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UKRAINE : CE QUE L’EUROPE POURRAIT FAIRE
A nouveau, le sang a coulé en Ukraine. Pour condamnable qu’il soit, ce nouvel affrontement entre les « séparatistes » et l’armée de Kiev était , hélas, prévisible. « Plus on tergiverse dans l’application des accords de Minsk 2, plus on court le risque d’une nouvelle explosion du conflit », disions-nous encore il y a quelques jours, lors du « Forum européen des alternatives ». Rappelons, en effet, que ces accords lient le cessez-le-feu à une amorce de règlement politique : remettre en question celui-ci fragilise celui-là. Si rien ne change, d’autres incidents, potentiellement beaucoup plus graves, suivront. Alors, que faire ?
Face à ce nouveau cycle de violences, on peut, comme le font la France, l’Allemagne, les Etats-Unis ou l’OTAN, blanchir « les bons » et fustiger « les méchants » en annonçant la prolongation , voire l’aggravation des sanctions contre la Russie. Mais force est de constater que cette stratégie , loin d’aider au règlement de la crise, ne fait que l’aiguiser au fil des mois. Dès lors, que pourraient entreprendre utilement l’Union européenne et ses principaux Etats membres pour travailler effectivement à la paix en Ukraine et sur le continent ? Trois échéances à très court terme leur permettraient de réorienter leur stratégie, en commençant par voir en face leur propre part de responsabilités dans cette crise et ses dramatiques développements.
La plus urgente de ces échéances est , précisément, l’application des accords de Minsk 2. En tant que signataires de ces engagements, la France et l’Allemagne -au même titre que l’Ukraine et la Russie- sont des garants de leur application. Il est logique qu’on attende de Moscou qu’il fasse pression en ce sens sur les combattants du Dombass. Mais il n’est pas moins évident qu’il incombe à Paris et à Berlin, et à travers eux à l’Union européenne, d’user de leur (forte) influence sur Kiev dans le même esprit . Or, l’exécutif ukrainien bloque l’attribution du « statut spécial » au Dombass et l’organisation des élections locales dans cette région de l’Est en ajoutant des conditions non prévues dans l’accord de Minsk. Qu’attend l’UE pour exercer sa responsabilité ?
Une deuxième échéance est une occasion à saisir pour sortir de l’impasse : c’est en juillet prochain que prendra fin une série de sanctions contre la Russie. Soit l’UE décide de prolonger ces mesures , à l’évidence contre-productives , et elle enclenchera 12 mois de tensions supplémentaires…Soit, elle ouvre la voie à un dialogue, certes complexe, mais indispensable pour arriver à une solution politique durable. Madame Merkel a déjà annoncé sa volonté de relancer un cycle de sanctions. Paris va-t-il dire « oui et amen »?
Un troisième « aggiornamento » est, enfin, plus que souhaitable : c’est la révision en profondeur du « Partenariat oriental ». Au lieu de concevoir les relations avec les pays de l’ex-URSS , au premier rang desquels l’Ukraine, dans un esprit de lutte d’influence avec Moscou (quitte à faire miroiter aux peuples concernés une « prospérité », voire une adhésion à l’UE totalement illusoires ) , les « 28 » auraient tout à gagner -40 ans après la Conférence d’Helsinki- à relancer avec tous les Etats du continent, donc aussi avec le plus grand d’entre eux, des négociations globales sur la sécurité et la coopération en Europe. A quand l’ouverture de ce débat ?
2005-2015 : LES ACQUIS ET LES DÉFIS DE LA GAUCHE
C’est une sorte d’hommage du vice à la vertu : le dixième anniversaire de la victoire du NON au projet de traité constitutionnel européen a donné lieu à une multitude d’articles de presse, de sondages d’opinion, voire de savantes études. Manifestement, tous ces organes, hier engagés dans une virulente défense et illustration du OUI et jusqu’alors habitués à prendre de haut les minorités -fatalement incultes- qui osaient mettre en doute leurs certitudes , ne semblent toujours pas totalement remis du choc psychologique que représenta pour eux , le 29 mai 2005, cette sorte d’insurrection démocratique majoritaire faisant fi des conseils généreusement prodigués par les gourous de la pensée dominante.
