IRRESPONSABILITÉ  CRIMINELLE

« Toute négociation repose sur la volonté politique. Or, en l’occurrence, elle existe des deux côtés (…) L’Iran a vraiment besoin d’un accord et (…) le Président (Trump) comprend que l’absence d’accord risquerait d’entraîner les Etats-Unis dans un autre conflit au Moyen-Orient -ce qu’il veut absolument éviter. C’est pourquoi je pense qu’il y a de fortes chances pour qu’ une sorte d’accord-cadre soit conclu » (1) : telle fut, le 6 juin dernier, l’analyse de l’un des plus fins connaisseurs du dossier nucléaire iranien, soit une semaine avant l’attaque militaire massive d’une ampleur et d’une violence sans précédent lancée par l’armée israélienne contre l’Iran. Tout s’est passé comme si Netanyahu avait précipité « sa » guerre contre l’Iran, préparée de longue date, de peur d’être court-circuité par un règlement du dossier nucléaire iranien par la voie diplomatique, d’autant qu’un rendez-vous (américano-iranien) décisif était fixé deux jours plus tard à Oman ! 

Pourquoi, dès lors, Trump a-t-il finalement accepté que son proche allié israélien saborde les négociations en cours ? Sans doute qu’en adepte de « la paix par la force », n’a-t-il pas voulu être en reste face à l’ultra-belliciste Netanyahu, invoquant l’efficacité d’une « frappe préventive » pour écarter définitivement une « menace existentielle »…En tout état de cause, l’existence d’une chance sérieuse de solution politique à cette menace rend l’agression israélienne contre l’Iran foncièrement inacceptable. Banaliser dans ces conditions cette attaque unilatérale au nom du  « droit d’Israël à se défendre », comme Emmanuel Macron s’est abaissé à le faire, est hallucinant. 

En fait, ce que vise le leader israélien est de faire tomber le régime de Téhéran. Or, aussi exécrable et hideux que soit ce pouvoir, tenter de l’abattre par la guerre est non seulement un projet inacceptable, mais d’une irresponsabilité criminelle. Les assaillants exposent -en plus du peuple iranien, toutes opinions confondues- les peuples de tout le Moyen-Orient (israélien compris) aux effets en cascade de l’incendie qu’ils sont en train d’allumer : que le régime islamiste, acculé, pilonne les bases militaires américaines du Golfe ou bloque le détroit d’Ormuz -où transite un quart des hydrocarbures du monde-, voire renoue avec la pratique des attentats, et les inévitables représailles qui s’ensuivraient risqueraient d’embraser la région et au-delà ! Aux yeux de Netanyahu, c’est peut-être le prix à payer pour que le monde oublie la destruction et la « reconquête » de Gaza, le blocus total des villes palestiniennes de Cisjordanie -qu’il vient d’annoncer-, la colonisation de Jérusalem-Est et le dynamitage des projets de reconnaissance de l’Etat de Palestine ! Et en prime, il pourrait échapper à la défaite électorale et à la prison…Valider, sans le dire, ce calcul cynique et cruel déshonore ceux qui font hypocritement ce choix. Nous n’en serons pas. 

——

(1) Voir, dans « Grand Continent » du 6/6/2025, l’interview d’ Ali Vaez, directeur du projet IRAN de Crisis Group. Ali Vaez avait contribué au succès des négociations de l’accord historique sur le nucléaire iranien de 2015 (que Donald Trump torpillera en 2018). 

