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« GRAND MARCHE TRANSATLANTIQUE »: ATTENTION DANGER !
Le Conseil européen et le Président Obama l’ont tous deux annoncé, à quelques jours d’intervalle : d’ici l’été prochain, des négociations doivent s’ouvrir entre l’Union européenne et les Etats-Unis en vue d’aboutir en 2015 à la création de la plus vaste zone de libre-échange jamais réalisée: le « Grand marché transatlantique ». Un projet vieux de 20 ans refait ainsi surface. Quels en sont les enjeux? Les jeux sont-ils faits? Comment agir?
Les enjeux? A en croire l’ineffable Président de la Commission européenne, M. Barroso, c’est bien sûr « le moyen de promouvoir la croissance et l’emploi ». Ben voyons! Son commissaire au commerce, chargé du dossier,Karel De Gucht, est plus explicite: les négociations visent notamment « la suppression de tous les droits de douane (entre l’UE et les USA), la libéralisation des services et l’accès aux marchés publics. « Angela Merkel, partisane de longue date de l’idée d’un tel « grand marché » qu’elle juge « fascinante », précisait dès 2007 qu’il fallait ainsi « parvenir à une plus grande harmonisation des normes règlementaires entre l’UE et les Etats-Unis. « Un accord-cadre conclu entre les deux grands blocs la même année soulignait la nécessité de « réduire les obstacles bureaucratiques « aux échanges. Etc…Or,il faut savoir que ce que les fanatiques du libéralisme désignent ainsi comme des « barrières protectionnistes qui entravent les échanges », c’est, pour l’essentiel, un ensemble de normes sociales, sanitaires et environnementales; des aides à des secteurs à protéger contre la concurrence sauvage (comme l’agriculture ou la culture); ou encore des limites fixées aux « investisseurs » étrangers dans l’accès à certains marchés publics. Ces mesures spécifiques correspondent souvent à des choix de société qui , ensemble, dessinent les contours d’un « modèle européen » en comparaison d’autres modèles de société en vigueur dans le monde.
On sait combien ce « modèle européen » est aujourd’hui laminé de toutes parts par la financiarisation et la marchandisation de l’Union européenne! Les scandales sanitaires à répétition, le poids grandissant de l’agro-business à l’encontre de l’agriculture paysanne, les assauts permanents contre « l’exception culturelle » et notamment les aides au cinéma, ou bien l’annonce de… »la mort du modèle social européen » par le Président de la Banque centrale européenne en personne nous rappellent que ce dont les Européens ont un besoin urgent, c’est une offensive de reconquête (et de modernisation par le haut) d’un modèle européen avancé, et non d’une « harmonisation » par le bas de ce qu’il en reste avec les règles et pratiques ultra-libérales en vigueur outre-Atlantique!
Le danger du projet annoncé est d’autant plus sérieux qu’il est de plus en plus justifié par la « nécessité urgente » de constituer un super bloc occidental (plus de 50% du PIB mondial) pour illustrer « notre » suprématie face à la Chine…Est-il besoin de le souligner: il y aurait tout à redouter d’un tel enrôlement des Européens dans une guerre économique sans merci au service des « champions » du capitalisme occidental! (Tel Warren Buffett qui vient d’acquérir Heinz pour la broutille de 21 milliards d’euros?)
Mais les jeux ne sont pas faits. Les contradictions en présence sont énormes. D’autres offensives pour le même projet ont échoué. Celle de 1995 fut enrayée par le véto français sur l’AMI (Accord Multilatéral sur l’Investissement). Celle de 1998 s’enlisa avec la guerre d’Irak en 2003 et le refroidissement des relations avec Washington. Celle de 2007 se fracassa sur la crise financière. Celle d’aujourd’hui doit être contrée par un appel résolu à l’intelligence des citoyens et l’exigence d’un vrai débat démocratique sur l’Europe qu’ils appellent de leur voeux.
EVOLUTIONS PROMETTEUSES A LA C.E.S.
La Confédération européenne des syndicats (CES) célèbre cette semaine le 40ème anniversaire de sa création. Il ne m’appartient pas de dresser le bilan de son action. Cette analyse incombe d’abord aux membres des 85 organisations syndicales affiliées à cette véritable institution sociale européenne.
Notons simplement qu’on ne peut apprécier correctement son apport en l’évaluant à l’aune de ce qu’on attend d’une organisation syndicale nationale. D’abord, elle n’a pas davantage pour vocation d’amoindrir le rôle irremplaçable des syndicats nationaux que le Parti de la Gauche européenne (PGE) n’a pour raison d’être de marginaliser ses partis membres. Ensuite, une confédération européenne a, d’une certaine manière, la faiblesse de sa force: elle réunit des syndicats d’origine, de culture, de sensibilité aussi diverses que les peuples dont ils émanent. C’est là un atoût vital face à des adversaires aujourd’hui étroitement coordonnés et coalisés à l’échelle européenne. Mais il ne faut, dès lors, pas en attendre d’être une réplique européenne de la CGT…Si un groupe comme celui de la Gauche Unitaire Européenne (GUE-NGL) du Parlement européen a, plus d’une fois, regretté la timidité de la CES vis-à-vis de décisions négatives de l’Union européenne, il a également su mesurer combien pouvait être précieux son rôle d’amplificateur des luttes. L’ancien député européen communiste se souvient d’ « eurogrèves » retentissantes et de spectaculaires « euromanifestations », de Bruxelles à Strasbourg et de Prague à Madrid.
Mais le constat le plus important est celui des évolutions qualitatives observées, notamment depuis 2008,dans le positionnement de la CES sur des enjeux européens décisifs. Trois moments m’ont paru particulièrement significatifs de ce que je considère comme des ruptures avec le modèle européen dominant.
