travailler à des convergences entre forces progressistes européennes pour reprendre l’initiative collective du combat pour une sortie par le haut de la crise existentielle de l’UE ? Toujours plus ! En Grèce, en Espagne, au Portugal, en Irlande -pour n’évoquer que les élections récentes- , en France même, dans le mouvement multiforme qui se dessine contre le projet Hollande-Valls-El Kohmri , ou bien au travers des dialogues politiques en cours pour ouvrir une alternative en 2017, le « peuple de gauche » se réveille. C’est lui qui a entre ses mains l’avenir de l’Europe . Soyons de ce mouvement !

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(1) « Refonder l’Europe » ( Convention du PCF – 15/11/2013 )
(2) Le Figaro (27/5/2005)

10 mars 2016 at 12:35 1 commentaire

LA POLITIQUE ETRANGERE DE LA FRANCE NOUS ELOIGNE-T-ELLE DE LA PAIX ?

Francis WurtzTribune parue dans « L’Humanité » du 1/3/2016

 

Le seul fait qu’une telle question mérite d’être posée est en soi un problème . Et malheureusement, la réponse est oui. Au point qu’on en est souvent conduit à se réjouir de ce que les dirigeants de notre propre pays n’aient pas , sur un certain nombre d’enjeux stratégiques internationaux, le pouvoir et l’influence dont ils rêvent !

Après l’ère Sarkozy, affligeante sous tous rapports, il était pourtant relativement facile de marquer la différence à l’avantage d’une gauche, même très « modérée » : il n’en fut rien. A peine élu, François Hollande prit une série de décisions de nature à tracer les contours de sa doctrine stratégique. Il se situa, pour ce faire, dans le strict sillage de son prédécesseur. On pense immédiatement à la confirmation du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN, qui valait, d’emblée, renoncement à toute voix autonome et originale sur la scène mondiale . Il y eut aussi , dès le mois de mai 2012, au sommet de l’OTAN à Chicago, l’alignement sur l’obsession américaine du déploiement du « bouclier antimissile », véritable machine à attiser la tension avec Moscou. Ou encore -même si cela ne fut pas une surprise- , la confirmation du credo obscène de l’arme nucléaire comme « un élément qui contribue à la paix » , prononcée, c’est un comble, lors du Sommet de Rio ( juin 2012 ) convoqué vingt ans après le « Sommet de la Terre » pour « promouvoir la prospérité mondiale et la protection de l’environnement » !

Et puis, un acte particulièrement significatif des orientations choisies fut le « Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale » publié en 2013. Loin de se distancier des aventures militaires de Nicolas Sarkozy -telle la guerre en Libye aux conséquences incommensurables- , ce document-cadre s’y réfère explicitement comme exemple d’ « opérations (qui) pourraient avoir préfiguré un mode d’action appelé à se reproduire dans des situations où les intérêts américains sont moins directement en cause » ! En référence à l’intervention française au Mali -citée dans ce même passage au même titre que la guerre en Libye !- le Livre blanc prévient : « L’évolution du contexte stratégique pourrait amener notre pays à devoir prendre l’initiative d’opérations , ou à assumer, plus souvent que par le passé, une part substantielle des responsabilités impliquées par la conduite de l’action militaire » ! La suite nous montrera qu’il ne s’agissait pas de vains mots…

Non content de suivre ou, le cas échéant, de suppléer Washington dans sa stratégie de domination ou de tension, la France de MM Hollande et Fabius se montrera même, à l’occasion, plus interventionniste que son suzerain . Ainsi l’ancien ministre des Affaires Étrangères a-t-il vécu comme un traumatisme la -sage !- décision du Président Obama de renoncer « in extremis » , en l’été 2013, au projet fou d’une opération militaire américano-française contre la Syrie . Le chef de la diplomatie française n’hésitera pas à critiquer sévèrement et à plusieurs reprises , en des termes que ne démentiraient pas les néoconservateurs des deux rives de l’Atlantique, ce « désengagement américain (qui) rétroagit sur la crédibilité globale des pays occidentaux » (1) Dans le même esprit , et avec la même efficacité…, Laurent Fabius s’emploiera à bloquer autant que possible les négociations de Genève sur le dossier nucléaire iranien -dont le succès final ne devra malheureusement rien à la France- puis celles de Vienne sur la Syrie. Il n’ a manifestement rien appris de la leçon de réalisme de Talleyrand , qui veut que « tout ce qui est excessif est insignifiant ».

Enfin, il faut citer comme une honteuse régression et une faute impardonnable le remplacement de la « politique arabe » héritée du gaullisme par les alliances sans scrupules avec les monarchies obscurantistes et bellicistes du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite et le Qatar. Avec cette terrible compromission, la France se voit infliger une double peine : celle d’accéder au podium indigne des plus gros marchands d’armes de la planète et celle de voir son Ministre des Affaires Étrangères parrainer aveuglément les protégés de Riyad jusqu’à considérer que les djihadistes du Front al-Nosra « font du bon boulot sur le terrain » ! Pour la paix et pour l’honneur de la France, vivement un vrai changement !

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(1) Laurent Fabius : Discours à l’occasion du 40 ème anniversaire du « Centre d’analyse , de prévision et de stratégie » du Ministère des Affaires Étrangères ( Novembre 2013 )

1 mars 2016 at 2:56 Laisser un commentaire

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