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UNE EUROPE AMERICAINE ?

wurtz-l-humanite-dimanche    Les révélations effarantes de l’ex-collaborateur de l’Agence américaine de sécurité nationale (NSA), Edward Snowden, au sujet du programme de surveillance d’internet,PRISM, des activités de surveillance de tous les moyens de communication à travers l’Europe et de la mise sur écoute de dirigeants et de diplomates de nombre de nations « amies » nous donnent l’occasion de nous rappeler la copieuse série de scandales de ce type -mais chaque fois plus graves- qui émaillent l’histoire récente des relations USA-Union européenne.

En 1999 (donc avant l’attentat du 11 septembre 2001, toujours invoqué pour justifier la paranoïa américaine en matière de « renseignement »), on découvre l’existence du réseau de surveillance planétaire Echelon sous l’égide , déjà, de la NSA. Plus exactement, on apprend alors que ce système, mis en place aux temps de la guerre froide pour espionner « l’ennemi commun de l’Occident », a été, par la suite, réaffecté à la surveillance …des Alliés! Le Parlement européen (PE) se saisit de l’affaire, enquête, consulte, mais les (timides) conclusions de son rapport publié en…mai 2001 disparaissent, quatre mois après, dans les ruines du World Trade Center.

En 2004, l’UE négocie avec Washington un accord au terme duquel les données personnelles des passagers (appelées PNR) à destination des Etats-Unis ou prévoyant de survoler leur territoire seront transmises aux autorités américaines. Le problème est qu’ outre -Atlantique, la législation est notoirement moins protectrice que dans l’UE pour les données personnelles. Qu’à cela ne tienne: la Commission assure que le niveau de protection obtenu des Américains est « adéquat ». Aussitôt saisie par le PE, la Cour européenne de Justice annulera cet accord -fait rare- en 2006 ! Un accord , un peu plus protecteur, sera conclu en 2007 pour sept ans.

En 2006, nouveau scandale: on apprend, stupéfaits, que les Etats-Unis disposent depuis cinq ans des données bancaires des citoyens européens, dans le cadre de leurs enquêtes internationales sur le financement du terrorisme. Là encore, le PE adopte , en 2007, une directive acceptant cette pratique mais visant à l’ « encadrer ». Il tente d’améliorer le texte en 2010, mais, de l’aveu même du Contrôleur européen des données, Peter Hustinx, « Cet accord permet de transmettre (au Trésor américain) beaucoup plus d’informations que nécessaire »!

Le double point commun à toutes ces affaires est l’affirmation sans scrupule de la suprématie américaine et la confirmation sans vergogne de la soumission européenne.  » Susan Rice, la conseillère à la sécurité du Président Obama, vient tout juste de rappeler au monde que son pays est « le plus puissant, le plus influent, le plus important, la plus grande économie, la plus grande puissance militaire » sans oublier ses « valeurs », of course ! Alors,pourquoi se gêner? D’autant que, en Europe, ne manquent ni les « chevaux de Troy » qui s’assument -Grande-Bretagne (ouvertement co-organisatrice du système d’espionnage!); Autriche;  pays d’Europe de l’Est…- ni les « indignés » d’un jour qui finissent toujours par s’aligner (suivez mon regard…) Même l’Allemagne ne s’est pas offusquée plus que cela d’être classée par la NSA « partenaire de troisième zone » ni d’apprendre que sa Chancelière était sur écoute ! Il est vrai que la Stratégie européenne de sécurité stipule depuis 2003 que : « En agissant ensemble, les Etats-Unis et l’Union européenne peuvent représenter une formidable force au service du bien dans le monde. « Ben voyons!

11 juillet 2013 at 7:19 Laisser un commentaire

INOUBLIABLES MOMENTS AVEC MANDELA

Les circonstances de ma vie militante et de mon activité parlementaire m’ont offert le privilège de cotoyer à cinq reprises Nelson Mandela dans les mois qui ont suivi sa libération,en 1990. Chacun de ces moments a gravé dans ma mémoire, comme, j’imagine, dans celle de tous les présents, outre le souvenir d’une joie immense et d’une intense émotion, un message politique et éthique d’autant plus fort qu’il émanait d’un homme qui venait de payer la fidélité à ses convictions de 27 années de bagne!fw 407

