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A PROPOS DE « L’EUROPE DIFFÉRENCIÉE » CHÈRE A J-M AYRAULT
Notre nouveau Ministre des Affaires Étrangères, Jean-Marc Ayrault, vient de s’expliquer sur sa conception de l’Europe (1) . C’était au lendemain de la capitulation déplorable des dirigeants européens face au chantage du Premier Ministre britannique . Comment réagit-il au droit accordé à Londres de violer l’un des rares principes égalitaires de l’union européenne en privant les résidents européens à faibles revenus des aides sociales accordées aux Britanniques de même condition ? « David Cameron avait demandé à l’Europe qu’elle l’aide à gagner son référendum. C’est ce que nous avons fait » , plaida-t-il. Plus généralement, selon le Ministre : « Chacun doit accepter une Europe différenciée dans laquelle ceux qui veulent plus d’Europe pourront avancer et ceux qui ne veulent pas aller plus loin n’y feront pas obstacle » . Voilà une formule trompeuse par excellence.
Une « Europe différenciée » ? En soi, pas de problème . Non seulement, à gauche, nous l’acceptons, mais nous la revendiquons ! Pour une double raison . D’abord, parce que « l’Europe » procède de nations au parcours historique et aux références culturelles spécifiques. Ensuite et surtout, parce qu’il n’y a, en démocratie, rien de plus légitime que le droit de chaque peuple de choisir son destin . Or, les options politiques d’un peuple à un moment donné ne correspondent pas nécessairement aux aspirations, tout aussi légitimes, de la majorité de ses voisins. Ces différences-là ne doivent , en effet, nullement empêcher les pays concernés de coopérer le plus étroitement possible. Mieux : face à l’interdépendance qui se manifeste dans les domaines de plus en plus nombreux -financiers, économiques, environnementaux, culturels, politiques- il est hautement souhaitable que puissent être élaborées , le plus souvent possible, des réponses communes aux enjeux communs. C’est ce que les communistes appellent « une Union de nations et de peuples souverains et associés » (2) . Et ils ajoutent : « Une Union à géométrie choisie » . Cela veut dire : chaque société a le droit de décider dans quels domaines elle accepte d’exercer sa souveraineté en commun avec d’autres sociétés.
Est-ce cela que préconise Jean-Marc Ayrault ? Evidemment non ! Avec ce projet de gauche, il s’agirait d’une union émanant des peuples, réalisée autour d’objectifs et sur des bases librement choisis et clairement assumés à chaque étape par les citoyens de chaque pays membre . Cela s’appelle la souveraineté populaire . C’est précisément parce qu’elle ignore ce droit imprescriptible que l’Union européenne suscite un véritable phénomène de rejet auprès de tant de citoyens qui ne sont pourtant ni nationalistes ni europhobes. « L’Europe différenciée » chère à notre ministre, c’est en quelque sorte la juxtaposition d’une Europe libérale de type fédéral ( à la Merkel ) et d’une Europe libérale de conception souverainiste ( à la Cameron ) !
A aucun moment, il n’aborde la question de base : « que voulons-nous faire ensemble ? Si la finalité principale est « l’économie de marché où la concurrence est libre » et ses traductions concrètes l’austérité, la dérèglementation, et le torpillage du code du travail, comment s’étonner de la révolte des peuples -dramatiquement instrumentalisée, faute d’alternative visible, par les populismes bruns !
Depuis quelques temps, des dirigeants européens eux-mêmes disent craindre une « désintégration » de l’Union européenne. Ce n’est pas à souhaiter. Raison de plus pour rouvrir sans délai le débat sur sa « refondation ».
