A Nagoya, un peu de répit pour la biodiversité

5 novembre 2010 at 7:35 Laisser un commentaire

La Conférence qui vient de réunir 193 pays à Nagoya, au Japon, sous l’égide des Nations Unies, sur l’avenir de la biodiversité (18-29 octobre 2010),est un événement suffisamment important pour qu’on s’y arrête. 

D’abord, c’est quoi, au juste, la biodiversité, et en quoi s’agit-il, avec les changements climatiques, de l’autre grande priorité environnementale de notre époque ? La diversité biologique, c’est toute la variété du monde vivant. Or, quelque 25000 espèces sont aujourd’hui menacées et l’érosion de cette diversité s’accélère à un rythme vertigineux, notamment du fait de la déforestation -20 millions d’hectares de forêts et de sols disparaissent chaque année et avec eux d’innombrables formes de vie animale ou végétale-, de l’agriculture productiviste, de la surexploitation, de la surpêche industrielle… 

Cette perte ne représente pas seulement un immense gâchis écologique. Elle affecte profondément les conditions de vie des humains. » Car, derrière la myriade de fleurs, d’oiseaux, d’insectes ou de poissons qui s’évanouissent (…),ce sont de précieux biens et services assurés par les écosystèmes de la planète qui se dégradent : fertilité des sols, dépollution des eaux et des airs, production de matière vivante et recyclage des déchets, pollinisation des fleurs à l’origine de nos fruits et légumes, stockage de carbone, régulation des ravageurs potentiels… »(1).Les enjeux de la préservation de la biodiversité sont encore plus cruciaux pour les peuples des pays du Sud: »L’alimentation en eau potable ; la sécurité alimentaire ; la santé humaine, animale, végétale ; la production énergétique ; l’adaptation au changement climatique(…)ainsi que la lutte contre la pauvreté sont toutes des questions liées directement à la biodiversité « , déclarait récemment une Conférence panafricaine réunissant 28 Etats du continent.(2) 

C’est pour prendre à bras le corps cet enjeu de civilisation qu’un Sommet mondial avait été réuni à Johannesburg, en Afrique du Sud, dès 2002. 193 pays -à la notable exception des Etats-Unis ! – s’y étaient engagés à freiner, voire à « enrayer » (Union européenne) le déclin de la biodiversité d’ici…2010, sacré « année de la biodiversité » ! Le moment était donc venu d’évaluer le chemin parcouru et -devant le constat d’échec général- d’aboutir coûte que coûte à un accord solide pour les dix prochaines années. On a pourtant craint le pire à Nagoya! Les 193 Etats à nouveau réunis ont sû,in extremis, l’éviter. Il n’y a pas eu de Copenhague-bis ! On ne peut que s’en réjouir ! 

En premier lieu, un « Plan stratégique » a été adopté. Il prévoit en particulier la protection d’ici à 2020 de 17% des superficies terrestres (au lieu de 13 aujourd’hui) et de 10% des superficies marines et côtières (contre moins de 1% aujourd’hui). En deuxième lieu -et c’est sans doute le point essentiel-, un « protocole » traite de la question ultrasensible de l’appropriation des ressources génétiques et des savoirs traditionnels des pays du Sud par les géants industriels du Nord. Il reconnait « le droit souverain des Etats sur leurs ressources naturelles » et aborde « le partage des avantages tirés de leur exploitation ». Les pays du Sud useront sans nul doute à l’avenir de cet instrument dans leur combat légitime et même vital contre le biopiratage, c’est à dire le vol du vivant et le brevetage de celui- ci, dont ils sont les grandes victimes. En troisième lieu, en revanche, les engagements financiers pris par les pays industrialisés pour soutenir les efforts des pays en développement en faveur de la conservation de la biodiversité sont restés modestes et flous. Bref, Nagoya a accouché d’un accord à bien des égards fragile et insuffisant, mais sa seule existence crée une dynamique dont il y a tout à gagner.

——-

(1)Robert Barbault,Directeur du Département Ecologie et Biodiversité du Muséum national d’histoire naturelle.

(2) Déclaration de Libreville, septembre 2010.

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