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AUX CÔTÉS DU PEUPLE KURDE !
Sous ce même titre, j’écrivais dans « l’Humanité-Dimanche » du 5 octobre 2014: « Kobané », un nom à graver dans notre mémoire ! Jour après jour, des nouvelles de plus en plus alarmantes nous arrivent de cette ville kurde de Syrie, assiégée depuis deux semaines par les djihadistes surarmés de « l’Etat islamique » (E.I.) À l’heure où ces lignes sont écrites, le pire est possible à tout moment (…) Le pouvoir d’Ankara porte une lourde responsabilité dans le basculement du rapport de force en faveur des djihadistes syriens (…) Bravant cette flagrante disproportion des moyens militaires, les combattantes et les combattants du Parti de l’Union démocratique de Syrie et de ses Unités de protection du peuple de Rojava mènent une résistance qui force l’admiration ».
On s’en souvient : le peuple en armes de Kobané infligera, quelques mois plus tard, à Daesh sa première défaite. 12 ans plus tard, cette ville héroïque est à nouveau assiégée. Et, parmi les agresseurs, nombreux sont encore des islamistes, qu’ils aient été intégrés dans la nouvelle armée syrienne par le président intérimaire du pays, Ahmed Al Charaa -ex.fondateur du Front al-Nosra, de sinistre mémoire- ou qu’ils relèvent des milices extrémistes parrainées par la Turquie d’Erdogan.
Pour qui se souvient de la part décisive prise dans la défaite de Daesh par les forces kurdes, le lâchage qu’elles subissent à présent est non seulement indigne mais irresponsable. Il est indigne, notamment de la part des Etats-Unis, prêts à sacrifier leurs alliés incontournables d’hier sur l’autel de deux objectifs tactiques de Trump : d’abord, consolider son ferme soutien au nouveau maître de la Syrie, quelles que soient son lourd passé et ses dérives répétées; ensuite, poursuivre l’opération séduction envers Erdogan. L’isolement des Kurdes syriens est, en outre, irresponsable du point de vue de la sécurité internationale. N’oublions pas que de nombreux criminels liés à l’ « État islamique » sont détenus sous la surveillance des forces kurdes. Or, dans plusieurs villes de Syrie dont les Kurdes, pourchassés, ont dû se retirer, des prisons ont été ouvertes…
En tout état de cause, chacune et chacun doit se rendre compte de l’objectif du pouvoir de Damas et de ceux qui le soutiennent dans ces basses œuvres. Après s’être attaqué avec une violence inouïe aux minorités alaouite et druze, puis aux Kurdes dans les villes où ils sont minoritaires, il s’en prend à présent à la région majoritairement kurde. Il veut y mettre fin par la force à une expérience politique unique mise en œuvre depuis plus de dix ans dans le contexte effroyable que l’on sait : l’administration autonome du Rojava, à l’opposé de l’hyper-centralisation autoritaire voulue par l’actuel régime syrien, comme naguère par Assad. Sans équivalent dans tout le Moyen-Orient , le « contrat social » en vigueur dans le Rojava est notamment fondé sur la stricte égalité entre les hommes et les femmes, tout comme sur le respect et l’égalité des droits de toutes les communautés. Des chercheurs français notaient à ce propos : « À la faveur de l’affaiblissement du régime de Bachar Al Assad, face aux assauts des forces armées turques, des hommes et des femmes de différentes ethnies, cultures, religions, portent haut ce projet égalitaire, démocratique et écologique » »(1).
Pour toutes ces raisons, la place des forces de progrès est aujourd’hui aux côtés du peuple kurde.
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(1) « Le Rojava démocratique et le droit » (ctad – CNRS, 2024)




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