INSURRECTIONS POPULAIRES ET CITOYENNES, AN I

22 décembre 2011 at 3:34 3 commentaires

Que retenir en particulier d’une année aussi tumultueuse?Quel fil rouge dégager d’événements aussi disparates et contradictoires?Quels enseignements pour l’action tirer d’expériences aussi diverses ?

On pense tout d’abord à des événements qui vous ont profondément réjouis: j’ai pour ma part à l’esprit l’admission de la Palestine à l’Unesco,avec le soutien d’une majorité écrasante de nations du monde; la chute de Ben Ali en Tunisie puis de Moubarak en Egypte sous la pression des insurrections populaires; ou la vague impressionnante des « indignés » ,depuis la Puerta del sol à Madrid jusqu’à Wall street,en passant par Athènes,Tel Aviv ou Moscou -une sorte d’insurrection citoyenne pacifique mais très exigeante,dont l’esprit se retrouve également dans un certain nombre de mobilisations sociales récentes qu’on peut qualifier d’historiques,comme la grève de deux millions de salariés des services publics britanniques ou la puissante contestation étudiante au Chili,neuf mois durant!Chacun de ces mouvements proclame que « les choses telles qu’elles sont doivent être tenues pour inacceptables » ,selon la formule d’Alain Badiou,qui parle fort justement de « réveil de l’Histoire » ,en écho au dogme prétentieux et stupide de la « fin de l’histoire » qui fit florès après la chute du mur de Berlin puis la disparition de l’Union soviétique, il y a tout juste vingt ans.

Mais 2011 ne s’est pas résumée à ces événements heureux!D’abord,la guerre s’est poursuivie en Irak et en Afghanistan.Et même si l’armée américaine se retire à présent du premier de ces pays et promet d’en faire (partiellement) autant pour le second dans un avenir proche,c’est en laissant derrière elle un désastre humanitaire et un fiasco politique -auxquels sont associés ses alliés,parmi lesquels,dans le deuxième cas,la France.

L’affaire libyenne,de son côté,laisse un goût amer: une libération de l’oppression, mais à quel prix et avec quels risques pour demain! Rappelons que l’OTAN reconnait y avoir perdu toute trace de…10 000 missiles sol-air,qui pourraient parvenir à al Qaida au Maghreb islamique (AQMI)! Souvenons-nous aussi des conditions atroces dans lesquelles a été « libérée » la ville de Syrte puis de l’indigne lynchage de Kadhafi,fût-il lui-même un tyran sans pitié.On n’oubliera pas non plus l’itinéraire plus que douteux de certains des nouveaux chefs militaires.

Les contradictions de la situation en Tunisie,les violences et les blocages en Egypte,et surtout la répression effroyable en Syrie constituent d’autres sujets de préoccupation.Il y a plus de deux mois et demie que le grand écrivain progressiste syrien,Farouk Mardam-Bey,interrogeait: »Qu’attend l’Europe? »en en appelant à des sanctions économiques,financières,diplomatiqueset judiciaires contre « le clan Al-Assad ». Les choses ont avancé depuis.Il y a urgence.

Dans le même temps,la tragédie de la faim dans la Corne de l’Afrique nous a rappelé que le monde était encore à la merci d’une grave crise alimentaire en 2011.Encore ne s’agit-il là que de la partie visible de l’iceberg du mal développement,autrement dit du sacrifice des potentialités d’émancipation de centaines de millions d’hommes,de femmes et d’enfants.La même irresponsabilité des puissants se vérifie sur le plan de la préservation de la planête elle-même, comme en témoigne le piètre résultat auquel vient d’aboutir la Conférence de Durban sur le climat.

Bref: un monde à changer! C’est dire si les « insurrections populaires ou citoyennes » qui ont marqué cette année nous mettent du baume au coeur!Le grand magazine américain Time vient de faire de la figure du « manifestant » la « personne de l’année »,car,y lit-on,ces mouvements « ont déjà changé l’histoire et la changeront à l’avenir ».Telle est aussi notre conviction.C’est dans cet esprit que nous affrontons la « crise de l’euro » et les « solutions » redoutables que les dirigeants européens voudraient noue faire accepter par le biais de leur nouveau traité.L’An I des insurrections citoyennes s’achève. La prochaine commence sous peu. Le journal « Le Monde » ,peu connu comme chantre de la transformation sociale, vient d’éditer un « hors série » intitulé « Karl Marx,l’irréductible » Un signe ?

