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EUROPE-AFRIQUE: QUEL « PARTENARIAT » ?
La semaine dernière s’est tenu à Bruxelles le quatrième « Sommet Union européenne-Afrique ». On en a peu parlé. Pourtant, il a réuni pendant deux jours près de 80 dirigeants des deux continents et son enjeu était rien moins que l’avenir de la relation entre deux communautés humaines -l’une comptant 28 pays et 500 millions d’habitants; l’autre 54 nations et plus d’un milliard de personnes ! Un beau défi stratégique ! Mais, hélas, un de plus que l’UE actuelle s’avère incapable de relever et qui appelle une refondation de la construction européenne.
Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent en Europe pour inviter de façon pressante États et entreprises non à prendre leur part à la promotion d’un développement humain durable et conjoint de ces deux grandes régions du monde liées par l’histoire et la culture, mais à profiter de « l’Eldorado » que représenterait l’émergence d’une minorité « solvable » en Afrique, sans se soucier particulièrement du contexte plus que problématique de cette divine surprise. « En 2040, sur le milliard et demie d’habitants que comptera l’Afrique subsaharienne, il y aura 240 millions d’urbains au revenu moyen équivalent à 20 dollars par jour, soit un marché annuel de plus de 1700 milliards de dollars » salivait déjà en 2010 le directeur général d’une filiale de…l’Agence française de développement -moins prolixe sur le sort des 1 milliard 260 millions d’hommes , de femmes et d’enfants restants ! (1) Dans la même veine, le cabinet McKinsey prédisait l’an dernier à l’adresse des « investisseurs » une hausse de 300 milliards du chiffre d’affaires du secteur de la consommation en Afrique d’ici 2020 , précisant même que l’Afrique offrait « le second taux de retour sur investissement » au monde.(2) Jusqu’à un diplomate comme Hubert Védrine qui en est venu , plus récemment, à s’extasier devant les « potentialités impressionnantes » que recèlerait l’apparition de ces fameuses « classes moyennes africaines », voire celle des « 40 Africains les plus riches (qui) ont une fortune cumulée de 70 milliards de dollars » ! (3) Bien sûr qu’il ne s’agit de négliger ni le commerce ni les investissements, mais la relation Europe-Afrique mérite mieux qu’une course aux bonnes affaires.
C’est pourtant cet esprit mercantile qui a marqué le Sommet de Bruxelles. »Il ne sera pas dit que l’Europe se fait damer le pion par la Chine et les autres pays émergents qui courtisent l’Afrique » résume l’Agence Europe. De fait, hormis l’envoi prochain de 800 soldats en République Centrafricaine , c’est surtout la finalisation des « Accords de partenariat économique » (APE) qui a motivé les dirigeants européens. Autrement dit, la mise en place de zones de libre-échange entre l’UE et chaque sous-région d’Afrique subsaharienne (Ouest, Centre,Est) -un projet dominateur auquel nos « partenaires » africains résistent depuis 2002, tant ils redoutent , pour leur économie, le choc du pot de fer contre le pot de terre et , pour leurs finances, la perte substantielle de droits de douane. Désormais, ils se voient,en cas de refus prolongé des APE, menacés de perdre le bénéfice d’accords préférentiels acquis de longue date. Quant au traitement des migrants « illégaux », après la terrible tragédie de Lampedusa, rien de nouveau sous le soleil: renforcement de la gestion des frontières, retour, réadmission.
De quoi conforter dans leur frustration tous ceux qui soupçonnaient l’Union européenne de chercher avant tout à « sécuriser ses marchés en Afrique, et notamment l’accès aux matières premières et aux ressources extractives » et appelaient de leurs vœux un « aggiornamento de l’approche européenne du partenariat avec l’Afrique, tenant compte des préoccupations majeures de transformation économique et sociale du continent » et visant à établir un « partenariat égalitaire » entre l’Union africaine et l’Union européenne.(4) Amis africains, nous vous entendons! Voilà encore une dimension du projet européen du Front de gauche comme du Parti de la Gauche européenne à faire vivre résolument!
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(1) « Le consommateur africain, nouvel Eldorado » ( Le Figaro – 10/9/2010)
(2) « L’Afrique,nouvel Eldorado des investisseurs » (Le Monde – 1/1/2013)
(3) « L’Afrique peut devenir le nouvel Eldorado de la France » (Nouvel Observateur » – 3/12/2013)
(4) « Un regard critique sur le partenariat Afrique-Europe »(IAG :Think tank reconnu par l’Union africaine et le Programme des Nations-Unies pour le Développement ).
