Posts filed under ‘Allemagne’

SCHRÖDER : UNE REFERENCE ?

Pressé de dire si « la baisse du coût du travail (était) sortie du radar » du gouvernement, Pierre Moscovici vient de lâcher: « Il y aura un véritable agenda de compétitivité dans les tout prochains mois.Ce n’est pas long!Gerhard Schröder a attendu quatre ans. »Déjà,le 27 septembre dernier,sur France 2, le Premier Ministre lui-même a eu cette sortie plutôt insolite: « Schröder a eu besoin de deux mandats pour faire ses réformes,nous le ferons dès maintenant! ». Le dé-constructeur de l’Etat social allemand serait-il devenu une référence,même partielle,du gouvernement?Sur un sujet aussi sensible,l’ambiguité n’est pas permise.

Rappelons donc,une fois de plus,quelques uns des ingrédients de l’ « Agenda 2010 » lancé outre-Rhin,il y a une dizaine d’années,par le précurseur du « choc de compétitivité ».

D’abord,à propos des retraites: l’âge légal y est porté progressivement à 67 ans. Les cotisations augmentent et les pensions diminuent (à 46% du salaire!).A côté du régime de base,par répartition,est crée un fonds d’épargne-retraite par capitalisation.Un certain nombre d’avantages fiscaux des retraités sont rabotés.

Dans le même temps,le marché du travail subit les coups de massue des « lois Hartz ».En vertu de ces  » réformes « ,un chômeur doit accepter tout poste qui lui est proposé par l’agence pour l’emploi,fût-ce avec un salaire inférieur à son indemnité-chômage.Des « mini-jobs » sont institués,ultra-précaires et  payés moins de 400€ par mois ,les entreprises concernées étant,en outre,éxonérées de cotisations sociales  sur ces « emplois ».Quant aux travailleurs âgés,ils sont particulièrement dans le collimateur : chômeurs,ils n’ont droit à une allocation qu’à la condition d’avoir travaillé durant un an au cours des deux dernières années écoulées.La durée du versement de l’allocation- chômage passe,elle,de 32 à 12 mois.Passé ce délai,les chômeurs de longue durée,à la place des 57% du dernier salaire qui leur étaient accordés jusqu’alors,ne perçoivent plus qu’une sorte de RMI de 345€ -cette allocation de survie pouvant être réduite si le conjoint travaille,si le patrimoine excède 13000€ ou si la famille proche a des économies…

Inutile de dire que,si le nombre des chômeurs reconnus a sensiblement baissé depuis la mise en oeuvre de cette purge,la précarité et la pauvreté,elles,ont explosé dans l’ « économie la plus compétitive d’Europe »!L’Office allemand des statistiques chiffre à un quart de la population du pays (!) le nombre de personnes menacées de pauvreté avant transferts sociaux .Il situe même à 36% la proportion de retraités exposés au même risque! Même les enfants ne sont pas épargnés:à Berlin,un sur trois vit dans la pauvreté.Avoir un emploi ne suffit plus pour se libérer de cette oppression: ils sont officiellement plus de 20% parmi les salariés des entreprises de plus de dix employés à être classés parmi les pauvres.2,5 millions d’entre eux cumulent deux postes de travail pour vivre.En 2010,un salarié sur quatre gagnait en Allemagne moins que le SMIC horaire français; 1,4 millions d’entre eux touchaient moins de…5€ par heure. Certes,tous les Allemands ne partagent pas ce sort: les 10% les plus fortunés d’entre eux se partagent nettement plus de la moitié des richesses du pays,tandisque les 50% les plus pauvres en détiennent 1%,soit quatre fois moins qu’avant l’ouragan Schröder.

Aussi ne peut-on qu’attendre d’un gouvernement de gauche qu’il cesse franchement et définitivement de voir dans une telle hécatombe des droits sociaux la moindre source d’inspiration.

29 octobre 2012 at 9:36 Laisser un commentaire

CHANGER L’EUROPE, C’EST UN COMBAT

« La méthode dont nous sommes convenus consiste à mettre toutes les idées,toutes les propositions sur la table et à voir ensuite quelles sont les traductions juridiques pour les mettre en forme » a déclaré François Hollande à l’issue de son premier entretien avec Angela Merkel.En attendant, on fait quoi?Disons-le tout de go: sans un sacré bouger du rapport des forces d’ici au Conseil européen de la fin juin,il n’y a aucune chance que l’on débouche sur la « réorientation » des politiques européennes dont le nouveau Président a suscité l’espoir en France comme chez nos voisins, notamment du Sud de l’Europe. Et ce pour au moins trois raisons.

D’abord,pour positives que soient plusieurs des idées reprises par François Hollande pour stimuler la « croissance », celles-ci ne sont pas du tout à la hauteur des transformations qu’exige la crise de loin la plus grave que l’UE ait jamais connue ( 25 millions de chômeurs, 115 millions de pauvres, la zone euro en récession, des pays pris à la gorge par les marchés financiers…)

Ensuite,parmi « toutes les propositions sur la table » figurent celles de 12 chefs de gouvernement connus pour leur obsession libérale. Pour eux, les chemins vers la « croissance » passent par « l’assouplissement du marché du travail »(faciliter les licenciements); »l’ouverture des marchés »(davantage de concurrence);ou la « simplification des lois »(moins de contraintes pour les employeurs)… Aller dans leur sens ne conduirait pas vers une « réorientation » des politiques européennes mais vers leur accentuation .

