IL Y A 40 ANS ÉCLATAIT LA CRISE DES EUROMISSILES

C’est l’affaire d’une décennie de tensions politiques et d’escalade militaire entre l’Est et l’Ouest , mais aussi de spectaculaires mobilisations pacifistes qui marquèrent toute une génération : la crise des euromissiles (1977-1987). A l’heure où s’aiguisent à nouveau, malgré les bouleversements géopolitiques intervenus entre-temps, les affrontements Est-Ouest, il n’est pas superflu de rappeler qu’en politique internationale, rien n’est jamais fatal, dès lors que les peuples se mobilisent. Septembre 1977: l’Union soviétique -estimant ne violer en rien les Accords de désarmement SALT 1 de 1972- décide d’installer des missiles balistiques de portée intermédiaire (500 à 5000 km, mais ne visant que des cibles militaires) , les fameux SS 20, sur son territoire . Le premier responsable politique occidental à réagir est le Chancelier social-démocrate allemand, Helmut Schmidt. Il plaide auprès du Président démocrate américain Jimmy Carter en faveur du renforcement du dispositif nucléaire US en Europe occidentale.

Il regrettera bientôt amèrement la fuite en avant belliciste que sa démarche engendra. Car au mesuré Carter succédera l’ultra Ronald Reagan, tout à sa croisade pour la « guerre des étoiles » contre l' »Empire du mal ». Helmut Schmidt finira (un peu tard) par s’opposer publiquement à la stratégie agressive de la Maison Blanche .  « Je trouverais plutôt difficile (…) de dire aux Allemands qu’ils ont besoin d’ajouter de nouvelles fusées aux 6000 têtes nucléaires déjà installées en Allemagne occidentale (…) La plupart des Américains n’ont pas à vivre avec 6000 missiles dans leur voisinage immédiat  » déclare-t-il au Washington Post en mai 1983 (soit quelques mois après avoir été chassé du pouvoir par le conservateur Helmut Kohl) ajoutant, pour dissiper toute ambiguïté sur sa nouvelle position : « Je ne suis pas encore convaincu que les Américains négocient sérieusement  » avec les Soviétiques. « Nous, Européens, nous voulons négocier avec les Soviétiques, notamment pour la réduction des armements » ajoute encore M. Schmidt, avant d’enfoncer le clou : « Dans certains cercles américains, le mot « détente » apparaît comme un mot obscène ».(1) On sait que François Mitterrand, quant à lui, prendra fait et cause pour l’installation des missiles américains Pershing et Cruise en Europe et se rendra au Bundestag pour prêter main forte au Chancelier atlantiste.  Face à cette coalition hétéroclite, des centaines de milliers de manifestants de la paix envahiront les rues de toutes les grandes villes occidentales , faisant émerger une génération « antimissiles » .La crise s’achèvera s’achèvera en 1987 avec le retrait des missiles tant américains que soviétiques.

40 ans plus tard, 4000 soldats de l’OTAN et des centaines de chars et d’avions sont stationnés aux frontières de la Russie, en Pologne et dans les pays baltes. Il s’agit du « plus grand renforcement de défense collective de l’OTAN depuis une génération » s’auto-glorifie l’organisation atlantique. Y contribuent -excusez du peu- les USA, la Grande-Bretagne, le Canada, l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne, la Pologne, la Belgique, le Luxembourg , les Pays-Bas, la Norvège, , la Roumanie, la Slovénie, l’Albanie…Comme il fallait s’y attendre, la Russie va organiser de l’autre côté de ces mêmes frontières, d’imposantes manoeuvres militaires du 14 au 20 septembre prochains. On n’ose imaginer les conséquences que pourrait engendrer un incident grave -fût-il d’origine accidentelle- entre ces deux armada ! Le combat pour la paix, c’est maintenant !
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(1) Interview du 22/5/1983, citée par Claude Julien dans le Monde Diplomatique (octobre 1983).

