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LA BRÈCHE

wurtz-l-humanite-dimancheÀ partir de maintenant, le combat -certes de longue haleine!- pour « changer l’Europe » devient un objectif concret, tangible et à effet immédiat ! Le peuple grec et sa force de gauche, Syrisa, viennent d’ouvrir une brèche sans précédent dans une forteresse réputée inexpugnable : cette « Europe libérale »,  dont la majorité des Françaises et des Français avait, il y a bientôt dix ans, par un investissement citoyen exemplaire, ébranlé les fondements. Toutes les aspirations sociales, écologiques et démocratiques qu’elle avait alors foulées aux pieds n’ont fait, depuis, que s’exacerber de pays en pays , jusqu’à faire craquer enfin la carapace de la coalition des puissants . Merci au peuple grec, à Syrisa et à son Président ! Leur réussite est désormais un enjeu stratégique pour tout le « peuple de gauche ». Face à la caste dirigeante européenne , pour laquelle il est inconcevable que son pouvoir absolu puisse être menacé, il va falloir être à la hauteur de nos nouvelles responsabilités. Il en va de nos propres réussites futures.  Nous bénéficions pour cela de précieux enseignements de l’expérience grecque.

Le premier d’entre eux, c’est la force incomparable que représente la mobilisation d’un peuple, dès lors qu’elle est large et politiquement déterminée, pour faire avancer le débat d’idées ! Avez vous remarqué le nombre d’observateurs , y compris parmi ceux peu suspects de sympathie excessive pour Syrisa, qui ont, ces derniers jours, soudain découvert « le bilan social calamiteux du plan de sauvetage » de la Troïka; « les nombreuses erreurs et mensonges des gouvernements européens » durant ces « six années humiliantes et épuisantes »; « la gestion du cas grec mal engagée depuis le premier jour (1) ; ou qui relèvent que « le fait que le poids de la dette grecque est difficilement soutenable (…) fait son chemin » (2) . On ne saurait que s’en réjouir ! Mieux vaut tard que jamais…  Même le très orthodoxe Rédacteur en chef de l’Agence « Europe », a récemment reconnu du bout des lèvres, à propos des prêts consentis à la Grèce, que « les bénéficiaires de ces opérations sont parfois (sic) les banques qui les effectuent ». Quant au Président du groupe socialiste au Parlement européen, Gianni Pittela, réagissant aux menaces d’Angela Merkel à l’égard de Syrisa,  il a jugé « inacceptable que les forces de droite allemandes tentent de se conduire en Grèce comme un shérif ». La seule perspective de la victoire d’une gauche authentique a fait sauter de vieux blocages de la pensée. À méditer.

Une deuxième leçon à retenir de l’expérience grecque est, à mes yeux, la capacité remarquable qu’a montrée Alexis Tsipras à déjouer le piège tendu à la fois par le leader de la droite grecque, Samaras, et les principaux dirigeants européens, visant à le faire passer pour un « gauchiste » ignorant les rapports de force , prônant des mesures démagogiques et conduisant le pays à l’isolement. Le leader de la gauche grecque s’en est tenu avec une calme assurance au quatre piliers de son programme  -« la lutte contre la crise humanitaire; la relance de l’économie; la reconquête du travail; la réforme de l’Etat »- et à des mesures précises totalement indiscutables. Il s’est montré, sur cette base, ouvert à des négociations européennes et prêt à des compromis acceptables. Son autorité incontestée doit beaucoup à cette intelligence politique.

En troisième lieu enfin, il faut, je pense, retenir l’importance prise par la dimension européenne de la stratégie de Syrisa. Tant vis à vis des forces amies (Alexis Tsipras est vice-Président du Parti de la Gauche européenne, au côté de Pierre Laurent) qu’envers les institutions de l’UE, où le jeune dirigeant de la gauche grecque a multiplié les contacts. C’est tout cela qui fait la crédibilité d’un futur homme d’Etat.
Félicitations et bon vent !

30 janvier 2015 at 12:05 Laisser un commentaire

UNE REPONSE DE GAUCHE A LA MONDIALISATION

wurtz-l-humanite-dimancheLe samedi 31 Janvier prochain se tiendra, à Paris, au Sénat, une rencontre publique ouverte à tous sur le thème : « Une réponse de gauche à la mondialisation » (1). C’est là une initiative particulièrement bienvenue dans le double contexte politique de ce début d’année. D’abord, le drame de Charlie hebdo, la réaction extraordinaire que celui-ci a suscitée en France et très au-delà, ainsi que les lourdes questions qu’il fait émerger sur l' »ordre » mondial actuel. Ensuite, la nouvelle donne qui est susceptible de résulter des élections grecques du 25 Janvier pour l’avenir de la construction européenne.

