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CES QUESTIONS QUE LES OCCIDENTAUX REFUSENT DE SE POSER
Cette année encore, la « Conférence de Munich sur la sécurité » a fait le plein de dirigeants occidentaux. Pas moins d’une quarantaine de Chefs d’Etat et de gouvernement mais aussi le secrétaire général de l’OTAN, la Présidente de la Commission européenne, etc…, ont fait le déplacement : bref, la « famille occidentale » fut au grand complet, élargie à quelques hôtes de marque.
La Russie, quant à elle, n’a pas été invitée cette année -ce qui se comprend aisément . Ce qui se conçoit moins, c’est que jamais, aucun des « ténors » de la Conférence annuelle de Munich n’ait osé poser la question : « si nous avions réagi différemment que nous l’avons fait au discours de Poutine devant notre Conférence en 2007, resté dans toutes les mémoires, cela aurait-il pu éviter la guerre en 2022 ? » Se poser cette question ne gomme en rien la terrible responsabilité du Poutine des années qui suivirent. « Ce n’est pas parce qu’on a créé un monstre qu’il ne faut pas le combattre », comme dit Hubert Védrine.
A l’époque, le chef du Kremlin avait énoncé plusieurs vérités que les dirigeants occidentaux n’ont pas voulu entendre : « Je suis certain qu’en ce moment crucial, il faut repenser sérieusement l’architecture globale de la sécurité (…) Le rôle de la diplomatie multilatérale s’accroît considérablement (…) Le risque potentiel de déstabilisation des relations internationales tient également à l’absence évidente de progrès dans le domaine du désarmement. La Russie se prononce pour la reprise du dialogue à ce sujet ». Après avoir énuméré une série de propositions concrètes à ce propos, Poutine s’arrêta sur la question-clé de l’élargissement de l’OTAN : « C’est une provocation qui sape la confiance mutuelle et nous pouvons légitimement nous demander contre qui cet élargissement est dirigé ». Rappelant un discours du secrétaire général de l’OTAN, à Bruxelles, le 17 mai 1990, dans lequel l’organisation atlantique se disait prête « à ne pas déployer les troupes de l’OTAN à l’extérieur de la République fédérale allemande » et soulignait que « cela donne à l’Union soviétique des garanties sûres de sécurité », Poutine interrogea l’assistance : « Où sont aujourd’hui ces garanties ? »
Si, au lieu d’ignorer ces interpellations légitimes, les dirigeants occidentaux s’étaient remémorés les mises en garde de stratèges américains eux-mêmes , comme Georges Kennan, jadis pourtant théoricien de la guerre froide, qui sonna l’alerte dès 1997 par ces mots : « l’élargissement de l’OTAN vers l’Est risque d’être la plus fatale erreur de la politique américaine depuis la guerre »; si les mêmes n’avaient pas récidivé l’année suivante en rejetant la proposition de la Russie, le 6 juin 2008, de conclure un « traité paneuropéen de sécurité » sous l’égide de l’ONU et traitant de tous les différends Est-Ouest à la seule condition de ne pas prendre , au nom de leur sécurité, des mesures mettant en cause la sécurité de la Russie -autrement dit, avant tout, de stopper l’extension de l’OTAN…, cela aurait-il permis d’éviter l’exacerbation continue de la crise jusqu’à la folie criminelle à laquelle nous assistons aujourd’hui de la part du Kremlin ? Nul ne peut apporter une réponse définitive à cette question, mais peut-on éviter de poser la question ?
INTERVIEW À L’HUMANITÉ (17/2/2023)
1) Dans le processus de livraison d’armes à l’Ukraine, les protagonistes ne semblent-ils pas jouer un jeu d’équilibristes à la recherche d’une ligne rouge ?
Oui, nous sommes entrés, en matière de livraisons d’armements, dans une phase de surenchère que je juge extrêmement préoccupante et dangereuse. Préoccupante, car elle s’inscrit dans la perspective d’une guerre longue, d’une escalade de plus en plus meurtrière. Et dangereuse dans la mesure où cette fameuse « ligne rouge » est une notion purement subjective : elle risque fort d’apparaître quand Poutine estimera qu’il ne peut plus rivaliser avec l’ OTAN avec des armes conventionnelles. C’est un pari terriblement hasardeux. Il faut arrêter de miser sur « un gagnant » par les armes dans cette guerre. Si gagnant il y avait, sur le champ de bataille, ce serait une victoire à la Pyrrhus , autrement dit un désastre général ! Cette stratégie, à mes yeux irresponsable, a été formalisée le 26 avril dernier par le Secrétaire américain a la défense sur la base militaire américaine de Ramstein devant les représentants des 40 pays « alliés », quand celui-ci a déclaré : « Les Ukrainiens peuvent gagner s’ils ont les bons équipements ». Depuis, tout se passe comme si le degré de solidarité avec l’Ukraine se mesurait à la nouvelle limite que chaque pays ose franchir en matière de livraison d’armements. Non sans incohérence, d’ailleurs, qui traduisent des hésitations sinon des divergences entre alliés. Dernier exemple : sur les avions de chasse, Biden dit -pour le moment- « No », quand son proche allié, le Premier Ministre britannique, forme des pilotes ukrainiens en prévision de telles livraisons.
2) Les voix qui s’opposent à l’escalade sur le terrain de la guerre à la recherche d’un apaisement ont-elles encore voix au chapitre dans le débat actuel ?
Je ne parlerais pas de « recherche d’apaisement », dans la mesure où il s’agit, dans tous les cas de figure, de mettre un terme à l’agression militaire russe ! Je pense, en revanche, qu’il faut faire tout le possible pour créer les conditions d’un règlement politique du conflit. On me rétorquera que c’est la quadrature du cercle, mais quel dirigeant politique occidental a, jusqu’ici, sérieusement exploré cette voie ? Nous sommes en train d’être pris dans un engrenage qui risque de devenir impossible à arrêter. Emmanuel Macron, qui avait manifesté naguère quelques velléités d’autonomie face au courant dominant de l’OTAN, est rentré dans le rang. On mesure la grandeur d’un Chef d’Etat à son courage d’aller à contre-courant d’une stratégie si sa conviction est qu’elle nous conduit dans le mur ! Mais Macron a-t-il seulement des convictions ?..
3) Comment retrouver le chemin du dialogue, de la diplomatie et de la paix dans ce contexte ? Quel peut-être le rôle de la France en l’occurrence ?
Je ne crois pas à une négociation simplement bilatérale entre Kiev et Moscou. Ni entre les Occidentaux et la Russie. Le conflit a désormais des ramifications mondiales. C’est donc, outre les représentants ukrainiens et russes, au niveau mondial -sous l’égide des Nations unies- qu’il faut, à mon sens, situer la recherche d’un règlement politique du conflit. Et -n’en déplaise à certains- le monde ne se limite pas à l’Occident. La clé du succès pourrait être l’implication dans ce processus de grands pays qui sont très préoccupés par cette guerre provoquée par Poutine -car elle menace leurs intérêts essentiels- sans pour autant s’aligner sur la stratégie des puissances occidentales, qu’ils jugent hégémoniques . Je pense à la Chine, mais aussi à l’Inde, au Brésil de Lula, à nombre de pays africains, etc…Ils ne sont pas sans influence sur Poutine, mais ne sont prêts à l’exercer qu’en faveur d’un règlement global des problèmes posés, pas d’une « Pax Americana ». La France s’honorerait bien sûr d’explorer cette piste . En a-t-elle aujourd’hui le courage ? Si oui, il faut qu’elle se dépêche d’agir.




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