Ce 7 juin 1990, massés dans le hall du « 2, place du Colonel Fabien », nous avions bien du mal à retenir nos larmes en voyant entrer, rayonnant, ce personnage mythique, d’une prestance impressionnante, et ouvrir tout grands ses bras en criant « Marchais! » avant d’enlacer chaleureusement le dirigeant communiste comme s’il s’agissait des retrouvailles de deux vieux amis, alors que c’était leur première rencontre. Quelques moments plus tard, le héros du combat pour la dignité du peuple sud-africain nous expliquera, dans la petite salle du « BP » (Bureau politique, à l’époque), qu’il avait eu connaissance, en prison, de l’extraordinaire campagne des communistes français pour sa libération et pour l’attribution du Prix Nobel de la Paix à sa personne et à la cause qu’elle incarne: une campagne qui , de fait, contribua de façon décisive à faire d’un quasi inconnu en France,au milieu des années 80, le symbole du combattant de la liberté aux yeux du plus grand nombre, à la fin de la décennie. Exprimer sa gratitude à ses « camarades français » pour cette marque exceptionnelle de solidarité était le but premier de sa visite dans la Maison du PCF. Mais ce n’était pas la seule.

Avec ses mots simples, son style sobre et son autorité naturelle, il développa sa vision d’une Afrique du sud libre et réunie, d’où seraient bannies pour toutes et pour tous l’oppression, l’humiliation et les discriminations. Nulle trace d’amertume ni d’esprit de revanche dans ses propos. La liberté comme la dignité de chaque personne ne se divisant pas, l’heure n’était pas aux règlements de compte, mais à la construction d’une nation de tous les Sud-Africains. Nous buvions ses paroles,subjugués par l’enthousiasme, l’humanisme et la confiance en l’avenir de notre prestigieux visiteur.

Pour autant, rappela ce lutteur intrépide qui refusa, toute sa vie durant, de transiger sur l’essentiel, la réconciliation suppose, au préalable, l’éradication de l’apartheid dans toutes ses dimensions -ce qui (bien des commentateurs actuels ont tendance à l’oublier et à présenter une version angélique de cette transition) était loin d’être réalisé en cet été 1990 : ce n’est que quatre ans (et de rudes combats) plus tard qu’auront lieu les premières élections libres en Afrique du sud! Aussi Nelson Mandela nous appela-t-il à poursuivre notre mobilisation pour contribuer à rendre effectivement possible la « paix durable et juste » auquel son peuple aspire. Message reçu cinq sur cinq!

Cet appel, il le réitèrera de façon véhémente une semaine plus tard,au Parlement européen. Il ne mâcha pas ses mots pour rappeler les sombres réalités du régime raciste devant des élus en partie conquis, en partie gênés. Il n’y a pas si longtemps, il s’en trouvait plus d’un , parmi eux, à trouver des excuses au pouvoir raciste. Quant au boycott économique et politique de cet Etat hors-la-loi, il n’avait que trop duré aux yeux de certains! Aussi, lorsque Mandela appela les Etats européens à maintenir les sanctions et à éviter tout rapprochement avec le gouvernement de Pretoria jusqu’à l’abolition totale de l’apartheid, émergea tout le spectre politique des députés européens .

.Je me souviens être intervenu au nom de mon groupe dans le débat qui s’ensuivit pour soutenir cette demande et d’avoir provoqué quelques remous dans la salle. La gauche , dans toutes ses composantes, était unie derrière Mandela. La droite « classique », par la voix de Simone Veil, apporta, certes, son soutien au leader de l’ ANC -signe des temps- mais demanda que les gouvernements de l’Union européenne …fasse aussi un geste en direction du pouvoir en place, en préparant un calendrier de suppression progressive des sanctions. Un trublion, alors célèbre, Panella, exigea au nom des « radicaux » italiens (gauchistes dans la forme, conformistes sur le fond)…la levée immédiate des sanctions. Quant à l’extrême droite, elle éructa grossièrement, ne pouvant manifestement pas supporter l’effet-Mandela sur l’auditoire. Finalement, le Parlement européen se prononça très majoritairement dans le sens souhaité par Mandela. Une belle journée!

La chose fut moins évidente au niveau des Etats membres. Il faut se souvenir de la honteuse complicité dont bien des pays occidentaux -France comprise- s’étaient rendus coupables, des années durant, avec ce régime criminel -qui important massivement du charbon, qui exportant sans vergogne des armes…-avant de devoir se résoudre tardivement aux sanctions exigées de longue date par la Résistance populaire elle-même,par la voix de l’ANC. Le fer de lance de ce business raciste était Margaret Thatcher. Aussi, lors de son premier voyage en Grande-Bretagne en homme libre, Nelson Mandela ignora-t-il superbement la « Dame de fer », au grand dam des conservateurs nostalgiques du bon vieux temps de la suprématie « blanche », qui fustigèrent cet « affront » fait à leur Première Ministre par un « terroriste noir »…Celle-ci dût néanmoins se résoudre à recevoir au 10, Downing street, quelques semaines plus tard, celui dont elle pressentait sans doute le futur rôle incontournable sur la scène tant nationale que mondiale. Impitoyable mais réaliste, elle fit, début juillet (après la France et après le Parlement européen) contre mauvaise fortune bon coeur…

