Archive for 17 décembre 2010

Redonner aux États les moyens de financer un développement social

Entretien paru le  29 novembre 2010 dans l’Humanité

Francis Wurtz, ancien président du groupe parlementaire de la Gauche unitaire européenne, souhaite que la Banque Centrale Européenne aide au financement des dépenses sociales.

Pourquoi la régulation financière promue par l’Union européenne n’a pas d’effet?

Francis Wurtz. Le problème fondamental aujourd’hui est la dépendance absolue aux marchés financiers. Depuis le début de la crise, on a parlé de régulation. Mais les réponses ne vont pas au fond des choses. On n’a pas touché aux racines du système. Prenons les stress tests, c’est-à-dire le fait de soumettre les banques à une situation de crise pour voir si elles résistent. Parmi celles qui ont réussi le test, on trouve les deux banques irlandaises qui se sont finalement effondrées quand le choc réel est arrivé. Jean-Pierre Jouyet, le gendarme de la Bourse, le dit lui-même : « Les marchés financiers sont moins bien organisés aujourd’hui qu’ils ne l’étaient avant la crise de Lehman Brothers (…) La moitié des transactions financières échappe à toute transparence. » La course à la rentabilité financière, à l’utilisation de l’argent pour faire plus d’argent, c’est reparti de plus belle. Tant que l’on en reste aux exigences des marchés, il n’y a plus de développement social possible. Les exigences imposées aux citoyens de la République d’Irlande, alors que son déficit public est dû au renflouement des banques privées en faillite, c’est de la folie pure. Mais il est une donnée qui ne fait pas partie de leur calcul : les hommes et les femmes. Les Irlandais le leur ont rappelé spectaculairement en se soulevant contre cette opération honteuse.

Pour sortir durablement de la crise, quelle nouvelle architecture financière faudrait-il?

Francis Wurtz. Il existe des propositions que les économistes communistes avancent depuis longtemps, et qui sont aujourd’hui rejointes par des idées voisines. Je pense en particulier à cette proposition d’un fonds européen de développement social avancé par l’économiste communiste Paul Boccara. L’idée est, pour dépendre de moins en moins des marchés financiers, qu’une part importante de dette des États soit achetée par la Banque centrale européenne (BCE). Cette dernière userait de son pouvoir de créer de l’argent pour acheter les titres publics à des taux très bas. Jusque-là, ce n’est pas révolutionnaire puisque la Réserve fédérale américaine (Fed) le fait, et que la BCE l’a fait en violant ses propres règles au cours de la crise actuelle. La différence – essentielle ! – avec notre proposition, c’est que l’argent ainsi libéré irait, via ce fonds, au financement du développement social : l’emploi, la formation, la recherche, les services publics, la défense de l’environnement.

Quel est l’enjeu ?

Francis Wurtz. La question est de redonner aux États les moyens de financer un véritable développement social. On ne serait pas libérés d’emblée des marchés financiers ni de tous les effets toxiques du système, mais ce serait le début d’un processus à prédominance publique et sociale. Ce n’est pas le grand soir, mais un processus et des luttes. Ces propositions deviennent crédibles. La preuve, en France, des mouvements émergent sur des bases convergentes avec celles que nous défendons. En Allemagne, la Confédération allemande des syndicats (DGB) avance une proposition assez voisine de celle du fonds européen de développement social. Dans le même temps, il faut sortir de l’actuel déni de souveraineté populaire, des velléités de mettre les gouvernements à l’abri de l’intervention populaire. Ainsi, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a préconisé, cette semaine, la création « d’une autorité budgétaire centralisée » en Europe, avec « une indépendance politique comparable à celle 
de la BCE » !

Comment les luttes peuvent-elles contribuer à réduire la dépendance aux marchés financiers?

Francis Wurtz. Les mobilisations dans les pays européens sont impressionnantes. La grande question, c’est d’arriver à créer les conditions dans le débat avec les acteurs sociaux, avec les citoyens, de la construction collective d’un projet politique à la hauteur des exigences de changement, dans chaque pays et à l’échelle de l’UE. C’est la responsabilité de la gauche européenne. De vendredi à dimanche, se tient à Paris le congrès du Parti de la gauche européenne (PGE), auquel participe le PCF. La question centrale des débats devrait être celle de la contribution à ce saut qualitatif, dont nous avons un besoin absolu.

