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« STOP TAFTA » : UNE BATAILLE QUE NOUS POUVONS GAGNER !
« Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon, nous savons bien qu’il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations » : ainsi parlait François Hollande en février 2014 , aux côtés de Barack Obama, à propos des négociations sur le « Grand marché transatlantique » -souvent appelé TAFTA. Il y a quelques jours, changement radical de ton : « La France, à ce stade, dit NON » au TAFTA, a osé le Président de la République dans son discours de clôture d’un colloque ( pré-électoral ) marquant le 80 ème anniversaire du Front Populaire. Que s’est-il passé entre ces deux moments qui ait convaincu le locataire de l’Elysée de prendre aujourd’hui au sérieux « les peurs » qu’il voulait court-circuiter hier; de proférer lui-même une « menace » ( celle de refuser de signer le traité transatlantique ») ; bref de faire subitement preuve de « crispations » qu’il fustigeait tant il y a deux ans ?
Entre-temps, il y a eu tout simplement une forte campagne d’information et de sensibilisation des citoyens sur les enjeux concrets ( économiques et sociaux, sociétaux, démocratiques ) de ce projet d’hyper-libre-échangisme d’une ampleur sans précédent . Nous avons, pour notre part, commencé cette campagne dans ces colonnes dès début 2013 sur le thème : « Grand marché transatlantique : attention danger ! » (1) . Menée dans l’ensemble de la France et à l’échelle de toute l’Union européenne -tout comme aux Etats-Unis- par un large éventail d’organisations progressistes , cette mobilisation , à laquelle le PCF, le Front de gauche, le groupe GUE au Parlement européen, le Parti de la Gauche Européenne s’honorent de prendre toute leur part, a réussi à bousculer les rapports de force, au point de mettre désormais les promoteurs du TAFTA sur la défensive. Et c’est dans le pays dont le pouvoir était à la pointe du projet -l’Allemagne d’Angela Merkel- et où le mouvement d’opposition au TAFTA s’est montré, en retour, le plus offensif, que le renversement de situation est le plus spectaculaire : 55% des personnes interrogées outre-Rhin étaient favorables au TAFTA il y a deux ans; 17% le restaient en avril 2016 (2) ! Et l’évolution de l’opinion est sensiblement la même outre-Atlantique .
Gageons que ce ne sont pas les « révélations » de Greenpeace sur l’état des négociations UE-USA qui vont changer la donne à cet égard . Elles confirment en effet tous les dangers sur lesquels la campagne « Stop TAFTA » ne cesse d’alerter : l’intransigeance des négociateurs américains sur leurs normes ( sanitaires, environnementales…), souvent incompatibles avec celles en vigueur en Europe; leur refus de respecter les appellations d’origine européennes; le piège du « donnant-donnant » qui pousse à des concessions européennes inacceptables; la non-reconnaissance du « principe de précaution » par Washington; l’absence de garantie sur la protection des données personnelles; l’exigence des Etats-Unis de prévoir des « tribunaux d’arbitrage » privés pour trancher les litiges entre multinationales et Etats signataires du traité; la préférence américaine pour la « reconnaissance mutuelle » des produits et des services ( ce qui circule librement sur le marché américain doit pouvoir accéder librement au marché européen ) plutôt que l’harmonisation négociée…L’envie est grande, à Bruxelles comme dans maints gouvernements, de s’entendre malgré tout, au plus vite, avec leurs « partenaires » américains. Problème : un tel traité est aujourd’hui « invendable » à une majorité d’Européens…
Ne vendons cependant pas la peau du TAFTA avant de l’avoir réellement mis en échec ! Ce n’est pas le moment de poser le baluchon ! Particulièrement en France : trop de nos concitoyens restent insuffisamment informés de tout ce qui est en jeu avec ce projet. Or, pour transformer la posture pré-électorale de François Hollande en décision effective, il faut y mettre le poids . On ne lâche rien !
