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QUEL TYPE D’EUROPE VOULONS-NOUS CONTRIBUER À CONSTRUIRE ?
Dans cinq mois, les élections européennes, puis, dans les semaines qui suivront, l’élection d’une nouvelle Commission européenne, rebattront les cartes du paysage politique européen. Dans quel sens ? Nous supputons certaines tendances, mais nous n’en savons rien. Une chose, cependant, est, hélas, sûre : l’Union européenne conservera les caractéristiques qui lui attirent de sévères critiques dans une partie des pays membres, quand elles ne nourrissent pas, dans les classes populaires, un sentiment de rejet de l’Europe. C’est le cas de sa politique d’austérité et de restriction des dépenses publiques; de sa sacralisation de la concurrence à tout va, ou encore de sa gestion hyper-centralisée, échappant au contrôle des citoyens et qui impose un modèle unique à des peuples d’une grande diversité, de par leur histoire, leurs spécificités culturelles ou leurs choix politiques. On l’a vu en 2005 : les Français avaient voté pour « l’Europe sociale » et on leur a imposé « l’Europe libérale » (1).
Cette pratique est un poison pour l’Europe, car elle nourrit la colère, la désillusion, et, partant, des tendances au repli « souverainiste ». Or, le « souverainisme » est une impasse à l’heure des interdépendances, face à des défis que nul pays ne peut espérer relever sans un réseau dense de coopérations . De la protection du climat à la maîtrise de la révolution numérique; du développement durable sur toute la planète à l’accueil digne des personnes migrantes; des sécurités humaines à la prévention des conflits : tout appelle la promotion des coopérations équitables entre les nations, au niveau de chaque région comme à l’échelle du monde. On ne peut espérer gagner les Européens à s’engager massivement dans une telle construction collective qu’en agissant pour de sérieuses transformations de l’Union européenne. Lesquelles ?
L’unanimité entre les Européens n’existant pas, ne faut-il pas aller vers une Europe « à géométrie choisie » ? Le seul impératif auquel tous les Etats membres devraient se plier devrait être le respect de quelques principes, essentiels pour une « communauté de valeurs », tels que le droit international et les droits humains, l’inclusion, l’ altérité, la solidarité, etc…Tout contrevenant à ces principes devrait quitter l’Union. Les politiques courantes (particulièrement économiques et sociales), en revanche, ne seraient plus imposées à tous les Etats, mais respecteraient les choix démocratiquement exprimés par les citoyens de chaque nation. A l’instar de ce qui, de fait, se pratique d’ores et déjà avec l’euro, l’espace Schengen ou la défense européenne, les pays membres continueraient à coopérer à 27 (ou 30 demain) dans tous les domaines d’intérêt commun, par exemple le climat, mais, sur des politiques où existent, dans certains pays, des désaccords rédhibitoires avec les traités -par exemple les politiques d’austérité – , ces pays pourraient conclure entre eux un partenariat pour s’en exempter, le tout en bonne intelligence. Nous irions ainsi à la construction d’une « Union de nations et de peuples souverains et associés » (2). Une « Union », car il ne serait pas question de sortir de l’UE. « Des nations », car les caractères propres de chacune d’elle serait prises en considération. De « Peuples », car les citoyens de chaque pays membre seraient les décideurs en dernier ressort. « Souverains », car chaque pays déciderait de la façon dont il entend « s’associer » aux autres membres de l’Union. Difficile à réaliser ? Oui, mais, de plus en plus, quasiment inévitable.
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(1) Lors du référendum sur le Traité constitutionnel européen.
(2) Cette formule, tout comme celle de la « géométrie choisie » figurent dans les textes des congrès du PCF depuis une quinzaine d’années.
PROCHE-ORIENT : QUELLE « PAX AMERICANA » BIDEN PREPARE-T-IL ?
« Une solution à deux Etats est le seul moyen de garantir la sécurité à long terme des peuples israélien et palestinien » et la crise actuelle « la rend plus impérative que jamais » : le fait que le Président des Etats-Unis rappelle dans un article du « Washington Post » cette exigence a, à première vue, de quoi nous réjouir, mais le grand flou de son plan interroge sérieusement . S’agit-il d’un simple exercice rhétorique sans lendemain, comme la plupart des dirigeants occidentaux nous y ont habitués depuis 20 ans ? Ou faut-il y voir, au contraire, l’annonce d’un authentique projet du locataire de la Maison Blanche ? Mais alors, de quel projet s’agit-il ? Le Président américain dit vouloir faire en sorte que Gaza ne soit « plus jamais utilisé comme base pour le terrorisme ». Aussi, une fois le Hamas , sinon éliminé, du moins chassé du pouvoir, il suffirait de réunir la bande de Gaza et la Cisjordanie « sous une même structure de gouvernance -à terme, une Autorité palestinienne revitalisée ». En clair, cela reviendrait à rendre cette nouvelle « Autorité palestinienne » responsable de la stabilisation de la société sans que soit tarie la principale source de la déstabilisation de la région : l’occupation israélienne des territoires palestiniens (et toutes les pratiques odieuses et humiliantes qui l’accompagnent ) -un enjeu central pas même évoqué dans l’article de Biden.
Quant à l’autre obstacle crucial à une coexistence pacifique des deux peuples comme à la réalisation de la « solution à deux États » -à savoir les colons- , Joe Biden l’effleure à peine en menaçant d’interdire de visas les plus « extrémistes » d’entre eux, mais sans aborder l’essentiel du problème : le devenir des colonies elles mêmes, dont la prolifération vise précisément à empêcher l’établissement d’un État palestinien viable !
Plus généralement, on ne trouve dans le texte du Président américain aucune référence aux résolutions des Nations-Unies portant sur les frontières du futur État (celles du 4 juin 1967), sur le futur statut de Jérusalem (l’Est sous souveraineté palestinienne, l’Ouest sous souveraineté israélienne), sur la question des réfugiés, sur la souveraineté aérienne des Palestiniens au-dessus de leurs territoires, sur les conditions de la future coopération sécuritaire entre les deux Etats, etc…
Reste enfin à clarifier le sens donné par Biden à ce qu’il appelle « une autorité palestinienne revitalisée ». De fait, rares sont aujourd’hui les Palestiniens contestant l’urgence de changements majeurs tant dans le fonctionnement que dans la direction de cette « Autorité » . À quelle « figure » du peuple palestinien pense-t-il , qui ait la confiance de la majorité des Palestiniens et soit capable de « revitaliser » l’Autorité palestinienne ? À cet égard, un nom émerge : Marwan Bargouthi, à l’autorité inégalée dans toute la société palestinienne. Il s’est toujours dit « en quête d’une coexistence pacifique entre les Etats égaux et indépendants que sont Israël et la Palestine, fondée sur le retrait complet d’Israël des territoires occupés en 1967 ». Qui partage ces principes doit œuvrer à faire libérer « le Mandela palestinien » en prison depuis 20 ans en Israël. S’il en a la volonté politique, le Président des Etats-Unis en a les moyens. Mais comment l’espérer de la part d’un dirigeant qui refuse de demander un cessez-le-feu immédiat à Gaza ?




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