Archive for juillet, 2014

GARE AU PSEUDO DIVORCE ENTRE LONDRES ET BRUXELLES !

wurtz-l-humanite-dimancheLe torchon brûle-t-il vraiment entre le libéral « souverainiste » David Cameron et les libéraux « fédéralistes » de la plupart des autres gouvernements des « 28 » ? Que n’a-t-on entendu sur l’ « inutile camouflet » infligé par le Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement au Premier Ministre britannique en élisant Jean-Claude Juncker comme candidat à la présidence de la Commission de Bruxelles ! « Il est irresponsable de pousser Londres sur la pente glissante de la sortie de l’Union européenne », s’est insurgé « Le Figaro ».  » Après l’échec de David Cameron, l’hypothèse d’une sortie de l’UE s’accroit », s’inquiétait « Le Monde ». « Le prochain Président de la Commission devra consacrer du temps à répondre aux préoccupations des Britanniques s’il veut conserver le Royaume Uni en son sein », insista-t-on dans « Les Echos »…

En réalité, les risques de voir la Grande Bretagne quitter l’Union européenne sont extrêmement limités: ni la classe dirigeante britannique -dont David Cameron sert fidèlement les intérêts- ni les forces les plus influentes de l’UE n’y ont le moindre intérêt.

A Londres, on est conscient que plus de la moitié des exportations du pays est absorbée par ses partenaires européens. Perdre l’accès libre à ce grand marché couterait très cher au Royaume Uni en termes de commerce, d’investissements et d’emplois.Quant à la City, elle tient à demeurer le coeur financier de l’Europe! D’une façon générale, l’Union européenne actuelle est trop aux couleurs du capitalisme anglo-saxon pour que le pouvoir britannique, David Cameron en tête, n’envisage sérieusement de tuer la poule aux oeufs d’or.

Le même sentiment règne dans les milieux dominants, sur le continent. Ainsi, le très emblématique ministre allemand des finances,Wolfgang Schäuble, juge « la Grande Bretagne absolument indispensable à l’Europe » et « inimaginable » son éventuel départ. Quant à la Chancelière, elle estime qu’il serait « grossièrement irresponsable » de ne pas répondre aux demandes britanniques.

Le vrai danger est là: les menaces proférées à Londres ne visent qu’à planter le décor des négociations à venir avec Bruxelles. Plus se répand, de ce côté-ci de la Manche, la crainte de perdre ce précieux partenaire, et mieux s’imposera l’idée qu’il faut aller à la rencontre des attentes du leader britannique. Celles-ci sont résumées en termes éloquents par un fin connaisseur du personnage: « Moins de règlementations, moins d’interférences dans les affaires intérieures, moins de coopération -son idéal est celui d’une Europe réduite au seul marché unique, approfondi aux sévices. Il entend aussi limiter la liberté de circulation des nouveaux entrants dans l’UE avant qu’ils n’atteignent un certain niveau de revenus » (1) Enfin, Londres -là encore rejoint par nombre de ses pairs européens- demande une accélération des négociations sur le « Grand marché transatlantique » ,qui est une vieille obsession anglaise.

Le pseudo divorce entre Londres et l’UE à propos de Jean-Claude Juncker, délibérément théâtralisé, a permis à David Cameron de faire valoir auprès des europhobes de son camp son apparente intransigeance vis à vis de Bruxelles. Cette page est désormais tournée. L’heure des négociations sur les « réformes » libérales de l’UE a sonné : voilà que les deux adversaires irréconciliables d’hier envisagent ,selon les dires du Britannique, « une relation équilibrée ». Il y a malheureusement tout à craindre d’un tel « équilibre »! L’on ne peut que souhaiter que la gauche critique -celle du Parti de la Gauche européenne et du groupe de la Gauche unitaire du Parlement de Strasbourg- puisse au plus vite reprendre l’initiative sur les changements d’une tout autre nature que la crise de légitimité de l’Europe libérale a mis dramatiquement à l’ordre du jour le 25 mai dernier.

———
(1)Florentin Collomp ( « Le Figaro » 30/6/2014 ).