A l’opposé, le Londres progressiste accueillit ce jour-là avec chaleur les plus ardents militants antiracistes de toute l’Europe. Mon groupe ayant été notoirement engagé dans le combat anti apartheid , je me retrouvais au milieu de tous ces amis connus et inconnus avec une collaboratrice du groupe -devenue depuis sa Secrétaire générale- , Maria D’Alimonte, avec qui j’avais été reçu, cinq ans auparavant, par la direction de l’ANC au grand complet, en exil et sous haute protection, à Lusaka, en Zambie.  Avec ces émouvants souvenirs à l’esprit, nous avons explosé de joie lorsqu’apparut, donnant la main à Winnie, alors son épouse, la légende vivante qu’était Nelson Mandela. L’Histoire avançait sous nos yeux! Je me rappelle notre profonde admiration pour cet homme qui, au milieu de cette multitude de « fans », conservait une sérénité rassurante et une simplicité désarmante. L’authenticité en toutes circonstances est au coeur du charisme de Nelson Mandela.

Mais c’est tout naturellement dans son pays que « Madiba » (« l’Ancien ») a reçu l’accueil le plus émouvant. J’ai eu la chance de vivre quelques uns de ces instants magiques à une double occasion, à Johannesburg. Une fois lors d’une grande initiative de solidarité internationale sous l’égide de l’ANC, une autre dans le cadre du congrès du Parti communiste d’Afrique du Sud, alors fraichement légalisé. Le sage retrouvait son peuple. Il a pu mesurer la profondeur de l’affection , du respect et de la confiance que lui vouaient ses concitoyens. Cette qualité des relations avec son peuple, acquise tout au long d’une vie entièrement consacrée à la libération de celui-ci, il l’a mise, à l’heure de la victoire, au service de la construction d’une « société dans laquelle tous les Sud-Africains, blancs ou noirs, puissent marcher la tête haute ». Rien n’était moins évident, avant son irruption spectaculaire sur la scène politique officielle de son pays, qu’une sortie de l’apartheid sans une effusion de sang à la mesure des souffrances endurées par le peuple , de générations en générations. Ce pari , en 1990,n’est pas gagné d’avance! Mandela s’attelle à cette tâche dans chaque phrase de ses discours. Et l’alchimie se produit sous nos yeux. Entouré des dirigeants les plus prestigieux de l’héroïque parti communiste sud-africain à peine sorti de la clandestinité -le seul parti à compter alors dans ses rangs des blancs et des noirs jusqu’au plus haut niveau (et dont le Secrétaire général, Chris Hani, sera assassiné peu de temps après), Mandela galvanise les militants, qui l’interrompent en entamant une extraordinaire séquence de chants et de danses improvisés. Nelson Mandela, décontracté dans sa liquette à fleurs, esquisse à son tour quelques pas de danse au rythme imposé par les congressistes. La communion est totale. En reprenant la parole, il insistera sur une autre idée qui lui fut chère: la fierté de voir sortir son pays de l’isolement et de s’ouvrir en grand aux autres peuples du monde. L’hommage universel rendu aujourd’hui à Mandela, à son oeuvre et à son projet est le meilleur signe que,de ce point de vue aussi, sa mission est accomplie.

Certes,l’Afrique du Sud , même libérée de l’apartheid, a connu et connait de graves problèmes. Les affrontements de classe ont tendance à se substituer à l’ancienne ségrégation raciale. Pire: ce sont souvent les mêmes qui subissent tour à tour cette double oppression. Ce sont les couches déshéritées dans le passé qui subissent le plus le chômage et la pauvreté . Le successeur de Mandela, Le Président M’Beki a , dans le contexte international que l’on sait, choisi la voie libérale là où une transformation structurelle de l’économie et des rapports sociaux était nécessaire. On connait aussi les conséquences dramatiques de son long retard à s’attaquer aux ravages du sida. Plus récemment, celui qui lui a succédé, le Président Zuma, a à son passif la terrible et inacceptable répression des mineurs en grève . Tous ces manquements essentiels à l’espoir suscité par l’ère Mandela ont eu pour conséquences une perte de confiance du peuple et de profondes divisions dans l’ANC.  Si un cap historique a été franchi avec succès, le combat pour la libération humaine continue et ne s’arrêtera jamais. Et, une fois de plus,  il se révèle plus contradictoire qu’attendu. Cela ne banalise en rien les acquis irréversibles conquis de haute lutte. En revanche, c’est une confirmation sans équivalent de cette vérité démocratique essentielle: jamais, nulle part, la perspective n’est à rechercher du côté d’un homme providentiel. Mandela haïssait l’idolâtrie et mettait en garde contre l’illusion du « sauveur ». Il a,en permanence, appelé ses concitoyens à s’impliquer dans la construction progressive d’une « société dont toute l’humanité (soit) fière ».  C’est en ce sens que son héritage est impérissable et nous concerne tous.