20 juin 2025 at 6:22 Laisser un commentaire

ISRAËL-PALESTINE : QUAND LE PASSÉ ÉCLAIRE LE PRÉSENT

Rendons hommage à la Chaîne parlementaire (LCP) et à Jean-Pierre Gratien pour avoir, ce 5 juin, consacré un « Débatdoc » à l’indicible massacre des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila, au Liban(1). Est-ce vraiment le moment de revenir sur une tragédie de 1982 ? Hélas, oui car , en l’occurrence, le passé éclaire le présent…

Rappelons les faits. Nous sommes il y a 43 ans. Il n’existe alors ni Hezbollah ni Hamas. C’est le Fatah de Yasser Arafat que Sharon, alors ministre israélien de la défense, veut éradiquer. Le Chef de l’OLP et ses combattants sont retranchés à Beyrouth-Ouest. L’armée israélienne envahit le Sud-Liban en janvier, puis Beyrouth en septembre, avec la bénédiction des milices libanaises de droite, rassemblées dans les « Forces libanaises » (FL) sous la direction de Bachir Gemayel, élu Président du Liban en pleine guerre civile : un personnage aussi inféodé à Israël que violemment anti-Palestiniens. « C’est la première fois qu’une capitale arabe était occupée ! C’était un traumatisme pour tout le monde arabe », se souvient le Directeur  de « L’Orient-le-Jour ».  Les objectifs communs à Sharon et aux FL : détruire l’OLP et tuer Arafat et les « terroristes » qui le suivent. 

Défavorables à cette issue,  Washington, Paris et Rome obtiennent l’évacuation des combattants palestiniens et de leur Chef vers Tunis ainsi que la « garantie » de la vie sauve pour les civils palestiniens , réfugiés dans les camps. Une fois Beyrouth vidé de la résistance militaire, l’armée israélienne, prenant prétexte de l’assassinat de son proche allié, Béchir Gemayel -alors qu’aucun Palestinien n’est impliqué dans cet acte- , imposera le couvre-feu, encerclera les deux camps de réfugiés, laissera pénétrer la milice phalangiste et, durant cinq jours et quatre nuits, massacrer par familles entières hommes, femmes et enfants par centaines, jusqu’à des bébés dans leur berceau. L’armée israélienne aidera même ses supplétifs à perpétrer leurs exactions en déployant de puissantes fusées éclairantes pendant les quatre nuits en question. « Les  Israéliens contrôlaient tout; ils avaient tous les moyens de tout arrêter » soulignent deux experts sur le plateau de LCP (2).

 Le résultat de ce carnage est effroyable. Le documentaire montre un journaliste tétanisé et submergé par l’émotion devant  l’horreur inimaginable qu’il vient de découvrir.  Le Hezbollah naîtra de l’expérience de cette sauvagerie et tissera des alliances avec l’Iran et la Syrie…Non seulement le recours à la force la plus barbare n’aura pas « éradiqué » les combattants, mais il aura puissamment contribué à leur radicalisation :  une leçon élémentaire dont les responsables du génocide du peuple de Gaza ne veulent toujours pas admettre l’évidence. « Il est absurde d’imaginer faire disparaître un peuple ou une idéologie par les armes ! On peut sortir du cycle de la violence dans un processus politique à condition de voir que la racine des problèmes est l’occupation », rappelèrent les deux invités. Puisse cette vérité de base être enfin reconnue tant par la société israélienne que par les alliés occidentaux d’Israël ! 

À cet égard, rappelons qu’après l’horreur de Sabra et Chatila, des manifestations de masse, rassemblant jusqu’à 400 000 à 500 000 personnes en Israël ont permis d’obtenir une Commission d’enquête dont les conclusions conduisirent à la démission de Sharon. Aujourd’hui, des prémices d’un sursaut moral existent, certes, en Israël, et nous exprimons à leurs auteurs toute notre solidarité. Mais ce ne sont encore que des prémices. Quant à l’Occident, s’il se mobilisa à l’époque, à tout le moins pour permettre le départ de l’OLP de Beyrouth, il a, aujourd’hui, sauf exceptions, choisi la connivence contre la conscience et l’impunité contre le droit international. Il revient aux citoyennes et aux citoyens de relever le défi de la mobilisation solidaire en faveur d’une paix juste et durable, tant pour les Palestiniens que pour les Israéliens.

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(1) Le réalisateur du documentaire est Nicolas Jallot (2023)

(2) Agnès Levallois, vice-présidente de l’iReMMO (Institut de Recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient) et Ziad Majed, professeur à l’Université américaine de Paris.

