Rencontre publique PGE – Synaspismos Athènes (12/03/2011)

20 mars 2011 at 3:13 Laisser un commentaire

Voici le texte intégral de mon intervention:

Avant toute chose, je crois pouvoir exprimer en notre nom à toutes et à tous notre profonde sympathie au peuple japonais face à la tragédie humaine et au désastre matériel qui le frappent.

J’en viens à notre sujet, pour, tout d’abord, remercier Synaspismos et tous les organisateurs de cette rencontre de me donner l’occasion de présenter l’initiative prise par le PGE lors de son dernier congrès, en décembre 2010.

Nous avons décidé, d’abord, de lancer sans attendre, immédiatement, une campagne de grande envergure, à l’échelle de l’Europe, en faveur de la création d’un Fonds européen de développement social et de solidarité.  J’y reviendrai dans un instant.

Et nous avons décidé d’utiliser, le moment venu, à cette fin, un nouvel instrument européen qui n’entrera malheureusement en vigueur que dans un an environ, mais qui permettra, si nous réussissons à collecter 1 million de signatures en faveur de notre proposition, d’obtenir l’ouverture officielle d’un débat public pouvant déboucher sur des mesures concrètes répondant à notre demande.

Je voudrais m’arrêter, pour bien nous comprendre, successivement, sur:

  • Le contexte dans lequel sont nées cette proposition et cette initiative;
  • le contenu très concret de la proposition en question;
  • enfin, sur la mise en œuvre de cette initiative.

Le contexte de notre décision, tout d’abord.

  • Nous étions (et nous restons!) révulsés par la véritable agression sociale menée par les dirigeants les plus puissants de l’UE contre le peuple grec, et par, littéralement, la mise sous tutelle de la Grèce par l’UE, la BCE et le FMI.
  • En fait d’ « aide européenne « , nous avons vu une camisole de force; en fait de « solidarité européenne », une opération punitive; en fait d’ « Union européenne », des rapports de domination dignes des sinistres « plans d’ajustements structurels » du FMI.
  • En outre, nous avons vu que le sort réservé à la Grèce était celui qui attendait, à des degrés divers, tout pays-membre qui tomberait dans les griffes des marchés financiers et des spéculateurs.
  • Et, plus généralement, nous assistions déjà à la mise en place, dans toute la zone euro, d’un régime de plus en plus contraignant d’hyper-austérité, – prélude au « pacte de compétitivité » – et de mise en cause de la souveraineté populaire.  Or, toute cette offensive a été lancée au nom de la « stabilité financière ».  L’UE a créé pour cela le « Fonds européen de stabilité financière ».
  • Nous avons donc pensé que le devoir de la gauche était, non de réagir à la marge, mais de prendre l’exact contre-pied de l’offensive des dirigeants européens.  Voilà pourquoi, au « Fonds européen de stabilité financière », nous avons proposé d’opposer l’idée d’un « Fonds européen de développement social ».

 

Quel est le contenu de ce Fonds?

 

Et qu’entendons-nous par là?  C’est ma deuxième observation.

 