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(1) voir « Humanité Dimanche »- 24/2/2013
(2) Institut YouGov pour la Fondation Bertelsmann -21/4/2016
UN « GRAND DESSEIN » EUROPEEN EST-IL ENCORE POSSIBLE ?
L’Union européenne s’est longtemps targuée d’avoir permis d’établir la paix entre d’anciens ennemis . Même si cette réputation était largement surfaite (1), elle a longtemps tenu lieu de « grand dessein » européen dans l’esprit d’un grand nombre de citoyens. Aujourd’hui, c’est plutôt de naufrage moral qu’on parle à propos de l’UE, après le spectacle affligeant qu’elle a offert avec l’attitude de ses Etats membres à l’égard des réfugiés à la recherche d’un havre de paix.
Est-ce à dire qu’une Europe nouvelle -« refondée »- ne pourrait plus , à l’avenir, incarner de grandes causes mobilisatrices ? Certes, non ! Mais cela passera par de vraies ruptures avec des dogmes passéistes qui ont décidément la vie dure. Barack Obama lui-même vient encore d’en administrer la preuve avec le discours-testament à destination de l’Europe qu’il a tenu il y a quelques jours à Hanovre. Certes, aucun Président américain n’avait, avant lui, chanté à ce point les louanges du projet européen , mais sur le fond, le message délivré est d’une grande banalité ! Loin de renouer à cette occasion, avec les accents volontaristes de ses débuts (avril à juillet 2009) -« Pour un monde sans arme nucléaire » ; « Pour le Redémarrage d’une coopération solide entre Moscou et Washington »; discours du Caire fustigeant « le colonialisme et la guerre froide » et exigeant que « les colonies israéliennes cessent » !- le locataire de la Maison Blanche a, cette fois, choisi de conforter les partisans les plus orthodoxes de l’Europe atlantiste et tournée vers le passé ( Eloge du Plan Marshall; ode à l’OTAN « plus forte qu’elle ne l’a jamais été »; appel à augmenter partout les dépenses d’armements; diatribe contre la Russie…) Certains n’en retiendront que le ton lyrique. Quant au passage-vedette : « Peut-être vous faut-il quelqu’un d’extérieur pour vous rappeler ce que vous avez accompli » , il restera sans doute dans les annales officielles , à côté de l’emblématique « Ich bin ein Berliner » de John Kennedy . Mais on chercherait en vain dans ce laborieux plaidoyer de quoi redonner espoir dans la construction européenne ! Et ce n’est pas le projet de traité de libre-échange transatlantique ( qui plus est tourné contre la Chine ) , que le Président américain presse ses partenaires européens de signer au plus vite , qui risque de faire rêver à une Europe nouvelle…
A contrario, que de grandes choses une « Europe » reconstruite sur d’autres bases -même limitée , au départ, à l’initiative de quelques Etats pionniers- pourrait lancer ! A commencer par une grande campagne publique en faveur de la négociation d’un traité de coopération et de sécurité collective avec tous les pays du continent européen -un « Helsinki 2 », dont, au demeurant, l’ex-Président russe Medvedev avait relancé l’idée en 2008, sans recevoir la moindre réponse de l’UE !- Voilà qui serait un grand projet pour une « Union » nouvelle ! Autre finalité alternative à l’alignement actuel sur la « famille occidentale » et à son parrain américain : l’engagement d’un processus de démilitarisation des relations internationales et de relance d’un authentique multilatéralisme dans le cadre des Nations Unies. Combien de pays du sud et de nations émergentes sont demandeurs de rapports nouveaux : respectueux de leur souveraineté et libérés de toute domination militaire ou financière ! Ou encore : quel prestige recueillerait, notamment dans le monde arabe, le groupe de pays européens qui déciderait enfin de prendre le taureau par les cornes au sujet de l’emblématique conflit du Proche-Orient pour une solution juste et durable du problème palestinien !
Le combat pour une autre Europe, c’est aussi cela.
