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DIALOGUE PROMETTEUR ENTRE CHYPRIOTES GRECS ET TURCS
Il y avait beaucoup d’attention et d’émotion, le 21 octobre dernier, dans la salle du groupe de la « Gauche Unitaire Européenne » (GUE-NGL ) au Parlement européen : pour la première fois, deux leaders politiques parmi les plus représentatifs de chacune des deux grandes communautés -grecque et turque- de Chypre y dialoguaient ensemble, trois heures durant, avec des dizaines de représentant-e-s de la société chypriote dans toute sa diversité.
L’initiative de cette belle rencontre revient au parti AKEL, le très influent parti communiste de la République de Chypre. Travailler au rapprochement des différentes composantes de la population chypriote est une constante de la stratégie de cette formation, majoritairement -mais non exclusivement- composée de Chypriotes grecs. Elle tire en partie son audience exceptionnelle de son combat , ininterrompu depuis l’invasion turque de 1974, en faveur de la réunification du pays et de l’égalité politique entre ses communautés , séparées depuis 41 ans.
Ce parti est membre de notre groupe GUE-NGL depuis l’entrée de la République de Chypre dans l’Union européenne, en 2004. Les habitants de la partie occupée, eux, ne peuvent pas, en revanche, envoyer de député à Strasbourg et Bruxelles, car leur entité échappe à la souveraineté de la République de Chypre. L’événement , cette fois, était donc la présence conjointe, au Parlement européen, du Secrétaire général d’AKEL, Andros Kyprianou, et du Président du Parti républicain turc, de la partie Nord de l’île, Mehmet Ali Talat, qui fut, jusqu’en 2010, le premier dirigeant de la communauté chypriote turque.
Pour qui a suivi, en ce temps-là, l’actualité de cette île politiquement ultra-sensible au cœur de la Méditerrannée , Monsieur Talat n’est pas un inconnu. C’est lui qui négocia, sous l’égide des Nations-Unies, de 2008 à 2010, avec le Président -communiste- de la République de Chypre, Demetris Christofias, pour tenter de parvenir à un accord ouvrant la voie à une réunification de Chypre. Tâche éminemment complexe ! D’abord, en raison des différends accumulés qui touchent à des problèmes clés : répartition du territoire; partage du pouvoir; structure du futur Etat; garanties démocratiques; droits des réfugiés sur leurs propriétés situées dans « l’autre » partie de l’île; relation à l’Union européenne et à ses règles; questions économiques; enjeux sécuritaires…Ensuite, et surtout, du fait de l’opposition de la puissance occupante -l’Etat turc , ses colons et …ses quelques 40 000 soldats présents sur ce petit territoire- à toute idée d’émancipation de son « bébé » ( dixit Erdogan ! ) . Au terme de leur mandat respectif, Christofias et Talad n’en parvinrent pas moins à un ensemble de « Convergences » sur des points majeurs .
Gelées depuis cinq ans, suite à la victoire des nationalistes dans la partie Nord de l’île, les négociations reprennent aujourd’hui avec l’arrivée à la tête de la communauté chypriote turque d’un nouveau leader , Mustafa Akinci, visiblement favorable à la réunification en même temps qu’apparemment décidé à résister à l’obsession hégémoniste du Président turc. C’était donc le bon moment pour rappeler l’acquis des négociations en 2010 , comme base de départ pour de nouvelles avancées, qu’on espère, cette fois, décisives et incontournables, y compris pour le dangereux maître d’Ankara.
LA CHINE ET NOUS
Un intéressant Forum vient de se tenir à Paris sur le thème : » Où en est la Chine ? » On le doit à l’initiative de l’Académie des Sciences sociales de Chine, du Parti communiste français; de la Fondation Gabriel Péri et de la revue « La Pensée » (1) . Les chercheurs chinois ressentaient le besoin de présenter leur vision des réalités de leur pays , mais souhaitaient tout autant « prendre le pouls » de leurs homologues européens, en l’occurrence français, au sujet des développements récents de « la voie chinoise » : « Vous soutenez le développement de la Chine, aussi attendons-nous vos conseils constructifs »-a-il d’emblée été précisé . Pari tenu : leurs interlocuteurs français -économistes; historiens; géographes; sociologues; spécialistes ou praticiens des relations internationales- presque tous dotés d’une solide expérience de la Chine, et bien que de sensibilité politique différente, ont autant souligné les nombreuses avancées prometteuses , et souvent méconnues, réalisées ou en cours dans cet immense pays , qu’ exprimé des doutes, des inquiétudes ou des regrets sur ce qu’ils considèrent comme des manques à gagner de la part des autorités de Pékin, mais sans jamais se départir d’une attitude effectivement « constructive » et d’une note d’espoir . Avec, au final, une satisfaction générale . Une telle approche est à saluer. Arrêtons-nous donc sur quelques illustrations de cet échange fait d’analyses rigoureuses et de respect mutuel.
L’économiste Michel Aglietta, par exemple, aida le public à prendre la mesure de la complexité des enjeux auxquels sont confrontés les responsables chinois : « Il faut créer dix millions d’emplois urbains par an , alors que le pays est en surproduction ! » Il a noté , à cet égard, la part croissante que prend dans le développement du pays la consommation intérieure, grâce à une augmentation substantielle des salaires. L’historien Alain Roux, sinologue réputé, n’a pas caché avoir « fait un rêve » en constatant toute une série de mesures de démocratisation -démantèlement de structures répressives, élection des maires dans les villages, nouveaux liens avec les paysans…- : celui de voir la nouvelle direction du pays « faire de toutes ces nouveautés politiques un ensemble cohérent, dans un dialogue permanent avec la société », ce qui n’est pas le cas. « J’espère encore, avec des doutes » tempéra-il, non sans noter avec satisfaction « la richesse du débat politique dans certaines revues ou sur les campus » et « de grands succès dans la lutte contre la corruption ( qui se traduit par ) une popularité considérable » du nouveau Président chinois. Pour le sociologue Jean-Louis Rocca, qui a étudié la société chinoise sur place pendant dix ans, « il faut arrêter d’ opposer le système occidental au modèle chinois, les pays « démocratiques » et les autres ! » La crise de la représentation des intérêts des gens est majeure en Occident -rappela-t-il. On y tient, certes, des élections, mais avec une « confiscation du pouvoir ». Quant à la Chine, « elle doit trouver son propre système ». Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales, souligne combien cet immense pays a besoin de la mondialisation : « nourrir sa population nécessite 2,5 fois sa surface cultivable ! » Inversement, elle dépend du marché mondial pour vendre ses « terres rares » ( métaux stratégiques ) . Cette interdépendance explique son pragmatisme dans les coopérations internationales.
Une formule est revenue à plusieurs reprises dans les propos des intervenants chinois : »Prenons conscience de notre communauté de destin ». Voilà qui a dû faire l’unanimité de tous les présents .
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(1) Le Forum s’est tenu le 30/9/2015 à l’Espace Niemeyer et a réuni 16 intervenants. Un compte-rendu exhaustif en sera publié sous peu.




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