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« SAUVER L’EUROPE !  » : REPONSE A HUBERT VEDRINE.

wurtz-l-humanite-dimanche« Amis, redescendez sur terre. Le moment est venu de penser tout à fait autrement pour sauver l’idée européenne ». Venant d’un ancien ministre des Affaires Etrangères dans le gouvernement Jospin, qui demeure aujourd’hui encore une voix écoutée sur les enjeux tant européens que mondiaux, cette interpellation très pertinente mérite attention ! Elle est tirée du dernier livre d’Hubert Védrine, intitulé « Sauver l’Europe ! » (1) Et, pourquoi ne pas le dire franchement : malgré mon net désaccord sur la vision d’ensemble de la construction européenne qui y est défendue, je considère qu’il s’agit d’un ouvrage qui stimule utilement le débat. L’auteur rompt, en effet, avec la langue de bois ambiante des « milieux autorisés » de Bruxelles aussi bien que des sphères gouvernementales à Paris. Védrine appelle un chat un chat et n’hésite pas à briser des tabous. Non seulement, il parle de « crise existentielle » de l’actuelle UE -le Président de la Commission, Jean-Claude Juncker, en convient désormais lui aussi- , mais il situe lucidement les origines du « décrochage de plus en plus manifeste » des Européens bien avant le « Brexit ». Il pointe, comme nous-même le faisons depuis longtemps, le vice de fabrication essentiel de la construction européenne : elle s’est faite sans les peuples. Et de citer, comme illustration du « mépris agressif envers les votes populaires », le cas du sort réservé au référendum français de 2005, qualifié à juste titre de « véritable insurrection électorale » : le TCE rejeté par la porte était revenu par la fenêtre sous la forme du traité de Lisbonne.

Autres formes d’arrogance insupportable de la classe dirigeante européenne légitimement fustigée dans ce livre : la confusion délibérément entretenue entre « vrais anti-européens » et partisans d’un projet européen alternatif à l’actuel, ou encore la propension des mêmes à « jeter la suspicion sur tout désir bien naturel de conserver une certaine souveraineté sur son destin et son identité dans la mondialisation, à balayer avec mépris toute critique ». D’autres idées émises dans le livre sont également frappées au coin du bon sens, comme le constat selon lequel le projet -cher, notamment, à François Hollande- « d’intégrer plus encore la zone euro » ( en la dotant d’un ministre des finances, d’un budget propre, d’un Trésor ) ne rendrait en rien plus légitimes aux yeux des peuples des « réformes » dont ils ont abondamment montré qu’ils n’en voulaient pas ! Nous ne bouderons pas non plus notre intérêt pour les passages suggérant à l’UE de « recouvrer, sans agressivité, une autonomie de pensée par rapport aux Etats-Unis » et de « reconstruire la relation Europe-Russie ».

On s’en doute : tout l’ouvrage en question ne suscite pas les mêmes éloges de notre part ! Ainsi, la fuite en avant néolibérale, la mise en concurrence des travailleurs, une utilisation de l’euro qui tourne le dos aux besoins de solidarités des peuples face aux marchés financiers, et le fiasco social qui en résulte sont à peine effleurés , voire carrément escamotés dans le bilan de l’UE que dresse l’auteur ! Pire : les « réformes » Schroeder sont citées en exemple ! Nous ne nous retrouvons pas davantage dans son souhait ambigu de voir « reprise en main (…) la question des flux de réfugiés et de migrants ». Enfin, sa conception de la « refondation » de cette « Union en état d’hébétude » n’est guère convaincante : Védrine suggère de décréter une « pause qui serait brève » pour réfléchir, suivie d’une « conférence refondatrice » entre « Etats volontaires ». Les citoyens ne seraient conviés qu’à avaliser ou à rejeter le compromis qui sortirait de ce conclave au sommet. De vraies contradictions, propices à un vrai débat…

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(1) Editions Liana Lévi (2016)

15 décembre 2016 at 11:50 1 commentaire

NOUVELLE CRISE POUR L’EUROPE !