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11 juillet 2014 at 1:30 Laisser un commentaire

LES NOUVEAUX ÉLUS EUROPÉENS AU PIED DU MUR

wurtz-l-humanite-dimancheLe Parlement européen issu des élections du 25 mai vient d’entamer, avec la nouvelle législature 2014-2019, une épreuve de vérité sans précédent : cinq années potentiellement explosives, tant le seuil de tolérance du modèle libéral et autoritaire qu’incarne « Bruxelles » est aujourd’hui dépassé !Tous ou presque en ont conscience. Rares sont ceux qui ne promettent pas, la main sur le cœur, d’en tirer pleinement les leçons. Mais qu’entendent-ils par là ?

Nombreux sont ceux, par exemple, à droite comme à gauche, qui ne sont pas loin de penser que la « victoire » qu’ils viennent de remporter sur les Chefs d’Etat et de gouvernement en optant pour un Président de la Commission européenne « choisi par les électeurs » -Jean-Claude Juncker était le candidat des Chrétiens-Démocrates, qui sont arrivés en tête lors du dernier scrutin- est de nature à satisfaire l’exigence d’une implication effective des citoyens dans l’élaboration des politiques européennes, le contrôle de leur mise en œuvre et l’évaluation de leurs effets ! Il faudra aider ces élus à sortir de leur bulle , sans quoi le réveil promet d’être douloureux!

Le même constat vaut pour l’autre demande pressante de dizaines de millions d’Européennes et d’Européens: le choix d’une nouvelle politique tournant résolument le dos à l’austérité, au profit de nouvelles priorités en matière d’emploi et de dépenses sociales. Dans ce domaine aussi, les « ambitions réformatrices » de bien des parlementaires européens sont loin du compte. C’est le cas d’un certain nombre d’élus du groupe des « Socialistes et Démocrates ».

Les uns comptent sur le « contrat de gouvernement » négocié avec Monsieur Juncker en échange de leur soutien à l’élection du Luxembourgeois au poste laissé vacant par Manuel Barroso. L’ancien Président de l’eurogroupe ne nous a pourtant pas habitués à une rébellion décoiffante envers la Chancelière allemande ou le Président de la Banque centrale européenne…Tout pas en avant sera le bienvenu, et nul ne regrettera son prédécesseur , mais de là à en attendre le « changement »…

Les autres attendent beaucoup de Matteo Renzi, l’entreprenant Président du Conseil Italien, qui a promis de « changer les mentalités » , et que même la puissante Angela Merkel a publiquement appelé « le matador » -c’est dire ! Pourtant, hormis son style ,alerte, et son sens de la communication, indéniable, ses priorités pour la présidence italienne de l’Union européenne (juillet à décembre 2014) ne sont pas particulièrement innovantes : » faire des réformes structurelles le pilier d’un nouvel agenda politique européen » fait plus frémir que sourire…Là aussi, toute mesure positive méritera notre soutien, mais gardons les yeux ouverts !

D’autres encore se satisfont plus modestement de la volonté réaffirmée par François Hollande devant les leaders sociaux-démocrates réunis à Paris, d’agir en faveur de « la croissance » et d’une lecture « plus flexible » du Pacte de stabilité…Hé ho, revenez sur Terre, s’il vous plait ! La maison brûle !

Je leur propose de se soumettre à un petit test pour jauger eux-mêmes leur capacité à se remettre en cause : le 4 juillet 2013, autrement dit il y a tout juste un an, leurs groupes ( Droite comme « socialistes et démocrates ») adoptaient une résolution approuvant « l’ouverture des négociations ( entre l’UE, les États-Unis et une vingtaine d’autres États industrialisés) sur un accord multilatéral sur les services » dont un dirigeant de « l’Internationale des services publics », David Boys, disait l’autre jour qu’ « il menace l’existence même des services publics » (1) Question : quelle est, aujourd’hui, votre position sur ces négociations ( au contenu maintenu strictement secret à l’exception des révélations de Wikileaks ) , et, le cas échéant, quelles actions êtes-vous prêts à engager pour alerter les citoyens sur le danger que représente ce projet et faire barrage à sa réalisation ? La même démarche est applicable aux négociations en cours sur le « Grand Marché Transatlantique », à la directive sur le détachement des travailleurs, comme, vraisemblablement à nombre de propositions de la feuille de route de la prochaine Commission. Les occasions vont être nombreuses d’en débattre au grand jour. Ce ne sera pas un luxe.

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(1) Interview dans l’Humanité (26/6/2014)

3 juillet 2014 at 6:33 Laisser un commentaire

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