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QUEL TYPE D’ « EUROPE » VOULONS-NOUS ?

  wurtz-l-humanite-dimanche    Le Parti communiste français vient d’adopter un document, à plus d’un égard novateur. Intitulé « Refonder l’Europe », il est destiné à nourrir un débat dont nous avons grandement besoin, à gauche, sur les grands traits d’un « nouveau projet européen » (1). Parmi ceux-ci, arrêtons-nous aujourd’hui sur la notion d’ « Union de nations et de peuples souverains et associés ».

Dans cette phrase, chaque mot compte pour définir le type de construction européenne proposé. D’abord, il s’agit d’une « Union », ce qui exclut le « chacun pour soi ». Ce n’est pas parce que l’actuelle « Union européenne » a trahi les espoirs des peuples qu’il faut jeter aux orties la belle idée que les dirigeants européens ont ainsi dévoyée: « On nous dépeint comme eurosceptiques. Nous récusons ce qualificatif. Nous sommes à la fois foncièrement critiques par rapport au modèle européen actuel et profondément favorables à une construction européenne refondée » peut-on lire dans le « nouveau projet européen »du PCF. Il ne faut pas revenir en arrière, mais dépasser positivement ce qui a échoué.

Ensuite,les « nations »: le choix est ici fait de réaffirmer sans ambiguïté l’importance de ce cadre historique, culturel et politique et d’en revendiquer l’acception républicaine et progressiste, celle d’un creuset privilégié de l’intervention citoyenne, des luttes sociales et des combats pour la solidarité internationale -à l’opposé absolu des thèses nationalistes et xénophobes. Ce n’est évidemment pas le seul espace de mobilisation populaire, comme en témoignent fort heureusement les (trop rares) « euromanifestations » ou « eurogrèves », et les mouvements émancipateurs altermondialistes autour d’enjeux sociaux, écologiques, pacifiques, féministes . Mais ces initiatives elles-même plongent leurs racines dans la riche diversité des réalités nationales.

Cette « Union de nations » doit, en même temps, être celle « des peuples », précise le texte. Cette précision semble aller de soi. Et pourtant…Une partie de la droite voit dans la nation le seul pouvoir de l’Etat. Ici, à l’inverse, on met l’accent sur les droits des citoyens comme des assemblées élues et sur la légitimité des mouvements sociaux et non pas uniquement celle des Présidents et des gouvernements.

Enfin, dans cette Union, nations et peuples doivent être « souverains et associés », est-il encore écrit. Ce point est naturellement fondamental! Le document dont nous parlons insiste sur « le besoin impérieux d’un cadre européen dans la mondialisation » , notamment pour être « plus forts pour faire face aux marchés financiers » (en particulier grâce à la force de frappe financière que pourrait constituer une banque centrale européenne refondée) , pouvoir « porter ensemble un modèle social et écologique avancé dans la mondialisation » et « avoir collectivement prise sur le monde ». Cela passe par un « exercice partagé de la souveraineté » mais aucun abandon de souveraineté . Ainsi, les futurs traités ne devront plus imposer de modèle économique ou politique prédéterminé.Un pays qui s’estimerait entraîné par tel ou tel champ de la politique européenne « dans un engrenage aboutissant à un modèle de société qui violerait ses choix fondamentaux », pourra ne pas participer au champ concerné. Bref: les peuples qui en décideront ainsi organiseront des « mises en commun des forces et des atouts des nations » tout en préservant  » la maîtrise de leur destin ». Cette esquisse d’une Europe coopérative et solidaire pour gérer démocratiquement l’interdépendance de notre époque vient à son heure. Nous y reviendrons.

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(1) Voir HD No 21295 (14-20/11/2013)

21 novembre 2013 at 11:32 Laisser un commentaire

L’ALLEMAGNE EST-ELLE « KAPUTT »?

wurtz-l-humanite-dimanche            « Réseau ferré vétuste; ponts ferroviaires barrés; trains rapides immobilisés; écoles et universités négligées; réseau électrique inadapté à la transition énergétique…La puissance industrielle dominante en Europe fait des économies là où il faudrait investir ! « L’un des trois plus grands quotidiens allemands, la « Suddeutsche Zeitung », ne mâchait pas ses mots, l’autre jour , n’hésitant pas à barrer sa « une » d’un tonitruant « Kaputt »pour caractériser l’état des infrastructures publiques outre-Rhin.(1). Une double page intérieure en dressait un tableau sans complaisance, agrémenté de jugements alarmistes d’experts et de chercheurs de renom. Il faut saluer ce courageux accès de lucidité qui a le mérite de torpiller maintes idées reçues sur le « modèle allemand » et surtout celui d’illustrer crûment l’étendue des effets pervers de l’obsession de la réduction des dépenses publiques dont Madame Merkel s’est faite l’irréductible avocate. Qu’on en juge.

Le journal cite un nombre impressionnant d’exemples justifiant ce cri d’alarme: tel pont autoroutier interdit aux poids lourds pendant trois mois en raison de dangereuses fissures;  telle ligne de tram fermée faute de crédits pour sa rénovation;  tel canal fermé à la circulation pendant 10 jours faute d’entretien; telle voie maritime rendue impraticable pour la première fois depuis 1885 du fait de déficiences techniques, et contraignant des centaines de gros navires à faire un long détour; la gare de Mayence obligée de paralyser un poste d’aiguillage pendant tout un mois par manque de personnel… « L’Allemagne est en train de s’user » note le journal « Car les dépenses pour l’entretien et le développement des infrastructures ont reculé de près d’un tiers en 20 ans ,relativement aux richesses produites ».

