Posts filed under ‘Chroniques de l’ « Humanité-Dimanche’

L’EUROPE ET CHAVEZ : QUELQUES EXPÉRIENCES VECUES

wurtz-l-humanite-dimanche                Ma première expérience européenne de l’ère Chavez se situe un an après l’élection du « Commandante », en décembre 1998. L’effondrement simultané et spectaculaire, lors de ce scrutin, des deux forces politiques qui s’étaient , trente ans durant, partagé le pouvoir (la démocratie chrétienne et la social-démocratie) laisse deviner le degré de sympathie que nourrissaient les dirigeants des principaux partis européens à l’égard du nouveau leader de Caracas…Prôner devant eux une initiative de solidarité européenne en direction du Vénézuéla revenait à leur suggérer d’attribuer le Prix Sakharov à Fidel Castro !
Ils ont pourtant dû faire contre mauvaise fortune bon coeur au moment où le nouveau gouvernement vénézuélien a eu à affronter sa première et très douloureuse épreuve. Le 15 décembre 1999, des pluies torrentielles venaient de provoquer non loin de la capitale de gigantesques glissements de terrain,entraînant dans les éboulements les innombrables habitations ultra-précaires des favélas de cette région sinistrée. Le bilan de ce drame de la misère -15 000 morts! – imposait à l’Europe de réagir. Nous avions donc proposé à la Conférence des présidents de groupe l’envoi d’une délégation officielle du Parlement européen, porteuse d’une mission de solidarité humaine et matérielle. La proposition fut, bon gré, mal gré, acceptée à l’unanimité. Nous nous rendirent sur les lieux de la catastrophe avant d’avoir un entretien approfondi avec le Président Chavez, dont l’engagement dans une action résolue contre la pauvreté massive dans ce pays riche de ses hydrocarbures  impressionna toute la délégation. L’espace d’une rencontre, le climat ne fut plus à la confrontation , mais à la coopération.

La deuxième expérience que je tiens à relater fut mois glorieuse pour l’Europe…Le 11 avril 2002, un coup d’Etat éclata à Caracas à l’initiative de quelques généraux félons , du chef du patronat et des propriétaires de grands media, avec le soutien de l’administration Bush. La totale !  Et l’Union européenne, cette championne de l’Etat de droit ? Elle…avalisa immédiatement le putsch par une Déclaration officielle de sa Présidence (espagnole). Son ambassadeur à Caracas rendit visite dès le lendemain – en compagnie de son homologue américain-  à l’imposteur, Pedro Carmono. Celui-ci héritera du surnom de « Pierre-le-Bref », car il dut prendre la fuite quelques heures plus tard, quand la formidable mobilisation populaire permit le retour du Président légitime. Chavez rappellera cette forfaiture aux dirigeants espagnols, tout en réitérant à l’Union européenne son offre de coopération. En vain.

Un troisième épisode illustre parfaitement cette incapacité de l’UE telle qu’elle est à saisir l’opportunité de construire de nouvelles relations avec les jeunes démocraties qui, depuis la brèche historique ouverte par Chavez, ont émergé dans cette région. Il s’agit du quatrième sommet Europe-Amérique latine qui s’est réuni à Vienne en mai 2006. A l’attente d’un « nouveau partenariat » axé sur les droits des populations défavorisées, les Européens ont répondu « libre-échange » conformément à « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre. » Au « sommet alternatif » des mouvements sociaux qui se tint en marge de la rencontre officielle, Hugo Chavez tira devant nous la leçon de ce blocage: « Notre tâche est d’être des multiplicateurs de conscience, car de la conscience nait la volonté, et de cette volonté nait le projet ».
Chavez est mort,mais ce combat continue.

14 mars 2013 at 9:52 Laisser un commentaire

SILVIO, MARIO ET LE « PODESTAT »

wurtz-l-humanite-dimanche   Nous sommes le 5 août 2011. Il va se produire un fait stupéfiant: le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, et son successeur désigné, Mario Draghi – forts de leur privilège unique qui est de pouvoir créer de la monnaie ex-nihilo et donc d’être seuls capables de tenir tête aux marchés financiers en rachetant de la dette d’un Etat attaqué par les spéculateurs- signent ensemble une lettre (destinée à rester secrète) adressée au président du Conseil italien, Silvio Berlusconi.

Cette lettre prend acte de « certaines décisions récentes prises par le gouvernement » (italien) qui vont dans le bon sens , mais souligne que ces dispositions ne vont ni assez vite ni assez loin. Suit , sur un ton incroyablement comminatoire, une longue liste de « mesures essentielles » à prendre d’urgence, telles que: « la libéralisation des services publics locaux et des services professionnels »; des « privatisations à grande échelle »; une « réforme supplémentaire du système des conventions collectives permettant des accords salariaux par entreprise pour adapter les salaires et les conditions de travail aux besoins spécifiques »; un « passage en revue en profondeur des règles concernant l’embauche et les licenciements »…S’ajoute à ce catalogue effarant toute une série de « mesures immédiates et courageuses » à décider pour avancer d’un an la résorption des déficits publics , par exemple: « durcir les conditions d’éligibilité pour les retraites » ou « si nécessaire, réduire les salaires des employés du secteur public »! Enfin, il s’agit , selon les patrons de la BCE, de réformer immédiatement l’administration publique afin d’y cultiver « un esprit plus favorable aux entreprises ». La missive se conclut sur une formule de politesse du maître à son obligé: « Nous faisons confiance au gouvernement pour décider toutes les actions appropriées.  » Du jamais vu : une Banque centrale, à laquelle aucune institution publique n’a le droit de donner la moindre consigne, se permet de dicter son agenda politique à un Chef de gouvernement !