wurtz-l-humanite-dimancheLes deux scrutins de dimanche dernier ont abouti à des résultats très différents mais soulèvent des questions semblables. En Autriche, le cataclysme tant redouté a été, une nouvelle fois, évité : le représentant de l’extrême droite n’accèdera pas à la tête de l’ Etat ! Nous ne bouderons pas le plaisir de ne pas avoir à déplorer un désastre sans précédent dans l’histoire de la construction européenne . Pour autant, il serait irresponsable de banaliser le fait qu’un parti comme le FPÖ -partenaire du FN au Parlement européen- ait la moindre chance de parvenir au pouvoir dans un pays de l’UE ! De fait, si l’on s’en tenait au soulagement, le sursis risquerait d’être de courte durée : en Autriche, les élections législatives -bien plus décisives, dans ce pays, que le scrutin présidentiel- se tiendront en 2018…C’est dire s’il est vital d’être au clair sur les raisons profondes de cette grave anomalie démocratique afin de s’y attaquer sérieusement !

Pour certains, la réponse à cette question est toute trouvée : « c’est la crise des réfugiés ». C’est oublier que le FPÖ était à plus de 20% bien avant cette « crise » ! En vérité, par delà les spécificités historiques de ce pays, l’essentiel du terreau sur lequel prospère ce poison en Autriche est bien connu en Europe, et particulièrement en France : les reculs sociaux et la peur du déclassement; l’absence de perspective et le sentiment d’être abandonné; et surtout, dans la pratique traditionnelle des principaux partis, un effacement poussé à l’extrême de tout ce qui oppose sur le fond la droite et une gauche digne de ce nom. La situation politique en Autriche est, à cet égard, encore plus désespérante qu’en France : non seulement, la règle nationale est celle de la « grande coalition » Droite-PS, mais chacune de ces deux familles politiques a noué sans le moindre scrupule, dans deux Länder, une alliance de gouvernement avec l’extrême droite ! (1) Difficile de faire pire en matière de torpillage des repères politiques…

Quant à l’issue du référendum constitutionnel en Italie, si elle ouvre une nouvelle -et potentiellement dangereuse- crise en Europe, ce n’est pas en raison de la victoire du NON, mais du fait du champ de ruines politique laissé derrière lui par Matteo Renzi -dont les représentants au Parlement européen siègent avec les députés socialistes. Celui qu’on surnommait « le démolisseur » s’était donné « 1000 jours pour changer l’Italie ». Ce cap vient d’être franchi. Le résultat du référendum qu’il vient d’organiser -en mettant son mandat en jeu- consacre logiquement le bilan des « changements » qu’il a promus. Parmi ceux-ci, outre la réduction des dépenses publiques et et les exonérations de cotisations patronales, personne n’a oublié l’emblématique et scandaleux « Jobs Act » qui a littéralement démoli le droit du travail, facilité les licenciements abusifs, et fait exploser la précarité de l’emploi. Et évidemment, aucun des effets annoncés de cette « baisse du coût du travail » et de cette « flexibilisation du marché du travail » ne s’est avéré : la croissance est inférieure à 1% et le chômage frappe 12% de la population, dont plus d’un jeune sur trois ! Vérité en-deçà des Alpes, et vérité au-delà : en France comme en Italie, la trahison des espoirs engendre des réactions de désespoir. En Italie aujourd’hui, elles donnent des ailes aux xénophobes de la Ligue du Nord, réveille les appétits de Berlusconi et gonflent le score du démagogue qui se veut le plus « radical »: le chef du « Mouvement cinq étoiles ». Beau bilan pour le « réformateur Renzi ! Voilà qui devrait faire réfléchir sérieusement, parmi les militants et les électeurs se réclamant de la gauche en France, ceux qui continuent d’accepter -donc de couvrir- les co-responsables d’une politique qui ressemble dangereusement à celle qui vient d’échouer lamentablement en Italie.

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(1) Dans le Land de Haute-Autriche pour la droite; dans le Burgenland pour le PSÖ !

