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LE PROJET EL KHOMRI : UN GAGE DE HOLLANDE A MERKEL ?

wurtz-l-humanite-dimancheDepuis quelques jours circule dans les « milieux bien informés » une rumeur qui mérite attention. Selon cette hypothèse, l’acharnement de François Hollande et de son gouvernement à tenter d’imposer au pays , contre vents et marées, le démantèlement du Code du travail trouverait notamment son origine dans un « vaste projet présidentiel qui touche à l’avenir de la construction européenne » (1). Le Chef de l’Etat chercherait à convaincre Angela Merkel d’accepter de constituer avec la France -et le cas échéant un petit nombre d’Etats limitrophes- un « noyau dur » économiquement intégré au coeur de l’Union européenne. Bref, de mettre sur pied une sorte de « gouvernement économique » germano-français capable d’entrainer dans son sillage une « Europe » aujourd’hui sérieusement menacée de désintégration. Il faudrait, pour gagner la Chancelière à cette idée, lui apporter une preuve tangible que « la France est enfin sérieuse et qu’elle peut se réformer ». Le projet dit El Khomri deviendrait ainsi une sorte de gage de crédibilité libérale de Paris à l’adresse de Berlin.

Cette supputation est, hélas, très plausible. François Hollande a effectivement développé à plusieurs reprises cette idée de « noyau dur » -qu’il n’hésite pas à présenter comme l’une des grandes ambitions de son quinquennat ! Et n’a-t-on pas , par ailleurs, fait grand cas , dans les sphères gouvernementales, des paroles flatteuses récemment prononcées par le chantre de l’orthodoxie allemande, Wolfgang Schaüble, à propos du texte de Madame El Khomri ? Mieux vaut donc prendre cette hypothèse au sérieux et en clarifier sans attendre la nature et l’enjeu.

Rappelons dans cet esprit d’où vient cette idée de « noyau dur » et ce qu’elle recouvre concrètement .Son inventeur ne siège pas à l’Elysée ! Il n’est autre que…Schäuble en personne ! C’est en 1994, peu de temps après l’entrée en vigueur du traité de Maastricht et de ses « critères » austéritaires , qu’il avait, avec un autre ténor de la droite d’outre-Rhin, Karl Lamers, lancé cette idée d’une convergence forte et durable des politiques budgétaires, économiques et sociales de l’Allemagne et de la France. Les autres Etats de l’UE devaient se contenter d’intégrer l’un des « cercles concentriques » appelés à graviter autour du noyau ! Les dirigeants français -tant Mitterrand que Chirac- avaient alors accueilli l’idée de cette union franco-allemande par un prudent silence .

Vingt ans plus tard, en 2014, les deux « pères » de ce projet ont réitéré leur vision du « noyau » en question. L’objectif poursuivi est clair : faire appliquer les « réformes structurelles » et assurer la discipline libérale, y compris en dotant un commissaire européen du pouvoir de rejeter les budgets nationaux qui ne respecteraient pas les règles ! Et comme un tel schéma institutionnel ultra-centralisateur susciterait naturellement de vives contestations populaires, il faudrait trouver un moyen d’ « assurer la légitimité des décisions ». C’est le rôle qui serait dévolu à un « parlement de la zone euro » chargé de valider les choix de l’exécutif du « noyau dur ».(2) Un an au paravant, le co-initiateur de ce projet avait, en outre, soutenu l’idée de l’élection du Président de la Commission européenne au suffrage universel et estimé que son ami Schäuble « serait un excellent candidat » à ce poste…(3)

C’est de ce montage baroque -et dangereux- que François Hollande s’inspire aujourd’hui . Avec , à l’adresse de Madame Merkel, très sourcilleuse quant au contenu de l’éventuel contrat de mariage, le projet de loi El Khomri comme première dot . Une raison supplémentaire de mettre en échec ce texte scélérat tout comme le « grand dessein présidentiel » qu’il serait censé favoriser.

