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EMOUVANT HOMMAGE A FERNAND TUIL EN PALESTINE
« Fernand Tuil, qui a consacré sa vie à la solidarité, a voulu, après sa mort, reposer en terre de Palestine, parmi les réfugiés dont il a éprouvé la souffrance »: le Président Mahmoud Abbas a tenu à rendre personnellement hommage à notre regretté ami, co-président fondateur de l’AJPF (1). C’était samedi dernier lors d’une rencontre -retransmise à la télévision nationale- entre le leader palestinien et les dizaines d’élus français engagés dans ces coopérations atypiques qui avaient fait le déplacement (2). Ce geste exceptionnel fut le point d’orgue de deux journées et demie de rencontres chargées d’émotion, tant était large l’éventail des témoignages d’affection sincère pour celui qui « avait tout compris » du combat des Palestiniens pour leurs droits -y compris le « droit au retour » des réfugiés chassés de leur terre- selon les mots de Majed Bamia, jeune et brillant animateur de la campagne de solidarité en faveur de la libération de Marwan Barghouti et de l’ensemble des prisonniers palestiniens. Depuis les porte-parole des réfugiés jusqu’au Président,en passant par les milieux culturels palestiniens, plusieurs ministres, le plus emblématique des diplomates palestiniens, Nabil Shaat, des maires -dont celle de Ramallah qui a décidé de donner son nom à une rue de la grande cité de Cisjordanie- ainsi que le Consulat général de France à Jérusalem qui évoqua au sujet de Fernand et du travail accompli par son association le « respect » et la « fierté » qu’ils inspirent et même l’ « exploit » que représente cette « oeuvre qui nous oblige »…, tous rendaient compte d’expériences marquantes qui fondent leurs sentiments pour cet homme et le type d’engagement qu’il représente. De fait, toutes ces références de réfugiés à des coopérations concrètes jugées exemplaires -à Montataire (« 1er jumelage » entre une ville et un camp de réfugiés palestinien, Deisheh ); à Pierrefitte (1ère ville à faire de Marwan Barghouti un citoyen d’honneur); à Stains et à Gennevilliers (qui ont permis la construction d’un conservatoire dans le camp d’El Amari et favorisé le développement d’une activité musicale qui touche aujourd’hui 3000 enfants de tous les camps de réfugiés) ; à des élus progressistes de Bretagne et des Pays de la Loire (qui furent à l’origine d’une aide technique et financière déterminante pour mettre sur pied la plus grande coopérative agricole de Palestine , près d’Hébron )…avait de quoi impressionner! Ces coopérations révèlent tout le potentiel créatif que représente la population de ces camps de réfugiés , ainsi que leur intelligence politique née de la confrontation permanente aux problèmes les plus cruciaux de l’occupation. Merci à tous ces élus qui contribuent sans bruit à cette forme de libération humaine.
Cette sensibilité du peuple palestinien en général a également été illustrée par le soin particulier mis à aménager le petit jardin du camp de Deisheh qui était destiné à accueillir les cendres de notre défunt ami : l’urne reposera au pied d’un olivier vieux de 800 ans et « symbole de paix », à côté d’un figuier de Barbarie, »symbole de patience », et d’un cactus, »symbole de résistance »…C’est aussi symptomatiquement le beau musée consacré au poète national Mahmoud Darwich qu’a choisi la municipalité de Ramallah pour tenir la cérémonie d’attribution du nom de Fernand Tuil à une rue de la ville. Et c’est sous la forme d’un concert offert par de jeunes artistes issus de camps de réfugiés que le Centre Al Kamandjati de Ramallah (dont l’objectif est d’ouvrir des ateliers de musique pour les enfants les plus démunis de Palestine ) a voulu remercier l’AJPF pour les instruments collectés en France , et que le groupe d’élus vient de leur remettre: « Nous refusons la normalisation de la Palestine, nous luttons pour nos droits » a souligné le responsable de l’association. Ce combat est aussi le nôtre.
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(1) Association franco-palestinienne pour la promotion des jumelages entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises.
