EUROPE : NOUVEAU « RÈGLEMENT DE LA HONTE »
En pleine période de célébration de la Déclaration universelle des droits de l’homme, tandis que Donald Trump prédisait à l’Europe la perspective d’un « effacement civilisationnel » en raison de sa politique migratoire, prétendument trop laxiste, les représentants du Parlement européen et ceux des Etats membres étaient, quant à eux, en train de négocier le contenu final d’une nouvelle réforme migratoire scélérate, durcissant encore les règles existantes, qui ne brillaient pourtant pas par leur humanité.
Il s’agit d’un règlement destiné à remplacer un texte de 2008, qualifié à l’époque par toutes les organisations de défense des droits humains de « directive de la honte ». Celle-ci prévoyait notamment l’harmonisation des lois des pays de l’Union européenne sur la durée de rétention des demandeurs d’asile, le temps de statuer sur leur sort : un titre de séjour ou l’expulsion. La durée maximale de rétention autorisée (qui était alors de 32 jours en France) fut portée… à 18 mois .
17 ans plus tard, le nouveau texte témoigne d’une radicalisation tous azimuts. D’abord, il s’agit cette fois, non d’une directive -modifiable, partiellement, par les parlements nationaux- , mais d’un règlement, directement applicable tel quel dans le droit national. Ensuite, la durée maximale de rétention (passée entre-temps en France à 90 jours) pourrait désormais être prolongée légalement jusqu’à 2 ans ! Enfin, tous les moyens sont bons pour faciliter « le retour » des personnes ayant demandé sans succès l’asile dans un pays de l’Union européenne. Le « retour » où ? Pas nécessairement le pays d’origine de la personne concernée. Ainsi est-il prévu la création de « centres de retour », hors de l’Union européenne, vers lesquels pourraient être expulsées des personnes en séjour irrégulier dans l’attente de leur renvoi dans leur pays d’origine ! La Grande-Bretagne avait inauguré cette pratique scandaleuse -et très coûteuse- par un accord avec le Rwanda; la « post-fasciste » Georgia Meloni tente, contre la décision de la justice italienne, d’en faire autant avec l’Albanie. « Ce projet consacrerait la déresponsabilisation de l’Union européenne et de ses Etats membres, qui s’affranchirait entièrement du respect des droits fondamentaux, indispensable dans toute mesure de privation de liberté dans un État de droit » a souligné l’association « France, terre d’asile », qui qualifie ce texte d’ « attaque sans précédent contre les droits fondamentaux des personnes étrangères » (1).
Le règlement impose, en outre, aux Etats membres la mise en place de mesures pour détecter les personnes séjournant irrégulièrement sur leur territoire, au risque de voir s’étendre le profilage racial et les traitements discriminatoires, alerte la Cimade. Quant aux pays du Sud qui bénéficient de longue date de préférences commerciales -comme celle d’exporter leurs produits de base vers l’Union européenne sans avoir à acquitter de droits de douane ou des taxes très réduites- , ils ont été avertis que ces préférences seraient, à partir du 1er janvier 2027, conditionnées à leur coopération en matière de contrôle migratoire et de réadmission de leurs ressortissants expulsés d’Europe. Enfin, sur la tragédie des migrants naufragés en Méditerranée : pas un mot.
Pourquoi de telles régressions éthiques de la part d’une Europe si fière de ses « valeurs » ? C’est le Commissaire européen à la migration, Magnus Brunner, lui-même, qui nous l’explique : « Nous devons regagner la confiance des citoyens » ! (2) En s’alignant sur l’extrême-droite ? Trump appréciera.
———-
(1) Communiqué du 18/11/2025
(2) Interview à Euronews (2/12/2025)
ALERTE ROUGE : LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE EN PÉRIL !
« Pour les ONG françaises de solidarité internationale, la chute historique de l’aide publique au développement a conduit cette année à l’arrêt de 1300 projets de coopération, qui touchent directement 15 millions de bénéficiaires dans le monde et se traduit par le licenciement de 10 000 personnes chargées de mener à bien ces projets ! Et ces chiffres sont sans doute déjà dépassés à l’heure qu’il est ! » Le constat d’Olivier Bruyeron , président de « Coordination Sud » -qui représente plus de 180 organisations de solidarité internationale- est accablant. Après une première coupe à la hache de 39% dans le budget de 2025 par rapport à 2024, l’adoption du projet de budget 2026 du gouvernement conduirait à une chute de plus de 50% de la mission « Aide publique au développement » des ONG -soit quelque 3 milliards d’euros- en l’espace de deux ans ! Cette fragilisation sans précédent des organisations de la société civile , encore accentuée par le licenciement forcé de nombre d’acteurs et d’actrices de la solidarité, se traduira inévitablement par un lourd déficit de soutien aux populations les plus vulnérables.