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PRENDRE A BRAS-LE-CORPS LA BATAILLE CONTRE LE TRAITE MERKEL-SARKOZY CE QUE NOUS APPREND L’EXPERIENCE DU CERN

3 commentaires Add your own

  • 1. Louis Boël  |  22 décembre 2011 à 5:24

    Oui, vous avez raison de le souligner, un grand changement est en cours, comme une lame de fond puissante et encore sous-estimée. Tous les démocrates sincères se doivent d’en prendre conscience et d’accompagner le mouvement avec vigueur et persévérance. En Europe, il s’agira surtout d’exiger que les programmes politiques s’engagent à raviver les valeurs humanistes de nos cultures, remettre l’être humain au centre des problèmes et surtout des solutions, et de réformer complètement les modes de fonctionnement d’une réelle démocratie qui soit adaptée aux conditions actuelles d’information et de communication.
    Soyons conscients de la confiscation des idéaux des révolutions française et américaine par de nouvelles aristocraties politiciennes, bancaires, médiatiques et commerçantes.

    Réponse
  • 2. gilles  |  31 décembre 2011 à 5:11

    L’acceptation masochiste de la « construction » européenne par les forces de gauche qui ont abandonné le combat pour le socialisme.

    EuroCité, le think tank européen progressiste, vient de publier un bilan passionnant des élections législatives au sein de l’Union européenne en 2011. Cette longue analyse, très instructive, confirme une intuition : le recul voire la marginalisation de la gauche en pleine période de crise économique – dont la droite, paradoxalement, profite pour asseoir sa domination.

    UN CONSEIL DE L’UNION EUROPÉENNE TOUJOURS PLUS À DROITE

    Les rapports de force au sein du Conseil de l’Union ont ainsi évolué d’une manière toujours plus défavorable à la gauche. Pour mieux comprendre le graphique ci-dessous, il est bon de rappeler la nature des indicateurs choisis pour le construire.

    D’une part, malgré l’adoption du traité de Lisbonne et son entrée en vigueur en décembre 2009, la pondération des voix entre Etats choisie comme point de repère reste celle issue du traité de Nice. En effet, cette pondération n’est appelée à disparaître qu’à l’issue d’une transition durant jusqu’au 1er novembre 2014. Selon le traité de Lisbonne, la procédure législative ordinaire, dont le champ d’application a été nettement étendu, inclut un vote du Conseil à la majorité qualifiée. Le total des voix est de 345 voix, le nombre de voix par pays allant de 3 (Malte) à 29 (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni). La majorité qualifiée est fixée à 255 voix, la minorité de blocage étant donc de 90 voix.
    D’autre part, le Conseil se réunit en diverses formations compétentes pour divers domaines politiques (Affaires générales ; affaires étrangères ; affaires économiques et financières ; justice et affaires intérieures ; emploi, politique sociale, santé et consommateurs ; Compétitivité ; transports, télécommunications et énergie ; agriculture et pêche ; environnement ; Education, jeunesse, culture et sport). Dans chaque cas, ce sont les ministres nationaux compétents qui siègent. En conséquence, les gouvernements de coalition sont représentés par des ministres appartenant à des partis différents dans les différentes formations du Conseil. Il a cependant été choisi, pour préserver une lisibilité d’ensemble, de construire ce graphique sur la base de la couleur politique du parti dirigeant le gouvernement. C’est un peu réducteur, mais il importe de garder en tête que tout ministre représente la position de son gouvernement lors des réunions du Conseil, et donc, le cas échéant, la position négociée au sein de sa coalition. Il va donc sans dire que le parti dirigeant la coalition a un poids certain y compris dans les positions défendues par les ministres qui n’en sont pas membres. De plus, il est également vrai que le parti dominant la coalition est celui qui dispose du plus grand nombre de ministres siégeant au Conseil .

    Une autre remarque doit être faite concernant les familles politiques : aux couleurs politiques correspondant aux groupes et partis européens a été ajoutée une catégorie « non-déterminé » pour tenir compte de la mise en place de gouvernements dits de techniciens en Grèce et en Italie. La Slovénie est également incluse dans cette catégorie tant que son nouveau parti dirigeant n’aura pas adhéré à un parti politique européen.