(2) Le groupe d’élu-e-s était conduit par Patrick Le Hyaric ,député au Parlement européen et Jean-Pierre Bosino,Maire de Montataire
LA TRIPLE LEÇON D’ILAN HALEVI
Notre ami Ilan Halevi vient de nous quitter, lui, le décrypteur si éclairant de l’ « Orient compliqué », alors que la région est secouée par d’inextricables bouleversements qui risquent d’émousser des repères essentiels à la compréhension des enjeux. La tragédie syrienne, le fiasco irakien, le jeu pervers des monarchies du Golfe, les espoirs et les craintes liés à la révolution égyptienne, les interrogations sur une possible nouvelle donne en Iran…retiennent toute l’attention internationale. C’est compréhensible et légitime. Pour autant, il serait dangereux de laisser reléguer au second plan le problème palestinien et, par là même, dissiper la responsabilité centrale des dirigeants israéliens dans la déstabilisation du Moyen Orient. Il faut donc s’efforcer de remettre cet enjeu, structurant s’il en est, à la place qui lui revient sur l’agenda international. Les progressistes peuvent y contribuer dans le débat d’idées en cours.
C’est dans cet esprit que je crois pertinent de saluer la mémoire d’Ilan Halevi en rappelant une triple leçon très actuelle que j’ai personnellement retenue de mes rencontres avec ce militant infatigable, qui fut,en même temps, un intellectuel très raffiné.
D’abord, n’analysons jamais le conflit israélo-palestinien en termes religieux, mais politiques, soulignait celui qui se disait à la fois « 100% juif et 100% arabe » ! Le problème à résoudre ne relève ni d’une confession ni d’une « ethnie », mais du droit international: mettre fin à l’occupation et à la colonisation. Tout le reste n’est qu’échappatoire.
Une autre idée sur laquelle insistait celui qui fut,trente ans durant, un conseiller de Yasser Arafat, est la nécessité de reconstituer une unité nationale palestinienne, afin d’organiser des élections légitimes, de « partager démocratiquement le pouvoir » et de constituer un interlocuteur international reconnu. Ce choix stratégique relève naturellement des Palestiniens eux-mêmes. Notons cependant que ce sont les dirigeants américains et européens qui, obéissant aux consignes de Tel Aviv, ont fait capoter en 2006 le seul gouvernement d’unité nationale qui ait pu voir le jour , en refusant de le reconnaitre malgré l’insistance du Président Abbas. Aussi faut-il mettre en garde contre toute reproduction d’une pareille faute si une nouvelle opportunité d’unité nationale palestinienne devait se présenter dans un avenir proche.
Cela nous conduit à une troisième idée chère à Ilan: que l’Union européenne (UE) « rompe avec sa complaisance » à l’égard des dirigeants israéliens tant qu’ils torpillent toute chance de solution juste et durable au conflit.O utre que c’est un devoir élémentaire de l’UE de défendre la stricte légalité internationale (des dizaines de résolutions des Nations Unies sont bafouées par Israël), sa pratique de l’impunité à l’égard de l’occupant des territoires palestiniens voue durablement à l’échec ses propres tentatives répétées de mettre sur pieds une « Union euro-méditerranéenne ».
Une bonne voie à suivre pour relancer le débat et le combat pour les droits du peuple palestinien est de mobiliser l’opinion en faveur de la libération des prisonniers palestiniens en Israël, et particulièrement du plus emblématique d’entre eux, Marwan Barghouti. Ilan Halevi comptait, il y a peu, se rendre à Jérusalem dans ce but. La maladie l’en a empêché. Continuons son engagement!
Le « V » de la victoire et le rameau d’olivier : le mythe Arafat est immortel
Le Président palestinien nous a quittés, mais le mythe Arafat est immortel. Non seulement parce que « Abou Amar » était le fondateur de l’Organisation de libération de la Palestine et qu’il a consacré quarante années de sa vie à ce combat, mais parce qu’il a payé de sa personne, au-delà du concevable, cet engagement entièrement voué aux droits et à la dignité de son peuple. J’ai eu la chance de rencontrer à de multiples reprises ce personnage hors du commun, depuis son installation à Gaza, puis à Ramallah. Ce sont des moments inoubliables.
