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Jamais, depuis le début de la construction européenne, un tel affrontement -disons le mot : « de classe »- entre les autorités les plus puissantes de l’UE et un pays membre n’avait encore eu lieu. Alors que les principaux dirigeants en place avaient l’habitude de traiter avec des interlocuteurs consentants ou des contestataires malléables, voilà un gouvernement issu de la mobilisation populaire et fermement décidé à rester fidèle à ses engagements. Pour le « directoire » européen, l’enjeu du conflit dépasse de loin la question, financièrement insignifiante, des 7,2 milliards de prêts si souvent évoqués ! Il porte sur l’essentiel : le pouvoir. L’aristocratie en place sent depuis trois ou quatre ans le consensus sur lequel reposait traditionnellement sa suprématie fondre comme neige au soleil. Elle craint comme la peste de se voir submerger par une vague populaire qui pourrait devenir irrésistible grâce à la force de l’espoir d’une « autre Europe ». Il est donc vital aux yeux de ces hobereaux de casser cet espoir -avec pour seule limite à leur hargne l’inquiétude quant aux conséquences de leurs actes sur la construction européenne elle-même.
On comprend dès lors combien il est devenu décisif pour notre avenir à tous -hormis les nantis arc-boutés sur leurs privilèges et leur pouvoir hégémonique ou les populistes qui spéculent sur le chaos pour creuser leur trou- que le difficile combat de Syrisa finisse par réussir. Mais pour cela, la solidarité avec la Grèce doit prendre une tout autre dimension ! Nous avons besoin d’une bataille d’idées large, rassembleuse, authentiquement populaire ! Il faut en particulier rendre visible l’évolution « souterraine » du rapport de force en popularisant les nombreuses prises de position récentes suffisamment significatives pour crédibiliser la lutte du peuple grec et de son gouvernement.
Exemple : les conclusions des travaux des experts du « Comité pour la vérité sur la dette » mis en place par le Parlement grec (et qui juge une bonne partie de celle-ci « illégale, illégitime et odieuse ») sont prises très au sérieux dans certains milieux économiques , qui y voient « une arme utile pour Athènes » et « une déconstruction en règle du storytelling (conte ) européen sur la Grèce depuis 2010 » (1) De même, l’idée tend à s’imposer que « Les créanciers devraient reconnaître que la stratégie basée sur l’austérité a échoué » . La citation est de Paul De Grauwe, une personnalité belge clairement libérale qui enseigne à la fameuse « London School of Economics », fréquentée par nombre de sommités mondiales ! Et celui-ci d’enfoncer le clou : « Les pays créanciers imposent des conditions qui sont de nature à rendre un compromis tout à fait impossible » et il serait « inacceptable » que la Banque centrale européenne « cesse de fournir des liquidités » poussant ainsi la Grèce à quitter l’euro (2). Encore plus étonnant : un ancien conseiller économique du Président de la Commission européenne (jusqu’en février 2014) a pris il y a peu le contre-pied des pressions officielles en expliquant « Pourquoi la Grèce devrait refuser la dernière offre de ses créanciers » (3) . Qui sait, par ailleurs, que le Chancelier social-démocrate d’Autriche, Werner Faymann, vient de se rendre à Athènes en solidarité avec Alexis Tsipras après avoir souligné que « Ce qui se passe en Grèce devrait servir d’alerte sur ce qui se passera si on n’impose que de l’austérité « ? (4). Qui connaît, enfin, l’Appel de 58 personnalités progressistes françaises à François Hollande afin que le message de la France ne se réduise pas « à un rappel des « règles » à respecter quand la maison brûle « ? (5). Le seul « plan B », c’est la solidarité !
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(1) La Tribune (18/6/2015)
(2) Le Soir -Bruxelles (12/6/2015)
(3) Philippe Legrain : foreignpolicy.com (12/6/2015)
(4) 16-17/6/2015
(5) www.pcf.fr
25 juin 2015 at 11:07
C’est une sorte d’hommage du vice à la vertu : le dixième anniversaire de la victoire du NON au projet de traité constitutionnel européen a donné lieu à une multitude d’articles de presse, de sondages d’opinion, voire de savantes études. Manifestement, tous ces organes, hier engagés dans une virulente défense et illustration du OUI et jusqu’alors habitués à prendre de haut les minorités -fatalement incultes- qui osaient mettre en doute leurs certitudes , ne semblent toujours pas totalement remis du choc psychologique que représenta pour eux , le 29 mai 2005, cette sorte d’insurrection démocratique majoritaire faisant fi des conseils généreusement prodigués par les gourous de la pensée dominante.
Alors, cela donne par exemple ceci : « Parmi les électeurs du NON, 52% ont fait leur choix sur la base d’enjeux nationaux , notamment la position prise à l’époque par le président de la République, Jacques Chirac, et seulement 42% en fonction d’enjeux européens. A l’inverse, les électeurs du OUI ont été (…) 81% (à se déterminer) d’après les questions européennes » (1) Comprenez : » les « nonistes » sont primaires, l’Europe, ça les dépasse. Quand il y a un référendum, le peuple vote contre le pouvoir en place , sans s’occuper de la question posée ». Or, si l’on se reporte à l’étude qui a inspiré cette affirmation, on découvre que « la position à l’égard de Jacques Chirac » a motivé…10% des électeurs du NON contre 6% de ceux du OUI ! Ce que recouvre avant tout la catégorie « problèmes nationaux », c’est « la situation sociale en France » (55%), autrement dit un sujet étroitement corrélé à l’ « Europe libérale » que le NON entendait précisément mettre en cause au profit d’une « Europe sociale ». (2) Est-ce donc si dur, dix ans après, de reconnaître que la campagne de gauche en faveur d’une autre Europe fut une expérience de démocratie citoyenne sans pareille ? Et qu’en l’occurrence, les faits ont donné raison à ces citoyens , dûment informés des enjeux cachés dans les discours officiels ? Le problème serait-il que cette longue et riche campagne de débats ait démontré qu’on pouvait être résolument « pour l’Europe » et radicalement opposé à celle que nous subissons ? C’est là , désormais, un acquis majeur que la gauche européenne a intérêt à faire vivre de façon très offensive.
