Posts filed under ‘Tsipras’

ET SI NOUS PARLIONS (AUSSI) DE L’ALLEMAGNE QUE NOUS AIMONS ?

wurtz-l-humanite-dimanche « Ceci est un pamphlet. Pas un ouvrage savant. Le ton et le style sont ceux de la polémique . Mon but est de percer le blindage cotonneux des béatitudes et des langueurs de tant de commentateurs hypnotisés par l’Allemagne. » L’avertissement de Jean-Luc Mélenchon aux lecteurs de son dernier livre suffira-t-il à dissiper tout malaise auprès de ceux qui, sans être assimilables à des « germanolâtres », ne voient pas dans notre voisin un pays intrinsèquement pervers, « nécrosé par le vieillissement accéléré de sa population »? (1)

Pour ma part, je suis le dernier à m’offusquer d’une critique radicale de l’anti-modèle Merkel-Schaüble, aussi dévoué aux « marchés » qu’intraitable et méprisant envers les peuples! J’ai ici-même exprimé tout le bien que je pensais d’un ouvrage qui mettait à nu « l’imposture » que représentait la campagne sur le thème du « modèle allemand » -ouvrage du reste abondamment cité dans le livre de Mélenchon. (2) Plusieurs de mes « chroniques » récentes dans l’Humanité Dimanche s’inscrivent tout naturellement dans cette dénonciation du problème fondamental que représentent pour toute l’Europe la classe dirigeante allemande, son pouvoir tentaculaire, son ambition dominatrice et son idéologie dangereuse pour la démocratie. (3) Je me retrouve donc pleinement dans les rappels que fait le parlementaire européen du Front de gauche au sujet du démantèlement systématique des conquêtes sociales des salariés allemands par l’ex-Chancelier social-démocrate Schröder, véritable marche-pied providentiel pour l’offensive austéritaire du gouvernement Merkel à l’échelle de toute l’Union européenne. Tout aussi pertinente me semble être la volonté de l’auteur de déchirer le voile « écologiste » d’une politique économique et énergétique au bilan environnemental déplorable. Je partage ô combien son indignation devant l’insupportable arrogance et la volonté d’humilier du pouvoir allemand , hier face au peuple de RDA -oui, ce fut une « annexion »! – , aujourd’hui vis-à-vis du peuple grec et de l’Europe du sud en général. D’accord aussi pour souligner et dénoncer l’atlantisme forcené de la Chancelière, tant sur le plan commercial -comme en témoigne son engagement militant en faveur d’un »grand marché transatlantique » (TAFTA)- que dans le domaine stratégique, quitte à entretenir des tensions avec la Russie, très préjudiciables à la sécurité du continent.

En revanche, je regrette le fil rouge qui traverse le livre et qui fait de « l’Allemagne » , sans distinction d’époque, de classe ou de sensibilité, un repoussoir dangereux , avec « les maisons de retraite (comme) nouveau projet de civilisation »…Je préfère, loin de toute outrance, qui ne favorise pas la réflexion, que nous parlions aussi de l’Allemagne que nous aimons. De l’apport positif de « Die Linke » à la vie politique allemande ; de la solidarité appuyée du Président de la Fédération des syndicats, la DGB, avec Syrisa en Grèce; de l’opposition massive de l’opinion allemande au TAFTA; de la force des mouvements de paix outre-Rhin qui avait poussé Schröder lui-même à refuser de suivre Bush dans son aventure irakienne…Je salue chaleureusement nos amis allemands.

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(1) « Le hareng de Bismarck (Le poison allemand) » chez Plon (2015)
(2) « Modèle allemand, une imposture »- Bruno Odent (Le Temps des Cerises, 2013)
(3) Voir, par exemple, dans l’HD du 15/7/2012; du 24/10/2013; du 23/1/2014; du 16/10/2014; du 7/5/2015…

21 Mai 2015 at 7:46 Laisser un commentaire

BRAS DE FER UE – GRÈCE : QUE FAIT LA FRANCE ?

wurtz-l-humanite-dimancheLes jours passent sans que rien ne bouge du côté des dirigeants européens pour débloquer enfin les crédits promis à la Grèce le 20 février dernier . La condition du règlement de cette mesure d’urgence était la présentation d’un programme de « réformes » à même d’augmenter les recettes de l’Etat. Or, malgré la production successive par Athènes de quatre ou cinq moutures des mesures envisagées et dont la pertinence n’est pas contestable -telles la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, la hausse des taxes sur le tabac et les jeux ou l’amélioration de la collecte de la TVA- , les négociations n’avancent pas. Il est vrai que deux « réformes » chères aux orthodoxes de l’Europe libérale ne figurent pas sur les listes produites par les responsables grecs : celle des retraites et celle du marché du travail …Faut-il rappeler à Bruxelles qu’il y a eu des élections en Grèce, qui ont exprimé une irrépressible exigence de changement ?

 Le 11 mai prochain, les ministres des finances de l’ « Eurogroupe » se réunissent à nouveau. Rien ne filtre sur leurs intentions, mais elles sont aisées à deviner. Ils spéculent sur le stress qu’est censé provoquer au sein de l’équipe gouvernementale grecque le fait que, le lendemain, le Fonds monétaire international lui réclamera le remboursement de 750 millions d’euros, alors que , faute d’apports financiers indispensables, les caisses de l’Etat sont vides. Ils espèrent une fois encore que le chantage au « défaut » suffira pour amener Athènes à résipiscence. Déjà ils rappellent qu’en tout état de cause, l’actuel plan d’ « aide » s’éteindra fin juin, soit moins de trois semaines avant une lourde échéance financière : 3,5 milliards d’euros de bons du Trésor à racheter impérativement à la Banque centrale européenne. Menace de clash ou bluff ignoble ? Ce poker-menteur n’a que trop duré!