  • Concrètement, à l’heure où il n’est plus question que de diminution des dépenses publiques, de recul de la protection sociale et de précarisation de l’emploi, le but, c’est de fixer comme cap la relance d’une grande politique sociale dans l’UE.
  • Il s’agit, pour cela, de libérer de la dépendance absolue vis à vis des exigences des marchés financiers les investissements publics favorables à l’emploi décent, aux services publics, à l’environnement.  Pour une raison simple: la dépendance vis à vis des marchés financiers tue le social.
  • Voilà pourquoi nous proposons de mettre en place une institution financière publique indépendante des marchés financiers, pour être capable de financer de tels investissements à taux très bas, voire nuls et à long terme.  C’est cette institution financière  publique que nous avons appelé « Fonds européen de développement social et de solidarité ».
  • Comment cette institution peut-elle se financer?  Nous proposons qu’elle bénéficie d’une part du produit d’une taxe sur les transactions financières.  Mais cela ne suffit pas!  La BCE, à partir de son pouvoir de créer de la monnaie, fait profiter tous les jours les banques et les institutions financières privées de toutes les liquidités dont elles ont besoin à un taux très bas.  Mais les Etats, eux, doivent emprunter au prix fort, auprès de ces institutions financières privées!
  • Cette anomalie rend aujourd’hui quasiment impossible le développement social, en particulier dans les pays pris à la gorge par les marchés financiers et les spéculateurs.  La presse économique rappelait, cette semaine, quelques chiffres qui en disent long, à cet égard:
    • l’Espagne a dû payer ses emprunts au taux de 5,45% – ce qui est à presque le double du taux concédé à l’Allemagne;
    • le Portugal au taux usuraire de 7,5%
    • et sur le marché secondaire, l’Irlande était à 9,2% et la Grèce à 12,83%…
  • Il faut répondre à cela!  Nous demandons donc que ce « Fonds européen de développement social » puisse – comme les banques privées – bénéficier de crédits à taux très bas de la BCE, dès lors qu’ils sont consacrés exclusivement à des investissements publics créateurs d’emplois décents, développant la formation et la recherche, les services publics, les infrastructures utiles, les réalisations dans le domaine de l’environnement.
  • Et nous demandons que, plus un pays est en difficulté (comme ceux que je viens de citer), plus ils doit pouvoir bénéficier de ces crédits à taux très bas ou nuls.
  • Et pour que ce Fonds européen de développement social et de solidarité respecte bien les missions qui lui sont assignées, nous proposons qu’il soit dirigé par un Conseil d’Administration auquel participent des parlementaires nationaux et européens, des représentants syndicaux, des représentants du mouvement associatif…, et qu’il soit tenu de rendre compte régulièrement des demandes d’emprunts qui lui sont parvenues et des suites qu’il leur a réservées.

 

Pour résumer:

  • A la logique actuelle de l’hyper-austérité, de la précarité du travail, des privatisations, nous voulons opposer la logique du développement de l’emploi stable, décent, qualifié, avec des droits des salariés, ainsi que la promotion des services publics;
  • A la logique punitive vis à vis des pays les plus en difficultés, nous voulons opposer une logique de solidarité;
  • A la soumission aux appétits insatiables des « investisseurs », nous voulons opposer une voie permettant de nous dégager de l’emprise étouffante des marchés financiers;
  • A la centralisation des décisions par des instances inaccessibles, nous voulons opposer une implication des citoyens, des syndicats, des acteurs sociaux, des élus.

 

J’en arrive à ma troisième observation: la mise en œuvre de notre initiative.

 

Des questions se posent, tout à fait normalement, à ce propos.  Par exemple:

 

  • Ces questions d’argent et d’institutions sont-elles trop compliquées pour s’en expliquer avec les gens?

 

    • Pour ma part, pour discuter en permanence et depuis longtemps des enjeux européens avec des citoyens de toute origine, je ne le crois pas.

 

    • Mais, en tout état de cause, chacun est libre, dans son pays, en fonction des luttes qui s’y mènent, des préoccupations sociales dominantes, de la culture politique ambiante, d’adapter l’argumentation.

 

    • L’essentiel, à mes yeux, est que nous nous retrouvions tous et toutes sur le cœur de notre démarche.  A savoir:

 

      • que le but est la relance du progrès social et de la solidarité en Europe;

 

      • qu’un moyen fondamental pour y parvenir est de réduire notre dépendance vis à vis des marchés financiers;

 

      • et que c’est possible!
    • Un argumentaire est en circulation. Il sera modifié, enrichi, mis à jour en fonction des remarques formulées et de l’actualité elle-même, tout au long de la campagne.

 

Autre interrogation:

 

  • Quel est le texte exact de la demande à faire signer par un million de personnes?

 

    • Ce texte n’est pas écrit!  Puisque nous ne sommes pas autorisés à débuter la collecte de signatures avant un an, nous en discuterons le moment venu.  Ce devra, naturellement, être un texte concis, parlant et rassembleur.

 

    • Mais aujourd’hui, c’est la campagne d’information, de sensibilisation, de mobilisation qui doit se développer.  Et elle se développe!  Le week-end dernier, une réunion publique européenne sur notre initiative s’est tenue à Porto; aujourd’hui une autre a lieu à Athènes; de prochaines sont programmées à Milan, à Paris, à Madrid, à Prague, à Sophia…

 

    • Les décisions gravissimes que viennent d’annoncer les dirigeants de la zone euro et qui seront confirmées à la fin du mois confèrent à notre campagne une actualité brûlante et une utilité immédiate.