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(1) « L’ultime coup de poker du quinquennat »- Françoise Fressoz, « Le Monde » ( 27/2/2016 )
(2) Reuters ( 1/9/2014 )
(3) Karl Lamers – interview à l’Express (22/6/2013)

3 mars 2016 at 7:56 Laisser un commentaire

A PROPOS DE « L’EUROPE DIFFÉRENCIÉE » CHÈRE A J-M AYRAULT

wurtz-l-humanite-dimancheNotre nouveau Ministre des Affaires Étrangères, Jean-Marc Ayrault, vient de s’expliquer sur sa conception de l’Europe (1) . C’était au lendemain de la capitulation déplorable des dirigeants européens face au chantage du Premier Ministre britannique . Comment réagit-il au droit accordé à Londres de violer l’un des rares principes égalitaires de l’union européenne en privant les résidents européens à faibles revenus des aides sociales accordées aux Britanniques de même condition ? « David Cameron avait demandé à l’Europe qu’elle l’aide à gagner son référendum. C’est ce que nous avons fait » , plaida-t-il. Plus généralement, selon le Ministre : « Chacun doit accepter une Europe différenciée dans laquelle ceux qui veulent plus d’Europe pourront avancer et ceux qui ne veulent pas aller plus loin n’y feront pas obstacle » . Voilà une formule trompeuse par excellence.

Une « Europe différenciée » ? En soi, pas de problème . Non seulement, à gauche, nous l’acceptons, mais nous la revendiquons ! Pour une double raison . D’abord, parce que « l’Europe » procède de nations au parcours historique et aux références culturelles spécifiques. Ensuite et surtout, parce qu’il n’y a, en démocratie, rien de plus légitime que le droit de chaque peuple de choisir son destin . Or, les options politiques d’un peuple à un moment donné ne correspondent pas nécessairement aux aspirations, tout aussi légitimes, de la majorité de ses voisins. Ces différences-là ne doivent , en effet, nullement empêcher les pays concernés de coopérer le plus étroitement possible. Mieux : face à l’interdépendance qui se manifeste dans les domaines de plus en plus nombreux -financiers, économiques, environnementaux, culturels, politiques- il est hautement souhaitable que puissent être élaborées , le plus souvent possible, des réponses communes aux enjeux communs. C’est ce que les communistes appellent « une Union de nations et de peuples souverains et associés » (2) . Et ils ajoutent : « Une Union à géométrie choisie » . Cela veut dire : chaque société a le droit de décider dans quels domaines elle accepte d’exercer sa souveraineté en commun avec d’autres sociétés.

Est-ce cela que préconise Jean-Marc Ayrault ? Evidemment non ! Avec ce projet de gauche, il s’agirait d’une union émanant des peuples, réalisée autour d’objectifs et sur des bases librement choisis et clairement assumés à chaque étape par les citoyens de chaque pays membre . Cela s’appelle la souveraineté populaire . C’est précisément parce qu’elle ignore ce droit imprescriptible que l’Union européenne suscite un véritable phénomène de rejet auprès de tant de citoyens qui ne sont pourtant ni nationalistes ni europhobes. « L’Europe différenciée » chère à notre ministre, c’est en quelque sorte la juxtaposition d’une Europe libérale de type fédéral ( à la Merkel ) et d’une Europe libérale de conception souverainiste ( à la Cameron ) !

A aucun moment, il n’aborde la question de base : « que voulons-nous faire ensemble ? Si la finalité principale est « l’économie de marché où la concurrence est libre » et ses traductions concrètes l’austérité, la dérèglementation, et le torpillage du code du travail, comment s’étonner de la révolte des peuples -dramatiquement instrumentalisée, faute d’alternative visible, par les populismes bruns !

Depuis quelques temps, des dirigeants européens eux-mêmes disent craindre une « désintégration » de l’Union européenne. Ce n’est pas à souhaiter. Raison de plus pour rouvrir sans délai le débat sur sa « refondation ».