Certes, la rencontre publique du 31 Janvier était prévue bien avant ces événements. Divers acteurs progressistes de la politique internationale ont, à titre personnel, contribué de longue date à la maturation de ce projet . Ses initiateurs sont Michel Laurent, animateur du « LEM », un lieu de rencontres et de confrontation d’idées sur la société et la marche du monde créé il y a cinq ans par le parti communiste français, et Bertrand Badie, éminent -et passionnant- spécialiste des relations internationales qui a formé plusieurs générations de diplomates.  Tous deux visent à lancer, à gauche, le débat sur ce qu’il faut changer dans la politique européenne et étrangère de la France et dans la vision du monde dans laquelle ses dirigeants inscrivent leur action (ou leur inaction). Les développements les plus récents de l’actualité française, européenne et internationale ne rendent cette démarche que plus pertinente.

Ainsi, que de leçons à tirer des mobilisations populaires réellement historiques du 11 Janvier dernier et de leurs suites ! Elles ont révélé les fantastiques potentialités citoyennes que recèle toujours ce peuple et qui sont dramatiquement stérilisées ou contrariées dans le cadre politique, fataliste sinon désespérant, actuel ! Elles ont également (re)donné à voir les ressorts positifs d’une certaine conception -républicaine et pas du tout nationaliste- de la nation. Elles ont rappelé une nouvelle fois combien ce type d’engagement collectif libère la réflexion politique au sens le plus noble du terme : l’extrême droite a été condamnée à bouder , la droite sarkozyste à ramer, les dirigeants européens à faire contre mauvaise fortune bon cœur …En quelques jours, des valeurs héritées des « Lumières » ont conquis ou reconquis une foule de gens, au point que …le « Traité sur la tolérance », de Voltaire, s’arrache depuis dix jours dans les librairies ! À l’inverse, cette période a, dans le même temps, confirmé  la profondeur du malaise qui traverse notre société à force d’exclusion, d’humiliation, de stigmatisation, comme elle a mis en évidence les graves blessures qui enveniment la relation entre l’ « Occident » et le monde arabo-musulman. Tous ces enjeux seront au cœur des débats du 31 Janvier. L’accent sera mis, par-delà le constat et l’analyse de ces réalités, sur la recherche de solutions progressistes à ce qui est devenu une crise de civilisation.

La journée se divisera en deux grandes parties : la première – « Nouvelle Europe »- sera introduite par la représentante de Syrisa au Parti de la Gauche Européenne, notre amie Natasa Theodorakopoulou ; la seconde -« Nouveau Monde »- par l’Ambassadrice de Palestine auprès de l’Union européenne, notre chère Leila Shahid ! Ces deux invitées spéciales s’ajouteront au groupe de personnalités qui sont à l’origine de toute cette démarche (2). Beaux débats en perspective : nous en avons tous besoin !
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(1) Sénat (Salle Monnerville) Palais du Luxembourg – 15, rue de Vaugirard Paris 6ème. ( De 9h30 à 17h.) Réservation obligatoire ( et toute information utile ) à : lem@pcf.fr (Une invitation -nécessaire pour entrer au Sénat- vous sera envoyée par courriel) 
(2) Parmi elles -outre Michel Laurent et Bertrand Badie- Alain Gresh, journaliste; Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France; Dominique Vidal, journaliste; Anne Sabourin, membre du bureau du PGE;  Noël Mamère, député; Jean-Pierre Dubois, ancien président de la Ligue des Droits de l’Homme; et votre serviteur ; participeront au débat, ainsi que Marisa Matias, députée européenne du Portugal, et Eliane Assassi, présidente du groupe CRC au Sénat.

