Archive for 8 juillet 2021

QUAND « BRUXELLES » OPPOSE LE CLIMAT ET LE SOCIAL 


La Commission européenne doit dévoiler sous peu ses propositions concernant le renforcement du « marché carbone » afin de tenir les engagements de l’Union européenne en matière de réduction des émissions de CO2 . Commencera ensuite une longue période de négociations entre le Parlement et les 27 Etats membres qui s’achèvera avec l’adoption d’une nouvelle directive Climat. Or, un point majeur du projet de « Bruxelles » est particulièrement problématique : celui qui prévoit d’étendre ce « marché carbone » au chauffage et au carburant, avec comme conséquence l’alourdissement de dépenses incontournables des usagers les plus modestes. 
Rappelons en quoi consiste ce « marché carbone » en vigueur depuis 2005. Il s’agit d’un système d’échange de quotas d’émission de CO2 pour les quelque 12000 installations industrielles les plus polluantes (centrales thermiques, sidérurgie, cimenteries, raffinage, chimie…) Celles-ci reçoivent chaque année moins de droits d’émission. Elles doivent acheter aux enchères des « permis de polluer » lorsqu’elles émettent plus de CO2 que le niveau fixé. Inversement, elles peuvent les vendre si elles polluent moins que prévu. Ce système, qui fut longtemps inefficace -le prix de la tonne de carbone étant trop bas pour inciter les industriels à investir dans des installations plus écologiques- a été corrigé pour réduire plus rapidement les émissions et a été étendu aux compagnies aériennes effectuant des vols en Europe. Mais ces mesures s’avèrent toujours insuffisantes :  malgré une forte augmentation du prix du carbone, celui-ci ne permet pas d’atteindre la « neutralité carbone » ( équilibre entre les émissions de carbone et l’absorption du carbone de l’atmosphère, par des voies naturelles ou par l’intervention humaine ) à la date prévue, soit  2050 ni l’objectif intermédiaire d’ici 2030. Aussi est-il  proposé de renforcer encore ce « marché », notamment en y intégrant le transport maritime.
Ce qui fait problème, c’est qu’en outre, la Commission veut créer un nouveau système en plus de l’existant pour cibler, cette fois, le chauffage des bâtiments et les transports (donc la facture du carburant). Or, faute d’alternative « bas carbone » accessible au plus grand nombre, la majorité des usagers n’aurait d’autre choix que de payer le prix du CO2 fixé sur le « marché carbone ». La Commission est tellement consciente des charges supplémentaires qui résulteraient de ces mesures pour les ménages modestes qu’elle propose de créer un « fonds social climatique » destiné à venir en aide aux personnes les plus démunies de l’UE. Mais on connaît les limites de ces fonds à l’échelle des 450 millions de citoyens de l’UE, la conception des « plus démunis » à la Commission étant des plus restrictives…
Nous sommes là face à un enjeu politique   fondamental : il faut impérativement faire plus d’efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique, mais, pour être efficace, la lutte pour le climat doit être juste pour mobiliser massivement les citoyennes et citoyens.  
Choisir une méthode qui accroît les inégalités, en plus d’être injuste sur le plan social, est contre-productif pour la défense du climat : il faut donc exiger de l’exécutif européen qu’il change son projet.

8 juillet 2021 at 6:05 Laisser un commentaire


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