Alors, cela donne par exemple ceci : « Parmi les électeurs du NON, 52% ont fait leur choix sur la base d’enjeux nationaux , notamment la position prise à l’époque par le président de la République, Jacques Chirac, et seulement 42% en fonction d’enjeux européens. A l’inverse, les électeurs du OUI ont été (…) 81% (à se déterminer) d’après les questions européennes » (1) Comprenez : » les « nonistes » sont primaires, l’Europe, ça les dépasse. Quand il y a un référendum, le peuple vote contre le pouvoir en place , sans s’occuper de la question posée ». Or, si l’on se reporte à l’étude qui a inspiré cette affirmation, on découvre que « la position à l’égard de Jacques Chirac » a motivé…10% des électeurs du NON contre 6% de ceux du OUI ! Ce que recouvre avant tout la catégorie « problèmes nationaux », c’est « la situation sociale en France » (55%), autrement dit un sujet étroitement corrélé à l’ « Europe libérale » que le NON entendait précisément mettre en cause au profit d’une « Europe sociale ». (2) Est-ce donc si dur, dix ans après, de reconnaître que la campagne de gauche en faveur d’une autre Europe fut une expérience de démocratie citoyenne sans pareille ? Et qu’en l’occurrence, les faits ont donné raison à ces citoyens , dûment informés des enjeux cachés dans les discours officiels ? Le problème serait-il que cette longue et riche campagne de débats ait démontré qu’on pouvait être résolument « pour l’Europe » et radicalement opposé à celle que nous subissons ? C’est là , désormais, un acquis majeur que la gauche européenne a intérêt à faire vivre de façon très offensive.
La même question se pose aujourd’hui à l’échelle de toute une nation, gouvernement compris : la Grèce . Voilà un peuple et ses dirigeants qui, ensemble, font face à la ligue des puissants pour, tout à la fois, exiger la fin d’une politique insoutenable que « l’Europe » officielle leur impose et défendre leur droit de rester membres à part entière de l’Union européenne et de la zone euro, avec l’objectif d’agir pour les transformer . « C’est incompatible » leur répliquent en substance ceux qui se voient comme les « patrons » . C’est « la capitulation ou la sortie! » menacent, à mots à peine couverts, les Schaüble et consorts. Faire échec à cet intolérable chantage est, aujourd’hui, un défi de premier ordre à relever par la gauche en Europe. Le week-end dernier, place de la République, à Paris, clôturant le magnifique « Forum européen pour les alternatives », Pierre Laurent l’a souligné en reprenant la formule chère à Alexis Tsipras, le Premier Ministre grec : « Dans l’Europe, il n’y a pas des propriétaires et des locataires . Nous sommes tous des copropriétaires « .
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(1) Le Monde (29/5/2015)
(2) Il s’agit de l’étude de M. Yves Bertoncini -« Dix ans après le NON »- pour la Fondation Jean Jaurès, proche du Parti socialiste: une étude qui, par ailleurs , n’échappe pas à cette difficulté à reconnaître l’évidence concernant la signification et la portée du vote de 2005.
UE-UKRAINE : LA VERITE SE FRAYE UN CHEMIN
La vérité se frayerait-elle son chemin à propos des responsabilités européennes dans la désastreuse crise ukrainienne ? Il y a un an et demi, nous étions souvent rangés du côté des « inconditionnels de Poutine » quand nous fustigions la politique de guerre froide menée par l’Union européenne ainsi que les illusions mensongères semées par certains de ses dirigeants en direction notamment du peuple ukrainien dans le cadre du « Partenariat oriental »!




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