Enfin,François Hollande ,rappelons-le, ne remet pas en cause le « Pacte budgétaire »lui-même,pas plus que les directives et règlements exprimant la même logique (« sixpack »).

Alors,que faire d’ici fin juin pour contribuer à ce que les décisions du Conseil européen soient prises dans un rapport des forces plus favorable aux transformations nécessaires? Pour le nouveau Premier Ministre,Jean-Marc Ayrault, »plus l’appui des citoyens sera fort aux législatives,plus nous pourrons agir ».Mais » l’appui « à quoi? A la non-remise en cause du Pacte budgétaire, simplement « complété » par des mesures notablement insuffisantes et qui risquent d’être mâtinées d’autres,franchement libérales?
 Non. Il faut être clair: changer l’Europe est un combat! Les elections législatives doivent permettre de progresser dans ce combat. Elles doivent exprimer des exigences réellement transformatrices dont le Président pourra -devra- être le porteur dans les négociations impitoyables à venir! En particulier les exigences qui touchent aux missions et aux statuts de la Banque centrale européenne,seul levier nous permettant de nous libérer de la toute-puissance malfaisante des marchés financiers. Ces élections doivent aussi exprimer une franche solidarité avec les forces sociales et politiques qui résistent en Europe à la politique que nous voulons enrayer puis inverser.Je pense en premier lieu à la Grèce, aujourd’hui menacée d’exclusion de la zone euro et d’abandon si ses citoyens donnaient , le 17 juin prochain, la majorité à une gauche favorable à l’euro mais opposée à l’austérité et à la descente aux enfers du pays.

Sur ce double plan,dans les positions actuelles de François Hollande, le compte n’y est pas! C’est au Front de Gauche qu’il appartient , sur ce plan aussi, de faire réussir la gauche!

25 Mai 2012 at 8:38 1 commentaire

LA GAUCHE FACE A LA DÉ-CONSTRUCTION EUROPEENNE


La zone euro peut supporter une sortie de la Grèce. Voilà,en substance,le message lancé le 11 mai dernier par Wolfgang Schauble, ministre allemand des finances. »Nous avons beaucoup appris ces deux dernières années et construit des mécanismes de protection » a précisé le possible futur président de l’Eurogroupe. Il faisait allusion à la fois au traité de discipline budgétaire et au Mécanisme européen de stabilité (MES) destiné à emprunter des fonds sur le marché financier ( à la place des Etats membres qui en sont de fait exclus ) moyennant des plans d’austérité draconiens,des « réformes structurelles » ultralibérales,et une quasi-mise sous tutelle des institutions des pays « assistés ».

La veille,un député allemand du parti libéral, au nom prédestiné,Otto Fricke,avait fait le même constat en termes encore plus cyniques: »un défaut désordonné de la Grèce ne fait plus peur à personne,car les États de la zone euro n’ont rien fait d’autre ,ces derniers mois,que de prendre des précautions pour une telle éventualité. » Bref, peu nous importe le sort de 10 millions de Grecs ( puis d’autres, le cas échéant)dès lors que le « noyau dur » de la zone euro (l’expression est de Monsieur Schauble en 1994 !) est préservé…

Cette dé-construction européenne appelle une vive réaction de la gauche européenne.Certes, les promesses lyriques du traité de Lisbonne, annonçant dès son article 1 notre entrée dans « une nouvelle étape du processus créant une union sans cesse plus étroite entre les peuples d’Europe » ne nous avaient jamais arraché de larmes d’émotion, tant elles manquent de crédibilité. Madame Merkel n’avait-elle pas lancé,dès mars 2010,un pavé dans la marre ,au tout début de la crise grecque, en affirmant tout de go: » Une manifestation de solidarité rapide ne peut pas être la bonne réponse » A ses yeux, la priorité était de « mettre de l’ordre dans tout cela », estimant (déjà) qu’il fallait pouvoir exclure « en dernier recours » un pays de la zone euro. Le véritable état d’esprit de la classe dirigeante allemande (et partiellement européenne) nous était donc connu depuis belle lurette.

Ce qui est nouveau dans les dernières déclarations allemandes, c’est qu’en haut lieu on considère que ce qui était un souhait de la Chancelière en 2010 est devenu réalité en 2012, grâce aux « mécanismes » élaborés  entretemps: le traité Merkozy et le MES. Quelles conséquences la gauche  européenne tire-t-elle de cet aveu aussi scandaleux qu’irresponsable?

Cela devrait être de témoigner de façon visible et claire toute sa  solidarité avec le peuple grec . Accepter de voir imposer à un pays membre de telles régressions, soumissions,humiliations et finalement une expulsion de la zone euro reviendrait à  signer l’arrêt de mort de l’idée même d’ « Union » européenne. Honte à ceux qui osent faire l’amalgame à cet égard entre nos amis de Syrisa qui sont au coeur d’une insurrection démocratique et salutaire et les nazillons héritiers des colonels!

Toute la gauche gagnerait à mesurer l’urgence à s’engager dans une action sans précédent par son ambition et son ampleur pour une refondation de la construction européenne autrement plus exigeante qu’un protocole additionnel au traité Merkozy ! Au centre des négociations, mais aussi des luttes, des débats …et des votes, la transformation des missions de la Banque centrale européenne doit en particulier trouver toute sa place . Avec un objectif désormais vital: donner aux Européens les moyens de se libérer de la dictature des marchés financiers pour pouvoir donner souverainement à leur Union un nouveau cap: l’ « humain d’abord ».

17 Mai 2012 at 1:38 2 commentaires

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