La première entrevue fut particulièrement émouvante. Elle eut lieu dans le modeste « palais » présidentiel à Gaza, peu de temps après son installation dans cette ville symbole, alors libérée des troupes d’occupation. On lisait la fierté dans les regards des Palestiniens qui allaient et venaient dans et devant le siège : ils avaient enfin face à eux l’homme qui symbolisait leur État en devenir. À l’intérieur, tout était impeccable et l’atmosphère hospitalière. Le président nous reçut avec chaleur et simplicité. Il glissa dans ses propos quelques mots en français – « Merci ! », « c’est juste ! »… – ponctués d’un grand sourire. Il savourait manifestement ce bonheur indicible de se sentir parmi les siens, sur sa terre, après tant de cruelles épreuves : l’exil, Beyrouth, la traque des Israéliens, les trahisons de dirigeants arabes, les attentats manqués, la perte de tant de proches, et même un grave accident d’avion… Le climat, ce jour-là, était à l’espoir.
Les pires souvenirs, à l’inverse, se situent à la Mouqata en ruines, après l’assaut barbare des chars, des bulldozers et des hélicoptères israéliens contre les bâtiments de la présidence, à Ramallah. En escaladant les gravats, en me retrouvant dans la pièce minuscule et encombrée où Yasser Arafat nous reçut, en l’écoutant relater le cauchemar qu’il venait de vivre avec celles et ceux qui l’avaient courageusement assisté durant ces heures sombres et interminables où le pire pouvait arriver à tout moment – y compris l’explosion d’un dépôt de carburant tout proche -, j’éprouvais un sentiment de honte pour tant de dirigeants européens, débordant de bonne conscience et toujours prompts à faire la leçon au monde entier, mais qui, lorsqu’il s’agit de la Palestine et d’Israël, sont assez lâches pour laisser, sans coup férir, une armée d’occupation traiter de la sorte un président élu !
L’Europe, pourtant, le président Arafat l’a honorée. Il n’a jamais manqué une occasion de saluer tel passage d’une déclaration du Conseil européen, de dire sa reconnaissance pour tel vote de membres européens du Conseil de sécurité, de remercier l’Union européenne pour son aide économique. Souvent, il a exprimé le souhait de voir ceux qu’il considérait comme des partenaires naturels équilibrer quelque peu la désastreuse alliance Bush-Sharon.
Yasser Arafat voulait la paix avec Israël, naturellement sans renier les droits fondamentaux de son peuple. À plusieurs moments clés, il a fait des choix stratégiques qui étaient loin d’être simples à assumer vis-à-vis d’une partie de son peuple, voire de ses propres partisans. Par exemple, en 1988, lorsqu’il déclara « caducs » les articles de la Charte de l’OLP niant le droit à l’existence d’Israël ; ou bien en 1993, en s’engageant dans le « processus d’Oslo », autrement dit la reconnaissance mutuelle Israël-OLP, alors même que la création d’un État palestinien était remise à plus tard ; ou encore en 2003, en apportant son soutien à l’ « Initiative de Genève » de Yasser Abed Rabbo et Yossip Beilin, destinée à relancer le dialogue pour la paix et qui abordait les enjeux ultra sensibles, comme celui de Jérusalem ou des réfugiés. Lorsqu’il évoquait Yitzhak Rabin et la « paix des braves » conclue entre les deux leaders, ses yeux s’embuaient. Il avait un profond respect pour les forces de paix israéliennes. Il était conscient du tort immense que causaient à son combat les attentats palestiniens en Israël, et sa condamnation de tels actes n’en était que plus sincère. « Vous voyez – m’a-t-il dit un jour, hors de lui, après l’assassinat d’un important dirigeant du Hamas par l’armée israélienne -, nous venons d’entamer des discussions avec cette organisation pour obtenir un cessez-le-feu ; ils ont ciblé l’un des plus modérés, avec qui nous dialoguions ! »
Yasser Arafat restera l’homme de la résistance palestinienne à l’occupation et de l’espoir de tout un peuple de pouvoir enfin construire son État. Souhaitons que ses compagnons de combat puissent trouver ensemble les réponses justes aux nouvelles questions qui leur sont aujourd’hui posées, en alliant le double symbole auquel tenait tant celui qui vient de s’éteindre mort : le « V » de la victoire et le rameau d’olivier.




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