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(1) Journal du Dimanche ( 21/2/2016 )
(2) PCF : « Refonder l’Europe » ( Convention du 15/11/2013 )
SELON QUE VOUS SEREZ CAMERONE OU TSIPRAS…
« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »…L’Union européenne vient encore d’illustrer la brûlante actualité de cette célèbre morale d’une fable de La Fontaine vieille de plus de trois siècles (1) ! On se rappelle tous l’intransigeance absolue des autorités européennes à l’encontre de la Grèce qui ne demandait qu’une chose : « que l’Europe revienne à ses principes fondateurs ( afin de permettre à notre peuple ) de vivre avec dignité en Europe, de travailler et de prospérer en Europe, d’être égaux en Europe ». (2) La réponse des usuriers de Bruxelles à cette profession de foi en faveur d’une Europe juste et solidaire fut l’ignoble chantage à la banqueroute et à l’expulsion de la Grèce de la zone euro !
A l’opposé , l’ultimatum adressé par le Premier Ministre britannique aux dirigeants européens -en substance : « ou vous renoncez à des principes fondamentaux de la construction européenne, tels que l’égalité de traitement entre citoyens nationaux et européens, ou je me prononcerai pour que la Grande Bretagne quitte l’UE »- a été accueilli avec bienveillance par le Président du Conseil européen : un pays de « l’Union » pourra couper les aides sociales aux résidents originaires d’autres pays membres ! D’un côté, la domination brutale contre un europhile constructif mais faible ; de l’autre, la capitulation servile face à un europhobe destructeur mais fort. Cette énormité mérite qu’on s’y arrête.
Pendant des mois, la plupart des voix « autorisées » annonçaient que ce type d’exigences du dirigeant britannique était irrecevable par l’Union européenne, tant il touchait à l’essence même du projet européen, aux yeux de la grande majorité des citoyens de l’UE. Ainsi, tel journaliste qui passe pour particulièrement « bien informé » sur les « coulisses de Bruxelles » jurait-il il y a un an que « Cameron sait parfaitement qu’il n’obtiendra rien » (3) Mieux : l’ex-Ministre français des finances, devenu entre-temps Commissaire européen, Pierre Moscovici, affirmait il y a trois ans déjà , de façon tout aussi péremptoire : « David Camerone n’obtiendra rien de ses tentatives de renégociation de la relation du Royaume-Uni avec l’Union européenne » (4) . Dès lors, qu’est-ce qui a poussé les caciques européens à accepter finalement ce que même leurs plus dévoués thuriféraires avaient longtemps cru totalement inacceptable ?
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(1) « Les animaux malades de la peste » de Jean de La Fontaine (1621-1695 )
(2) Discours d’Alexis Tsipras, Premier Ministre grec -4/7/2015
(3) Jean Quatremer ( Blog remis à jour le 16/2/2015 )
(4) Intervention devant la City de Londres le 25/2/2013 ( voir ambafrance-uk.org )
HARO SUR LA GRÈCE ! TROP, C’EST TROP !
Mais où va s’arrêter le harcèlement du peuple grec et de son gouvernement ! Depuis une quinzaine de jours, cet indécent hallali atteint des sommets insupportables ! Il y eut d’abord le clash du 18 janvier dernier : les représentants des créanciers décident de reporter le déblocage d’une nouvelle tranche des prêts promis en juillet 2015 et, à plus forte raison, l’ouverture de négociations pour l’allègement de la dette . En cause : l’amputation de 15% des pensions pour les futurs retraités ne suffit pas aux usuriers. Ils veulent que cette coupe drastique s’applique aussi aux retraités actuels ( qui touchent en moyenne 750 € par mois ). Une fois de plus, les dirigeants grecs sont sommés de « négocier » le couteau sous la gorge: ils doivent rembourser 1,5 milliard d’euros en février et 2,5 autres un mois plus tard. Ils ont donc besoin de l’argent promis, y compris pour boucler le budget courant. Et, comme l’a récemment rappelé le ministre grec du travail, Giorgos Katrougalos, à propos de la douloureuse décision prise le 13 juillet de céder au diktat de l’eurogroupe : « Quand nos créanciers ont organisé la fermeture des banques, nous avons bien recherché des appuis ailleurs (…) mais il n’y avait pas de financement alternatif à celui de l’Union européenne. C’était l’impasse ». La situation n’a pas changé à cet égard…




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