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EUROPE : ETAT DES LIEUX AVANT TRAVAUX…

wurtz-l-humanite-dimancheVoici un aperçu des principaux enjeux européens que les pouvoirs publics et les grands media auraient dû, en bonne démocratie, mettre en débat dans la société avant l’échéance électorale majeure de dimanche prochain. Chacune et chacun aurait alors pu prendre sa décision en connaissance de cause.

D’abord, faut-il poursuivre ou rompre avec les politiques d’austérité? Pour le Premier Ministre grec, c’est … »une success story »! Pour le peuple et le pays, c’est une chute de 26% des richesses produites (par rapport à 2008); une dette passée de 113 à…175% ! ; un chômage qui a explosé de 7,6% il y a cinq ans à 27,3% (plus du double pour les jeunes); des salaires qui ont baissé de 13,8% en trois ans, sans parler de la dilapidation du patrimoine public et du traumatisme des humiliations subies. Quant à la zone euro dans son ensemble, les politiques d’austérité l’ont plongée dans la déflation et la stagnation durable:non seulement la France est à 0,0% de croissance et l’Italie à -0,1 (or,ensemble,ces deux pays représentent 40% des richesses produites dans la zone euro!), mais des pays réputés « vertueux »  comme la Finlande et les Pays-Bas replongent dans la récession (-0,4 % pour le premier; -1,4 % pour le second).

Ensuite, où en sommes-nous de la « régulation »des marchés financiers censée nous garantir contre un nouvel accès de folie des « investisseurs »? « Nous avons maitrisé la finance » nous a assuré, le 5 mai dernier, François Hollande, manifestement aussi fiable sur ce terrain que sur celui de l’inversion de la courbe du chômage. « La finance s’emballe, alors que rien n’est réglé » titrait , à l’inverse, le quotidien économique « Les Echos » une semaine plus tard (12 mai 2014), mettant en garde contre le « retour frénétique » d’ une finance qui « flambe à nouveau » tandis que « les problèmes de fond révélés par la crise n’ont pas été réglés »! Symptomatique de l’extrême « timidité » des mesures prises ou envisagées, la fameuse « taxe Tobin » sur les transactions financières se limiterait à une dizaine de pays, serait ridiculement faible, mais surtout éviterait de toucher les « produits (financiers) dérivés » -spéculations sur les cours futurs d’actions,de devises,de taux…-. Or,ces « produits » ,souvent qualifiés d’ « armes de destruction massive », représentent pour la seule Union européenne la bagatelle de …370 000 milliards de dollars (1), soit 125 fois la production de richesses annuelle de la France ! Problème: notre gouvernement est de ceux qui s’opposent vent debout à la taxation des transactions concernant ces « produits dérivés », sensible qu’il est aux pressions du Medef et de son homologue allemand BDI , pour qui « accroitre leurs coûts porterait un préjudice grave à la compétitivité. »

 
D’une façon générale, la liste est longue des choix cruciaux à effectuer dans la prochaine période pour faire évoluer l’Union européenne , soit dans une fuite en avant explosive, soit dans un processus de rupture avec ses « fondamentaux » actuels et de reconstruction sur des bases coopératives et solidaires. Quiconque peut en citer maints exemples: les missions de la Banque centrale européenne afin d’orienter l’argent crée vers les opérations financières, ou à l’inverse vers les investissements publics créateurs d’emplois et les services publics; la « concurrence libre et non faussée » ( y compris le « détachement des travailleurs » qui vise à mettre en concurrence les modèles sociaux), ou à l’inverse l’aide à la réduction des écarts de productivité entre pays membres et l’effort d’harmonisation des législations sociales vers le haut;une politique énergétique chaotique (voir l’Allemagne!) ou un programme conséquent de transition écologique et de « décarbonisation » des énergies; la répétition des tragédies insoutenables de l’émigration de survie ou à l’inverse une révision en profondeur des relations (tant économiques qu’humaines) avec nos partenaires du sud; la poursuite des négociations pour un grand marché transatlantique ou à l’inverse l’ambition de porter un modèle – social,écologique, culturel- avancé dans la mondialisation avec tous les alliés qui le souhaitent dans le monde…Et pour tout cela, une centralisation toujours plus poussée des décisions ou à l’inverse une implication résolue des citoyens dans les affaires européennes. Le chantier est ouvert: rendez-vous dimanche prochain!
 
