LA GAUCHE FACE A LA CRISE DE L’EURO

30 août 2012 at 10:26 1 commentaire

Plus un jour ne se passe sans que ne se produise un nouveau craquement annonciateur d’un possible éclatement de la zone euro.A la mi-août, un ministre finlandais révélait que son gouvernement, « au même titre que tous les autres »,avait « élaboré une sorte de plan opérationnel pour faire face à toute éventualité »,telle que « la possibilité d’un éclatement de l’euro ».Puis ce fut le tour du vice-Chancelier autrichien de demander que l’on trouve « les moyens nous permettant d’éjecter de la zone euro les pays qui ne respectent pas leurs engagements ».Il insinua même que les dirigeants allemands,luxembourgeois,finlandais et néerlandais pensaient comme lui.De son côté,le président de l’eurogroupe (qui réunit les 17 ministres des finances de la zone),a abondé dans le même sens,en déclarant que la Grèce,première cible des pays-modèles, »joue sa dernière chance » et que son éventuelle sortie de l’euro serait « gérable ».Bref,le navire prend l’eau de toutes parts.

Voilà qui confirme nos analyses  depuis le traité de Maastricht en 1992 et qui conforte notre volonté de mener le combat pour rompre avec les logiques et les structures malfaisantes qui sont au coeur de ce système.Nous ne saurions pourtant nous réjouir de cette situation!Car nous n’oublions pas que les peuples directement visés payeraient au prix fort le fait que leurs pays soient livrés  aux spéculateurs et qu’ils se lanceraient dans une surenchère de concurrence économique,de dévaluations « compétitives » et de dumping salarial, dans l’espoir de remonter la pente et de « regagner la confiance des marchés »,fût-ce en enfonçant le voisin.Nous sommes également conscients du fait qu’aucun peuple ne profiterait de cette déliquessence de l’euro.Les pays qui échapperaient à l’effet-domino des expulsions seraient poussés à s’intégrer dans une sorte de club des pays « vertueux » (au sens que donnent à ce mot les marchés financiers) sous la houlette de la classe dirigeante allemande.Enfin,il tombe sous le sens que ce contexte de crise aggravée serait un terreau fertile pour les nationalismes,les populismes,la xénophobie: un climat à l’évidence peu propice à la pensée critique,à l’intervention citoyenne ou à l’action solidaire!Miser sur cet échec retentissant d’une construction libérale dans l’espoir qu’il sonnerait l’heure de l’alternative progressiste serait donc,à mes yeux, une grave erreur.

La responsabilité historique de la gauche dans de telles circonstances me parait être,au contraire,de parer sans attendre à l’énorme risque de division des victimes du système,de confusion dans les esprits et de desespérance que génèrent toutes les crises.Le devoir de la gauche n’est-il pas,dès lors,de viser coûte que coûte -parallèlement à une intense bataille d’idées faisant appel à l’intelligence- à rassembler,très au-delà de nos familles politiques,quiconque se reconnaisse dans quelques grands axes à portée transformatrice,tels que: « stop à l’austérité et priorité au développement social »; « stop à la toute-puissance des marchés financiers et changer les missions de la Banque centrale européenne pour financer le développement social et permettre le rattrappage des retards de productivité dans une optique de solidarité »; « stop à la mise à l’écart des citoyens et restauration de la démocratie et de la souveraineté populaire. »En un mot:il s’agit d’engager,au coeur de la vie des gens et avec les citoyens eux-mêmes,un combat constructif pour changer l’Europe.L’étape immédiate à franchir est celle de la clarification des enjeux explosifs liés au traité budgétaire européen que le gouvernement s’apprête à faire ratifier en catimini par des parlementaires scandaleusement dociles. Sans oublier l’indispensable dimension européenne de nos initiatives,en particulier la grande innovation du « Million d’Européens en campagne ».

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LE TRAITE BUDGETAIRE, BOITE DE PANDORE « QUAND C’EST FLOU, IL Y A UN LOUP…

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  • 1. vbjcdkjsckjsbkd  |  2 septembre 2012 à 11:41

    Article de Greg Palast dans le Guardian du 26 juin 2012 :

    L’idée selon laquelle l’euro aurait échoué est dangereusement naïve. L’euro fait exactement ce que le géniteur des principes de l’euro ( et le 1% des plus riches qui en avaient soutenu le principe) avait prévu et planifié qu’il fasse.

    Le géniteur des principes de l’euro est l’ex-économiste de l’Université de Chicago : Robert Mundell. Le théoricien de « l’économie de l’offre » est maintenant professeur à l’Université de Columbia, mais je le connaissais à travers son lien avec mon professeur de l’Université de Chicago : Milton Friedman, ceci bien avant la recherche de Mundell sur les devises et taux de change. Ce sont les recherches de Robert Mundell sur les devises et les taux de change qui ont généré le modèle de l’union monétaire européenne et celui de la monnaie unique européenne.