Entretien réalisé par 
Gaël De Santis

Publicités

17 décembre 2010 at 1:59 Laisser un commentaire

REPONSE A UN AMI INTERNAUTE

Lors de la « Rencontre nationale pour un programme populaire et partagé » organisée récemment par le Parti communiste – et qui fut, deux jours durant, relayée par Mediapart -, différentes interventions ont suscité des réactions d’internautes (Ils étaient quelque … 6000 à suivre les travaux en direct!)  Parmi celles qui concernaient la contribution que j’y avais faite sur le thème « une politique de gauche est-elle possible à partir des réalités de l’Europe et du monde d’aujourd’hui? », une interpellation portait sur la conclusion de mon exposé: « Imaginons – avais-je dit – un gouvernement de gauche, en France, porté par un mouvement citoyen averti, qui déciderait, dans le contexte de crise actuel, de prendre le taureau par les cornes en ouvrant en grand le débat à l’échelle de l’Europe sur ce qui ne peut plus durer, sur ce qui doit changer!  Croyez-vous qu’il n’y aurait pas de réactions de la part des peuples en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Irlande et y compris en Allemagne?  Quel beau défi! »

Un internaute sur Mediapart, après s’être réjoui d’une perspective de cette nature, fit part de « trois doutes, quand même ».  Ils me paraissent mériter qu’on s’y arrête collectivement, car ils touchent à des questions stratégiques inédites, particulièrement bienvenues dans une période de réflexion sur un « programme populaire et partagé ».

Premier « doute »: « on luttera contre le libre-échange, la libre circulation des capitaux, le système financier français libéralisé, seulement si nos partenaires européens sont d’accord pour le faire avec nous? »  Ma suggestion visait explicitement à décider nous-mêmes d’ « ouvrir en grand le débat à l’échelle de l’Europe » en misant sur le fait qu’une telle initiative de la part d’un « gouvernement de gauche porté par un mouvement citoyen averti » libérerait des forces populaires dans nombre d’autres pays européens, rendant, de fait, le débat de fond incontournable à l’échelle des institutions aujourd’hui plongées dans une crise existentielle.  Autrement dit, oui, la lutte devrait s’engager, indépendamment de ce qu’en pensent les autres dirigeants européens.  Mais en même temps, cette lutte doit viser à gagner à l’action commune des mouvements populaires et des forces progressistes d’autres pays.  Car il faut, pour changer, construire un rapport de forces politique conséquent – mais que la profondeur de la crise rend aujourd’hui plus envisageable que jamais.

Deuxième question: « quel projet alternatif d’Union européenne pourrait être celui d’une institution démocratique? »  On ne répond pas à une telle interrogation en quelques lignes. Nous y reviendrons donc.  Disons simplement qu’une transformation essentielle à cet égard doit être la reconnaissance de la souveraineté populaire dans le processus de prise de décision européen.  Ce principe central est aujourd’hui nié par l’existence de centres de décisions majeurs – telle la Banque centrale européenne – totalement inaccessibles à toute instance émanant des citoyens; par la mise sous tutelle d’Etats en difficulté financière ou la prétention de la Commission de contrôler les budgets préalablement à leur examen par les parlements nationaux, et plus généralement par le contenu des traités qui imposent un modèle de développement (libéral), privant ainsi les peuples d’un choix démocratique fondamental.

Troisième interrogation: « Comment la France hausse-t-elle le ton si elle n’est pas écoutée?  Menace-t-elle de sortir de l’UE.  D’autre chose? Rien du tout? »  Voilà un beau sujet pour une (très) prochaine chronique.

17 décembre 2010 at 1:52 Laisser un commentaire


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 5 227 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

décembre 2010
L M M J V S D
« Nov   Jan »
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Commentaires récents

jean-louis Hoffet dans RÉVÉLER ENCORE ET TOUJOURS LA…
Pabbpabb dans « BREXIT …
KACZMAREK PATRICK dans ENVERS LES KURDES , A NOUVEAU,…
franciswurtz dans MACRON CONTRE « L…
de ANDRADE Roger dans MACRON CONTRE « L…

Archives

Catégories

Pages

Pages