 

22 janvier 2015 at 8:21 Laisser un commentaire

L’EUROPE FACE AU DEFI GREC

wurtz-l-humanite-dimancheLe 25 janvier prochain, les Grecs voteront. La perspective d’une victoire de Syrisa provoque un véritable branle-bas de combat dans les milieux dirigeants européens. Le président de la Commission de Bruxelles, Jean-Claude Juncker, et son associé français, Pierre Moscovici, ainsi que le lugubre ministre allemand des finances, Wolfgang Schaüble, avaient ouvert le ban en multipliant « conseils » et menaces pour tenter d’impressionner les citoyens de ce pays martyr, dans l’espoir de les dissuader de porter au pouvoir une force décidée à tenir tête à la « troïka » (1). A présent, c’est Angela Merkel en personne qui entonne l’air favori de son électorat le plus réactionnaire en agitant le bâton d’une expulsion de la Grèce de la zone euro si son futur gouvernement refusait de payer la « dette » -un fardeau , en vérité, largement illégitime et devenu irrécouvrable du fait même des purges drastiques qui ont étouffé l’économie et déstabilisé la société. C’est dire combien ce scrutin concerne tous les Européens qui aspirent à de vraies ruptures avec l’obsession « austéritaire » et les pratiques autoritaires de l’ « Europe » actuelle!

La -désormais probable- accession de notre ami Alexis Tsipras aux plus hautes responsabilités à Athènes et donc jusqu’au Conseil européen créerait une situation radicalement nouvelle. Le souffle nouveau que susciterait, selon toute vraisemblance, cette brèche dans le système européen aujourd’hui verrouillé ouvrirait un peu partout aux forces de progrès une perspective enthousiasmante. Dans le même temps, il serait irresponsable d’ignorer la complexité de la situation du fait du rapport des forces. C’est donc le moment ou jamais de pousser la réflexion sur les changements à promouvoir et de confronter les idées sur les initiatives à prendre pour en créer les conditions. La solidarité, cela se construit !

C’est dans ce contexte que va se tenir, le samedi 17 janvier prochain -à huit jours du vote grec- une série de débats réunissant des invités de marque (d’origine et de sensibilité diverses, mais à l’expérience reconnue), des animateurs clairement à gauche, et le public (qui aura la parole) (2). Outre la situation propre à la Grèce avec la funeste « troïka », les thèmes qui y seront abordés sont ceux qui font débat dans notre pays comme ailleurs : l’euro; l’emploi et la politique industrielle; la « libre circulation des personnes » dans sa double dimension -positive, avec le rapprochement des peuples, et négative, avec la mise en concurrence des travailleurs, comme les fameux « travailleurs détachés ». La désastreuse politique migratoire de l’Union européenne sera également à l’ordre du jour.

En outre, l’enjeu politique fondamental de la période -« Quelle réponse au séisme politique européen : « assouplissements »? , « réformes »? , « reconstruction »?- fera l’objet d’une confrontation d’idées cruciale. Enfin, les enjeux internationaux seront traités sous trois angles: l’ Europe et la crise ukrainienne; son action face au réchauffement climatique; et le « Grand marché transatlantique ».

Si les animateurs et les animatrices de ces débats sont toutes et tous liés à la Fondation Gabriel Péri (Marine Roussillon, Dominique Bari, Daniel Cirera et votre serviteur), les invités seront clairement pluralistes! Ainsi se succèderont des responsables syndicaux bien connus (Denis Durand, de la Banque de France; Marie-Claude Caillebaud,de la Fédération nationale des mines et de l’énergie CGT; Francine Blanche, de la Direction confédérale de la CGT) ; la représentante de Syrisa au Parti de la Gauche Européenne, Natasa Theodoracopoulou; le directeur de l’Institut Jacques Delors, Yves Bertoncini; une journaliste grecque, rédactrice en chef de la revue Alètheia, Vicky Skoumbi; un Ambassadeur de France et ancien Secrétaire général du Quai d’Orsay, Loïc Hennekine; un membre du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) et membre de l’Académie des Sciences, Hervé Le Treut; le directeur de la Fondation Madariaga- Collège d’Europe, de Bruxelles, Pierre Defraigne.
C’est ce qui s’appelle bien commencer une année 2015 aux si lourds défis européens. Rendez-vousle 17 janvier !

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(1) Voir « Les hontes de l’Europe à affronter en 2015 » – Humanité Dimanche du 23/12/2014
(2) « Europe: une crise existentielle. Et maintenant ? »Ce colloque, sous l’égide de la Fondation Gabriel Péri, se déroulera à l’Université de Paris 8-St Denis (Métro : Saint-Denis Université) le 17/1/2015 , de 9h30 à 17h30 et sera ouvert à tous. Pour s’inscrire : fondation@gabrielperi.fr

9 janvier 2015 at 7:54 Laisser un commentaire

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