    Mundell, alors, était plus préoccupé par ses arrangements de salle de bains. Le professeur Mundell, qui a à la fois un prix Nobel et une ancienne villa en Toscane, m’a dit, exaspéré :

    « Ils ne me laisseront même pas avoir un WC. Ils ont des règles qui me disent que je ne peux pas avoir un WC dans cette salle ! Pouvez-vous imaginer cela ? »

    Il se trouve que je ne peux pas l’imaginer. Mais comme je n’ai pas une villa italienne, donc je ne peux pas imaginer la frustration du à des règlements régissant le placement des pièces.

    Mais Mundell, un canado-américain volontaire et obstiné, était résolu à faire une chose: trouver une arme qui pourrait balayer la législation gouvernementale et le droit du travail. ( Il détestait vraiment les plombiers syndiqués qui l’avaient empêché de déplacer son trône.)

    « Il est très difficile de licencier des travailleurs en Europe », se plaignit-il. Sa contre-attaque : l’euro.

    L’euro fera vraiment son travail quand la crise aura frappé, expliquât alors, Mundell . Le retrait du contrôle du gouvernement sur la monnaie empêchera alors l’utilisation des politiques monétaire et budgétaire keynésiennes par les vilains petits élus pour sortir une nation de la récession.

    « L’euro mettra la politique monétaire hors de la portée des hommes politiques », a-t-il dit. « Et sans la politique budgétaire, la seule façon pour les nations pour pouvoir conserver des emplois est la surenchère dans la réduction des règles du commerce. »

    Il citât, alors les lois du travail, les règlements environnementaux et, bien sûr, les taxes et les impôts. Tout cela serait éliminé par l’euro. La démocratie ne serait pas autorisé à interférer avec le marché ( ou avec la plomberie ).

    Comme un autre lauréat du prix Nobel, Paul Krugman l’avait remarqué, la création de la zone euro violait une observation de base de l’économie concernant les « zones monétaires optimales ». Cette observation pratique avait pourtant été théorisée par Robert Mundell en personne.

    Pour lui, ce n’était pas une objection qui tienne. Pour Robert Mundell, le but de l’euro n’était pas de faire de l’Europe une puissante unité économique unifiée. Son but était approximativement le même que celui de Reagan et Thatcher : la révolution conservatrice.

    « Ronald Reagan n’aurait pas été élu président sans l’influence de Robert Mundell », a écrit Jude Wanniski dans le Wall Street Journal. L’économie de l’offre mise au point par Mundell est devenu le modèle théorique des Reaganomics, la révolution économique conservatrice – ou comme George Bush Père l’avait appelée : « l’économie vaudou »: la croyance magique en la panacée du libre-marché qui a également inspiré les politiques de Mme Thatcher.

    Mundell m’a expliqué que, en fait, l’euro est fait d’une pièce avec les Reaganomics :

    « La discipline monétaire s’imposera aussi bien que la discipline budgétaire sur les politiciens. »

    Et quand une crise arrivera, les nations économiquement désarmées n’auront plus comme solution que déréglementer le droit du travail, privatiser les entreprises d’Etat en masse, réduire les impôts et d’envoyer les États-providence en Europe dans les égouts.

    Ainsi, nous voyons que le Premier ministre (non élu) Mario Monti exige la « réforme » du droit du travail en Italie pour rendre plus facile le licenciement pour les employeurs comme Mundell voulait le faire pour les plombiers toscans. Mario Draghi, la tête (non élue) de la Banque centrale européenne, appelle à des « réformes structurelles » – un euphémisme pour l’écrasement des protections légales des travailleurs. Tous deux citent la théorie nébuleuse selon laquelle cette « dévaluation interne » à chaque nation devra la rendre plus compétitive. En oubliant soigneusement de préciser que si toutes les nations de l’UE l’appliquent, cette « compétitivité » s’annule et que les seuls qui en profitent dans ce cas, ce sont les employeurs.

    Monti et Draghi ne peuvent pas expliquer de manière crédible comment, si tous les pays du continent déprécient leur main-d’œuvre, que tous puissent ainsi acquérir un avantage concurrentiel.
    Mais ils n’ont pas à expliquer leurs politiques; ils n’ont qu’à laisser les marchés travailler sur les obligations de chaque nation. Par conséquent, l’union monétaire est la lutte des classes par d’autres moyens.

    La crise en Europe et les flammes de la Grèce ont produit la lueur chaleureuse de ce que les acolytes du « roi-philosophe » Joseph Schumpeter appelaient la« destruction créatrice ». L’ acolyte de Schumpeter et apologiste du libre marché Thomas Friedman s’est rendu à Athènes pour visiter le « sanctuaire impromptu » constitué par la banque incendiée où trois personnes sont mortes après avoir été brûlées par des manifestants anarchistes, et profité de l’occasion pour offrir une homélie sur la mondialisation et « l’irresponsabilité grecque.»

    Les incendies, le chômage de masse, le bradage des biens nationaux, amènerait ce que Friedman a appelé une « régénération » de la Grèce et, en fin de compte, de toute la zone euro. Alors à ce moment-là, Mundell et les autres possesseurs de villas pourront mettre leurs sacrées toilettes partout où ils voudront.

    Loin d’échouer, l’euro, qui était le bébé de Mundell, a réussi probablement au-delà rêves les plus fous de son géniteur.

    Réponse

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