7 septembre 2017 at 1:08 Laisser un commentaire

L’UKRAINE ENTRE ESPOIR TENU ET PROVOCATION IRRESPONSABLE

Deux informations -très peu commentées- concernant le conflit en Ukraine viennent de tomber à deux jours d’intervalle. La première, le 23 août : « Les Chefs d’Etat et de gouvernement des pays du format Normandie (France, Allemagne, Russie, Ukraine) ont apporté, mardi 22 août, lors d’un entretien téléphonique, leur soutien à un nouvel accord de cessez-le-feu dans l’Est de l’Ukraine » (1). Dans une Déclaration commune -événement suffisamment rare par les temps qui courent pour retenir l’attention- , Vladimir Poutine, Petro Porochenko, Emmanuel Macron et Angela Merkel soulignent qu’ils resteront engagés dans la mise en oeuvre des Accords de Minsk conclus en février 2015.

Malgré l’extrême fragilité de ce type de mesure dans le contexte actuel, on veut y voir l’espoir d’une amorce d’une nouvelle dynamique de paix…quand tombe, le 24 août, la seconde dépêche : premier Chef du Pentagone à visiter l’Ukraine de puis une décennie, Jim Mattis, Secrétaire américain à la Défense, a déclaré à Kiev « étudier de manière active » la possibilité de livrer les armes létales (susceptibles de provoquer la mort) réclamées par le Président Porochenko , quitte à torpiller d’emblée le cessez-le-feu et à provoquer une nouvelle escalade ! (2) On reste confondu devant pareille irresponsabilité.

Le terrible bilan de ces trois ans de guerre -plus de 10 000 morts, un pays plus divisé que jamais, une société minée par le ressentiment, la haine et l’esprit de revanche- rend l’illusion d’une « solution » militaire  totalement  absurde . La seule référence en matière de règlement politique du désastre russo-ukrainien reste à ce jour les accords de paix dit « de Minsk », encore rappelés par les « 4 » dirigeants politiques du format Normandie. Or, si les responsabilités des insurgés du Donbass et de Moscou dans le blocage du processus de « Minsk » sont légitimement dénoncées, celles de Kiev sont quasi-systématiquement passées sous silence. Rappelons donc les termes de ces accords : cessez-le-feu ; retrait des armes lourdes par les deux parties; libération et échange des prisonniers; amnistie et instauration d’un dialogue pour la tenue d’élections locales et la définition du futur statut des régions rebelles de l’Est du pays; rétablissement des liens économiques et sociaux entre Kiev et le Donbass; restitution aux forces de Kiev du contrôle des frontières dans toute la zone du conflit après la tenue d’élections locales; mise en place d’une nouvelle Constitution prévoyant une « décentralisation » des régions rebelles de l’Est, en accord avec les représentants de ces régions. Pourtant, que l’on sache, il n’a été question à Kiev jusqu’ici -pour ne citer que les points les plus névralgiques- ni du futur statut du Donbass ni des élections locales, ni de la réforme constitutionnelle. Même des observateurs peu enclins à la sévérité à l’égard des autorités ukrainiennes le reconnaissaient pourtant à l’occasion du premier anniversaire des Accords de Minsk : « C’est désormais l’Ukraine, jusqu’à présent attachée à tenir le rôle du bon élève, qui se retrouve dans le collimateur », notait alors « Le Monde » qui précisait même que , « selon un diplomate français », « La situation à Kiev constitue notre principale inquiétude ». Rien n’a bougé depuis, à cet égard.  Raison de plus pour ne rien entreprendre, en plein cessez-le-feu, qui puisse encourager les va-t-en guerre à jeter de l’huile sur le feu. Cap sur « Minsk », mais sans œillères !
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(1) Agence Europe -23/8/2017. L’appellation « format Normandie » fait référence à la rencontre informelle entre les dirigeants des quatre pays, le 6 juin 2014, en Normandie, à l’occasion des célébrations du Débarquement de 1944.
(2) RFI avec l’AFP -24/8/2017
(3) Le Monde.fr -12/2/2016

31 août 2017 at 10:59 Laisser un commentaire

LE PIÈGE DES « VALEURS COMMUNES » TRANSATLANTIQUES.