    Le constat est brutal : la gauche européenne a bel et bien touché le fond. Avec 29 voix (soit 8,4%) le PSE a perdu plus de la moitié de l’influence qu’il pouvait encore détenir fin 2010. Les partis membre de la GUE se maintiennent à 4 voix grâce à Chypre. Même les libéraux et démocrates sont en chute, avec 17 voix (4,9%). Au total, gauche et centre, selon la définition la plus large possible, pèsent moins du quart du Conseil, avec 50 voix : à peine plus de la moitié de ce qu’il faudrait réunir pour obtenir une minorité de blocage.

    Dans le même temps, le PPE, avec 209 voix (60,6%) confirme sa position dominante avec une légère progression. Sans la chute de Silvio Berlusconi, ce total aurait atteint 238 voix et 69%, très proche de la majorité qualifiée. À sa droite, les gouvernements dirigés par des souverainistes (Royaume-Uni et République Tchèque) conservent un poids inchangé à 41 voix (11,9%), soit plus que les socialistes ou que les libéraux. Les « non-déterminés » réunissent 45 voix (41 sans la Slovénie), ce qui, abstraction faite des contextes nationaux, n’est pas un bon signe pour la démocratie dans la mesure où ces gouvernements ont été mis en place pour que des technocrates pallient à l’impuissance d’exécutifs élus.

    Pour tenir compte des limites de ce premier indicateur, quelques commentaires complémentaires doivent être énoncés concernant le poids relatif des différentes familles politiques représentées au Conseil dans leur rôle de partenaire minoritaire de coalition. De nouveau, le constat est sévère pour la gauche. La GUE voit sa progression légèrement augmenter grâce à son entrée dans le gouvernement finlandais qui dispose de 7 voix. Mais c’est en fait le seul auquel elle participe. Les Verts sont en baisse, après leur éviction des gouvernements irlandais et letton, atténuée par leur entrée au gouvernement danois. Au total, les gouvernements dont ils sont membres pèsent pour 14 voix, contre 18 précédemment. Les socialistes sont partenaires minoritaires de gouvernements pesant 36 voix, soit une proportion assez faible. Plus encore qu’il y a un an, ils sont largement devancés, selon ce critère, par les libéraux et démocrates, qui participent à des gouvernements pesant un total de 116 voix (33,6%), un chiffre qui tend à augmenter. Encore cela doit-il beaucoup à la participation à des exécutifs que les libéraux dirigeaient avant les dernières élections (Finlande, Danemark).

    En s’intéressant pour chaque parti au nombre total de gouvernements qu’ils dirigent et auquels ils participent, on arrive aux totaux suivants : 260 voix pour le PPE (75,4%) ; 133 pour l’ADLE (38,6%) ; 65 voix pour le PSE (18,8%) ; 45 voix pour ECR et pour les « non-déterminés » (13%) ; 14 voix pour les Verts (4,1%) ; et 11 voix pour la GUE (3,2%).

    Réponse
    • 3. Louis Boël  |  12 janvier 2012 à 3:39

      Merci, Gilles, pour cette description des facteurs techniques qui déforcent les partis européens de gauche. Il faut évidemment en tenir compte sinon « on pédale dans la semoule »: beaucoup d’efforts pour peu de résultats.
      Néanmoins, je continue à croire que « le recul voire la marginalisation de la gauche en pleine période de crise économique » est aussi, pour une grande part, une conséquence du fait que « les forces de gauche (…) ont abandonné le combat pour le socialisme » non seulement sur le plan « technique » mais aussi sur le plan « philosophique »: nous avons accepté une culture qui s’appuie presque exclusivement sur  » l’Avoir  » et le désir d’avoir, la consommation jusqu’à l’insensé, en oubliant que la dignité humaine de tous les citoyens (l’objectif premier d’une démocratie socialiste, si je ne m’abuse) est d’abord affaire de liberté, d’autonomie, d’accès au savoir, de justice, etc.
      Où sont aujourd’hui ces grandes luttes pour un nouvel humanisme adapté à un monde qui n’a plus grand chose à voir avec le milieu du XIXè siècle? Où est le Marx du XXIè? ou, plutôt, qu’auraient été ses combats? (car nous n’avons plus besoin, non merci, d’un individu messianique qui cristalliserait notre soif pour le culte de la personnalité!)

      Réponse

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