Pour certains membres de ce club de grands argentiers, les intentions semblent claires . On connaît en particulier le but poursuivi par le diabolique ministre allemand. Une récente confidence de l’un de ses partenaires nous le confirme : « Wolfgang Schäuble, qui est un vrai conservateur, dur, sans état d’âme, veut mettre ce parti (Syrisa) à genoux pour qu’il parte ». La même indiscrétion nous conforte également dans nos convictions sur un autre point : « Les socio-démocrates ne voient pas non plus d’un très bon œil des concessions à Syrisa, car on leur reprochera de ne pas avoir obtenu la même chose pour leur pays… » (1) Dont acte. Question : où se situent la présidence et le gouvernement de la France dans ce schéma ? Suivent-ils docilement le « dur sans état d’âme  » ? Verraient-ils , eux aussi, d’un mauvais œil un succès des autorités grecques conforme aux attentes de leur peuple ? Le moment ultime approche où chacun est appelé à prendre ses responsabilités. Et à se préparer à rendre des comptes sur son attitude et les conséquences qui en découleront. Pour la Grèce. Pour l’autorité future de la France , notamment dans les pays du sud de l’Europe dont elle s’affirmait naguère l’ « amie ». Pour l’avenir de l’Union européenne elle-même , qui pourrait bien ne pas survivre à une expulsion de fait de la Grèce de la zone euro et au possible « krach financier » ainsi  qu’à la « débâcle politique » qui pourrait en résulter (2). Monsieur le Président, il est (juste) encore temps de vous ressaisir.
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(1) Ces propos sont attribués à Pierre Moscovici par le journaliste Jean Quatremer dans son blog (12/3/2015) . A notre connaissance, il n’y a pas eu de démenti de l’intéressé.
(2) L’expression est d’un chroniqueur peu susceptible de sympathie excessive pour Syrisa : Jean-Pierre Robin (« Le Figaro » -27/4/2015).

7 Mai 2015 at 8:26 1 commentaire

PEUT-ON CHANGER DE CAP À GAUCHE AVEC L’ « EUROPE »?

wurtz-l-humanite-dimancheAu lendemain du séisme politique des élections départementales, la question se pose comme jamais : que faire pour rendre possible la construction d’une alternative à gauche ? Comment réussir l’indispensable rassemblement des forces réellement intéressées à la transformation de la société ? Parmi les obstacles à surmonter, arrêtons-nous sur un seul d’entre eux : le sentiment qu’avec « l’Europe », aucun changement de cap n’est possible. Déjà du temps de François Mitterrand, on nous assénait qu’il fallait -pour reprendre l’impérissable formule du conseiller économique de l’Elysée au moment du « tournant libéral » de 1983- « choisir entre la gauche et l’Europe » ! Quiconque estime qu’ à l’heure de la mondialisation, une construction commune avec nos voisins est souhaitable sinon indispensable devrait renoncer à ses aspirations sociales et à la liberté de chaque peuple de choisir son destin ! On n’imagine pas pire piège pour le rassemblement du « peuple de gauche ». Faire sauter ce verrou est aujourd’hui vital pour espérer réussir à libérer du découragement sinon du désespoir les innombrables citoyennes et citoyens qui ont, cette fois encore, manqué à l’appel, y compris du Front de gauche. Pour y parvenir, notre message ne doit souffrir d’aucune ambiguïté : pas question d’en rabattre sur l’exigence de progrès social et d’émancipation démocratique au nom de l’Europe ! Et j’ajoute : pas question non plus de laisser monopoliser (et dénaturer) l’idée européenne par les forces libérales ou social-libérales !

 » Vœu pieux !  » rétorqueront certains : les traités européens sont ultra-libéraux et ce sont eux qui fixent les règles. Oublions cela ! Les traités ne s’imposent que tant qu’il existe un consensus sur le fait qu’il faut s’y plier. Si nous arrivons à créer un nouveau rapport des forces, les textes d’hier cesseront d’être sacrés et il sera toujours temps de les changer. Que signifie à nos yeux « créer un nouveau rapport des forces »? Cela veut dire s’efforcer de rassembler en France , autour de quelques exigences fondamentales largement partagées , toutes les forces disponibles dans une optique progressiste. Et cet effort doit , dans le même temps, veiller à favoriser les convergences les plus larges possibles avec ces objectifs de changement dans d’autres pays européens. Ce point est crucial : on ne changera pas l’Europe tous seuls. Mais surtout, de telles convergences européennes se dessinent sous nos yeux . Ainsi, il y a aujourd’hui une majorité d’Européens et d’Européennes qui rejettent l’austérité ( Le puissant courant de sympathie pour le peuple grec en témoigne !) . De même, un courant d’opinion croissant en Europe appelle de ses vœux une autre utilisation de l’argent ( On n’a jamais autant parlé de la Banque Centrale Européenne , de son pouvoir de création monétaire et de l’exigence d’en changer les missions pour que ses crédits aillent au développement social au lieu d’encourager les opérations financières ). Et combien de voix s’élèvent en Europe ces dernières années pour réclamer un saut démocratique et le respect de la souveraineté populaire ! ( L’ éclosion de mouvements citoyens en sont une expression.)

C’est dans ce contexte que se tiendra les 30 et 31 mai prochains, 10 ans après la victoire du NON de gauche au traité constitutionnel, Place de la République, à Paris, le premier Forum Européen des Alternatives, à l’initiative du Parti de la Gauche Européenne. Nous y serons !

9 avril 2015 at 6:27 Laisser un commentaire

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