« Je ne vois aucune équivalence entre ceux qui ont des opinions (sic) fascistes et ceux qui s’y opposent. Je pense qu’il est important que tous ceux qui occupent des postes de responsabilité condamnent les positions d’extrême droite partout où ils les entendent » : la très conservatrice Première Ministre britannique s’est sentie contrainte de réagir aux scandaleux propos de Donald Trump après les violences criminelles des néo-nazis à Charlottesville . Et pour cause : elle s’était précipitée à Washington au lendemain de l’arrivée du milliardaire raciste à la Maison Blanche pour célébrer la « spécial relationship » à établir entre les deux pays à l’issue du « Brexit ». Theresa May n’est, cependant, pas seule parmi les dirigeants européens à se sentir gênée aux entournures face au spectacle hideux qu’offre au monde une partie de « l’Amérique », encouragée par le Président en personne. C’est que le mythe des « valeurs communes » entre l’Union européenne et les Etats-Unis était jusqu’il y a peu , à Bruxelles, une composante incontournable des discours officiels, quels que soient les circonstances et les interlocuteurs.

Ainsi, il a suffit que MM Barroso (pour la Commission) et Van Rompuy (pour le Conseil européen) rendent-compte à la presse , avec le Président Obama, de leurs discussions sur le très prosaïque dossier du traité de libre-échange TAFTA pour qu’aussitôt les journalistes constatent  que « les trois hommes ont constamment rappelé les valeurs communes des Européens et des Américains »(1) . C’était en 2014. Comme on sait, M. Barroso partit ensuite défendre ses valeurs à la direction de Goldman-Sachs. Avant lui , Romano Prodi adressant ses « chaleureuses félicitations » à George W. Bush pour sa réélection ne put s’empêcher d’insister, comme il se devait, sur « les valeurs partagées ». Des valeurs qui résistaient manifestement jusqu’ici à toutes les épreuves puisque la « Stratégie européenne de sécurité », publiée par l’Union européenne au lendemain de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine, versait carrément dans le lyrisme en proclamant : « En agissant ensemble, l’Union européenne et les Etats-Unis peuvent constituer une formidable force au service du bien dans le monde » !
Avec l’infréquentable Trump, cela se complique. Lors de sa première visite à Bruxelles, il a eu droit au rappel de « la plus grande tâche » commune aux Etats-Unis et à l’UE, à savoir… « la consolidation du monde libre » autour des « valeurs fondamentales occidentales » (2). C’est, apparemment mal parti. Au-delà de ces formulations quelque peu « vintage », les dirigeants européens auront désormais du mal à échapper plus longtemps à une révision déchirante de la nature des relations transatlantiques . En commençant par sortir du piège de nos prétendues « valeurs communes ».

Cela vaut au demeurant pour les 27 ou 28 Etats membres de l’UE eux-mêmes ! On attend qu’on nous détaille les valeurs que nous partagerions avec les politiciens nationalistes et xénophobes au pouvoir en Pologne et en Hongrie (entre autres) tout comme avec des dirigeants de Lettonie qui autorisent à défiler à Riga, chaque 16 mars, des vétérans et des sympathisants de la « légion lettone » qui a combattu dans les rangs de la Waffen SS contre l’armée soviétique pendant la seconde guerre mondiale (3) ! La grande manifestation anti-raciste de Boston tout comme les récentes  mobilisations anti-nationalistes a Budapest et à Varsovie nous le rappellent : le lieu ne change rien à l’affaire ; construire une communauté de valeurs, c’est un combat.

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(1) RTBF 26/3/2014
(2) Donald Tusk, Président du Conseil européen, 25/5/2017.
(3) Le Parisien 16/3/2014

24 août 2017 at 5:22 Laisser un commentaire

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