 
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(1) Chiffre de la Banque des règlements internationaux.

22 Mai 2014 at 5:20 Laisser un commentaire

LE DERNIER SURVIVANT DU CNR PARLE

wurtz-l-humanite-dimancheComment mieux célébrer le 8 mai dans cette chronique qu’en rendant compte d’un passionnant livre d’entretiens avec le dernier survivant du Conseil National de la Résistance, qui vient de paraître ! (1) Notre ami, Robert Chambeiron -c’est naturellement de lui qu’il s’agit- , va entamer, le 22 mai prochain, sa…centième année. Il avait entre 25 et 30 ans et assumait déjà la lourde et périlleuse responsabilité de Secrétaire général adjoint du CNR quand se sont déroulés les événements dramatiques et les actions héroïques qu’il relate ici avec une vivacité d’esprit et une précision inouïes. Rien de grandiloquent dans les propos de ce proche compagnon de Jean Moulin, mais un cheminement vivant et éclairant à travers les étapes marquantes qui ont conduit de la trahison de Pétain – et des partis qui lui ont confié les pleins pouvoirs le 10 Juillet 1940- à la défaite finale du nazisme et à la libération de la France.

Parmi les thèmes les plus cruciaux qui émergent de ces entretiens, conduits avec une intelligente complicité par une amie du grand Résistant, Marie-Françoise Bechtel, on citera tout d’abord les motivations qui ont présidé à l’engagement du jeune Robert dans un combat qui imprégnera profondément toute son existence:  » La guerre d’Espagne a marqué un tournant décisif », dit-il en citant à ce propos la belle formule de l’historien Maurice Voutey :  » la résistance avant la Résistance ». Autrement dit, c’est la solidarité internationale qui a éveillé au combat pour libérer la France. On est aux antipodes de la démagogie nationaliste qui tente aujourd’hui d’embrouiller les esprits.

Un autre sujet majeur évoqué au travers d’une multitude de faits historiques ou d’anecdotes vécues est la délicate et patiente construction de l’unité de la Résistance. Entre les gaullistes, les communistes, les chrétiens…, les différences d’approche étaient réelles. Au-delà, si les principaux représentants des classes dirigeantes avaient massivement choisi le camp de la collaboration, il y avait néanmoins des éléments franchement conservateurs au sein de tel ou tel mouvement de la Résistance: « Ils étaient anticommunistes et ça ne les dérangeait pas outre mesure de mal se conduire avec des gens qu’on supposait être des rouges » témoigne ainsi un ancien lieutenant proche de Raymond Aubrac. Certains d’entre eux n’entendaient pas reconnaître à Jean Moulin la qualité de chef de la Résistance intérieure car ils  » lui reprochaient son engagement dans le Front populaire » souligne Chambeiron. C’est à surmonter ces différences et ces oppositions dans un élan commun pour chasser l’occupant et « mettre en place toutes les structures économiques et administratives qui se substitueront à Vichy »que s’est employé le CNR. Comment ce rassemblement a-t-il finalement pu s’effectuer sur une base clairement progressiste? En particulier grâce à l’entrée en masse de la classe ouvrière dans la Résistance. Robert Chambeiron rend à cet égard un hommage appuyé à l’action de la CGT réunifiée et du Parti communiste. »Les classes dites conservatrices finiront même par rallier le mouvement parce qu’il n’est pas d’autre voie que de s’entendre si l’on veut s’organiser pour contrer les Allemands » note-t-il.Quant à De Gaulle, il « sent bien cette poussée à gauche », lui qui déclare, à Londres,en 1942: « C’est une révolution(…) que la France, trahie par ses élites dirigeantes et par ses privilégiés, a commencé d’accomplir » !

Le programme du CNR – qui reste aujourd’hui encore une référence pour les forces de progrès et un repoussoir pour les nantis- est le reflet de ce rassemblement à dominante progressiste. Sa mise au point -à l’unanimité, ce qui explique certaines lacunes,comme le doit de vote des femmes ou la référence à la laïcité…- demanda quatre mois. Sur la base d’un projet préparé par Pierre Villon, une des figures communistes, avec Rol-Tanguy, de la Résistance, les représentants des différents mouvements rédigèrent le texte définitif , qui sera adopté le 15 mars 1944 -il y a tout juste 70 ans. « Pour moi, conclut Robert Chambeiron, l’honneur de la Résistance aura été d’agir afin de libérer le pays tout en définissant l’avenir ».