13 juin 2025 at 9:13 Laisser un commentaire

CE QUI DOIT SUIVRE LA « RECONNAISSANCE DE L’ÉTAT DE PALESTINE »

Le jour de l’ouverture de la Conférence des Nations unies sur l’Etat de Palestine approche. Le fait que le Président français co-préside l’événement nous réjouit en même temps qu’il nous inquiète. Cela pourrait amorcer le retour tant espéré d’une politique digne et courageuse de la France au Proche-Orient. À l’inverse, rien ne serait pire qu’un « coup » diplomatique sans lendemain. N’insultons pas l’avenir, mais restons lucides et vigilants !

Rappelons que ce projet de rencontre est le fruit d’une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU, adoptée en décembre dernier, visant à réinscrire à l’agenda international « la mise en œuvre de la solution à deux Etats » ! C’est à l’aune de cette ambition que sera jugée la contribution française à la Conférence. Revenir sur l’engagement de la reconnaissance de l’Etat de Palestine ferait perdre au Chef de l’Etat toute crédibilité internationale : on peut donc espérer ne pas en arriver là. Mais la seule reconnaissance de l’Etat de Palestine ne fera pas le compte ! 149 Etats l’ont fait avant Paris…Comme l’a fort justement rappelé Avraham Burg, ancien Président de la Knesset, courageusement engagé en faveur du plein respect des droits fondamentaux du peuple palestinien : « Reconnaître la Palestine n’est pas l’aboutissement mais le début d’un processus » ! (1) 

Comment envisager, dès lors, les lendemains de cette (éventuelle) reconnaissance de la part de la France ? C’est d’un changement radical de logiciel concernant la cause palestinienne qu’il s’agit. Jusqu’ici, la plupart des dirigeants européens estimaient leur devoir accompli en publiant, après chaque crime de masse du pouvoir israélien, un communiqué appelant « chaque partie à la modération » (occupants et occupés) et rappelant « la constance de l’Europe en faveur de la solution à deux Etats » (sur le papier). Et puis, « business as usual », c’est à dire rien, si ce n’est la poursuite de l’impunité garantie à Israël, « seul État non européen à participer à tous les programmes de l’UE » (Javier Solana, ex-Chef de la diplomatie européenne). Ce que doit signifier la reconnaissance de l’Etat de Palestine, c’est une claire rupture avec cette stratégie hypocrite qui a contribué au fiasco que l’on sait. 

Le pouvoir israélien met en œuvre de longue date, au vu et au su des dirigeants européens,  une stratégie visant à empêcher coûte que coûte la création d’un État palestinien viable. Annexion de Jérusalem-Est, colonisation à marche forcée de la Cisjordanie, et maintenant destruction et tentative de « reconquête » de Gaza : Netanyahou ne cache pas que son objectif est de créer les conditions d’une seconde « Nakba » et d’une extension du contrôle par Israël à toute la Palestine ! Mettre définitivement en échec chaque élément de cette stratégie est une condition sine qua none de la crédibilité du projet de « solution à deux États » ! Tel est le défi à relever. Il est aux antipodes de l’insupportable pratique européenne du « deux poids-deux mesures » qui, au nom d’une « solidarité occidentale » non dite, exonère Israël des règles applicables à d’autres États agresseurs, jusqu’à conduire certains pays à livrer des armes à un chef de guerre prêt à pratiquer un génocide pour arriver à ses fins !  

Il s’agit donc pour la France, sans attendre une impossible unanimité des « 27 » sur ces objectifs, de forger un partenariat fort et déterminé avec le plus grand nombre possible de pays pour susciter une puissante mobilisation internationale et offrir enfin une chance à une paix juste et durable au Proche-Orient. 

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(1) Voir l’Humanité-Magazine (28/5/2025-5/6/2025)

5 juin 2025 at 9:04 Laisser un commentaire

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