 

    • Le meilleur argument pour mobiliser contre ce « pacte de compétitivité », rebaptisé « pacte pour l’euro », c’est à dire contre le blocage des salaires, le report de l’âge de départ à la retraite, l’augmentation des impôts sur la consommation, l’ouverture des secteurs protégés; et contre le déni de souveraineté populaire que représentent l’inscription de cette politique dans la Constitution nationale et l’obligation de soumettre chaque année les « réformes accomplies à l’agrément du Conseil européen, autrement dit à Mme Merkel…le meilleur argument, disais-je, pour mobiliser contre cette ahurissante prétention à imposer une régression sociale générale au forceps, c’est, en effet, de montrer qu’une alternative est possible, et d’agir pour l’imposer.

 

Autre question:

 

  • Cette initiative doit-elle rester le monopole du PGE?

 

o   Absolument pas!  Ce que nous voulons, c’est créer les conditions d’une dynamique politique de gauche le plus rassembleuse possible, à l’échelle de l’Europe.

 

o   La diversité des organisations, des mouvements, des personnalités, des réseaux qui accepteront de contribuer à leur manière à cette campagne sera le meilleur gage de son succès.

 

o   Chacun a les soutiens qu’il mérite.  Angela Merkel et Nicolas Sarkozy viennent d’obtenir pour leur pacte diabolique, le soutien d’un orfèvre en la matière: l’ancien chef économiste de Lehmann Brothers, la banque d’affaire américaine dont la faillite retentissante a précipité la crise financière mondiale de 2008!

 

o   Nous, nous visons le soutien d’hommes et des femmes du peuple, de syndicalistes, de militants associatifs, d’élus, d’intellectuels, de citoyennes et de citoyens qui aspirent à changer la vie et à changer l’Europe.

 

Dernière question: avons-nous une chance d’arracher, avec notre campagne puis notre action, quelque chose de significatif à cette Europe du capital?

  • Tout dépendra évidemment du rapport des forces que nous réussirons à créer dans le contexte d’une actualité sociale et politique où tout parait possible.  Le pire mais aussi, parfois, le meilleur.
  • Il y a plus de 10 ans, par exemple, que notre groupe au Parlement européen se bat pour arracher un vote favorable à la taxation des mouvements de capitaux.  Le 20 janvier 2000, nous avions commencé par demander une simple étude de faisabilité d’une telle taxe.  C’était déjà trop!  Nous avions gagné d’une voix l’inscription de ce débat à l’ordre du jour de la session, mais perdu de 6 le vote sur la résolution concernée.  Depuis, toutes les tentatives, d’où qu’elles soient venues, ont échoué.
  • Eh bien, mardi dernier, même la droite a voté en faveur du principe d’une telle taxe: 529 voix pour, 127 contre!  L’exigence populaire de faire  quelque chose contre ce cancer financier est devenue incontournable.  Au point que Sarkozy et le ministre allemand des finances eux-mêmes en sont devenus, parait-il, de chauds partisans.
  • Alors, si cette revendication traditionnelle de la gauche, hier réputée irréalisable, apparait aujourd’hui à portée de main, pourquoi ne pourrions-nous pas réussir, demain, à franchir une nouvelle étape en arrachant quelque chose qui s’apparente à notre proposition?

 

 

Chers amis et camarades,

 

Changer l’Europe passe souvent pour une utopie.  Mais l’Histoire est truffée d’utopies qui, un jour, se sont concrétisées.  Il y a des situations où il suffit d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase.  Il n’est pas absurde de penser que nous ne sommes pas loin d’un tel moment en Europe.  Pour le pire ou le meilleur?  C’est notre responsabilité et notre honneur de femmes et d’hommes de gauche de faire ce qui dépend de nous pour repousser le pire et favoriser le meilleur.

 

Disons-nous, avec le poète allemand Hölderlin, que: « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve ».  Il n’y a pas nécessairement que sur la rive Sud de la Méditerranée que l’inattendu peut devenir réalité.  Alors, bon vent à l’action du Parti de la Gauche européenne!

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