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(1) »Résistant », de Robert Chambeiron.Entretiens avec Marie-Françoise Bechtel (Fayard,2014).

7 Mai 2014 at 6:46 Laisser un commentaire

TROIS IDEES FAUSSES QUI FAVORISENT L’ABSTENTION

wurtz-l-humanite-dimancheOn nous annonce une abstention record aux élections européennes du25 mai prochain. Et ce seraient, comme toujours, les citoyens les plus en difficulté qui seraient les plus enclins à se désintéresser de ce scrutin -plus particulièrement parmi celles et ceux qui ont été déçus par la « gauche »au pouvoir. Or, autant leur exaspération est légitime -envers cette Europe comme à l’égard du gouvernement !- autant se priver d’un vote vraiment de gauche aux élections du 25 mai serait une erreur fatale. Trois idées fausses méritent d’être clarifiées à ce propos.

La première concerne le Parlement européen : « il n’a aucun pouvoir! » entend-t-on fréquemment. Répétons donc une fois de plus ce fait majeur: les fameuses « directives de Bruxelles », telles celles qui libéralisent les services publics ou organisent la mise en concurrence des travailleurs en Europe n’existent que parce qu’une majorité de parlementaires européens les ont adoptées ! Ainsi, la  directive sur les « travailleurs détachés » aurait pu être sensiblement modifiée si les amendements de notre groupe de la « Gauche unitaire européenne » (conformes aux demandes des syndicats ) avaient été plus largement soutenus. On aurait été en position de force vis-à-vis des gouvernements les plus libéraux. Il y a plus: les députés européens auront à approuver ou à rejeter la future Commission européenne; il pourront à tout moment la renverser; ils auront également à approuver ou à rejeter le futur (éventuel) traité sur le « Grand marché transatlantique »- ce projet diabolique des ultra-libéraux. Etc…Aussi, l’abstention est-elle contre-productive: elle renforce les partisans de l’Europe libérale au lieu de conforter l’opposition de gauche à cette Europe-là !

Par ailleurs, à entendre les grands média -qui font une cour obscène au Front national- , il faudrait s’attendre à ce que le prochain Parlement européen soit une chambre brune envahie par les amis des Le Pen de toute l’Europe. La voix de la gauche critique serait noyée sous le flot populiste! A quoi bon aller voter, s’il en était ainsi! Le problème,c’est que la réalité est tout autre! Selon les toutes dernières projections en sièges, à partir des enquêtes d’opinion en Europe, notre groupe de la « Gauche unitaire » augmenterait le nombre de ses membres de quelque…50% -du jamais vu!- et frôlerait la troisième place, très loin devant toute la coalition des extrêmes droites, qui n’est même pas assurée, à ce stade, de pouvoir constituer un groupe! Raison de plus de contribuer à ce rapport de force par votre bulletin de vote!

Enfin, l’idée -compréhensible- circule que « cette Europe ne tiendra de toutes les façons aucun compte du choix des citoyens,comme ce fut le cas après la victoire du NON en France au traité constitutionnel en 2005″. La grande nouveauté par rapport à cette période-là, c’est que la crise de légitimité de l’Europe actuelle n’est plus limitée à un ou deux pays: elle est générale . Un sondage Gallup organisé en septembre dernier dans les 28 pays membres est éloquent à cet égard. A la question: »Les politiques d’austérité sont-elles efficaces? » 5% répondent OUI et 51% NON ! Et  à celle demandant si « une autre politique est possible? », 60% répondent par l’affirmative , contre 25% qui ne le pensent pas! La vérité, c’est qu’aujourd’hui les dirigeants européens en place et les dirigeants nationaux qui co-réalisent cette politique désastreuse sont massivement désavoués. Ils pérorent mais, en réalité, ils sont très affaiblis . C’est donc le moment ou jamais pour affirmer l’exigence de ruptures nettes avec ce modèle qui a fait faillite et pour s’attaquer à la refondation de la construction européenne: coopérative, solidaire et démocratique. C’est le sens de la campagne de nos amis de la gauche européenne autour d’Alexis Tsipras, le courageux leader de Syrisa, en Grèce. Et c’est, en France, celui du vote pour les listes du Front de gauche.

30 avril 2014 at 7:31 2 commentaires

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