Cette régression aux conséquences dévastatrices sur le terrain est en contradiction radicale avec les engagements solennels du Président de la République comme avec les votes unanimes des députés et des sénateurs ! Ainsi, le 4 août 2021, le Parlement adoptait, sans aucune voix contre, une « loi de programmation » (planifiant des dépenses sur plusieurs années) relative au « développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales ». Quant au Chef de l’Etat, il s’est adressé aux Françaises et aux Français, le 5 mai 2023, pour leur expliquer pourquoi « la France doit donner l’exemple » en la matière : « En luttant contre la pauvreté dans le monde, rappelait-il fort justement, nous luttons contre les causes profondes des guerres (…), nous incarnons nos valeurs (…), nous investissons dans notre sécurité collective ». Et d’annoncer « plus de moyens pour les pays vulnérables » ! Depuis, le nouveau mantra de l’Elysée est l’ode à la militarisation de la société jusqu’au « sacrifice de ses enfants »…
Ce lâche abandon, calqué sur celui de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne en plus de celui, particulièrement féroce, des Etats-Unis, a d’ores et déjà un coût humain colossal. Coordination Sud relève que « Les coupes américaines seules pourraient entraîner plus de 1,6 million de morts liées au VIH et 550 000 à la malnutrition » selon le New York Times. D’après une enquête menée par l’Organisation mondiale de la santé auprès de 108 pays, les baisses enregistrées ont eu pour conséquence « une réduction pouvant atteindre 70% des services essentiels : soins maternels, vaccination, préparation et réponse aux urgences, surveillance des maladies ». Plus de 50 Etats signalent aussi des pertes d’emplois dans le secteur de la santé et l’interruption de programmes de formation (1). On frémit en imaginant l’étendue du désastre supplémentaire imputable à la France et à l’Europe…
C’est dire s’il faut relayer avec force l’alerte rouge lancée par les organisations de solidarité internationale, jusqu’à rendre intenable l’irresponsable position de nos décideurs.
——-
(1) ONU Info: « Aide internationale en recul : l’OMS plaide pour un financement durable de la santé » (3/11/2025)
QUESTIONS SUR L’UKRAINE
L’Ukraine traverse une période particulièrement sombre. À la situation militaire qui se détériore de jour en jour et à l’énorme scandale de corruption qui touche les plus hautes sphères de l’Etat était venu s’ajouter le « Plan de paix » de Donald Trump, véritable ultimatum dont l’acceptation par Kiev aurait été une humiliante capitulation, mais dont le rejet pur et simple aurait compromis sérieusement ses relations avec Washington. Puis fut évoquée une version sérieusement amendée du plan, mais toujours peu susceptible de conduire à la paix .Comment va réagir à cette impasse une population traumatisée par une guerre qui n’en finit pas et ulcérée par les allégations de corruption massive visant des personnages de plus en plus proches du pouvoir, jusqu’au Chef de l’administration présidentielle ! Comment sortir de la nasse ? Et d’abord, quelle issue acceptable à cette guerre ?
A cet égard, l’histoire jugera très sévèrement le pouvoir russe pour son agression militaire contre un pays souverain et la conduite particulièrement cruelle de la guerre à l’égard de la population civile. Le fait que la Russie soit membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, et, à ce titre, chargée de veiller, selon la Charte de l’ONU, au « maintien de la paix et de la sécurité internationale » aggrave encore cette responsabilité , tout comme le fait de s’être engagée, après la chute de l’URSS, « envers l’Ukraine (…) à respecter son indépendance et sa souveraineté, ainsi que ses frontières existantes » en échange de la ratification par l’Ukraine du traité de non-prolifération des armes nucléaires (1). Moscou paye déjà et payera longtemps au prix fort ses crimes, en particulier en termes de rayonnement et d’influence, y compris parmi certains de ses partenaires du « Sud global ».
Dans une tout autre mesure, naturellement, les dirigeants européens -et occidentaux en général- auront également, un jour, des comptes à rendre. Mais au fait : quelle est la stratégie de l’Europe concernant le conflit russo-ukrainien ? Après avoir misé, un temps, sur une victoire militaire de Kiev grâce aux livraisons d’armes occidentales, ses principaux leaders reconnaissent depuis bien longtemps que les territoires occupés ne pourront être reconquis militairement. Pourtant, rien n’a été tenté par le biais diplomatique.
Pis que cela : la seule occasion où une solution politique au conflit était sérieusement envisageable fut torpillée par les Européens comme par les « Anglo-saxons » pour reprendre le terme choisi à l’époque par Boris Johnson pour appeler les Ukrainiens à abandonner les négociations pour la poursuite de la guerre. C’était au printemps 2022, dans une période où l’armée russe était en grande difficulté . Des pourparlers russo-ukrainiens, à Istanbul, étaient jugés prometteurs par les négociateurs ukrainiens, tandis qu’à Washington, une personnalité de poids, puisqu’il s’agissait du…Chef d’état-major des armées des Etats-Unis, le général Milley, brisait le consensus guerrier ambiant en déclarant qu’ « une solution politique impliquant le départ des Russes est possible ». Mais ni Joe Biden ni ses alliés européens ne voulurent tester cette hypothèse cruciale . Au contraire, ils proclamèrent de concert que l’Ukraine pouvait gagner la guerre grâce aux armements occidentaux. On connaît la suite. Et maintenant ?
——-
(1) Mémorandum de Budapest (5/12/1994)




Commentaires récents