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(1) « Ce n’est pas l’Europe qui a fait la paix, c’est la paix qui a fait l’Europe » ( Jean-Louis Bourlanges, responsable politique pourtant chrétien-démocrate -Le Monde 3/12/2007)
SUR LA BANQUE CENTRALE EUROPÉENNE, LE DÉBAT EST LANCÉ !
La Banque centrale européenne ( BCE ) est l’une des institutions européennes les plus puissantes , puisqu’elle est maîtresse de la politique monétaire de toute la zone euro , soit 19 pays. C’est elle qui , en particulier, fixe les taux d’intérêt, autrement dit le loyer de l’argent , pour les quelque 6000 banques de la zone euro . Et surtout, elle dispose du pouvoir extraordinaire de créer de la monnaie à partir de rien et en quantité quasi illimitée ! Or, malgré ces prérogatives de portée considérable -ou plutôt à cause d’elles !- , les traités européens interdisent à tout pouvoir politique de lui donner des instructions . Et s’il en est ainsi, c’est que les dirigeants allemands l’ont exigé dès sa création il y a plus de vingt ans . Ils ont toujours justifié ce déni de démocratie et de souveraineté par leur crainte de voir les gouvernements exercer des pressions sur la BCE en fonction de leurs intérêts électoraux.
Or, voilà que l’ineffable Wolfgang Schäuble , grand argentier du gouvernement Merkel , brise lui-même le tabou de la sacro-sainte « indépendance » de la BCE en accusant publiquement son Président , Mario Draghi , de ruiner les épargnants allemands en pratiquant des taux d’intérêt trop bas, et, ainsi, de favoriser la montée du nouveau parti d’extrême droite outre-Rhin . En sortant ainsi du bois, le bouillant ministre allemand vient de faire un aveu de taille. Oui, la politique monétaire européenne, ça se discute ! Que chacun en prenne de la graine ! Le débat sur la BCE et sur le bon usage de l’argent qu’elle crée doit être ouvert au niveau des gouvernements et surtout parmi les citoyens eux-mêmes , dans chacune de nos sociétés !
Un seul exemple -mais quel enjeu !- : la BCE crée actuellement chaque mois…80 milliards d’euros et les prête aux banques GRATUITEMENT ! Et ce sans condition quant à l’utilisation de cette manne. Or, la preuve est largement faite : les banques n’utilisent l’essentiel de ces sommes pharaoniques ni pour soutenir la création d’emplois ni pour faciliter les investissements productifs. Elles privilégient avant tout les placements financiers, bien plus lucratifs. Si, comme le demandent notamment les communistes, cet argent allait directement aux Etats membres, mais à la condition expresse qu’il serve à financer des projets de nature à favoriser le développement social, la transition écologique, les services publics, bref : la création de richesses utiles à la société et à la coopération internationale, cela changerait profondément la donne .
On nous objectera que les traités européens interdisent à la BCE de financer les Etats. Cet argument ne tient pas . Il est possible -même dans le cadre institutionnel actuel- de créer un « Fonds européen de développement social et environnemental » ( une sorte de Banque publique a but non lucratif, gérée démocratiquement ). Même les traités actuels permettent à la BCE de refinancer un tel Fonds au même titre qu’elle le fait avec les banques traditionnelles. La mission de ce Fonds serait de sélectionner, parmi les projets qui lui seraient soumis par les pays membres, ceux répondant aux critères évoqués ci-dessus et d’orienter vers eux une partie de l’argent crée par la BCE. Aucun obstacle juridique ne s’oppose à cette réalisation : c’est une affaire de rapports de force politique. Or , l’on sait depuis Marx qu’ « une idée qui s’empare des masses devient une force matérielle ». Aussi, la seule question est : Peut-on faire de cette proposition , simple mais révolutionnaire, une revendication populaire ? Dans le contexte que nous connaissons, où tant de citoyens sont à la recherche de pistes alternatives, quel gâchis cela serait-il de ne pas essayer !




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