8 décembre 2016 at 8:00 Laisser un commentaire

ÉVASION FISCALE : POURQUOI « BRUXELLES » SE RÉVEILLE ENFIN

wurtz-l-humanite-dimancheEh oui : il peut même se produire qu’une bonne surprise nous arrive de « Bruxelles » ! Ce fut le cas , fin août, lorsque la Commission européenne condamna le géant américain Apple à une amende d’un montant dix fois supérieur au précédent record en la matière -13 milliards d’euros !- pour ses pratiques fiscales ahurissantes en Irlande ( où ce groupe a transféré les bénéfices réalisés dans les pays voisins sans pratiquement y payer d’impôts depuis…1991 grâce à un arrangement avec l’Etat en question ). « Un signal fort contre l’évasion fiscale envoyé aux multinationales » salua aussitôt Oxfam-France, pourtant habituellement critique à l’égard de l’exécutif européen auquel elle reprochait encore, en avril dernier, avec raison, de chercher « davantage à sauver la face après le scandale des Panama Papers plutôt qu’à résoudre le problème de l’évasion fiscale ».

Cette mesure , atypique par son montant, fut, en effet, d’autant plus significative qu’elle intervint après celle qui avait déjà frappé d’autres grandes firmes adeptes de « l’optimisation fiscale » débridée, comme Starbucks ou Fiat Chrysler, et qu’elle marqua, avec Apple, une claire montée en gamme. D’autres grands groupes ont, entretemps, été l’objet de lourdes amendes pour des pratiques similaires ou sont en passe de subir le même sort : IKEA, Amazon, Mc Donald, Engie (ex-GDF Suez) ainsi que…35 multinationales indûment favorisées sur le plan fiscal par l’Etat belge, parmi lesquels BP, BASF, American Tabacco etc…Le plus surréaliste est que certains de ces Etats refusent d’encaisser les montants de ces redressements XXL de peur de perdre leur « attractivité » fiscale !

L’attitude offensive adoptée par la Commission dans toutes ces affaires mérite d’autant plus attention qu’en principe, en vertu des traités européens, les mesures touchant à la fiscalité doivent être décidées… à l’unanimité des Etats membres. Or, nombre de pays de l’UE -Luxembourg, Pays-Bas, Belgique, Irlande, Grande-Bretagne…-misent ouvertement sur le dumping fiscal pour attirer les entreprises au détriment de leurs « partenaires » européens.L’élément nouveau est le fait que la Commission européenne s’est enfin décidée à contourner cet obstacle en se servant -pour une fois à bon escient- d’une arme redoutable dont elle est seule dépositaire parmi les institutions européennes : la chasse aux « aides d’Etat illégales ». Chaque Etat membre est, certes, jusqu’ici, libre de fixer le taux de l’impôt sur les sociétés au niveau qu’il souhaite, mais les règles européennes interdisent de privilégier une entreprise par rapport à toutes les autres -ce qui est le cas avec tous ces arrangements fiscaux de certains Etats européens avec ces multinationales.

Pourquoi ce virage ? D’abord, les sommes gigantesques détournées par les plus grands groupes manquent cruellement aux Etats, dont certains -des deux côtés de l’Atlantique- sont à présent décidés à enrayer l’hémorragie . Ensuite, une partie des milieux dirigeants européens, sentant le sol se dérober sous leurs pas, est consciente de l’exigence vitale d’une reconquête de la confiance des Européens.

Est-il besoin de dire qu’on reste loin du compte ? Une récente directive « anti-abus » en matière d’évasion fiscale illustre cet entre-deux : elle vise à obliger ( à partir de 2018 ) les grandes entreprises à communiquer aux administrations fiscales les bénéfices réalisés dans chaque pays où elles sont implantées , afin d’éviter les transferts de profits vers des paradis fiscaux, mais elle garantit à ces groupes …la confidentialité de ces informations, retirant par là même l’effet dissuasif de la mesure. C’est le moment de faire monter les exigences : en particulier celle d’une harmonisation de l’impôt sur les sociétés sur la base d’un taux minimum le plus élevé possible.

20 octobre 2016 at 5:02 Laisser un commentaire

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