« UNE GUERRE FROIDE,ÇA SUFFIT ! »
« L’extension de l’OTAN, si rapidement après l’effondrement de l’Union soviétique, à nombre d’Etats jusqu’alors sous tutelle de Moscou, fut une erreur (…) Les Occidentaux, et particulièrement les États-Unis, n’ont pas mesuré l’ampleur de l’humiliation ressentie par les Russes, avec l’éclatement de l’URSS ». Cette lucidité tardive, mais bienvenue, est le fait d’un homme, Robert Gates, qui ne passe pourtant pas pour une colombe…(1)Rappelons que G.W.Bush le fit passer de la direction de la CIA à celle du Pentagone en le décrivant comme l’un des chefs les plus capables que la Sécurité nationale des États-Unis ait jamais eus à sa tête. Il se présente lui-même comme un « vieux guerrier de la guerre froide » ayant servi sous quatre présidents différents. Il est donc bien placé pour apprécier ce qu’il appelle « l’arrogance » occidentale et la part que celle-ci a prise dans la montée de l’esprit de revanche en Russie.
À l’heure de la crise ukrainienne, il n’est pas sans intérêt de s’arrêter sur quelques illustrations marquantes de cette stratégie irresponsable de la confrontation dans une région hyper-sensible. En 1990,les puissances occidentales avaient pourtant pris l’engagement solennel auprès de Mihail Gorbatchev de ne pas profiter de la chute du mur de Berlin pour élargir l’OTAN à l’Est. (Ce qui était la moindre des choses puisque la disparition du Pacte de Varsovie aurait, logiquement , dû entraîner la dissolution pure et simple de l’Alliance atlantique.) Or,dès 1991, le G7 conditionnait l’entrée de la Russie dans ce « club des puissances » à l’acceptation de l’élargissement de l’OTAN à l’Est…Ce qui fut immédiatement engagé avec l’aval des dirigeants européens.
Mais cette stratégie à courte vue ne s’arrêta pas là. En 1999, le Kosovo fut détaché de la Serbie -proche de la Russie- au mépris des principes, invoqués partout ailleurs, de l’intégrité territoriale et de l’inviolabilité des frontières. En 2008 fut décidée l’installation du « bouclier anti-missile » américain en Pologne et en République tchèque -projet que Moscou a toujours considéré comme une menace inacceptable pour la sécurité du pays. La même année, le président russe Medvedev soumit à plusieurs reprises aux dirigeants européens un projet de « traité paneuropéen de sécurité » destiné à « liquider définitivement l’héritage de la guerre froide ». Il prévoyait d’aborder dans cet esprit l’ensemble des contentieux existants en vue d’aboutir à un accord « légalement contraignant ». Il n’obtiendra…aucune réponse! Quelques semaines plus tard éclatait le conflit en Géorgie…
En 2009,à l’initiative de la Pologne,les « 27 » adoptèrent le « Partenariat oriental » qui vise à accentuer la politique de l’UE dans l’ex-URSS.C’est dans ce cadre que devait être signé en 2013 l’ « Accord d’association » avec l’Ukraine, les Européens insistant sur l’incompatibilité entre cet accord et une éventuelle Union douanière avec la Russie. Autrement dit, l’UE a délibérément cherché à exclure la Russie du paysage économique de l’Ukraine, à torpiller son projet d’ « Union eurasienne » et à sommer l’Ukraine, culturellement divisée,de choisir entre ses deux tropismes.On connaît la suite…
Rappeler ces faits ne présuppose aucune mansuétude envers Vladimir Poutine , dont la conception du pouvoir comme les références « identitaires » sont aux antipodes d’une éthique démocratique . Mais la clairvoyance sur l’actuel régime russe ne doit pas nous priver de réfléchir aux responsabilités historiques des dirigeants de l’UE et de la « famille occidentale » en général. Invitons-les, pour le moins, à s’inspirer des leçons tirées de l’expérience par Robert Gates,cité plus haut: « Dans le monde d’aujourd’hui , nous faisons tous face à des problèmes et des défis que nous devons affronter en partenariat avec d’autres pays, y compris la Russie. Une guerre froide, ça suffit ! »(2)
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(1)Extrait des Mémoires de Robert Gates (Janvier 2014) cité par Alain Frachon dans « Le Monde » du 7/3/2014.