La même question se pose aujourd’hui à l’échelle de toute une nation, gouvernement compris : la Grèce . Voilà un peuple et ses dirigeants qui, ensemble, font face à la ligue des puissants pour, tout à la fois, exiger la fin d’une politique insoutenable que « l’Europe » officielle leur impose et défendre leur droit de rester membres à part entière de l’Union européenne et de la zone euro, avec l’objectif d’agir pour les transformer . « C’est incompatible » leur répliquent en substance ceux qui se voient comme les « patrons » . C’est « la capitulation ou la sortie! » menacent, à mots à peine couverts, les Schaüble et consorts. Faire échec à cet intolérable chantage est, aujourd’hui, un défi de premier ordre à relever par la gauche en Europe. Le week-end dernier, place de la République, à Paris, clôturant le magnifique « Forum européen pour les alternatives », Pierre Laurent l’a souligné en reprenant la formule chère à Alexis Tsipras, le Premier Ministre grec : « Dans l’Europe, il n’y a pas des propriétaires et des locataires . Nous sommes tous des copropriétaires « .
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(1) Le Monde (29/5/2015)
(2) Il s’agit de l’étude de M. Yves Bertoncini -« Dix ans après le NON »- pour la Fondation Jean Jaurès, proche du Parti socialiste: une étude qui, par ailleurs , n’échappe pas à cette difficulté à reconnaître l’évidence concernant la signification et la portée du vote de 2005.
4 juin 2015 at 12:35
« Ceci est un pamphlet. Pas un ouvrage savant. Le ton et le style sont ceux de la polémique . Mon but est de percer le blindage cotonneux des béatitudes et des langueurs de tant de commentateurs hypnotisés par l’Allemagne. » L’avertissement de Jean-Luc Mélenchon aux lecteurs de son dernier livre suffira-t-il à dissiper tout malaise auprès de ceux qui, sans être assimilables à des « germanolâtres », ne voient pas dans notre voisin un pays intrinsèquement pervers, « nécrosé par le vieillissement accéléré de sa population »? (1)
Pour ma part, je suis le dernier à m’offusquer d’une critique radicale de l’anti-modèle Merkel-Schaüble, aussi dévoué aux « marchés » qu’intraitable et méprisant envers les peuples! J’ai ici-même exprimé tout le bien que je pensais d’un ouvrage qui mettait à nu « l’imposture » que représentait la campagne sur le thème du « modèle allemand » -ouvrage du reste abondamment cité dans le livre de Mélenchon. (2) Plusieurs de mes « chroniques » récentes dans l’Humanité Dimanche s’inscrivent tout naturellement dans cette dénonciation du problème fondamental que représentent pour toute l’Europe la classe dirigeante allemande, son pouvoir tentaculaire, son ambition dominatrice et son idéologie dangereuse pour la démocratie. (3) Je me retrouve donc pleinement dans les rappels que fait le parlementaire européen du Front de gauche au sujet du démantèlement systématique des conquêtes sociales des salariés allemands par l’ex-Chancelier social-démocrate Schröder, véritable marche-pied providentiel pour l’offensive austéritaire du gouvernement Merkel à l’échelle de toute l’Union européenne. Tout aussi pertinente me semble être la volonté de l’auteur de déchirer le voile « écologiste » d’une politique économique et énergétique au bilan environnemental déplorable. Je partage ô combien son indignation devant l’insupportable arrogance et la volonté d’humilier du pouvoir allemand , hier face au peuple de RDA -oui, ce fut une « annexion »! – , aujourd’hui vis-à-vis du peuple grec et de l’Europe du sud en général. D’accord aussi pour souligner et dénoncer l’atlantisme forcené de la Chancelière, tant sur le plan commercial -comme en témoigne son engagement militant en faveur d’un »grand marché transatlantique » (TAFTA)- que dans le domaine stratégique, quitte à entretenir des tensions avec la Russie, très préjudiciables à la sécurité du continent.
En revanche, je regrette le fil rouge qui traverse le livre et qui fait de « l’Allemagne » , sans distinction d’époque, de classe ou de sensibilité, un repoussoir dangereux , avec « les maisons de retraite (comme) nouveau projet de civilisation »…Je préfère, loin de toute outrance, qui ne favorise pas la réflexion, que nous parlions aussi de l’Allemagne que nous aimons. De l’apport positif de « Die Linke » à la vie politique allemande ; de la solidarité appuyée du Président de la Fédération des syndicats, la DGB, avec Syrisa en Grèce; de l’opposition massive de l’opinion allemande au TAFTA; de la force des mouvements de paix outre-Rhin qui avait poussé Schröder lui-même à refuser de suivre Bush dans son aventure irakienne…Je salue chaleureusement nos amis allemands.
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(1) « Le hareng de Bismarck (Le poison allemand) » chez Plon (2015)
(2) « Modèle allemand, une imposture »- Bruno Odent (Le Temps des Cerises, 2013)
(3) Voir, par exemple, dans l’HD du 15/7/2012; du 24/10/2013; du 23/1/2014; du 16/10/2014; du 7/5/2015…
21 Mai 2015 at 7:46
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