4 juillet 2013 at 9:42 Laisser un commentaire

BRUXELLES, LA CULTURE ET LE BUSINESS

wurtz-l-humanite-dimanche         Quand il entend les mots « exception culturelle », M. Barroso sort… de ses gonds.
Il n’a manifestement pas digéré le fait de devoir exclure l’audiovisuel , les biens culturels, y compris dans les conditions nouvelles liées à l’ère numérique , de « ses »négociations avec les États-Unis sur la création d’un « grand marché transatlantique ». On le sait: il s’est permis, avec une arrogance dépassant le seuil du tolérable, de fustiger publiquement cette exigence de plusieurs États membres (à l’initiative de la France ) ainsi que du Parlement européen (à une très large majorité): ne pas traiter les œuvres de l’esprit comme de simples marchandises.  À ses yeux, cette demande « fait partie de ce programme anti mondialisation (qu’il) considère comme totalement réactionnaire »! (Entretien dans l’ « International Herald Tribune » 16/6/2013 )fw2506

Il n’est pas le seul à avoir ainsi disjoncté à ce propos. Son Commissaire au Commerce, Karel de Gucht, chargé de piloter, au nom des 27 (bientôt 28) États de l’UE, ce bras de fer planétaire , est,lui aussi, complètement sorti de son rôle (qui est de respecter le mandat que lui a confié le Conseil) en affichant la même désinvolture que son « patron ». A l’entendre, l’audiovisuel n’est exclu que « provisoirement  » du mandat: « Si les Américains veulent une discussion sur l’audiovisuel , nous l’aurons !  » a ajouté le Commissaire , visiblement furieux d’être bridé dans son élan libre-échangiste et sachant que seul un vote unanime de tous les gouvernements permettrait de concrétiser sa bravade. (« Le Monde » 16/6/2013)

On comprendra mieux où l’exécutif… « européen » tire pareille outrecuidance en apprenant que, quelques jours avant ces sorties intempestives, le Président …américain avait menacé en termes très vifs son homologue français de « représailles massives » si  » l’exception culturelle » s’appliquait y compris au numérique -ce qui, au grand dam de ce petit monde, a bien été finalement décidé!

Je rappelle tout cela parce qu’un débat s’est instauré, à gauche, entre ceux qui estiment que toute cette bataille autour de l’ « exception culturelle » n’est en réalité qu’un « leurre » pour faire passer la capitulation du gouvernement français sur tout le reste du projet de marché euro-américain , et ceux qui, à l’inverse, entendent ne pas laisser minimiser le succès arraché (et à consolider) dans le champ culturel grâce aux luttes exemplaires menées de longue date pour atteindre cet objectif. Je me range clairement, pour ma part, aux arguments de ces derniers.

Certes, il est parfaitement juste de ne pas laisser dire que le problème du « grand marché transatlantique  » serait réglé grâce à l’exclusion des biens culturels de l’agenda des négociateurs ! C’est le principe même d’un tel méga-marché qui est à proscrire, car c’est une machine à broyer les normes sociales, environnementales, sanitaires un tant soit peu avancées, à détricoter les services publics, à ouvrir les vannes aux « investisseurs » aux appétits insatiables, le tout au service d’une guerre économique exacerbée contre les hyper-concurrents des pays émergents. Mais, plutôt que de ne voir dans l’exclusion des œuvres culturelles de ce marchandage sans pitié qu’une simple bagatelle artificiellement grossie, il vaudrait beaucoup mieux , à partir de cette expérience partielle,mais significative, prendre la mesure des succès possibles, dès lors qu’une mobilisation sur le fond , suffisamment large et de longue haleine est conduite. La réaction de Bruxelles comme de Washington en dit long sur l’importance de l’enjeu. Vingt ans de luttes conséquentes contre la libéralisation de la culture et pour son épanouissement dans une Europe construite sur de nouvelles bases ont permis , une nouvelle fois, de repousser l’assaut des obsédés du tout-marché.
Pareil succès n’est pas un leurre. C’est un tremplin.

27 juin 2013 at 11:54 1 commentaire

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