Avril 2008: la Cour de Justice de l’UE, se fondant sur les traités européens, décide qu’une entreprise (en l’occurence polonaise) qui versait à ses travailleurs détachés sur un chantier de construction en Basse-Saxe (Allemagne) des salaires inférieurs de moitié au salaire minimum (!) applicable à ce secteur sur la base d’une convention collective…était dans son droit! Justification invoquée: « La liberté de prestation de services » et l’interdiction de toutes « mesures qui gênent ou rendent moins attrayant l’exercice d’une activité » par une entreprise d’un autre pays de l’UE! On imagine aisément le tollé suscité par ce scandale dans les syndicats allemands puis au-delà. Trois autres arrêts de la Cour confirmèrent cette jurisprudence ahurissante. De ce jour, le Secrétaire Général de la CES, John Monks, réevalua son approche des orientations de l’UE, en déclarant: « L’Europe est entrée dans une période dangereuse. »
Avril 2011: le même John Monks s’oppose fermement au nom de la CES au « Pacte pour l’Euro plus » adopté par les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE en qualifiant de « menace de première importance » la matrice de la chape de plomb d’austérité qui s’abattra sur toute la zone euro et au-delà. Dans la foulée, de puissants rassemblements européens se succèderont à Paris, à Bruxelles, à Budapest, à Londres, à Berlin…Le mois suivant, le dirigeant de la CES rencontrera pour la première fois le Président du PGE, Pierre Laurent, devant qui il réitèrera son exigence de voir l’UE « arrêter de danser sur la musique des marchés financiers. »
Janvier 2012: alors que le débat fait rage, y compris dans la gauche européenne, au sujet du traité budgétaire (TSCG), le Comité de direction de la CES, à l’unanimité, « s’oppose à ce nouveau traité. » C’est une première dans l’histoire de la CES. Et un espoir pour l’avenir. Bon 40ème anniversaire!
LES « OUBLIS » DU COMITE NOBEL
Les membres du Comité du Prix Nobel de la Paix,qui ont décerné leur prestigieuse distinction à l’Union européenne ont délibérément ignoré le bilan des « 27 » dans le domaine qui les concernait.Trois exemples significatifs suffiront à illustrer combien la politique extérieure et de sécurité de l’UE et de ses Etats membres tourne le dos à un engagement en faveur d’une Europe et d’un monde de paix.
Premier exemple: la guerre d’Irak en mars 2003.La majorité du Conseil de sécurité des Nations-Unies;les inspecteurs de l’ONU sur le terrain;le Chef de l’Etat français et le Chancelier allemand ; ainsi que 10 millions de manifestants dans les rues le 15 février, s’opposent à la guerre.Huit autres Etats de l’UE se rangent derrière Washington en feignant de croire au mensonge d’Etat de Colin Powell à l’ONU. Ce sont eux qui donneront le ton ,par la suite,à l’UE.Ainsi,dès le mois de juin suivant ,l’UE dans sa totalité adoptera un texte fixant la « stratégie européenne de sécurité » (toujours en vigueur!) qui sera présentée à George W. Bush avant même son adoption définitive et qui empruntera au chef de guerre américain nombre de ses concepts dangereux,allant jusqu’à qualifier la coopération militaire USA-UE de « formidable force au service du bien dans le monde » ! On en aura une illustration en Afghanistan…
Deuxième exemple:le Proche-Orient où l’impunité accordée aux dirigeants israéliens et l’abandon politique du peuple palestinien constituent l’une des sources essentielles de l’insécurité du monde .En décembre 2005,les chefs des missions diplomatiques des Etats de l’UE à Jérusalem-Est adressent au Conseil européen un rapport circonstancié et alarmant sur toutes les pratiques illégales des autorités israéliennes visant à rendre impossible l’établissement futur d’un Etat palestinien.Ils recommandent toute une série d’initiatives politiques aux dirigeants européens,conformément aux résolutions pertinentes de l’ONU. Ce rapport ne sera ni publié ni suivi du moindre effet,tout comme les autres rapports qui suivront au fil des ans.Bien au contraire,l’UE vient de récompenser les fauteurs de guerre en renforçant spectaculairement les relations bilatérales UE-Israël dans 60 domaines,allant de l’énergie aux communications electroniques en passant par la coopération policière.La dimension symbolique,donc politique, de ces « gestes » n’échappe à personne. Elle ne sert pas la paix mais banalise l’occupation,la colonisation,l’humiliation,et la guerre.
Troisième exemple:la sécurité du continent européen lui-même. En juin 2008,le tout nouveau président russe Medvedev cherche à imprimer sa marque. Il propose aux Etats de l’UE et à l’Occident en général l’ouverture d’une négociation pour l’élaboration collective d’un « Traité paneuropéen de sécurité ».Celui-ci devait intégrer toutes les questions de sécurité du continent,le contrôle des armements et le désarmement.Seule condition:que l’OTAN arrête son élargissement vers l’Est . »La préoccupation de base qui anime M. Medvedev,celle d’une Europe coupée en deux (…) apparait pertinente » juge alors Fabio Liberti, de l’Institut des Relations internationales (IRIS), dans le « Monde Diplomatique ».L’Union européenne,elle,ne daignera même pas entamer des discussions exploratoires sur ce projet.Elle préfèrera donner le feu vert à l’installation du « bouclier antimissiles » sur le sol européen,quitte à accroitre les tensions,voire à relancer la course aux armements.
Voilà qui donne une idée des changements à opérer dans l’UE et ses Etats membres pour qu’ils puissent vraiment mériter un jour le Prix Nobel de la Paix.





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