Ainsi, concernant le système de formation, il manque 25 milliards d’euros par an pour que l’Allemagne atteigne le niveau moyen des dépenses des pays de l’OCDE! Pour ce qui est des chemins de fer, la direction reconnait que « d’urgence », 1400 ponts ferroviaires nécessitent des travaux . Plus généralement,selon les auteurs de l’enquête, sur les 34000 km de voies du pays, il est « visible que l’on se contente d’huiler quelques aiguillages et de changer quelques vis »! Sans une revalorisation conséquente des dépenses, le retard pris serait difficilement rattrapable. Pour la remise en état des routes principales, les besoins sont évalués à 4,7 milliards de plus par an pendant 15 ans.

Le plus étonnant est le cas des investissements d’avenir. Ainsi les universités: « La Conférence des Présidents d’Université de 2012 était au bord de la panique » souligne le journal. C’est qu’il manque 30 milliards d’euros pour la seule rénovation des bâtiments! Quant à l’infrastructure de l’internet, elle est devant une impasse: le remplacement des vieux câbles en cuivre est jugé trop cher. « Or l’avenir n’attend pas! « Madame Merkel avait promis en 2009 que « trois ménages sur quatre auraient accès au très haut débit en 2014. On en est à 13%. Elle s’était engagée à un minimum de 50 mégabits à la seconde. On en est à 6,5 en moyenne:moins qu’en Roumanie!  » Enfin, il y a le casse-tête de l’énergie,rappellent les enquêteurs: « il manque plusieurs milliers de km de lignes de haute tension pour transporter le courant produit par les éoliennes du nord du pays vers les grandes concentrations d’usagers au sud et à l’ouest.  Le coût de l’opération reste dans l’ombre et risque d’être à la charge des consommateurs… » L’Allemagne n’est peut-être pas « kaputt », mais elle a un sacré changement politique à opérer , si elle veut éviter un réveil douloureux.

(1) 12-13/10/2013

24 octobre 2013 at 6:34 1 commentaire

QUEL PROJET EUROPEEN ? A VOS PLUMES !

wurtz-l-humanite-dimanche    Le Parti communiste français vient d’annoncer la tenue, à la mi-novembre, d’une « convention nationale » sur le thème : « Quel projet européen? « Le Parti socialiste avait fait de même à la mi-juin. « De même »?  Ces deux événements promettent, en fait, de se différencier sensiblement, tant sur le fond que dans la forme.

Au PS, l’objectif était -en vue des élections européennes de mai 2014- de produire un texte reprenant un certain nombre d’aspirations du « peuple de gauche » tout en cautionnant la politique européenne du Président de la République: un exercice difficile par les temps qui courent…La motion adoptée traduit cette contradiction fondamentale: les constats d’évidence (« L’Europe connait une crise économique et sociale d’une ampleur inédite ») ou les voeux pieux (« Les socialistes européens doivent porter un modèle de développement nouveau, porteur de croissance économique pérenne, de progrès social et respectueux de l’environnement ») y côtoient les silences assourdissants sur des transformations indispensables à un projet réellement nouveau ( Pas un mot, par exemple, sur la Banque centrale européenne !). Dès lors, aucun débat libre et public n’était possible sur ce document: la direction toléra tout juste l’intégration de quelques amendements durement négociés avec les représentants de son aile gauche. On peut légitimement douter, dans le contexte actuel, que les citoyens de gauche , y compris parmi celles et ceux qui se reconnaissent habituellement dans le Parti socialiste, se satisfassent d’un tel projet, dont les débats à venir feront apparaitre le manque de cohérence, de crédibilité et d’ambition.

D’où l’importance de l’existence d’une autre « offre » à gauche! En particulier pour ces pans entiers de la gauche de plus en plus pressés de tourner la page de l’actuelle Europe. Ce que se propose d’élaborer la Convention du PCF, c’est toute une stratégie de « refondation » de la construction européenne. Non une alternative utopique, abstraite et inaccessible. Non un nouveau « Grand soir », dangereusement illusoire. La volonté est d’aider à orienter les débats et le combat vers les ruptures concrètes à opérer progressivement avec les orientations et les structures actuelles; à populariser des propositions réellement transformatrices; à construire des rassemblements suffisamment larges -y compris en coopération avec d’autres forces progressistes européennes- pour faire bouger les rapports de force, dans les consciences comme sur le terrain, seul moyen de rendre effectivement possible le changement radical de cap auquel nous aspirons en grand nombre.

Le mode de préparation de cette convention- là est en rapport avec sa finalité. Ses organisateurs ont décidé de publier dès maintenant une liste indicative de questions que se posent nos concitoyens, militants politiques ou non, y compris les « questions qui fâchent », afin d’encourager sans attendre les confrontations d’idées . Ils ont même lancé un « Appel à contribution » pour alimenter l’échange d’opinions sur les enjeux en question. Début octobre, un projet de texte, apportant des propositions de réponses à ces questions sera mis en circulation et en débat pour préparer les assises de la mi-novembre. Voilà une démarche à saluer! Naturellement, le PCF s’adresse ainsi prioritairement à ses adhérents et sympathisants. Gageons cependant que tous les apports d’amis du Front de gauche dans son ensemble, et même de la gauche en général, seront les bienvenus.
A vos plumes!

25 juillet 2013 at 5:50 1 commentaire

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