Pourtant, Silvio Berlusconi s’exécute sans mégoter. Dès le 10 août 2011, il annonce 20 milliards d’euros de nouvelles mesures d’austérité, des privatisations de services publics, des coupes claires dans les retraites et les aides sociales, de nouvelles taxes ainsi qu’une attaque frontale du Code du travail. Il promet même d’aller à 0 déficit dès 2003 !

Peu après, la presse révèle le contenu de la lettre de la BCE: la mise sous tutelle de l’Italie apparait au grand jour, provoquant indignation et colère. Parmi les voix qui s’élèvent, Mario Monti lui-même souligne: « Désormais, l’Italie est dirigée par un podestat étranger ! » (Au moyen âge, on appelait ainsi un chef désigné et investi des pleins pouvoirs appelé à la rescousse lorsque les élus d’une ville s’avéraient incapables de diriger les affaires.) Moins de trois mois plus tard, c’est lui qui sera choisi en quelque sorte comme « podestat » pour parachever l’oeuvre entreprise par Berlusconi, mais dans un style plus rassurant pour les marchés. C’était le 16 novembre 2011.

Le cas italien ainsi réglé (croyaient-ils…), les dirigeants européens ont voulu généraliser leur recette à toute la zone euro. Dès le 23 novembre 2011, la Commission européenne publia deux projets de règlement (le « two-pack ») visant, l’un à renforcer encore son pouvoir de contrôle sur les budgets nationaux, l’autre instituant une forme de mise sous tutelle des Etats en grande difficulté. C’est grave. Mais, à voir les résultats obtenus par cette méthode dans la Péninsule, on peut le prédire sans trop de risque d’erreur : l’Europe « post-démocratique » ne passera pas!

7 mars 2013 at 5:18 1 commentaire

MONTI : DE « SUPER MARIO » AU SUPER FIASCO

wurtz-l-humanite-dimanche      La contre-performance électorale du Chef du gouvernement italien sortant est tout sauf anecdotique. Elle offre de multiples sujets de méditation à tous les dirigeants européens qui avaient vu en Mario Monti  le « sauveur » de l’Italie et dans sa trajectoire politique atypique un modèle pour l’Europe « postdémocratique ». Ils ne peuvent que constater aujourd’hui que, dans leur laboratoire politique italien,  l’opération   « Super Mario » vient de déboucher sur un super fiasco.FW

Pourtant, jusqu’à une période récente, il n’y avait chez eux aucune place aux doutes. Le Président du Conseil européen, M. Van Rompuy, assurait il y a peu qu’ « il n’y a pas d’alternative à M. Monti pour l’Italie ». Pour le grand argentier allemand, Wolgang Schäuble, Mario Monti était « le bon dirigeant, au bon endroit,au bon moment ». Quant à François Hollande, il lui paraissait incontestable qu’il avait « permis à l’Italie de se redresser ». Vraiment?

Le chômage y a bondi au-delà de 11% sans compter un sous-emploi colossal.114 000 entreprises y ont fermé pour la seule année 2012. Des milliers de jeunes diplômés s’exilent . Tout le pays s’est appauvri et le Sud du pays s’enfonce dans la misère. Aux 200 milliards d’euros d’ « économies » déjà décidées sous Berlusconi, le sauveur Monti a rajouté une purge de 100 milliards au prix de nouvelles réductions drastiques de dépenses publiques et d’une lourde taxe sur le logement. L’âge de la retraite a été repoussé à 66 ans et l’indexation des pensions sur l’inflation supprimée. Le marché du travail a été fortement « flexibilisé » et les licenciements facilités. « Ce qu’il a fait -souligne le directeur-adjoint de campagne de M. Monti…pour louer son courage- c’est Thatcher multiplié par mille »! Et pourquoi tous ses sacrifices? A la place de la croissance annoncée, l’économie plonge dans la récession. Quant à l’écrasante dette publique, loin d’amorcer sa décrue, elle a…augmenté de quelque 120 milliards d’euros! On marche sur la tête. Des révisions déchirantes s’imposent aux croisés de l’austérité. Telle est la première exigence qui émerge du bilan des quinze mois de régime expérimental Monti.

Mais il faut aller plus loin, en éclairant la nature de la mission confiée par les principaux dirigeants européens à leur ancien Commissaire: rassurer à n’importe quel prix les marchés financiers vis-à-vis de la troisième économie de la zone euro. Une responsable de l’Union bancaire privée , à Genève, Mme Christel Rendu de Lint (citée par l’Expansion), résume bien l’enjeu de l’opération Monti: « Ce que veulent les marchés, c’est un gouvernement stable qui applique à la lettre les exigences de l’Union européenne, et au final de l’Allemagne. C’est ce que M.Monti a fait à la lettre. « Ce qui l’a fait trébucher. De là, une deuxième leçon d’envergure pour qui veut regarder en face l’avenir de l’UE: même avec un « homme providentiel » et le soutien résolu de Bruxelles, la loi des marchés, ça ne passe pas. Donc, pas d’échappatoire à une profonde réforme de la Banque centrale européenne, propre à donner aux Etats de la zone euro les moyens de se libérer de la dictature des marchés financiers.

Enfin,l’avenir de la démocratie en Europe est le troisième enjeu mis au jour par l’expérience Monti. Au plus haut niveau de l’UE, on a cru que le fait de propulser l’un des leurs -qui plus est un ancien de Goldman Sachs- sans élection à la tête d’un gouvenement « technique » grâce aux pressions des « investisseurs » sur les taux d’intérêts, était la solution idéale pour se libérer des contraintes de la démocratie élective. Une sorte de tutelle, en somme. Eh bien, c’est  raté!

28 février 2013 at 8:37 Laisser un commentaire

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