————
(1) Journal du Dimanche ( 21/2/2016 )
(2) PCF : « Refonder l’Europe » ( Convention du 15/11/2013 )

25 février 2016 at 12:21 Laisser un commentaire

JUSQU’OÙ LAISSERA-T-ON ALLER « L’ALLIÉ » ERDOGAN ?

wurtz-l-humanite-dimancheLa même complaisance manifestée il y a 25 ans par nos « élites » envers un tyran intouchable de l’époque -Hassan II du Maroc-, on l’observe à nouveau , de nos jours, à l’égard d’un autre autocrate ultra-conservateur , nationaliste et répressif, adepte lui aussi d’alliances inavouables : le Président turc, qui se rêve en nouveau sultan tout-puissant et craint , Recep tayyip Erdogan. Aussi, comme ce fut le cas, il y a un quart de siècle, avec les révélations sur « Notre ami le Roi » (1) , est-il grand temps de placer les laudateurs -en particulier français et européens- de ce dangereux personnage devant leurs responsabilités. Le temps presse, car sa haine anti-kurdes ne connaît plus aucune limite. Depuis samedi dernier, le fauteur de guerre d’Ankara a franchi un nouveau seuil de l’irresponsabilité en bombardant les forces kurdes des YPG de Syrie -fer de lance universellement reconnu du combat contre Daech- coupables, à ses yeux, d’avoir repris des positions stratégiques à des groupes djihadistes ( Ahrar Al-Cham ) financés et armés par la Turquie ! Et c’est de…Washington qu’est venue « l’exhortation à cesser ces tirs » ! Ce n’est qu’ après une deuxième journée de bombardement que, du côté français et européen , l’on se résigna à briser enfin un long silence gêné.

Il en va ainsi depuis le déclenchement, par Erdogan, l’été dernier, de la chasse aux Kurdes, d’une sauvagerie inouïe en Turquie même. Le quartier historique de Diyarbakir est un champ de ruines. Les principales villes du Sud-Est anatolien sont dévastées. Les couvre-feu imposés signifient pour les habitants l’obligation de se cloîtrer chez eux, sans accès à la nourriture ni aux soins, et le risque d’être pris pour cible par des troupes fanatisées par le nationalisme anti-kurde qui voit des « terroristes » partout ! D’où d’innombrables victimes civiles parmi lesquelles nombre d’enfants ! Quant au siège de la ville de Cizré ( 120 000 habitants ) depuis plus de deux mois, il entrera dans l’Histoire des grands crimes de guerre : en particulier le récent massacre de plus de 70 personnes réfugiées dans des caves, pilonnées jour et nuit par des tirs de tanks , et dont les corps ont, ensuite, été dispersés pour faire croire à des victimes isolées.

Et pourquoi ce déchaînement de fer et de feu ? « Pour mettre hors d’Etat de nuire les terroristes du PKK » -répondent les « autorités ». De fait, de jeunes combattants de cette organisation -contre l’avis du co-président du parti le plus représentatif des Kurdes, le HDP : Selahattin Demirtas- ont repris les armes contre les forces de répression turques, jusque dans les villes. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que l’origine de ces actes de désespoir est la rupture unilatérale , par Erdogan, des négociations de paix entre l’Etat turc et le leader historique kurde ( emprisonné ) , Abdullah Öcalan, qui se déroulaient depuis 2013 ! Öcalan avait, en effet, réussi à obtenir de la plupart des combattants du PKK qu’ils arrêtent la lutte armée et même qu’ils quittent le pays ! C’est cette chance historique qu’Erdogan a délibérément gâchée après les élections de juin 2015 marqué par le succès éclatant du HDP. Car ce résultat a ruiné l’ ambition du maître d’Ankara de s’octroyer les pleins-pouvoirs en changeant la Constitution. Erdogan a tiré de cet échec stratégique la conclusion qu’une lutte politique, démocratique et pacifique profiterait au HDP. C’est alors qu’il a décidé de relancer le cycle infernal de la violence et de la guerre contre les Kurdes . Un tel personnage ne peut être un allié de la France ni de l’Europe ! Une seule position doit prévaloir : il n’y a pas de solution militaire au problème kurde ! Il faut cesser le feu ! Il faut cesser les violences ! Il faut revenir aux pourparlers de paix !

———
(1) Ce livre de Gilles Perrault (1990) révéla au grand public la nature réelle du régime marocain d’alors et mît au jour les complicités du « beau monde » français avec le monarque.

18 février 2016 at 9:50 2 commentaires

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