L’ALLEMAGNE EST-ELLE « KAPUTT » ? (BIS)

16 octobre 2014 at 3:59 Laisser un commentaire

wurtz-l-humanite-dimancheIl y a un an, jour pour jour, je publiais dans l’Humanité-Dimanche une chronique intitulée « L’Allemagne est-elle « kaputt »?  « Il ne s’agissait pas, sous ma plume, d’un subit accès de « german-bashing » (défoulement antiallemand) puisque ce qualificatif provocateur était directement emprunté à l’un des plus respectés des quotidiens allemands, la « Suddeutsche Zeitung », dont il avait, quelques jours auparavant, barré la « Une » en gros caractères. Un reporter y déclinait alors sur deux pages centrales une impressionnante liste d’infrastructures publiques défaillantes, délabrées, voire franchement hors d’usage, à travers le pays . L’inventaire allait de centaines de ponts, de routes, de voies navigables ou de réseaux ferrés jusqu’à nombre d’écoles ou d’universités . Pour donner une idée des besoins financiers que cela représentait, l’enquêteur citait deux chiffres éloquents :la seule rénovation des bâtiments universitaires nécessiterait la mobilisation de 30 milliards d’euros ! Quant à la remise en état des routes principales, elle demanderait 4,7 milliards de dépenses publiques supplémentaires par an pendant quinze ans … A quoi s’ajoutaient les immenses retards accumulés dans des secteurs d’avenir comme l’énergie et le très haut débit. Le journaliste concluait ce constat sidérant avec une courageuse lucidité : faute d’investissements publics essentiels, « l’Allemagne est en train de s’user « .

Un an plus tard, c’est au tour de l’une des figures les plus en vue des prévisionnistes d’outre-Rhin, Marcel Fratzcher -un ancien ténor de la Banque centrale européenne, qui préside aujourd’hui à Berlin l’un des cinq principaux instituts de conjoncture (DIW) et conseille … le ministre de l’économie, par ailleurs leader social-démocrate, Sigmar Gabriel- de jeter un pavé dans la mare avec un livre-choc au titre évocateur : « L’illusion allemande ». Ce gourou, pourtant libéral pur sucre, casse tout d’abord quelques idées reçues en rappelant que son pays, qui se veut le phare de l’Europe, connaît depuis 2000 (années Schroeder) une croissance inférieure à la moyenne de la zone euro, tandis que les deux tiers de ses salariés ont vu leur revenu baisser. Et surtout, il met en cause, dans le contexte actuel, l’obsession de l’équilibre des finances publiques si chère à Angela Merkel et promet aux chantres de cette politique des lendemains qui déchantent -ce que confirment les chiffres alarmants de ces derniers jours: baisse sévère de la production industrielle, chute des commandes , risque de récession…(1)

Quelles conclusions tirer de ce nouveau coup de tonnerre dans le ciel du « modèle allemand »? L’Allemagne est ébranlée , comme l’illustre la récente manchette du grand quotidien populiste de masse « Bild » : « Qu’est-ce qui nous arrive ? » Il ne faut pas pour autant s’ attendre à l’on ne sait quel coup de barre à gauche dans la politique allemande ! Déjà monte dans les sphères économiques de notre voisin le thème du « laxisme social »: la source des difficultés seraient à rechercher dans l’introduction du salaire minimum (qui n’est même pas encore en application) ou le coup de pouce aux mères retraitées ! En revanche, c’est au niveau européen que la donne peut et doit changer .C’est le moment de passer à l’offensive dans la promotion de politiques alternatives à celles qui ,après avoir démontré leur malfaisance absolue dans les pays du Sud de l’Europe, confirment leur perversité jusqu’au cœur économique de l’Union européenne . La « leçon allemande » n’est autre que l’impasse de la stratégie de la « compétitivité » à courte vue fondée sur la  » baisse du coût du travail » et le rationnement des dépenses publiques , en particulier celles à visée sociale. Cet enseignement de l’expérience est de plus en plus largement reconnu : « C’est une immense erreur de vouloir copier ce qui ne marche guère en Allemagne .(Celle-ci) exporte sa déflation au reste de l’Europe (…) Il faut donc , d’urgence, changer de politique  » souligne aujourd’hui un ancien conseiller du président de la Commission européenne. (1) Cela vaut particulièrement pour la France.

———
(1) Chute de 4% de la production industrielle , de 8,8% de la production de biens d’équipement, de 25,4% de la production automobile, au mois d’août !
(2) Philippe Legrain (La Tribune 8/10/2014)

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Entry filed under: Allemagne, Angela Merkel, Autriche, Barcelone, BCE, Berlin, Europe, France, Grèce, GUE-NGL, Parlement européen, PCF, PGE.

LA DEVISE DE M. JUNCKER : LIBÉRALISME ET CENTRALISME AU FAIT, DE QUEL « OBJECTIF DE 3% » PARLE-T-ON ?

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