Archive for 14 janvier 2011

Changer l’Europe : illusion ou vrai défi ?

« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » Edgar Morin rappelait récemment cette fameuse formule du poète allemand Hölderlin, qu’on pourrait rapprocher de celle de Karl Marx : « Dans l’histoire comme dans la nature, la pourriture est le laboratoire de la vie. » Deux façons de souligner l’unité des contraires : la crise et son dépassement. De nos jours, alors que s’accumulent sous nos yeux les symptômes du déclin – irrémédiable d’un système dans un flot de régressions, de décompositions, de déstabilisations, et que tend à s’installer dans les esprits un profond scepticisme sur la possi- bilité d’ouvrir une issue positive à cette dramatique impasse, le retour à un peu de dialectique n’est pas un luxe.

Naturellement, le passage du « péril » au « sauvetage » n’a rien de spontané ! Le « laboratoire de la vie » est fait de luttes, d’engagements, de créativité, d’expérimentations et donc de choix et de risques assumés… Cela s’appelle la politique et décrit assez bien, à mes yeux, la nature des défis auxquels sont confrontées aujourd’hui les forces de gauche, dans chacune de nos sociétés comme à l’échelle de l’Europe et du monde. Restons-en, dans le cadre de cette chronique, à la dimension franco-européenne. En France, les formations qui composent le Front de gauche ont commencé, dans la perspective des échéances politiques décisives de 2012 – élections présidentielle et législatives -, à travailler à l’élaboration publique d’un « programme populaire et partagé » avec une dimension européenne affirmée. Réussiront-elles à hisser leurs propositions au niveau requis par la situation que nous venons de décrire et à en faire le bien commun de nos concitoyennes et concitoyens en proportion significative ? C’est notre affaire à toutes et à tous d’y contribuer.

Mais, à supposer qu’une dynamique se crée qui permette un vrai changement politique en France et rende incontournable pour toute la gauche une action résolue pour réorienter en profondeur la construction européenne, « comment la France haussera-t-elle le ton (vis-à-vis de ses voisins et partenaires) si elle n’était pas écoutée ? » m’interrogeait il y a peu un internaute. C’est là que les deux pensées rappelées plus haut prouvent leur actualité. C’est, en effet, dans toute l’Union européenne, que les peuples sont désespérément (c’est le mot !) à la recherche de solutions. Un gouvernement français de gauche devrait donc impérativement miser sur eux. Toutes ses initiatives européennes devraient représenter autant de messages de solidarité, d’union et d’espoir à leur adresse. C’est, à l’opposé de toute politique de « coups de menton » comme de toute forme de repli nationaliste – comme celui entamé par le gouvernement fascisant de Hongrie -, le sens de la proposition du PCF, que le Parti de la gauche européenne (PGE) vient de faire sienne : la création d’un fonds européen de développement social et la rupture avec les dogmes actuels de la Banque centrale européenne qu’une telle innovation suppose. Si ce type d’idée – qui se fraye déjà son chemin dans le mouvement syndical européen – s’empare des forces sociales en attente de changements, je souhaite du plaisir à qui s’y opposera au nom de l’orthodoxie libérale des traités ! Oui, « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ».

14 janvier 2011 at 8:21 1 commentaire


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