(2)Intervention à la « Conférence sur la sécurité » ,à Munich (février 2007)
DE L’INTÉRÊT DE BIEN CHOISIR SES ELU(E)S EUROPÉENS
Les votes émis le 26 février dernier par la majorité des députés au Parlement européen devraient faire réfléchir quiconque hésite encore sur le choix à faire lors des élections du25 mai prochain! La question posée ce jour-là concernait un service public de premier plan: les transports ferroviaires.
Depuis 1991,soit près d’un quart de siècle, les forces libérales à l’œuvre à la Commission européenne et au Parlement de Strasbourg s’acharnent à casser ce qu’elles appellent le « monopole public » du rail dans chaque État membre. Se heurtant à de fortes résistances,notamment de la part des organisations syndicales de cheminots, mais aussi de certains États,sensibles aux conséquences en matière économique et d’aménagement du territoire d’un démantèlement de leur opérateur national,les obsédés de l’ouverture à la concurrence se sont résignés à procéder par étapes, « paquet » de directives par « paquet » de directives.
Le premier d’entre eux, en 2001,puis le deuxième, en 2004,s’attaquèrent à « l’accès au réseau de fret »: l’ouverture à la concurrence ne concernait que les trains de marchandises. Le troisième,en 2007, cibla, quant à lui, « l’ouverture du marché » pour le transport de voyageurs , mais seulement sur les lignes internationales. Enfin, le quatrième de ces « paquets » de directives et de règlements, qui vient donc d’être soumis aux parlementaires européens la semaine dernière (avant de l’être,prochainement, au Conseil, c’est à dire aux gouvernements), concernait l’ouverture totale des transports ferroviaires (internationaux et nationaux) à la concurrence d’ici 2019, ainsi que la séparation effective entre la gestion du réseau (les rails) et la prestation des services (les trains).
Plusieurs milliers de cheminots, venus de toute l’Union européenne à l’appel de la Fédération européenne des travailleurs des transports (FET-CES), s’étaient donné rendez-vous pour l’occasion dans la capitale alsacienne. Cette mobilisation , après bien d’autres, n’a pas empêché 386 députés (contre 206 et 78 abstentions) d’avaliser ce très mauvais coup contre le service public. Le texte adopté impose par exemple la présence d’au moins trois opérateurs concurrents dans un pays comme la France, avec tout le cortège de conséquences , tant en matière sociale que sur le plan du service rendu, liées à la course à la « compétitivité » qui s’ensuivrait. Or, la vérité obligé à le souligner: parmi les 386 coupables figuraient « naturellement » les élus UMP, mais aussi, hélas,l’essentiel des parlementaires socialistes, à l’exception de représentants de « l’aile gauche », qui se sont abstenus.
Quelles leçons tirer de cette énième expérience désolante , à quelque 80 jours du renouvellement de l’assemblée de Strasbourg? La première, c’est que « oublier » d’aller voter le 25 mai prochain, c’est offrir une prime à tous les obsédés de l’Europe libérale. Car, retenons cela : contrairement à une idée reçue selon laquelle « le Parlement européen n’a aucun pouvoir », si 50% des députés +1 s’opposaient à une directive du type de celles dont nous parlons, celles-ci seraient caduques! Si les électrices et les électeurs votaient en fonction de leurs attentes, cette majorité serait atteinte et même dépassée! Certes , cela ne suffit pas pour refonder l’Europe. Il n’en demeure pas moins que se priver de ce levier relève de l’autoflagellation !
Le second enseignement à retenir de la journée noire de ce 26 février, c’est qu’il vaut mieux y regarder à deux fois avant de choisir le bulletin à glisser dans l’urne,le 25 mai prochain… Qui peut contester, à cet égard, qu’il y a, au Parlement européen, un groupe politique qui n’a, de toute son existence, jamais dévié de son orientation résolument sociale: la « Gauche unitaire européenne », représenté en France par le Parti communiste ,et plus généralement le Front de gauche, et soutenu dans toute l’UE par le Parti de la Gauche Européenne (PGE) et son candidat à la présidence de la Commission, notre ami grec, leader du parti Syrisa, Alexis Tsipras. Ce groupe est donné en nette progression dans les enquêtes d’opinion. Reste à concrétiser cet espoir.




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